Ok Podium.

Ici on chronique des albums de qualité.
Chaque semaine, une pépite rejoint l’équipe
.
C’est un peu la collec’ Panini du mag.

pochette d'album An Insight to All Minds par Kaidi Tatham

Album de la semaine – 7 avril 2021

Kaidi Tatham / An Insight To All Minds
(First Word Records, 2021)

Français

Beats broker et DJ adoré, voici un couteau suisse from Belfast. Multi-services, multi-instrumentiste, polygenre et polytechnicien des studios, Kaidi Tatham pose un troisième album broken, certes, indiscipliné, oui, mais gravement rentre-dedans. An Insight To All Minds, c’est une ode à l’introspection, un petit précis électro-clavé sur la façon qu’on a de mener sa barque d’un bord à l’autre du long fleuve. Tranquille ou pas, reste que ce disque charrie dans ses remous exquis du jazz-funk, du latino de synthèse, de l’électro-afro-cosmo et toute la science des claviers du taulier. Rodée, parfaite et polie par ses passages au sein des Herbalizers et du Bugz In The Attic. Nourrie des collabs avec DJ Jazzy Jeff, DJ Scruff, Mulatu Astatke ou encore Amy Winehouse. Forte des hochements de têtes approbateurs de Madlib ou de Gilles Peterson. De quoi tirer des traits multiples, forcément, sur l’horizon. Tatham prolonge l’intranquilité curieuse d’un Herbie Hancock. Sans peur des sonorités grossières (Intergalactic Relations), sans crainte d’oser la finesse sensible (Rain). Sans même la trouille de réinventer toute syntaxe possible avec Tek Care, petite merveille d’Afro-funk en forme d’appel aux siestes de printemps. Avec ou sans glace.

English

Beats broker and worshipped DJ, here is a kind of Swiss army knife made in Belfast. Multi-services, multi-instrumentalist, polygenre and studio’s polytechnician, Kaidi Tatham lays down a third album. Broken? certainly. Undisciplined? Sir, yes sir. But also a seriously in-your-face one. An Insight To All Minds is an ode to introspection, a small electro-keyed precision on the way we have to lead our boat from one side to the other of our long journey on life river. Quiet or not quiet. This record carries in its exquisite swirls jazz-funk, latino synthesis, electro-afro-cosmo and all the science of the keyboards of the boss. Grinded, completed and polished by his passages amongst the Herbalizers and the Bugz In The Attic bunches. Nourished by collabs with DJ Jazzy Jeff, Dj Scruff, Mulatu Astatke or Amy Winehouse. Enhanced by approval from Madlib or Gilles Peterson. Enough to draw multiple lines, inevitably, on the horizon. Tatham prolongs the curious intranquility of Herbie Hancock. Without fear of raw sonorities (Intergalactic Relations), without fear of daring sensitive finesse (Rain). Without even the fear of reinventing any possible syntax with Tek Care, a little marvel of Afro-funk in the form of a call to springtime siestas. With or without ice.

Album de la semaine – 31 mars 2021

Zerolex trio / Le Temple

(BMM records, 2021)

Français

Pas très catholique, l’électro façon Zerolex. Encore moins depuis qu’il professe dans son Temple, élevé au rang de single spirituel le 19 mars dernier. Spirituel ? Yep et dans les sens multiples du mot. Pas étonnant c’est sorti chez Black Milk Music, écurie grand-estienne de musiciens peu orthodoxes. Fût un temps, Nancy était la place publique du jazz et de la pulsation, désormais, celles-ci trônent dans l’underground furibard. Pour en revenir au trio Zerolex, le Temple, première face d’une médaille dont le revers brillera fin mai, ne craint pas les trompettes. Ni de Jéricho, ni d’ailleurs. Mais reste carrément fan du sax. Ici c’est celui de Chromé qui booste les voix, fournit un contrepoint simple aux choeurs profanes. Faussement désinvoltes. Ce Temple en devient refuge organique, classe cabane pour abriter la jazztronica de Zerolex. Et celle-ci prend soin de ses climats, des larges traits synthétiques de l’intro aux chants frenchy qui relancent la machine. Et remontent les murs de l’édifice où le beat la joue modeste face à un truc canon, proche du lyrisme seventies, du lyrisme de processions déterminées. Un lyrisme qui soutien le jeu des claviers comme on soutiendrait le monde. D’une seule épaule, en sifflotant. Pépouze. En attendant de sortir du temple pour aller siroter le Nectar. Patience, mai n’est pas si loin.

English

Not very kosher, the electro made by Zerolex. Even less since he professes in his Temple, elevated to the rank of spiritual single last March. Spiritual? Yep and in the multiple senses of the word. No wonder it’s released by Black Milk Music, a stable of unorthodox musicians from Grand-Est of France. Once upon a time, Nancy was the public square of jazz and pulsation, now these are enthroned in the furious underground. To come back to Zerolex trio, the Temple, first side of a medal whose reverse side will shine at the end of May, is not afraid of trumpets. Neither of Jericho, nor elsewhere. But it remains a fan of the saxophone. Here it is that of Chromé which boosts the voices, provides a simple counterpoint to the profane choruses. Falsely casual. This Temple becomes an organic refuge, a classy hut to shelter Zerolex’s jazztronica. And this one takes care of its climates, from the broad synthetic strokes of the intro to the Frenchy songs which start again the machine. And go up the walls of the building where the beat plays it modest in front of a canon thing, close to the seventies lyricism, the lyricism of some determined processions. A lyricism which supports the game of the keyboards as one would support the world. With one shoulder, whistling. Easy. While waiting to leave the temple to go and sip the Nectar. Patience, May is not so far.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 24 mars 2021

George Otsuka 5tet / Loving You George
(Wewantsounds, reiss. 2021)

Français

1975, au Nemu Jazz Inn. George Otsuka vient de poser son quintet sur la côte, au sud de Nagoya. C’est juillet et le festival a bon teint. Il prendra encore d’autres couleurs avec les 4 plages menées grand train par le batteur. Coltrane est mort de l’autre côté du globe, il y a moins de 10 ans, mais le jazz modal et le spirit jazz continue de flamber. Ecouter les flammèches pyromanes de la reprise de Miles Mode. Le reste du concert est du même cru. Enfin du même cuit, tant les plages sont chaudes. Ecouter les cabrioles précises de Fumio Karashima aux Rhodes sur Something Everywhere, signée par ailleurs d’un autre fou des Rhodes, Steve Kühn. C’est fou comme cet album fait des allers-retours entre soleil levant et occident. Entre tradition et redéfinition des codes, aussi. Ceux de la funk, par exemple avec ce Loving You chipé à Minnie Riperton et joué flambé, là encore, comme une omelette norvégienne un jour de baptême païen. Tenant les allumettes, le quintet d’Otsuka joue serré, Wolfpack nippon. Pas d’espace à combler, pas de place pour le joli. C’est efficace, ultra efficace, même. Et magnifique. De la haute volée fondue dans une des devises dont les seventies étaient capable sans rougir. Faire feu de tout bois. Et la ressortie Wewantsounds de ce bijou rutilant, suit le mouvement. Flambant neuve.

English

1975, at the Nemu Jazz Inn. George Otsuka has just put his quintet on the shore, south of Nagoya. It’s July and the festival is in good shape. It will take more with the 4 tracks led by the drummer. Coltrane died on the other side of the globe, less than 10 years ago. But modal jazz and spirit jazz continue to blaze. Listen to the pyromaniac sparkles of the Miles Mode cover. The rest of the concert is also very raw. Finally no, cooked in the best way. Tracks are hot. Listen to the precise antics caped by Fumio Karashima on the Rhodes on Something Everywhere, signed by another Rhodes madman, Steve Kühn. It’s crazy how this album goes back and forth between the rising sun and the West. Between tradition and redefinition of codes, too. Those of the funk, for example with this Loving You pilfered from Minnie Riperton’s pocket and played flambé, there again, like a Norwegian omelette on a day of pagan baptism. Holding the matches, Otsuka’s quintet plays tight, nippon Wolfpack. No vacant space to fill, no room for the prettyness. It is effective, ultra effective, even. And magnificent. High-flying melted in one of the mottos of which the seventies were capable without blushing. It “wood” be great to try this. And this Wewantsounds reissue of this gleaming jewel, follows the movement. Blazing fire.

Album de la semaine – 17 mars 2021

Segment / Fantômes

(L’Arrosoir – Segment, 2021)

Français

Premier jet pour des petits gars qui ne sont pourtant pas des bleus. Premier jet de pierre, du genre de ceux dont naissent les ricochets, ad libitum, à l’envi. Des ricochets, des échos enfermés par bonheur dans la boîte à échos qu’est ce premier disque du trio Segment. Même si ici le seul vecteur visible reste l’énergie, souple et simple, avec laquelle chacun des musiciens fait avancer les deux autres, les maths sont à l’oeuvre. Théorème tranquille de Diminished Mad Walk, quadrature de Les Anneaux de Saturne, équation impossible de Continuum. Mais, au-delà de ces combines, dans Fantômes, il y a surtout la musique. Antonin Néel, Jean Waché et Victor Prost jouent équilibré. Comme d’autres mangent équilibré. En pesant, en réduisant, en compensant. Sans pour autant perdre en générosité, écouter la progression de Continuum, ni en inventivité, écouter les sauts de Fosbury en Orbite. Sorti des caisses de formations à géométrie variable comme Discord_ ou Cosmos, les inspis ont la classe de leur grandeur, affichent une gueule prometteuse de lendemains enchantés. C’est sans doute classique dans la facture, mais ça sait parfaitement faire le petit pas de côté qui décentre le discours attendu. Pour la métaphore, un pas de lindy hop fait par un gendre idéal en plein symposium de benchmark. Ravissant, au sens premier du terme.

English

First draft for little guys who are not yet rookies. First draf. Some kind of stone’s throw from which ricochets are born. Over and over. Ricochets, echoes locked up by happiness in the echo box that is this first album of the Segment trio. Even if here the only visible vector remains the energy, supple and simple, with which each of the musicians makes the two others move forward, the maths is at work. See Diminished Mad Walk’s quiet theorem, Les Anneaux de Saturne’s quadrature, Continuum’s impossible equation. But, beyond these tricks, in Fantômes, there is also music. Antonin Néel, Jean Waché and Victor Prost play balanced. As others eat balanced. By weighing, reducing, compensating. Without losing generosity, listen to the progression of Continuum, nor inventiveness, listen to the jumps of Fosbury in Orbit. Taken out of the boxes of formations with variable geometry like Discord_ or Cosmos, the inspis have the class of their greatness, displaying a promising face of enchanted tomorrows. It is undoubtedly classic in the invoice, but it knows perfectly how to make the small side step which decenters the expected speech. As a lindy hop step done by an ideal son-in-law in the middle of a benchmark symposium. Delightful, in the very first sense of the word.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 10 mars 2021

Bedmakers / Live In Berlin
(Jazzdor Séries, 2021)

Français

On l’avait noté pour un set du groupe au festival Météo de Mulhouse (août 2019), on aurait la redite facile avec ce LP, nouveau né des Jazzdor Séries gravé d’après un live à Berlin en juin 2018. En bref, la règle du jeu de ce quartet est ultra distincte. Soit, assener une énergie d’un coup unique et précis, jamais se retourner, revenir sur le motif à l’envi mais plus tard et pratiquer, sans cesse, la politique de la terre brûlée. Bedmakers et son cavalier leader, Robin Fincker, joue avec le folk plus qu’il ne joue folk. Ça rejoue même les plages du premier disque du combo (Mr Morezon, 2018), mais en les dispatchant, les reconstruisant. En plus cubistes, en plus cassées, peut-être plus chargées d’humanité. De plus, le truc est baseliné ‘Tribute to an imaginary Folk band’. Imaginaire, on étaient prévenus. Et dans cet imaginaire-là, il y a beaucoup plus qu’une déférence aux reels anglo-celtiques, beaucoup mieux qu’une resucée d’airs de sortie de pubs. Il y a certes de l’essence. De l’alcool, et du charbon aussi. Mais surtout de l’esprit, du spiritueux, si on veut. Rupture, patterns obsessionnels et fragments de mélodie. Tout se joue à l’écoute. Tout concourt à nous faire courir les deux pieds dans la boue, dans la poussières des chemins et dans une matière dont la noblesse laisse pantois. S’il y a noirceur, elle est lumineuse. S’il y a tentation vernaculaire, elle est détournée vers un ailleurs inventé. Organique et émouvant au possible.

English

It had been written for a set of the group at the Météo festival in Mulhouse (August 2019), we sure would say it again with this LP, new born of the Jazzdor Séries engraved after a live in Berlin (june 2018). In short, the rule of the game that this quartet is ultra simple: assert an energy in a single and precise shot, never looking back, come back on the pattern at will but later. Bedmakers and its lead rider, Robin Fincker, plays with folk more than they play folk music. It even replays the tracks from the combo’s first record (Mr Morezon, 2018), but dispatching them, rebuilding them. In a more cubist, more broken way, even in a more charged with humanity path. Moreover, this pretty thing is baselined ‘Tribute to an imaginary Folk band‘. Imaginary, we were warned. And in this imaginary, there is much more than a deference to Anglo-Celtic reels, much better than a resurgence of pub tunes. There is certainly some essence. Alcohol, and coal too. But above all spirit, liquor, if you like. Rupture, obsessive patterns and fragments of melody. It all comes down to listening. Everything contributes to make us run with both feet in the mud, in the dust of the paths or in a substance which nobility leaves us stunned. If there is darkness, it is luminous. If there is vernacular temptation, it is diverted towards an invented life. Organic and moving as much as possible.

Album de la semaine – 3 mars 2021

Forêt / Faulkner Songs

(Mr Morezon, 2021)

Français

Nicolas Lafourest est un récidiviste. Après Ma Walki débardé sur le même label en 2019, le guitariste sort une seconde fois du bois et Forêt sort ses Faulkner Songs. Enfin presque. Faulkner s’est invité en cours de route dans ces 10 miniatures, tombé d’une impression d’écoute amie. Et c’est la jolie chose de cet album. Ce qui en fait un album libre de toute référence, de tout concept de traduction musico-littéraire un poil en overdose ces temps-ci. Pas de Gambit, pas de Bruit ni de Fureur que des tracks intitulés Untitled et numérotés. Ou non. Du brut à se mettre sur l’oreille, à consommer on the rocks. Et brute, la musique de Faulkner Songs l’est carrément. Guitare branchée à l’ampli sans effet, ni combine. Reste alors la technique de jeu, l’intention de chaque note appuyée ou glissée. Reste surtout de sacrés paysages où vous êtes libres. Libres d’y ajouter la lumière d’août, des sycamore trees et de grands champs d’herbe rase si bon vous semble. Nicolas Lafourest, lui, semble avoir un coup d’avance sur vous. Vous encore dans les nimbes de Untitled#5 que Forêt est parti jouer aux échecs avec Bill Orcutt, sans doute au bord d’un fleuve épais.

English

Nicolas Lafourest is a kind of jailbird. After Ma Walki carved on the same label in 2019, the guitarist sticks his head out of the bush a second time. Forêt is releasing his Faulkner Songs. Well almost. Faulkner invited himself along the way in these 10 miniatures, fallen from an impression of friendly listening. And that’s the nice thing about this album. What makes it an album free of any reference, of any concept of music-literary translation, a bit overdosed these days. No Gambit, no Noise nor Fury. Just some tracks titled Untitled and numbered. Or not. Raw music to put on your ear, to consume on the rocks. And the music of Faulkner Songs is pretty raw. Guitar connected to the amp without any effects or tricks. What remains is the playing technique, the intention of each note pressed or slid. Above all, what remains is a fuckin’ landscape where you are free. Free to add the Light of August, sycamore trees and wide fields of short grass if you like. Nicolas Lafourest seems to be one step ahead of you. You still in the nimbes of Untitled#5 that Forêt has gone to play chess with Bill Orcutt. You can even hear’em on the banks of some thick river.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 24 février 2021

Pierre Barouh / Le Pollen  
(WRWTFWW Records, 2021)

Français

Pierrot part au Japon. Quête de la boule d’or. Pas le mimosa, d’ailleurs y-a-t-il du mimosa au Japon ? Nope, une boule encore plus petite. Le Pollen. Ce petit truc parfait pour les changements de saison des sportifs. Et, à bien entendre ce disque, parfait aussi pour se construire des échafaudages et grandir. Le Pollen, le disque, est sorti en 1982 chez Columbia Japan. Il ressort le mois prochain sur WRWTFWW Records, label genevois. C’est une beauté fragile, sensible, une douceur du matin, ce Pollen. Soit Pierre Barouh, rêveur international, qui se frotte ici à l’avant-garde ambient-jazz japonaise. Le miracle opère, facile. C’est la greffe du Yellow Magic Orchestra de Yukihiro Takahashi et Ryuichi Sakamoto sur la philosophie Saravah, maison de musique fondée par Pierre Barouh. Cette maison accueillit Brigitte Fontaine, Alfred Panou, Barney Wilen, Steve Lacy, Michel Roques entre autres diagonaux créateurs. C’est vieux, Le Pollen ? Oui, sans doute un peu face à PNL. Pas tant que ça à comparer avec les prods dernières qui inondent les plateaux hype. Disons plutôt intemporelle, la musique de ce Pollen. Bitter-sweet, full d’une mélancolie à fleur d’épaule dans ses textes, assez sensuel dans sa rythmique et ses arrangements. On y croise d’ailleurs, et sans hasard, Françis Laï et David Sylvian. Pierre Barouh, qui enregistre ce disque sur une simple invitation du label japonais, livre une collection entêtante de visions lapidaires et géniales. De L’Autre Rive jusqu’à Demain. Un voyage en deux faces. Long comme un jour heureux. Passé à ne rien faire.

English

Pierrot went to Japan. Quest for a golden ball. Not the mimosa one, is there even mimosa in Japan? Nope, talkin’ here ‘bout a smaller ball. Le Pollen. This little trick with is perfect for sportsmen’s change of season changes. And listening this record Pollen is also perfect for growing up. The Pollen, the record, was released in 1982 by Columbia Japan. It will be released next month on WRWTFWW Records, Geneva label. This Pollen is a kind of fragile and sensitive beauty, a morning sweetness. Pierre Barouh, an international dreamer, rubs shoulders here with the Japanese ambient-jazz avant-garde. The miracle works, easy. It is the grafting of the Yellow Magic Orchestra of Yukihiro Takahashi and Ryuichi Sakamoto on the Saravah philosophy, a house of music founded by Pierre Barouh. This house welcomed Brigitte Fontaine, Alfred Panou, Barney Wilen, Steve Lacy, Michel Roques among other creative diagonals. Is it oldschool? Yes, probably a little in front of Billie Eillish. Not so much thus listening to this production. Let’s say rather timeless, absolutely free, the music of this Pollen. Bitter-sweet, full of light melancholy in its lyrics, quite sensual in its rhythm and arrangements. One crosses there Françis Laï and David Sylvian. Pierre Barouh, who recorded this record on a simple invitation from the Japanese label, delivers a heady collection of lapidary and brilliant visions. De L’Autre Rive until Tomorrow. A journey on two sides. Long as a happy day. Spent doing nothing.

Album de la semaine – 17 février 2021

Marcos Resende & Index / Marcos Resende & Index

(Far Out Recordings, 2021)

Français

De la soie. De la pépite en vogue pour diggers en goguette. Jugez sur pièce. Du funk-prog brésilien belle époque, un album resté dans les cartons de son pilote, un pilote passé au statut de musicien de studio, un label dénicheur de qualité qui s’en empare. Far Out sort l’album éponyme Marcos Resende & Index. Mis à l’index, justement, depuis sa mise sur bandes en 1976 par Resende himself becoz exigence face au boulot fourni et temps qui passe. Joe Davis, le taulier de Far Out sort le LP en janvier dernier. De la soie. Basse ronde et véloce sans être graveleuse. Percus en retrait mais assurant la course au bonheur (Nergal) et libre cours aux claviers de Resende, prodigal son du 88 touches et cousins. C’est prog, oui. Ça se construit dans la longueur, ça fait des détours. Jamais gratuits pourtant. Le sax rappelle son petit monde juste avant la ligne à ne pas franchir (Martina). C’est funk, aussi. La basse est là, omniprésente, omnipotente. Basse qui lance les claviers vers des climats inespérés et veloutés. Marcos Resende est le genre de spationaute prolixe sans être bavard. L’anti-Thomas Pesquet, en sorte. Soulful et soyeux.

English

Silk. A fashionable nugget for diggers in a bunch. Judge its parts. Brazilian funk-prog from the good old days, an album that has remained in the boxes of its leader, a leader who has become a studio musician, a quality label that has taken it over. Far Out releases the eponymous album Marcos Resende & Index. Dissmissed, precisely, since it was put on tapes in 1976 by Resende himself because of his exigency in front of the provided work. Joe Davis, Far Out’s boss, released the LP last January. Silkness. Round and swift bass without being perp. Percussions lost in the background but ensuring the race to happiness (Nergal) and free rein to Resende’s keyboards, prodigal son of the 88 keys and cousins. That’s prog, yes. That’s built in the length, it makes detours. Never free though. The sax calls everyone to order just before the thin red (Martina). It’s funk, too. Yes. The bass is there, omnipresent, omnipotent. A bass that sends the keyboards towards unexpected and velvety climates. Marcos Resende is the kind of prolific astronaut without being talkative. Silky and soulful.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 10 février 2021

Madlib / Sound Ancestors
(Madlib invazion, 2021)

Français

Demande et tu auras. Four Tet a tenté ce vieux philo-précepte et a été récompensé. Des boucles, des samples, des bouts de sons à peine calibrés par Madlib. Deux ans de boulot entre Kieran Hebden et le hip hop prod’ aux mille pseudos sortir ce Sound Ancestors, fin janvier dernier. D’une certaine façon, c’est l’arrière-petit cousin du Moshi de Barney Wilem. Un bilan perso, un fuck finger très calme, une compile à l’échelle de la planète. 16 plages comme 16 petites cellules-mondes. 16 plages à enchainer avec un sérieux souci de la chronologie. Tout se mélange avec un sens aigu du collage. Tout s’enchaine à dessein, se répond en écho. La basse playboy de Dirtnock aux hypnoses vocales de Duumbiyay, la pop crasse de Terry Britten reconstruite sur The Call aux blabla téléphonés sur Hang Out (Phone Off). Sound Ancestors est un disque qui s’écoute. Un LP à passer assis en tailleur, avec un head-banging soft et délicat. Alors passent les Ancestors dans toute leur classe canaille, les plus proches comme Quasimoto ou J-Dilla himself, les plus lointains, afro-latino. Madlib, arrangé par Four Tet, c’est clair, c’est une généalogie paradisiaque. Têtue, sexy, lettrée. « En pleine possession de ses moyens », ajouterait Robert Chapatte.

English

Ask and you shall receive. Four Tet tried this old philo-precept and was rewarded. Loops, samples, bits of sounds barely calibrated by Madlib. Two years of work for Kieran Hebden and the producer with a thousand pseudonyms to release this Sound Ancestors, last January. In a way, it’s the great-grand cousin of Barney Wilem’s Moshi. A personal assessment, a very calm f*** finger, a compilation on a world scale. 16 tracks to follow with a serious concern of chronology. Everything mixes with a strong sense of collage. Everything is deliberately linked together, echoing each other. Dirtnock‘s playboy bass to Duumbiyay‘s vocal hypnoses, Terry Britten’s filthy pop reconstructed on The Call to the phoned blah blah blah on Hang Out (Phone Off). Sound Ancestors is a record you can listen to. An LP to be played sitting down on the floor, with a soft and delicate head-banging. Then play the Ancestors in all their scoundrel class, the closest like Quasimoto or J-Dilla himself, the farthest, Afro-Latino. Madlib, arranged by Four Tet, it’s clear, it’s a heavenly genealogy. Stubborn, sexy, literate.

Album de la semaine – 3 février 2021

Grégory Ott / Parabole, Als das Kind Kind war

(Jazzdor Séries, 2021)

Français

Allez hop, cinéma, splitscreen. Wenders versus Strasbourg. Jazzdor à Berlin, terrain connu. Deux anges sur un mur sur la gauche, sur la droite deux pianistes qui devisent. Un fond de pelloche pour les unir, tous. Das Himmel Über Berlin. en VF, Les Ailes du désir. Wenders presque intangible, versé dans une fraternité immense, filmée d’abord en noir et blanc puis dans la chair de la couleur. Wenders dans des envolées sur l’amour, le presque rien du quotidien. Handke l’a pris aux mots. Naïveté sublimée. Als das Kind Kind war, l’enfant se demandait pourquoi je suis moi et non pas toi. Grégory Ott et Philippe Ochem ont beaucoup désiré eux aussi, comme Damiel et Cassiel babillant sur le cuir d’une Mercedes. Les premiers, le cuir face au piano. Et c’est Ott qui frappe sur ce nouvel opus siglé Jazzdor Séries. Par décentrements constants, par improvisations précises, par chambres d’écho. Comme dans Perpetual Blues. Par exemple. La main gauche est épaisse, s’affale quand la droite tente de rompre la martingale. Blues impossible, injonction à la Tatum, basses vissées au sol. Il y a mille équilibres impossibles dans ce disque. Mille failles discrètes d’où luit une mélancolie légère. Un ange boitillant. Deux ailes vissées sur l’échine.

English

Let’s go. Cinema, action, splitscreen. Wenders versus Strasbourg. Jazzdor in Berlin, a familiar ground. Two angels on a wall on the left, on the right two pianists chating. A film strip to unite them all. Das Himmel Über Berlin. Read The Wings of Desire. Wenders almost intangible, poured into an immense fraternity, filmed first in black and white and then in the flesh of colour. Wenders in surges of love, the almost nothing of everyday life. Handke took him at his word. Sublimated naivety. Als das Kind Kind war, the child wondered why I am me and not you. Grégory Ott and Philippe Ochem also wanted a lot, like Damiel and Cassiel babbling on the leather of a Mercedes. The first, the skin facing the piano. And it is Ott who strikes on this new opus signed Jazzdor Séries. By constant offsets, by precise improvisations, by echo chambers. As in Perpetual Blues. For example, in Perpetual Blues. The left hand is thick, slumps when the right tries to break the martingale. Blues impossible, injunction a la Tatum, basses screwed to the ground. There are a thousand impossible balances in this record. A thousand discreet faults from which a light melancholy shines through. A limping angel. Two wings screwed on the spine.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 27 janvier 2021

ARK / Travelling Minds
(décembre 2020)

Français

First Steps. D’aucuns auront fait des pas de géants, d’autres des pas chassés pour leurs premières gravures d’importance. Le trio ARK, lui, pour la sienne (sorti en décembre dernier) aura fait ses trois pas sur le côté. Marchant sur les balises d’un jazz tenté par l’Americana et de ses représentants famous & glorieux comme Bill Frisell, John Zorn et Marc Ribot, cette triade bourguignonne prend vite le fossé. Parfaitement. C’est-à-dire en oubliant de s’y embourber. C’est du triple saut, de la marche nordique. À grande enjambées, on entre dans ce Travelling Minds. Malgré le rythme la Waltz d’ouverture. Le soin de la mélodie s’impose rapidement, la cohérence du combo s’affiche. Simple, claire et réactive comme dans les soubresauts de People Square. C’est carré, volubile. Bien entendu, c’est le début du chemin mais c’est déjà quart de tour et compagnie. Ici, la compagnie, c’est Joseph Bijon, Clément Drigon et Benoit Keller. On passera très vite sur la parentèle des deux premiers, en prenant tout juste le temps pour piger que la clarté vient rarement de nulle part. Pour le Troisième Larron, c’est la foire. Aux idées. Pesées, as usual, avec une économie de discours qui fait un bien fou dans les déferlantes communicationnelles de ces derniers mois. La guitare façon Bijon ne s’arroge pas pour autant de longs solos de cowboys jazzy mais perce ses saillies avec d’assez d’espaces pour la science prometteuse des balais selon Drigon. Le premier album d’ARK avance ainsi, clairement, avec de grands pas de mini-géants têtus.

English

First Steps. Some will have made giant steps, others will have chosen slidings for their first important engravings. Thus, ARK trio will have taken its three steps to the side. Walking on the beacons of a jazz tempted by Americana and its famous & glorious representatives such as Bill Frisell, John Zorn or Marc Ribot, this Burgundian triad quickly takes the ditch. Perfectly. That is to say, by forgetting to get stuck in it. It’s triple jump, Nordic walk. With great strides, you enter in this Travelling Minds. In spite of the rhythm the opening Waltz. The care of the melody quickly imposes itself. Simple, clear and reactive as in the jolts of People Square. It’s square, yes and voluble, too. Here we talk ’bout Joseph Bijon, Clément Drigon and Benoit Keller. We’ll very quickly pass over the relatives of the first two, taking just enough time to understand that clarity rarely comes from nowhere. For the Third Thief, it’s a ideafair. Weiged fair, as usual, with an economy of speech that does a great deal of good in the communicational bustles of the last few months. The Bijon-style guitar doesn’t take on long jazzy cowboy solos but pierces its protrusions with enough space for the promising science of brooms according to Drigon. ARK thus advances with the clarity of big steps made by stubborn mini-giants.

Album de la semaine – 20 janvier 2021

Spécial SONS D’HIVER 2021 :
Edward Perraud & Elise Caron / Happy Collapse

(Quark Records, 2020)

Français

Il y a cette plante qu’on appelle saxifrage. Un végétal à la volonté farouche qui ne contourne pas la pierre, mais l’enserre, la perce et la fend. Ici, la musique, on le sait depuis les expérimentations ‘shop suey’ de Bitter Sweet (Quark records, 2012), va ainsi. Dans ce duo, on compte une vocaliste-flûtiste et un batteur-electronicien. Elise Caron est aussi foreuse de folklore rigolard, Edward Perraud, lui, verse également dans la tradition dandy un rien flambeuse. La jonction, l’agencement des deux personnalités pousse le commun sur des rivages de tendresse infinie. De tendresse bousculée, où se cisèlent des miniatures entêtantes (La Guerre), toujours un peu étranges, toujours un peu perturbantes. Et c’est là, la trouvaille jolie, faite à deux têtes. Caron et Perraud savent se perdre et perdre votre oreille sur des territoires arpentés par la tangente. Boutoirs électros, novlangue intimiste, improvisations fracassantes. Ça frappe la pierre, le bon sens (Madrigal) et votre tympan. Le paradoxe semble constitutif de la paire Perraud/Caron, paradoxe qui, sous sa petite gueule d’oxymore va chercher un familier empesé, avec le soin dont on empesait les liquettes, d’inédit. Le silence et le creusement de la matière sonore jouent une part égal, la chose publique s’invite ici (La Meute et le troupeau), la pensée est lourdement active en restant planquée. Happy Collapse joue de ses happy collages, avec ce truc des jardiniers ramassant les éclats de pierres fendues. 

English

There is a plant called saxifrage here in France. A plant with a fierce willpower that does not bypass the stone, but surrounds it, pierces and splits. Here, the music goes like this, as we know from the ‘shop suey’ experiments of Bitter Sweet (Quark records, 2012). This duo is made up of a vocalist-flutist and an electronic drummer. Elise Caron is also a drill for shrewd folklore, while Edward Perraud also dances with that a touch of flamboyance drilled in the dandy tradition. The junction, the arrangement of these two personalities pushes the common on shores of infinite tenderness. Of jostled tenderness, where stubborn miniatures (La Guerre), always a little strange, always a little disturbing, are chiselled. And this is the very pretty inspiration, made with two heads. Caron and Perraud know how to get lost and even lose your ear on territories criss-crossed by the tangent. Electros, intimate language, shattering improvisations. It hits the stone, common sense (Madrigal) and your eardrum. The paradox seems to be part of the Perraud/Caron pair, a paradox which, beneath its little face of oxymoron, will look for a familiar, stinking, with the same care that one used to stink of shirts, of something new. Silence and the digging of the sound matter play an equal part, the public thing invites itself here (La Meute et le troupeau), thought is heavily active while remaining hidden. Happy Collapse plays his happy collages, with this trick of the gardeners collecting splinters of split stones.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 13 janvier 2021

Glowing Life / Vies Scintillantes

(Ayler Records, 2020)

Français

Sous la surface, le rayonnement. Des eaux, des émois, des égos. Le tout contenu, sans pudeur, dans Vies Scintillantes, titre-alter ego frenchy du nom du groupe piloté par Sylvaine Hélary. Habituée des expérimentations comme des cadres solides, la flûtistes est ici sur un terrain à sa main. Antonin Rayon, Benjamin Gilbert, Christophe Lavergne sont en back-up deluxe. Cette mini-liste suffit à évoquer le pédigrée en jeu au sein de ce quatuor. Les recherches de chacun sont versées dans le commun et Glowing Life bruisse et sonne avec une classe fascinante, une liberté foisonnante. Hélary colle ses propres mots à ceux empruntés à la bibli de PJ Harvey et Eric Vuillard, Lavergne propulse chaque saillie avec finesse et certitude. Naît alors une musique qui prend le temps de la volupté et de la bousculade. Du corps aussi, dans les remous fourbis par Glibert et Rayon (Après la pluie, Thinking to Dance). Ça croise la pop audacieuse à l’expé séditieuse, ça greffe le poème le plus ténu au groove le plus explicite. C’est électrique, c’est fort d’une discipline agitée. Le genre de truc qu’on trouve, en prenant le mesure de ce qui vit sous la surface ou sous la peau. Modestement parfait.

English

Below the surface, shimmers. Sparkling waters, emotions, egos. All contained, without modesty, in Vies Scintillantes, a Frenchy alter ego-title of the name of this combo led by Sylvaine Hélary. Accustomed to experimentation as to solid frames, the flautist is here on a adjusted field. Antonin Rayon, Benjamin Gilbert, Christophe Lavergne are some kind of deluxe back-up. This mini-list is enough to evoke the pedigree at play within this quartet. Each person’s research is poured into the commonplace and Glowing Life rustles and sounds with a fascinating class, an abounding freedom. Hélary sticks her own words to those borrowed from the library of PJ Harvey and Eric Vuillard, Lavergne propels each projection with delicacy and conviction. The result is that music that takes some time for voluptuousness and jostling. For a thickened body too, in the turmoil created by Glibert and Rayon (Après la pluie, Thinking to Dance). It crosses audacious pop with seditious experimentation, it grafts the most tenuous poem to the most explicit groove. It’s electric with a strong and agitated discipline. The kind of thing you find by taking the measure of what lives under the surface or under your skin. Simply awesome.

Album de la semaine – 6 janvier 2021

Madvillain / Madvillainy

(Stones Throw, 2004)

Français

2004, Madvillainy. Tout ou presque a été dit, contredit et redit sur cette pierre de touche signée par Madvillain, aka la paire Madlib/MF Doom pour Stones Throw. En résumé, un double LP élevé au rang d’album culte, un trait de génie dense comme le brouillard d’un matin de janvier en Bourgogne, le beat même de la grâce descendu sur terre. 22 plages foisonnantes calées en format court, la plus longue atteint exceptionnellement les 3’59. Madvillainy, c’est une élégie version hip hop. Un tiroir caisse philanthrope où tinte la caillasse de mille samples amoureux. Choppés à la galaxie du groove dans son périmètre le plus large. Dont le jazz. Entre autres, en vrac et dans le désordre : Bill Evans, George Duke, Sun Ra, Lonnie Smith et les Mothers Of Invention. Tout a été dit sur Madvillainy. Rien à redire de mieux. MF Doom a disparu, une fois de plus. Mystérieusement, toujours mais, cette fois-ci, définitivement. Reste donc, notamment, cette galette intergalactique, indéboulonnable. On en extrait Curls. Une pépite de douceur, pas réservée aux coiffeurs mais posée sur un sample à plaisir. Airport Love theme de Waldir Calmon. Le genre de truc qui lance une journée, malgré le brouillard. Ou la finit, en bonne compagnie, avec un Vermouth et un feu de cheminée. Ou ailleurs encore. Là, où ce satané vilain tour de Doom vous aura posé. Tiens bon, encore un peu, Madlib.

English

2004, Madvillainy. Almost everything has been said, contradicted and repeated on this touchstone. ’twas done by Madlib/MF Doom Inc. for Stones Throw. In short, a double LP elevated to the rank of cult album, a stroke of genius as dense as the fog of a January morning in Burgundy, the very beat of grace descended to earth. 22 tracks of short formats, the longest one exceptionally reaches 3’59. Madvillainy is a hip hop version of elegy. A philanthropic cash drawer where sparkle a thousand of love samples. Caught in the galaxy of groove in its widest. Including jazz. Amongst others, loose and in disorder: Bill Evans, George Duke, Sun Ra, Lonnie Smith and the Mothers Of Invention. Everything has been said about Madvilainy. Nothing better to say. MF Doom has disappeared, once again. Mysteriously, always, but this time, definitively. What remains is, in particular, this intergalactic, unbreakable wafer. Curls is extracted from it. A nugget of sweetness, not reserved for hairdressers. The kind of thing that launches a day, despite the fog. Or ends it, in good company, with a Vermouth and a fire in the fireplace. Or somewhere else. There, where that damn ugly trick by Doom will have leaved you. Hang on a little longer, Madlib.

pochette EP - Merry Xmas

Album de la semaine – 16 décembre 2020

Élie Martin-Charrière / Merry Christmas & **** 2020

(autoprod, 2020)

Français

Foutraque et cohérent. 3 plages en modèle long-courrier, 1 solo format Twitter et 1 reprise tutélaire. 5 titres enregistrés sans lien entre novembre 2019 et juillet 2020. 5 raisons qui suffisent à faire de cette mini-galette notre petite épiphanie de la semaine. Le solo est aussi rapide qu’efficace dans sa touche sensible. La resucée du Bye Ya de Monk est shinny comme une guirlande chantant Merry Christmas. Indolente, cuivrée, amusée et fidèle à l’esprit ludique du pianiste cubiste. On le savait depuis les frappes d’Élie Martin-Charrière au sein du quartet H!. Ici Charrière joue encore plus avec les charnières. Celle de la bascule calendaire. Merry Christmas & **** 2020. C’est le titre de ce EP. Les astérisques se décodent easy. Plus complexes, et donc plus fascinantes, sont les 3 longues plages d’ouverture. Impeached, Gandharvas et Garapa Gineo forment une longue suite cinématique. Long and lean, diraient les ricains. Et dans la queue de cette comète résonnent les aventures sonores du ciné-jazz des seventies, une prod patiente et têtue, la fusion from Japan, la pop de Radiohead, des espoirs politiques et des préoccupations intimes à forte tendance humanistes. Une comète génialement foutraque, urgemment cohérente. Pilotée à deux mains. L’une faisant un doigt d’honneur à ces mois de confinement et l’autre abritant le regard du batteur de la lumière forte pour mieux voir. Loin. Et au-delà.

English

Unpaired but logical. 3 tracks in a long haul model, 1 Twitter-formatted solo and 1 totem pole cover. 5 tracks recorded without any link between November 2019 and July 2020. 5 reasons enough to make this record our little epiphany of the week. The solo is as fast as strong in its sensitive touch. The resucée of Monk’s Bye Ya shines as a garland singing Merry Christmas. Indolent, brassy, amusing and true to the playful spirit of the cubist pianist. We’ve known it since Elie Martin-Charrière’s hits with the H! quartet. Here EMC plays the emcee: Merry Christmas & **** 2020. This is the title of this EP. The asterisks are easy to decode. More complex, and therefore more fascinating, are the 3 long opening tracks. Impeached, Gandharvas and Garapa Gineo form a long cinematic sequence. Long and lean, as one would say in America. And in the tail of this comet ring the sound adventures of seventies jazz cinema, a headstrong prod, the fusion from Japan, the pop of Radiohead, political hopes and intimate concerns with a strong humanist tendency. A beautifully plotted comet, urgently coherent. Piloted with two hands. One hand giving a finger to these months of lockdown and the other shielding the drummer’s gaze from the strong light to see better. Far away. And beyond.

Album de la semaine – 9 décembre 2020

Jean-François Pauvros / A tort et au travers

(nato, 2020)

Français

On pourrait dire que le jazz d’aujourd’hui est fait de syncrétismes – de mélanges, si vraiment vous préférez. Mais quand on écoute le dernier disque de Jean-François Pauvros, on se dit tout que tout était déjà là depuis longtemps. Le guitariste revient chez nato avec cet album qui mélange sans vergogne le free, le rock et la chanson. Antonin Rayon (piano, orgue) et Mark Kerr (drums) tiennent la baraque : la basse d’un côté, grave et lourde, et la batterie, pétrie de grooves divers et rentre-dedans, imperturbable. Ce trio s’amuse avec la matière sonore. On triture, on torture, on explose. La guitare pauvrossienne bien au-dessus de la mêlée, dingo et volubile. Un peu de poésie vient fignoler, voix chaude de Pauvros, le travail d’architectes du chaos des trois compères. Doux, mais pas plus qu’il ne faut. (Lucas Le Texier)

English

Some could say that today’s jazz is made of syncretisms – of mixtures, if you really want an another word. But when you listen to Jean-François Pauvros‘ latest record, you can tell yourself that everything has been there for a long time. The guitarist returns to nato with this release that shamelessly mixes free, rock and song. Antonin Rayon (piano, organ) and Mark Kerr (drums) keep the shack clean. Bass on one side, low and heavy, and drums in other hand, full of various grooves and impassive. This trio had fun with the sound material. This is weaving, this is torturing and finally all of this explodes. The pauvrossian guitar, well above all, sings crazy and voluble. A bit of poetry comes to polish up the work of architects of the chaos of the three companions. Sweet, but no more than necessary.

Wish For Long (extrait)

par Jean-François Pauvros | A Tort et au travers (2020)

Album de la semaine – 2 décembre 2020

Leyla McCalla / Vari-Colored Songs

(Smithsonian Folkways, 2020)

Français

Il y a des chanteuses qui sont des charnières. Entre deux époques, entre l’intime et l’extérieur, entre les monde des dreamers et le réel. Leyla McCalla survole un peu toutes ces étiquettes, paie un classe tribute au poète Langston Hughes et joue avec toutes les nuances de noir que l’histoire des premières nations contient. De ces premières nations sont nées les préoccupations actuelles dont le plupart sont agitées, secouées avec une beauté farouche dans ce Vari-Colored Songs. Sorti d’abord en 2014 et ressorti cette année par Smithsonian Folkways à un moment où l’histoire cahote un peu, zozote carrément des rues américaines au studio français d’un producteur de musique. Leyla McCalla convoque, elle, en Nouvelle-Orléans et pour 15 pépites le folk ricain et le Kreyòl haïtien, une des composantes de l’identité africaine. Plus fort qu’un tract anticolonialiste, pas moins brutal qu’un crachat à la face du suprémacisme, plus doux qu’un cataplasme de lait chaud sur une blessure.

English

Some female singers are pivots. Between two eras, between the innerlife and the outside, between the world of dreamers and reality. Leyla McCalla flies over all these labels, pays a very class tribute to the poet Langston Hughes and bets with all the shades of black that the history of the First Nations contains. From these First Nations were born the current preoccupations, most of which are stirred, shaken with fierce beauty in this Vari-Colored Songs. First released in 2014 and re-released this year by Smithsonian Folkways at a time when history is bumping again from the streets of America to the French studio of a music producer. In New Orleans, Leyla McCalla calls for 15 nuggets of American folk and Haitian Kreyòl, one of the components of African identity. Stronger than an anti-colonialist flyer, no less brutal than a spit on a supremacist face, softer than a poultice of warm milk on a wound.

Album de la semaine – 25 novembre 2020

Devin Gray & Gerald Cleaver / 27 Licks

(Rataplan Records, 2020)

Français

Dans la chronique de Socialytics, son dernier enregistrement paru en mai dernier, nous disions que même au-delà du souffle et des limites, Devin Gray restait un musicien. Un inventeur de lien social. Un preneur de son de communauté. Voici une évidence de plus. En 27 licks, Gray renforce le lien qui l’unit à un autre batteur, ami admiré, Gerald Cleaver. En 27 licks, Devin fourbit une nouvelle façon de rendre hommage : en mettant au défi, en se frottant contre, en devisant avec l’objet même de cet hommage. 27 clicks, l’album, né d’un long compagnonnage et enregistré en décembre 2019, est le témoin d’un moment. Celui où un double et son maître font corps commun, au même instant. Ça fore dans la matière frappée, ça fignole des solutions pour bousculer l’espace sonore. Ça se paie même le luxe, habituel chez Mista Rataplan, de vous balancer un peu de politique entre deux triolets. Le projet est ainsi chez ce batteur. Vivre, déclarer et jouer ne sont qu’une est même chose. Et 27 licks prend le temps de vous le faire sentir en 8 tracks. Malins, séditieux et fraternels.

English

In the review of Socialytics, his latest recording released last May, we said that even beyond breath and limits, Devin Gray is to be seen as a genuine musician. An inventor of the social bond. A sound engineer for his own communities. Here’s one more piece of evidence. In 27 licks, Gray strengthens the links that connect him with another drummer, an admired friend, Gerald Cleaver. In 27 licks, Devin devised a new way of paying tribute: by challenging, dealing with and conversing with the very subject of this tribute. 27 licks, the album, born of a long companionship and recorded in December 2019, is the mark of a moment. That moment where a double and his master become one common, at the same moment. It drills into the material being struck, it freezes solutions to shake up the sound space. It even has the luxury, of course here we’re at Mista Rataplan’s, of putting a bits of politics between two triplets. That’s how the whole project is with this drummer. Living, declaring and playing are one and the same thing. And 27 licks take the time to make you feel that in 8 tracks. Clever, seditious and fraternal.

Album de la semaine – 18 novembre 2020

Googie & Henry Canyons / Hijinx

(BackwoodzStudios, 2020)

Français

Back in da game, le petit blanco de Brooklyn. Henry Canyons, pape miniature d’un hip hop créole, faussement tranquille mais furieusement fun, est de retour. Deux ans après The Cool Side Of The Pillow qui tourne toujours en boucle sur les platines du mag, voici Hijinx. Petit entresort très classe, petite baraque anti-rococo. Pas de détour dans les flows croisés ici par Googie et Canyons. Ça visite pas mal d’endroits, ça laisse la frénésie au vestiaire et ça se permet de sonner classe en approchant le son Brothers In Arms sur Galvanize Pride. Cela seul leur vaudrait une Medal Of Honor pour le risque pris. Pour le reste, c’est une fois de plus multiple, super sensible, toujours un peu étrange, le petit monstre bicéphale qu’est Synonymisms, souvent kické du bassin comme la prod quasi-frenchie de You Could Be. C’est pas de mal de choses, yep, mais avant cela, c’est très très addictif.

English

Back in da game, the lil’ whithey from Brooklyn. Henry Canyons is back. This thumbnail pope of a recipe of a hip hop that would be Creole, falsely quiet but furiously fun. Two years after The Cool Side Of The Pillow, which is still running on a loop on the mag’s turntables, here is Hijinx. A classy little entresort, a little anti-rococo shack. No bend in the flows crossed here by Googie and Canyons. This LP visits a lot of places, it leaves the frenzy in the locker room and even allows itself to sound classy by approaching the Dire Straits’ Brothers In Arms sound on Galvanize Pride. This would earn them a Medal Of Honor for the risk taken. For the rest, it’s once again multiple, super sensitive, always a bit strange, the little two-headed monster that is Synonymisms, often kicked from the hips like the quasi-frenchy production of You Could Be. It could be a lot of things, indeed. But even before that, this is very, very addictive.

Album de la semaine – 11 novembre 2020

EABS / Discipline Of Sun Ra

(Astigmatic Records, 2020)

Français

Damned, ça peut faire tilt. D’après Herman Poole Blount, plus connu sous le sobriquet pas si sobre de Sun Ra, on navigue à vue dans le monde d’après la fin du monde. Et bien calés derrière nos oeillères, on en a oublié le respect de ce qui a été et la discipline face à ce qui adviendra. Galère. Et à bien regarder l’allure de la période actuelle, on n’a pas l’air tout à fait prêts de sortir le museau de la brume. Et si une des solutions venait du jazz ? Du jazz from Poland qui plus est. Toujours à la pointe, toujours à l’aise dans les demi-teintes comme dans les fusions diverses, et ce, depuis une paire d’années maintenant. Et les quatre lettres de EABS ne viendront rien démentir de cette possible solution. Le sextet sort sont troisième album, un vortex où la soul cohabite avec le free, où l’énergie du hip hop fait des oeillades au street jazz. Après avoir réécrit quelques lignes de Komeda sur son premier disque, EABS s’adresse donc au Dieu Ra, le p’tit gars venu de Saturn pour sauver le monde en musique. C’est pétri de space licks et de métaphores cosmiques. C’est urgent, politique, ultra précis et plein d’une gloire passée. Parfait pour lire l’avenir. Discipline Of Sun Ra nous sauvera au moins de la grisaille des confinements passés et futurs.

English

Damn, it can match! According to Herman Poole Blount — better known by the not-so-nicked nickname of Sun Ra — people surf the water of the world after the end of the world. And well wedged behind our blinkers, we have forgotten respect for what has been and discipline in front of what has to come. Funny pain in the ass. And looking at the current period, we don’t seem quite ready to get our noses out of the mist. What if one of the solutions came from jazz? Jazz from Poland, moreover. Always at the forefront, always at ease in half-tones as well as in various fusions, and has been for a couple of years now. And the four letters of EABS will not detract from possible solutions. The sextet is releasing its third album, a vortex where soul coexists with free music, where the energy of hip hop makes eye contact with street jazz. After rewriting the lines of Komeda for the first record, EABS now turns to the God Ra, the lil’ guy who came from Saturn to save the world in music. It’s full of space licks and cosmic metaphors. It’s urgent, political, ultra-precise and full of past glory. Perfect for reading the future. Discipline Of Sun Ra will at least save us from the greyness of past and future lockdowns.

Album de la semaine – 28 octobre 2020

ARFI / inDOLPHYlités

(Label ARFI, 2020)

Français

Pas de fausse excuse, pas d’anniversaire, pas de commémoration. Juste une envie. De prolonger, de rebattre les cartes et la fougue d’un album. L’album c’est Out To Lunch d’Eric Dolphy, enregistré pendant un jour off en février 1964. L’envie, c’est celle du collectif lyonnais ARFI. Depuis 1977, ce creuset d’indiscipline fait des merveilles, il en est encore question avec cet inDOLPHYlités. Prolongement, rebattue de cartes et de fougue. Le quintet est identique dans son instrumentarium, la tracklist à peine bousculée. Hat And Beard ouvre le bal et Straight Up And Down ferme bien le ban. Entre ces deux bornes, d’autres bornes qui sont dépassées, augmentées et revissées avec un respect infidèle. Out To Lunch se voit doublé d’un Out To Punch qui met l’eau à la bouche dans ces temps de reconfinement. Something Sweet gagne un cousin frenchy plein de velours et de lumière classe. Damné soit le premier. Pas une conclusion, juste un ultime ajout de l’ARFI, en forme de clin d’oeil au premier des deux déjeuners. Royaux. Tant pis pour les hipsters, on restera plus Lunch que Brunch.

English

No excuses, no birthdays, no memorials. Just a urge. To extend, to reshuffle the facts and the fervor of an album. The album is Out To Lunch recorded by Eric Dolphy during a day off studio in February 1964. The desire is that of the Lyon-based collective ARFI. Since 1977, this melting-pot of indiscipline has been working wonders, same mood yet with this inDOLPHYlités. Prolonged, buttered with cards and ardour. The quintet is identical in its instrumentarium, the tracklist’s been barely shaken. Hat And Beard sets the ball rolling and Straight Up And Down ends the story. In between these two lines, other lines are crossed, Facts are revised with unfaithful respect. Out To Lunch is doubled by an Out To Punch, which makes your mouth water in these times of re-lockdown. Something Sweet gains a Frenchy cousin full of velvet and classy light. Damné soit le premier is any conclusion but just a final addition from ARFI, in the form of a wink at the first of this two Lunch. Royal. Too bad for the hipsters, we’ll stay more Lunch than Brunch.

Out To Punch

par ARFI | inDOLPHYlités (2020)

Album de la semaine – 7 octobre 2020

Alain Bellaïche / Sea Fluorescent

(Souffle Continu Records, reed. 2020)

Français

« Sayin’ bye-bye to the city ». On ne saura vraiment à quelle côte s’adresse cet au revoir, signé de la paume ouverte par Alain Bellaïche. Rivage des States adorés ou littoral frenchie presque honni. Honni pour la flemme à inventer un mélange de prog’, de jazz et du plus volubile des rock’n’roll. Bellaïche le fera donc à la source. Plutôt que de rêver en France à une Amérique possible, il grave deux LP sur place. Metropolitan et celui-ci, Sea Fluorescent. En 1975, le fluo n’a pas encore envahi les shorts des collégiens ni les poignets-éponges de Mark Knopfler, et c’est tant mieux. Ses lueurs éclairent un album-catalogue incroyable. Bien sûr, il y a les réfs royales du Weather Report, de Hancock qui trainent en coulisses. Bien sûr, il y a le line-up infernal ou Fabiano tient la dragée haute au violon impeccable de Jerry Goodman et aux claviers five stars de John Hicks. Mais il y a surtout le regard ultra pointu et ultra naïf d’Alain Bellaïche sur les USA qui l’ont fait traverser l’Atlantique. Tout est dans les titres : Spanish Roots, California, Sun Blues, Reggae And Western. Emouvant au possible. La prod est au cordeau, le film est du genre long métrage très classe. Très classe, une fois de plus, la ressortie d’un album-trésor par Souffle Continu. L’Amérique a de beaux restes.

English

Sayin’ bye-bye to the city“. We won’t really know to which coast this goodbye is addressed by the open palm of Alain Bellaïche. Shoreline of the beloved States or French coast almost despised. Despised for the laziness to invent a mix of prog’, jazz and the most voluble of rock’n’roll. Thus, Bellaïche will do it at the source. Rather than dreaming in France of a possible America, he engraves two LPs on the spot. Metropolitan and this one, Sea Fluorescent. In 1975, fluo shades hasn’t yet invaded the schoolkids shorts nor Mark Knopfler’s wrist-bands, and that’s a good thing. Its enlightens an incredible compendium-album. Of course, there are the royal echoes of Hancock and Weather Report’s surely lurking backstage. Of course, there’s the infernal line-up where Fabiano heavy challenges with Jerry Goodman‘s impeccable violin and John Hicks‘ five-star keyboards. But above all there is Alain Bellaïche’s ultra sharp and ultra naive look at the USA that brought him across the Atlantic. It’s all in the titles: Spanish Roots, California, Sun Blues, Reggae And Western. Stirring. The production is neat, the movie is a very classy. Very classy, too and once again, this reissue of a treasury album by Souffle Continu Records. America has beautiful leftovers, yet.

California

par Alain Bellaïche | Sea Fluorescent (1975)

Album de la semaine – 23 septembre 2020

Soul Love Now : The Black Fire Records Story 1975-1993

(Strut, 2020)

Français

Chaud. Black Fire, label du DJ et producteur Jimmy Gray à Richmond, est compilé par Strut Records. Black Fire, c’est d’abord un label black où l’industrie et les profits des withey sont tenus à distance. Alors forcément, ça croise avant-garde, indépendance économique, politique, réappropriation de l’histoire et une folie créatrice à faire pâlir les meilleurs des éclairagistes d’Holiday On Ice. Tranquille, easy. Black Fire est surtout l’écurie qui sert d’atelier à l’artisanat génial de Oneness Of Juju, dont l’album Africans Rythms (1975) contente les cervelles des fans de free et les bassins des fans de groove. De 1975 à 1993, le label de Jimmy Gray traque toutes les nuances de noirs aux côtés par exemple de petits géants du jazz comme Byard Lancaster – le très beau Drummers From Ibadan s’installe durablement sur les platines – ou Hamiet Bluiett mis en jonction avec des collectifs forcenés dans leur génie comme le Theatre West, complètement lolysmooth, ou le Southern Energy Ensemble qui renvoie, Third House, en 7 minutes tout confédéré au paléolithique. Soul Love Now, c’est le titre de la compile ficelée par Strut, rassemble une dizaine de preuves d’un braquage en règle pour recouvrer une part de ce dont l’industrie du jazz avait spolié la Black Culture.

English

Hot. Black Fire, the label of Richmond-based DJ and producer Jimmy Gray, is compiled by Strut Records. Black Fire is first and foremost a black label where the industry and withey profits are kept at bay. Then, inevitably, it crosses avant-garde, economic and political independence, reappropriation of history and a creative madness to make the best of Holiday On Ice’s lighting designers pale in comparison. Quiet, easy. Black Fire is above all the stable that serves as a workshop for the genius craftsmanship of Oneness Of Juju, whose album Africans Rythms (1975) satisfies the brains of free fans and the pools of groove fans. From 1975 to 1993, Jimmy Gray’s label tracked down all shades of black alongside, for example, small jazz giants such as Byard Lancaster – the very beautiful Drummers From Ibadan settled permanently on the turntables – or Hamiet Bluiett, who joined forces with collectives that were mad in their genius, such as Theatre West, completely lolysmooth, or the Southern Energy Ensemble, which returns, Third House, in 7 minutes, all southern confederate to the Paleolithic. Soul Love Now, that’s the title of the compilation, put together by Strut, gathers a dozen of proofs of a robbery in order to recover a part of what the jazz industry had stolen from Black Culture.

Album de la semaine – 26 août 2020

Bertrand Denzler – Antonin Gerbal / SBATAX

(Umlaut Records, 2020)

Français

Sax ténor et drums. Free jazz à la française. Deuxième album du duo Bertrand Denzler/Antonin Gerbal. Ça s’appelle SBATAX, nouvelle molécule recomposée — on l’imagine facilement — avec des bouts de batterrie et des morceaux de saxophone. Pas vraiment faite pour s’endormir au volant, la molécule. Plutôt du genre à filer la Danse de Saint-Guy à un cheval de bois. C’est violent, magnifique et ça reste jamais en place. Lire ici : l’énergie. Parce que la musique, elle, reste parfaitement en place. Sans broncher, toute entière maîtrisée et versée dans l’art de vous chauffer le dos, les reins et ce que vos cuisses conserveront de vos sessions sportives de l’été. L’espace sonique avance au fil du souffle avec une fougue, une puissance héritée des grandes heures du duo basse/batt’ du free américain. C’est digéré avec une classe folle et régurgité, littéralement avec une urgence incandescente et salvatrice. Le sax tape dur, les fûts savent siffler. Ou l’inverse, si vous aimez la rectitude des choses. Mais le pari est vite fait, si vous vous risquez à lancer la lecture de ce SBATAX.

English

Tenor sax and drums. Free jazz à la française. Second album of the duo Bertrand Denzler/Antonin Gerbal. It’s called SBATAX, a new molecule composed — you can easily try — with bits of ‘batterie’ and saxophone pieces. Not really conceived to fall asleep. Rather of the kind to spin the Dance of Saint-Guy to a wooden horse. It’s violent, magnificent and it never stays in place. Meaning here: the energy, because the music stays in place without flinching, fully mastered and versed in the art of warming your back, your kidneys and what your thighs will keep from your summer sports sessions. The sonic space moves forward with the wire of the breath with an ardor, a power inherited from the great hours of the bass / beat’ duo of the American free. It’s digested with a crazy, regurgitated class, literally with an incandescent, life-saving urgency. The sax hits hard, the drums know how to whistle. Or the other way around, if you like things straight. But the bet is quickly made, if you start playing this SBATAX.

extract.

par Bertrand Denzler et Antonin Gerbal | SBATAX (2020)

Album de la semaine – 15 juillet 2020

Horace Tapscott/ Live at LACMA, 1998

(Dark Tree, 2020)

Français

“Our music is contributive, rather than competitive” note Horace Tapscott pour conclure le livret de cette sortie sur disque d’un concert inédit du Pan Afrikan Peoples Arkestra. Participative, et pas compétitive. À la fois à rebours et les deux pieds dans son époque, la musique de ce disque. Tapscott a toujours su canaliser les aspirations politiques du peuple africain-américain et la spiritualité forte qui irrigue en souterrain le jazz depuis les années 60. Cela pour lever des hymnes à vous vriller le foie, beaux à pleurer, forts d’une croyance païenne en la fraternité. Cette foi laïque naïve et donc carrément recommandable est toujours à l’œuvre en 1998, un an avant sa mort, date à laquelle sont enregistrées les 5 plages de ce live à LACMA. 5 longs métrages qui rendent une hommage déférent aux anciens darons du jazz comme Bird, Trane ou encore Dizzy dont Tapscott prolonge les voix depuis, notamment le premier LP du Pan Afrikan en 1978. C’est bourré de spirit, ça refaçonne un standard comme Caravan en promontoire de conquête pétri d’une humanité intense, ça cite aussi Lagos et Fela. Les riffs sont redoutable, les vamp sont posés avec une main d’acier et les discours prennent le temps d’infuser. Pas un titre en-dessous des 13 minutes. Pas de bavardage pour autant. Tout ce qui est dit, l’est pour être entendu et digéré. Why don’t you listen? Scandent même les voix magnifiques des chanteurs de l’UGMAA. Vous avez l’été pour nous adresser vos réponses.

English

“Our music is contributive, rather than competitive” notes Horace Tapscott to conclude the booklet of this release of a previously unreleased concert by the Pan Afrikan Peoples Arkestra. Contributory, not competitive. Both backwards and both feet in its time. Tapscott has always been able to channel the political aspirations of the African-American people and the strong spirituality that has been irrigating jazz underground since the 1960s. All this to raise hymns to twist your faith, beautiful to cry, strong of a pagan belief in brotherhood. This naïve and therefore downright recommendable secular faith is still at work in 1998, when the 5 tracks of this live at LACMA were recorded. 5 feature long-playing stories that pay a respectful tribute to the old jazz darons such as Bird, Trane or Dizzy whose voices Tapscott has been extending since, notably the first LP of Pan Afrikan in 1978. It’s full of spirit, it reshapes a standard like Caravan as a promontory of conquest steeped in intense humanity, it also quotes Lagos and Fela. The riffs are fearsome, the vamp are laid down with an iron hand and the speeches take time to brew. Not a title under 13 minutes. No chit-chat, though. Everything that is said is said to be heard and digested. Why don’t you listen? Even the magnificent voices of the UGMAA singers are heard. You have the summer to send us your answers.

Album de la semaine – 8 juillet 2020

Aurora / Chêne Noir

(Souffle Continu records, reed. 2020)

Français

Alors, oui, bien sûr, on pourra sourire. Les imprécations, les litanies, l’espace sonore développées dans la bande sonore d’Aurora, spectacle du Chêne Noir peuvent prêter le flanc à une critique condescendante, 50 plus tard. Mais on est bien au-delà du simple intérêt documentaire avec cette réédition livrée par Souffle Continu Records et tirée des premières bandes produites par Gérard Terrones pour les Disques Futura. Ce qui est déroutant, c’est que le thème cata-écolo est toujours d’actualité, que les hommes-oiseaux avides d’espaces et d’argent font le monde depuis 50 ans. Alors, impuissant le théâtre sonore et violent de l’underground frenchy des années 60/70 ? Pour ce qui est d’avoir changer le monde, sans doute un peu, mais pour ce qui est de charger l’art d’une force politique puissante et sensible, là ça fait mouche. Aurora, porte haut son verbe et quand le son doit prendre le relais de parole, c’est pour puiser dans une même énergie, tendue hargneuse et ténue. C’est beau, c’est noir, noir et archi-noir. Il faut entendre Nicole Aubiat jouer avec la même urgence qu’un hautbois, il faut entendre le sax ténor jouer funèbre et désespéré dans Vivre. Il y urgence documentaire, oui. Il y a urgence aussi à réentendre que Notre Dame des Landes ou les combats de Bure, par exemple, viennent de plus loin qu’un journal de 20 heures.

English

Of course, some of you will smile. The imprecations, the litanies, the sound space developed in the soundtrack of Aurora, one of Chene Noir’s plays, can lend to condescending criticism 50 years later. But this reissue delivered by Souffle Continu Records (and taken from the original tapes produced by Gérard Terrones for Futura Records), goes well beyond the mere documentary interest. What’s disconcerting is that the cata-ecological theme is still relevant today. That “bird-people” have been greeding the world for 50 years. then, is the sounding and violent French underground of the 60s and 70s really helpless? For having changing the world, no doubt. But in terms of filling art with a powerful and sensitive political force, it hits the nail on the head. Aurora carries her word high and when the sound has to take over, it’s to draw from the same energy, tense and tenuous. It’s beautiful, it’s black, black and arch-black. You have to hear Nicole Aubiat play with the same urgency as an oboe, you have to listen how the tenor sax plays desperate in Vivre. There is a documentary urgency, yes. There is also an urgency to hear again that Notre Dame des Landes fight, for example, come from further away than an daily news tv show.

Le Bonheur

par Chêne Noir | Aurora (1971)

Album de la semaine – 1er juillet 2020

Sébastien Brun / Ar Ker

(Carton records, 2020)

Français

Ar Ker évoque d’emblée les battements minuscules, encore à peine perceptibles du début d’un set de Horns à sa création lors du festival Météo à Mulhouse en 2019. Spectateurs sur la circulaire, le projet en quartet livrait ses mouvements électronique, ses grincements et grattements ultra puissants et clairement hypnotiques. La longue phase ascendante, percluses de micro-évènements et de paradoxes velus réglait, déstabilisait et finissait sans aucun mal à remporter l’adhésion de l’oreille. Mais aussi du corps. Sebastien Brun y lançait à vive allure une musique physique. Avec Ar Ker, le batteur prolonge cet état des choses, prolonge aussi le béton armé de techno de Parquet. Tout aussi brutal, tout aussi fin. Enregistré live, en solo et en Bretagne, les 33 minutes de cet album sont elles aussi portées sur la même transe physique que celle de Horns. À cette différence près, majeure pour l’album : le chant a cappella qui ouvre Bob Zarkansyèl. Et Seb Brun de flirter avec un chamanisme introspectif et redoutablement émouvant. La voix, ténue et fragile, est pleine de mini-gwerz très roughs. La voix laisse à l’esprit de celui qui écoute l’amplitude nécessaire pour imaginer les déflagrations dans les quatre phases à venir. Quatre phases durant lesquelles on creuse notre sillon, notre nid (trad possible de Ar Ker en breton) dans le bruitisme et l’électronique façonnés à vue, précis en diable et divinement explosifs. c’est lancinant, c’est baladeur et ça donne envie d’aller gueuler avec les mouettes le long des dunes du Finistère nord.

English

Ar Ker immediately evokes the tiny beats the beginning of a Horns live set the Météo festival in Mulhouse in 2019. The quartet led by Sebastien Brun delivered its electronic movements, its ultra-powerful and clearly hypnotic squeaks and scratches. The long ascending phase delivered micro-events and hairy paradoxes, destabilized everybody and ended up winning the ear’s approval without any difficulty. From the ear but also from the body. Seb Brun launched a physical music at high speed. With Ar Ker, the drummer completes this state of mind, complete the reinforced concrete of Parquet’s techno music. Just as brutal, just as fine. Recorded live, solo and in Brittany, the 33 minutes of this album are as much about physical trance as Horns was. The major difference between the two project is the a cappella vocals that open Bob Zarkansyèl. And Seb Brun flirts with an introspective and frighteningly moving shamanism. The voice is tenuous and fragile. It leaves the mind of the listener the necessary amplitude to imagine the deflagrations in the four phases to come. Four phases during which we dig our furrow, our nest (possible translation of Ar Ker in Breton) in the noise and electronics shaped at sight, precise as the devil and divinely explosive. It’s haunting, wandering and it makes you wanna go screamin’ with the seagulls along the dunes of northern Finistère.

Album de la semaine – 24 Juin 2020

Collectif / Vol pour Sidney (retour)

(nato, 2020)

Français

On fait le pari ? En trois : fleur, oignons, clarinette ? Bingo, C’est Sidney Bechet qui sort de la pyramide à questions. Alors oui, Bechet a des records de vente incroyable dans les foyers populaires, alors oui, c’est joli Petite fleur, ça sent bon le Sud, Antibes et les Vermouth glacés en terrasse. Yep. Mais. Mais Bechet, on l’oublie toujours un peu vite, c’est aussi un musicien. Un révolutionnaire mésestimé et trop vite rangé du côté des petits fleuristes. Bechet est de retour. Enfin, une lecture pleine de veille, de diagonale et de faconde. 12 ans après la création de la maison de disques nato, Jean Rochard rameutait un aréopage impérial pour tisser une couronne au king Sidney. C’était 1992 et Vol pour Sidney (aller), c’était moderne, un peu furieux et agité comme un Parkinson face aux dentelières du Puy-en-Velay. Vol pour Sidney (retour) sort ce mois-ci, dans la même maison. C’est moins furieux mais parfaitement joyeux. De cette joie qui résiste quand on touche à l’essence des choses. C’est un disque qui danse. Un disque qui vous remue l’âme et les boyaux. Le line-up est toujours aussi foutraque dans son assemblée mais pas moins impérial dans sa façon. Jusqu’à la relecture de Petite fleur, ça ramène Sidney encore plus près du nerf de sa musique. Puissante, incisive et parfois suffisamment brûlante pour hurler de joie si on y pose un pied.

English

Ya bet? Three clues : flower, onions, clarinet? Bingo, you’ve got Sidney Bechet. Ya right. Bechet has incredible sales records in the popular households. Ya right. Petite fleur is some kind of pretty. Smells like the French Riviera, Antibes and iced vermouth drank on the patio. Yep. But. But Bechet — and we always easily forget that — he’s also a musician. An underestimated and revolutionary one, too quickly sided with the ‘small fleurists’. Bechet is back. At least, a reading of his work, full of alertness, diagonal and verve. 12 years after the creation of the Nato record company, Jean Rochard is rowing an imperial areopagus to weave a crown for King Sidney. It was 1992 and Vol pour Sidney (outward), it was modern, a little furious and agitated like a Parkinson in front of the lacemakers of Puy-en-Velay. Vol pour Sidney (return) is coming out this month, in the same company. It’s less furious but perfectly joyful. Of that joy that resists when you touch the essence of things. It’s a record that dances. It’s a record that moves your soul and your guts. The line-up’s still just as crazy in its assembly but no less imperial in its way of doing things. Until the redux of Petite fleur, it brings Sidney even closer to the nerve of his music. Powerful, incisive and sometimes hot enough to scream with joy if you set foot in it.

Album de la semaine – 17 juin 2020

Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce / Love Is Everywhere

(Heavenly Sweetness, 2020)

Français

Félin méchant, un titre. Bachibouzouk, Apaches, d’autres titres. Et le Studio Méchant pour mixer la chose. C’est fou qu’avec autant de sauvagerie affichée, on ait une telle douceur dans ce disque. Faut dire qu’avec un titre comme Love Is Everywhere, on aurait pu s’y attendre. On aurait pu s’attendre au velouté sévère, à la finesse des grilles aussi, en repensant à Marvin, EP sorti l’an passé des griffes du même félin. Alors quoi ? C’est quoi la surprise. C’est de redécouvrir à chaque écoute d’une morceaux comme Apaches (avec un ‘s’ et sans Bongo Band) la puissance du drive de Philippe Gleizes, les assauts éructés des phalanges d’Arnaud Roulin. Mais aussi la puissance du son de Bardainne que ne renierait pas, sur ce track du moins, le Gato Barbieri de Tupac Amaru. C’est beau, c’est tendre et c’est tigré. C’est chanmé.

English

Félin méchant, one of the tracks you can find here. Bachibouzouk, Apaches, some others. And Studio Méchant the place where all of this was mixed. It’s funny that with so much savagery claimed, we have such a sweetness in this record. With a title like Love Is Everywhere, you might have expected it. We could also have expected the velvet and the finesse of the harmonics, too. Just think back to Marvin, the fisrt EP released last year from the claws of the same tiger. Then what? What’s the surprise ? That’s the point. Rediscover during each listening of a track like Apaches (with an ‘s’ and without a Bongo Band) the power of Philippe Gleizes’ drive, the articulated assaults of Arnaud Roulin’s fingers. But also the power of the sound of Bardainne himself. The kind of thing that the Gato Barbieri of Tupac Amaru would not have denied. It’s beautiful, it’s tender and it’s tiger. It’s savage.

Album de la semaine – 10 Juin 2020

Ambrose Akinmusire

On The Tender Spot Of Every Calloused Moment

(Blue Note, 2020)

Français

Comme d’hab. Titre à rallonges, musique à tiroir, politique chevillée au pavillon et ses fidèles en sideband. Comme d’hab, Ambrose Akinmusire creuse son sillon d’une révolution noire. Musicale, fascinante, complexe et limpide. On The Tender Spot Of Every Calloused Moment. C’est le titre de dernier LP sorti début juin, chez Blue Note, label dont on ne refera pas la réputation. Pochette en streetwear noir et blanc, musique black only. On the tender spot. C’est ça le point sensible. Et ces derniers jours, focus sur une histoire malmenée, des points sensibles sur la condition noire aux States, il y en a quelques-uns. Et des moments rugueux, on pourrait écrire la litanie sur l’asphalte américain. Noir, rougi ces derniers jours. Akinmusire ne joue pas les Cassandre alarmiste dans cette galette black, mais pose un clair-obscur d’une fluidité magistrale et confondante. Un délié qui se glisse et complète l’histoire des formes populaires musicales des USA. Rageur, joyeux, déférent quand il le faut (Mr Roscoe). Tender Spot, point sensible. Point Final.

English

As Usual. Extendable title, music with secrets, politics screwed to his trumpet and his faithful pals in sideband. As usual, Ambrose Akinmusire digs his furrow of a black revolution. A musical one. Fascinating, complex and limpid. On The Tender Spot Of Every Calloused Moment. This is the last LP’s title that was released in early June, on Blue Note, that label whose reputation will not be rebuilt. Cover in a black and white streetwear mood, but music is black only. On the tender spot. That’s the sore spot. And these last few days, focus on a story that’s been mishandled, some sore points about the black condition in the States have been noticed. And rough moments, too. We could write their litany on American asphalt. Black, and a bit red in the last few days. Akinmusire doesn’t play the Doom Prophets in this black album, but paints a chiaroscuro of a masterly and confounding fluidity. A loose thread that slips in and completes the history of popular music forms in the USA. Ragging, joyful and deferential when necessary (Hi Mr Roscoe). Tender Spot, sensitive point. Final point.

Mr. Roscoe (Consider The Simultaneous)

par Ambrose Akinmusire | On The Tender Spot Of Every Calloused Moment

Album de la semaine – 3 juin 2020

Joell Ortiz & KXNG Crooked / H.A.R.D

(Mello Music Group, 2020)

Français

Flow marquant, rimes acharnées, du kickage pur et dur. Joell Ortiz & KXNG CROOKED, tous deux anciens membres du groupe Slaughterhouse viennent de lâcher un album boom bap en collab’ : H.A.R.D (Housing Authority Rap District) avec en cover Ronald Reagan, le président populaire et son célèbre “Government Cheese”. I know it’s cheesy mais pour eux le rap n’est qu’un jeu d’enfant, “got 20 years in the game, I seen the whole thang”. Partage de leur réalité, leur enfance, difficultés et sacrifices sans pour autant être une oeuvre autobiographique. 8 titres, un pur plaisir auditif. Des morceaux up-tempo comme Get Ya Money qui te font tourner la tête, ou plus posey mais déchirants comme Lose My Mind. Des bangers, du rap de qualitey. That’s hard.

English

Strong flow, hard rhymes, pure madness. Joell Ortiz & KXNG CROOKED, both former members of the Slaughterhouse band have just dropped a collaborative boom bap album : H.A.R.D (Housing Authority Rap District) with on it’s cover the popular president Ronald Reagan and his famous “Government Cheese”. I know it’s cheesy but for them rap is just child’s play, “got 20 years in the game, I saw the whole thang“. Sharing their reality, their childhood, difficulties and sacrifices without being an autobiographical work. 8 tracks, a pure pleasure for the ears. Some Up-tempo tracks like Get Ya Money that make your head spin, or more chill but heartbreaking like Lose My Mind. Bangers, quality rap. That’s hard.

Album de la semaine – 25 Mai 2020

Soul Supreme / Check The Rhime

(Soul Supreme, 2020)

Français

Il faut dire que la Tribe avait cherché. Check The Rhime taxait sa structure au Bebop et casait dans sa prod des samples et des hooks du Average White Band, de Minnie Riperton ou encore du Groover Washington Jr. Phife Dog pouvait bien aboyer que le Rap is not pop, leur art du collage, brut, immédiat et rugueux, n’est jamais très loin du Pop Art. Mais avec un concept qui échappe à tout bloc-notes, un truc immédiat lui aussi. Collé à l’asphalte.
On rembobine. On est en 1991 et Check The Rhime est une des pépites de The Low End Theory, deuxième LP de ATCQ. Fast Forward. On est en 2020 et Soul Supreme en rajoute une couche avec le EP qui associe une refonte de Check The rime à celle de Lyrics To Go. Le prod et DJ from Jerusalamsterdam rend au jazz sa part de rap. Pas de lyrics, mais la trompette de Luuk Hof et la guitare d’Haruki Harada. On est dans de l’instru pure. On est dans la pure instru. Montée comme un pur-sang, cabrée comme une pin-up de calendrier, concentrée comme un tube de lait pour enfants. Tendresse humaine et f**kin’ good vibes. You on point Tip?

English

It must be said that the Tribe had nitpicked. Check The Rhime pinched its structure from Bebop and included samples and hooks from the Average White Band, Minnie Riperton and Groover Washington Jr. in its production. Phife Dog barked then that Rap is not pop. Their art of collage, raw, immediate and rough, is never very far from Pop Art. Yet without any concept drawed on a notebook, this is something immediate as well. Glued to asphalt. Let’s get back. It’s 1991 and Check The Rhime is one of the nuggets of The Low End Theory, ATCQ’s second LP. Let’s move forward. It’s 2020 and Soul Supreme adds a coat of paint with his EP that combines a reworking of Check The rime and Lyrics To Go. The prod and DJ from Jerusalamsterdam gives jazz back its cut of rap. No lyrics, but Luuk Hof’s trumpet and Haruki Harada’s guitar. We’re in pure instrumentals. Raised like a thoroughbred, reared like a calendar pin-up, concentrated like a tube of baby milk. Human tenderness and f**kin’ good vibes. You on point Tip?

Album de la semaine – 20 Mai 2020

Chip Wickham / Blue To Red

(LoveMonk, 2020)

Français

Dead, Le Rouge et le Noir. Voici Blue To Red. Sorry Julien, Napo n’aura jamais accès au Cosmos. Chip Wickham, lui, beaucoup plus. Après les vents de Shamal, ce dernier LP se trace une voie intersidérale. Prenant le Trane à la volée, lorgnant sur les jupons d’Alice, saluant Yusef Lateef, Blue To Red joue sur les brillances, les harmonies arpégées et une ambiance d’éther. Parfait pour décoller, garantie kérosène free, parfaitement raccord avec l’époque. Si le précédent LP, Shamal Winds, jouait entre vitamine D et petits poufs comfy, celui-ci ne se pose jamais vraiment. Partie en l’air sans escale. Du bleu au rouge, jusqu’au mélange. Aérien, solide et d’une puissance tranquille.

English

Exit, Stendhal’s Le Rouge et le Noir. Here is Blue To Red. Sorry, Julien, Bonap’ never got access to the Cosmos. Chip Wickham, much more. After the winds of Shamal, this last LP is taking an interstellar course. Taking the Trane on the fly, ogling Alice’s petticoats, greeting Yusef Lateef, Blue To Red plays on brilliance, arpeggiated harmonies and ethereal atmospheres. Perfect to take off, guaranteed kerosene free, perfectly in accordance with our time. If the previous LP, Shamal Winds, played between vitamin D and small comfy armchairs, this one never really settles down. Partying in the air non-stop. From blue to red, until the mix of the two. Airy, solid and quietly powerful.

Album de la semaine – 13 Mai 2020

El Michels Affair ‎/ Adult Themes

(Big Crown Records, 2020)

Français

Raccoon racoleur. Ce pourrait être un des totems animalier de Leon Michels. Malin et aguicheur. Enfin sortie de la chambre 37 de l’hôtel Wu, la ceinture noire du multi-instrumentisme groove sort Adult Themes. D’abord conçu comme une compile de samples potentiels livrés par un amoureux de l’art du sampling, puis désormais album majeur. Classe, rutilant et accrocheur. À la tête de sa petite affaire personnelle, Michels roucoule du sensuel liquide (Rubix), du déroulé de hanches au ralenti imparable (Hipps) et des œillades invincibles (Villa, Adult Theme n°3). C’est malin, on l’a dit plus tôt. Adult Themes a moins à voir avec pornhub qu’avec les grandes heures du ciné érotico-70s où les grands espaces cotoyaient les gorges profondes, où le plaisir coulait à flots. Rejeton du Menaham Street Band, entre autres faits de gloire, sidekicks d’un Jadakiss ou d’un GhostFace Killah, Leon Michels sait la lourdeur d’un beat, compagnon de groove de Lee Fields, il connait les tensions nécessaires au désir. Adult Themes est un album de musique de chambre, le truc parfait pour toutes les siestes et after à venir lors des prochains confinements.

English

Snapy Raccoon. This could be one of Leon Michels’ totem-animal. Clever and teasing. Finally out of the Wu Hotel’s room 37, the black belt of multi-instrumental groove releases Adult Themes. First conceived as a compilation of potential samples delivered by a lover of the art of sampling, this album is now a grown-up. Classy, gleaming and catchy. Heading his little personal affair, Michels is smartly cooing about liquid sensuality (Rubix), unstoppable slow-motion hip rolls (Hipps) and invincible eye candy (Villa, Adult Theme n°3). It’s clever, as we said earlier. Adult Themes has less to do with pornhub than with the great hours of the 70s erotic cinema, where great landscapes flirted with deep throats, where pleasure flowed freely. Offshot from the Menaham Street Band, among other glory facts, deluxe sidekicks of Jadakiss or GhostFace Killah, Leon Michels knows the depth of a beat, knows the tensions necessary for desire. Adult Themes is a chamber music album, the perfect thing for all the naps and after-dinner drinks to come during the next quarantine.

Album de la semaine – 6 Mai 2020

Devin Gray / Socialytics

(Rataplan, 2020)

Français

« Is That Jazz? » chantait Gil Scott-Heron. Oui, du moment qu’il y a de la trompette, aurait pu feulé le félin Thomas O’Malley, en guise de réponse. Dans Socialytics, la dernière livraison de Devin Gray, batteur patient et libertaire, il y a la trompette de Dave Ballou. Et la guitare de Ryan Ferreira. Et à eux trois, ils balancent un mini space-op’ de 24 minutes. Suspendu, latent et fascinant. Et finalement, très terre-à-terre dans sa façon de jouer incessamment sur les liens. Liens sociaux, liens d’écoute, liens tissés de fraternité jusqu’au bout du souffle (Socialytics). Et sans en avoir l’air, dans son titre valise mêlant voie sociale et désir politique, Devin Gray reste un musicien. Un inventeur fou contournant le fil du temps (Chatbot, Phone Ears), raccommodant les hommes entre eux (Streambait). Connected People, aurait-on lu en France à une autre époque.

English

“Is That Jazz?” sang Gil Scott-Heron. “Yes, as long as there’s trumpet”, could have mewed the feline Thomas O’Malley as an answer. In Socialytics, the latest issue of Devin Gray, some kind o’ patient and libertarian drummer, there is Dave Ballou’s trumpet. And Ryan Ferreira’s guitar. Together, they play a 24-minute mini space-op’. Suspended, steadfast and fascinating. And finally, very mundane in its way to play over and over with links. Social links, listening ways, bonds fulfilled with brotherhood to the end of the breath (Socialytics). And without warning, with that title mixing social path and political desire, Devin Gray declares himself as a musician. A mad inventor who goes around the thread of time (Chatbot, Phone Ears), mending men to each other (Streambait). Connected People, we would have read on some french billboards at another time.

Album de la semaine – 1 Mai 2020

Jimi Tenor & Tony Allen ‎/ Inspiration Information

(Strut, 2009)

Français

Et les auspices frappèrent fort, une fois encore. C’était en 2009. C’était dans un studio de Lathi, en Finlande. C’était genre fraternité black’n’white, Deux francs-tireurs ferraillaient au paradis. Tony Allen, père fondateur de l’afrobeat en lieutenant de Fela Kuti, et Jimi Tenor le plus africain des flûtiste polaires. Strut documentait la rencontre pour sa série Inspiration/Information. C’est ultra deeeeep, c’est bourré de chaloupement jammés façon Afro. Denses, épais et lourds. Très joueurs aussi, un peu escrocs enfin. Prends, par exemple, Selfish Gene. Tout est dans le titre. Un genre de plaisir solitaire à plusieurs. Anti-quarantine au possible.

English

And auspices struck hard once again. It was 2009. It was in a studio in Lathi, Finland. It was like a black’n’white fraternity, two mavericks fiercely battled in heaven. Tony Allen, the founding father of Afrobeat as Fela Kuti’s lieutenant, and Jimi Tenor the most African of polar flutists. Strut documented the encounter for his Inspiration/Information series. It’s ultra deeeeeeep, it’s full of jammed Afro sways. Dense, thick and heavy. Very playful too, a bit of a crook at last. Take, for example, Selfish Gene. This says it all. Kind of a myriad of solitary pleasure for most of us. Anti-quarantine as possible.

Album de la semaine – 29 Avril 2020

Bloto / Erozje

(Astigmatic, 2020)

Français

« Quatre hommes dans la boue. La face au vent. Et, si le vent est celui qui souffle en Pologne, la musique de ce quartet têtu est carrément universelle. Pas forcément le genre qui fait se lever les foules et les bannières, non, mais tout à fait le genre à vous débrancher le cervelet pour prendre le corps d’assaut. Et vous faire entendre que le free jazz, quand il côtoie les beats les plus lourds du hip hop anglais et les mélodies les plus classes du nu-jazz US, devient une machine redoutable. Machine à ressentir, à entrer dans la transe, à danser dans la boue (Błoto, en polonais).»

English

« Four men in the mud. Face into the wind. And, if the wind is the one blowing in Poland, the music of this stubborn quartet is downright universal. Not necessarily the kind that makes the crowds and banners rise, no, but quite the kind that will blow your brains out and take the body by storm. And to make you hear that free jazz, when it rubs shoulders with the heaviest beats of English hip hop and the most classy melodies of US nu-jazz, becomes a formidable machine. Machine to feel, to go into trance, to dance in the mud (Błoto, in Polish).»

Couverture CD Vladimir Torres
Album de la semaine – 22 Avril 2020

Vladimir Torres / Inicial

(L’Horizon violet, 2020)

Français

« Faute de frappe. Vladimir confiait, hier, à PointBreak que certains pensaient qu’il y avait une coquille dans le titre de cet album, Inicial. Mais d’évidence, la seule coquille qui reste dans ce disque, à paraître demain, est celle que le contrebassiste vient de briser pour livrer ces 10 tracks. Trio en base solide, puis invités nickel, puis prod au cordeau. Il faudrait être balèze pour ne pas entendre ici ce qui fait la joie de cet album. Joie des paradoxes, mise en jeu de l’intimité. et une chose plutôt rassérénante comme fenêtre dans le confinement ambiant, un morceau comme Contrarriba qui fait de la contrebasse un podium éclairé d’une capacité d’humanité inépuisable. C’est classe. tu repasseras pour la faute de frappe.»

Interview de Vladimir à lire ici sur PointBreak.fr
Vladimir Torres trio vient d’être choisi par le CRJ au titre du missionnement 2021.

English

“Typing error. Vladimir confided to PointBreak yesterday, that some people thought there was a typing error in the title of this album, Inicial. But obviously, the only error left in this record is the one that the double bass player has just avoided by delivering these 10 tracks. Neat and skillful. Trio for a solid base, then guests in the best possible way, and then engineering on the line. You’d have to be a big shot not to hear, here, what makes this album such a joy to listen to. Joy of paradoxes, intimacy at play and a rather reassuring thing as a window in the ambient quarantine. A track like Contrarriba makes the double bass a lit podium of an inexhaustible capacity of humanity. That’s classy. Thanx for the typo.”

Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad

Album de la semaine – 15 Avril 2020

Adrian Younge and Ali Shaheed Muhammad / Jazz Is Dead 001

(Jazz Is Dead, 2020)

Français

« Le pitch : Deux génies de la prod hachipé-hachopé font des heures sup’. Leur duo : The Midnight Hour. Leur musique : maline, émoustillée et  belle. Écrite par eux deux et pour tous les totems qu’ils ont invité sur ce LP. En vrac : Roy Ayers, Gary Bartz, Azymuth, Marcos Valle. C’est à travers les samples du hip-hop (coucou la Tribe) que le duo a découvert la jazzmusic. Et, comme les MPC ont leurs limites et que les gars ont les crocs, ils se sont mis à la compo sur instruments live. Un avant-goût très gourmand des 7 albums à venir, chacun offert à l’un des musiciens de la selecta de cet opus-prélude. Jazz is dead ? Vive le jazz. »

English

A brief: Two geniuses of the h-and-h productions are working overtime. A duet: The Midnight Hour. Their music : clever, arousing and beautiful. Written by them both and for all the totems they invited on this LP. In a bulky way : Roy Ayers, Gary Bartz, Azymuth, Marcos Valle. It is through hip-hop samples (Hi the Tribe) that the duo discovered jazzmusic. And, as MPCs have their limits and the guys have some fangs. So they started playing live on instruments. A very greedy foretaste of the 7 albums to come, each one offered to one of the musicians of the selecta of this opus-prélude. Jazz is dead ? Long live the jazz!

Gang Starr - Jazz Thing
Album de la semaine – 8 Avril 2020

Gang Starr / Jazz Thing

(7’’ reiss. Mr Bongo, 2020)

Français

Tu l’as, le petit mouvement de pendule de la tête de Guru sous un borsalino ? 30 ans que ça dure, aussi imperturbable qu’elle celui d’un de ces petits chiens sur les plages arrières de bagnole. Jazz Thing, a 30 ans et le track ne semble pas prêt à s’arrêter de bouger. Réédité fin mars au format 7’’ par Mister Bongo, le tribute rendu par Gang Starr au jazz de Bird, Dizz et Monk n’a rien perdu de swing. En 90, Preemo puise dans les coffres-forts du Bop pour rafraîchir les boucles d’un vieux track et de la mettre à l’écran. Ce sera l’OST de Mo’ Better Blues de Spike Lee. Cette jazz thing annonce aussi le boulot futur, Jazzmatazz pour Guru ou un morceau comme Now You’re Mine du Gang  de 94. Oldschool, New School but still no rules.

English

Got it ? The little pendulum movement of Guru’s head under his borsalino hat? 30 years it’s been going on, as imperturbable as one of those little plastic dogs on the back of cars. Jazz Thing is 30 years old and the track doesn’t seem ready to stop moving. Reissued at the end of March in 7″ format by Mister Bongo, Gang Starr’s tribute to the jazz of Bird, Dizz and Monk has lost nothing of its swing. In 90, Preemo draws from Bop’s safes to refresh the loops of an old track and put it on the screen. It’s gonna be Mo’ Better Blues by Spike Lee’s OST. This jazz thing also announces the future job : Jazzmatazz for Guru or a track as Now You’re Mine from the Gang of 94. Oldschool, New School but still no rules.

Tony Allen and Hugh Masekela - Rejoice

Album de la semaine – 1 Avril 2020

Tony Allen & Hugh Masekela / Rejoice

(World Circuit, 2020)

Français

« Allen Masekela, hybridation classe. Musicien double, jazzman bicéphale. 10 ans après avoir enregistré, à Londres, ces session, 2 ans après la mort du trompettiste sudaf, quelques après que Nick Gold, books de World Circuit ait réarrangé ces petites avec les petits potes de Kokoroko et Joe Armon-Jones. Allen tape toujours dans l’imperturbable pendulaire, Masekela a le velours au bord du bugle. Les deux voix s’entremêlent parfaitement. Lucides, alertes et couvertes par une joie de jouer indéfectible. Parfait pour sortir faire un tour, sans autorisation à remplir. »

English

Allen Masekela, neat hybridization. Double musician or two-headed jazzman? 10 years after having recorded in London these sessions, 2 years after the death of the South Afro trumpeteer, a few years after Nick Gold, World Circuit’s boss has rearranged these little ones with Kokoroko and Joe Armon-Jones’ little buddies. Allen still hits as a pendulum will, Masekela still whistles on the velvet edge of his flugelhorn. The two voices intertwine perfectly. Lucid, alert and covered by an unfailing joy of playing. Perfect for going out for a walk, without permission to fill in.

Album de la semaine – 25 Mars 2020

Electric Vocuhila / Palaces

(Capsul records, 2020)

Français

« Voilà de quoi faire passer le Negresco pour une cabane à fricadelles. Les Palaces version Electric Vocuhila tapent moins dans l’architecture post-coloniale que dans le bâti multiple, donc insaisissable. Et c’est beau. Quatrième galette du quartet, successeur amical de Kombino Splinto, Palaces est moins énervé, certes, mais largement aussi efficace dans ses visées. Si ce n’est plus encore. Ça vous colle la transe au bassin (les jolies basses du track éponyme), des étincelles aux yeux (Coquetty, Tsatsaka). Tsapiky toujours, Sebene la suite. En poussant plus loin une sorte de rage tranquille, ardente à vous fendre le plexus.»

English

That’s enough to make the Negresco palace look like a fish’n’ships’ shack. The Electric Vocuhila’s Palaces is less about post-colonial architecture and more about the multiple, and therefore elusive, buildings. And it’s beautiful. Fourth album of the quartet, friendly successor of Kombino Splinto, Palaces is less energetic, certainly, but largely as effective in its aims. If not more so. It brings to you the trance to the pelvis (ô the pretty basses of the eponymous track), the sparkling eyes (Coquetty, Tsatsaka). Tsapiky always, Sebene the continuation. Pushing further a kind of quiet rage, burning to split your plexus right away.

Album de la semaine – 18 Mars 2020

Irreversible Entanglements / Who Sent You?

(International Anthem, 2020)

Français

« What’s new? C’est toujours aussi rouge et noir, luisants. Couleurs de lutte, ferment de la musique d’Irreversible Entanglements. Même rage, même veille lucide face aux hoquets de l’histoire. Ça profère et ça ferraille avec ce que chacun des 5 membres du combo aura su renouveler dans ce deuxième album Who Sent You?. Histoire de la Great Black Music contestataire, saillies de la paire Coleman/Cherry, tentatives freep-hop, et d’évidence la mamelle séminale de l’Art Ensemble dont le quintet a tété le mamelon, Moor Mother en ayant même intégré la dernier version. Le Verbe est toujours à flow et le drumming libre. Ça vient vous chercher par le col et ça vous raconte 350 ans de luttes noires, de négations blanches et de musiques populaires. »

English

« Still red, black, and shiny. Colours of the struggle, such is the music of Irreversible Entanglement. Same rage, same vigilance against the craps of History as in the first album. Same scansion that argues with what each of the 5 musicians was able to bring back from the Great Black Music’s political history, the first ledges of the Coleman/Cherry pair, freep-hop attempt and the seminal udder of the Art Ensemble that IR sucked. Now Moor Mother is even a part of that beautiful band. Voicings are even more fluid and drumming even more free. It comes to grab you up by the neck and tells you about 350 years of black struggles, white negations and popular music. »

Album de la semaine – 11 Mars 2020

Shabaka And The Ancestors / We Are Sent Here By History

(Impulse!, 2020)

Français

« Shabaka Hutchings remonte un peu plus le fleuve de la parentèle et des origines avec ses Ancestors. On entendait sur le premier album du groupe reliant l’Angleterre à l’Afrique du Sud : «In the Burning Republic of our heart / We need you People. » Ici le titre complète : We Are Sent Here By History. Dont acte, il va falloir que chacun finisse par écouter, en soi et définitivement, sa part d’histoire Noire. Ici, on parle de Deep jazz and de Spiritual, d’hypnoses et d’engueulades jazz bienvenues. Une sorte de géopolitique ébouriffée comme le mulet de Chris Waddle. »

English

Shabaka Hutchings goes up the river of his origins with its Ancestors. On the band’s debut album – linking England to South Africa – we heard this : “In the Burning Republic of our heart / We need you People. “Here the title says that: We Are Sent Here By History. So Hope that everyone will listen at some point to their own and inner part of Black history, for good. Here, we talk about Deep jazz and Spiritual, hypnosis and welcome jazz warnings. A kind of geopolitics as messy as Chris Waddle’s haircut.

The Coming Of The Strange Ones

par Shabaka And The Ancestors | We Are Sent Here By History

Album de la semaine – 4 Mars 2020

Sarah Murcia / Eyeballing

(DSTREAM, 2020)

Français

« Il vous faudra plus qu’un coup d’œil pour faire le tour d’Eyeballing, tour de force oculaire et musical de Sarah Murcia. Tour du globe en 40’50, odes paradoxaux à l’alcool, aux chants involontaires et au linge sale, boucles electro-anarcho-soft. La leadeure n’aura pas attendu les Césars 2020 pour affirmer un female gaze sur un registre carrément masculin. Masculin, aussi son line-up : Delbecq, Py et Thuillier, comme un seul homme derrière la dame. En verve, agile et butée, ouverte à grands battants sur une intimité féconde et une musique qui défie les registres, les mecs allongés et la vodka bue par les yeux. »

English

You’ll need more than just a glance to get a glimpse of Eyeballing, Sarah Murcia’s eye-opening and musical tour de force. What will you get ? A walk ’round the globe in 40’50. Paradoxical odes to alcohol, involuntary singing and dirty laundries. Electro-anarcho-soft loops. The lead singer didn’t wait for the 2020 Cesars ceremony to assert a female gaze on a regular masculine way of doing things. Masculine, also her line-up: Delbecq, Py and Thuillier, as one man behind the lady. With verve, agile and stubborn, open to a fertile intimacy and a music that defies registers. With some guys lying down and vodka drunk through their eyes.

Album de la semaine – 26 Février 2020

Steve Swell’s Soul Travelers

Astonishments (Rogue Art, 2020)

Français

« On ne sait peut-être que peu, encore, sur une possible pandémie mondiale du virus en cours mais on a déjà quelques indices sérieux sur le retour de voyage du quintet de Steve Swell. Après un premier album porté sur le soft power (Soul Travelers, 2016), Rogue Art livre une deuxième galette du quintet. Soft, toujours. Free, pas moins. Et la présence de Leena Conquest n’arrange rien à l’indiscipline natif du combo. Ce 5tet n’en fait qu’à sa tête qu’il a aussi bien pleine que bien faite. Beaucoup mieux qu’un virus, question contagion. »

English

How little may we know yet about yet a possible global pandemic of the current virus, but there are already some serious clues about the journey of Steve Swell’s quintet. Fine News. After a first album focused on soft power (Soul Travelers, 2016), Rogue Art delivers this second shot. Soft, always. Free, no less. And the presence of Leena Conquest doesn’t help the combo’s native indiscipline. This 5tet is headed as full as it is beautiful. Much better than a virus when we talk about contagion.

Astonishments

par Steve Swell | Soul Travelers

Album de la semaine – 19 Février 2020

Collocutor / Continuation

(On the Corner, 2020)

Français

« C’est tendu comme un départ de Grand Prix à Monaco, ça porte un blaze de monstre des marais hollywoodien et ça vous repeint la façade avec un sourire inquiet mais durable. Ça s’appelle Collocutor et ce sextet londonien d’aujourd’hui pourrait bien s’afficher comme les petits cousins zinzins des Lounge Lizards du New York des 80’s. Portés sur la perte, la fin de l’amour et le souvenir, le 3ème LP made in UK sait aussi montrer les dents. Be square or beware »

English

It’s as tense as the start of a Monaco Grand Prix, it could be named after some Hollywood swamp monster and it paints ya face with a worried but lasting smile. It’s called Collocutor and this Londoner sextet of today could be the little cousins of the New York Lounge Lizards of the 80s. Focusing on loss, end of love and memory, this 3rd LP also knows how to show its teeth. Be square or beware.

Album de la semaine – 12 Février 2020

Underground Canopy / Bluestaeb & S. Fidelity Present Underground Canopy 

(Menace, 2020)

Français

« Forcément. À s’ingénier à reprendre J Dilla, Madlib ou encore Flying Lotus, on a la feuille qui se spécialise. Jazz hip-hop pour l’étiquette, parfaitement laid-back pour l’énergie, définitivement recommandable comme musiciens de chevet. Depuis 2016, la canopée souterraine se forge un son à Paris. Aujourd’hui c’est avec la patte londonienne qu’il résonne et vend comme des petits azukis à Tokyo. Ce premier EP n’est pas né de la dernière pluie. »

English

It’s got to be. If you’re going tolisten and play over J Dilla, Madlib or Flying Lotus gems, you’ve got some chance to get a priceless ear. Here we are. Jazz hip-hop for range, perfectly laid-back for energy, definitely recommendable as bedside musicians. Since 2016, Underground Canopy is forging its sound in Paris. Today it’s with the London grant that it resonates and sells like little azukis in Tokyo. This first EP wasn’t born yesterday.

The art ensemble of chicago - We are on the edge

Album de la semaine – 5 Février 2020

Spécial SONS D’HIVER 2020 :
Art Ensemble Of Chicago / We Are On The Edge

(Pi Recordings, 2019)


Français

« Pas simple de redorer les légendes. Surtout quand elles n’ont jamais laissé sécher le matériau des statues qu’on leur aura ériger. L’Art Ensemble a passé sa vie à forer et, 50 ans plus tard, l’Ancien et le Future se donne la poigne dans un ballet qui n’a rien perdu de sa verve, de son envie de voir venir et secouer l’échine à ceux qui le méritent. Au bord du gouffre, clame le titre de cet album. Il reste donc donc quelques centimètres de terre pour pouvoir danser avant la catastrophe. »

English

It’s not easy to redecorate the legends. Especially when they never let the material of the statues we erected dry out. The Art Ensemble has spent its life drilling. 50 years later, the Ancient and the Future are swaying together in a ballet that has lost none of its verve, its desire to foresee and shake the spine of those who deserve it. We Are On The Edge, claims the title of this album. So there are still a few centimeters of soil left to dance on before the catastrophe.

Fly Or Die II

Album de la semaine – 29 Janvier 2020

Spécial SONS D’HIVER 2020 :
Jaimie Branch / Fly Or Die II: bird dogs of paradise 

(International Anthem, 2019)

Français

« Très vite on est dans la suite de Fly Or Die, un pas de plus vers le clair Obscur, peut-être même deux ou trois. Ces dogs of paradise livrent un jazz urgent et brutal, des geulantes de damnée devant son tombeau, un flow de commisération suprême. Ça sent le foutre, le sublime et la rédemption. C’est aussi punk que les Beastie Boys étaient hip hop. C’est à dire parfaitement Free. »

English

So here we are. That’s the sequel to Fly Or Die I. One more step towards the chiaroscuro, maybe even two or three. These dogs of paradise deliver an urgent and brutal thing, a shout of a damned one in front of his tomb, a flow of supreme commiseration. It smells like fuck, sublime and redemption. It plays as punk as the Beastie Boys played hip hop. Thus, absolutely Free.

Album de la semaine – 22 Janvier 2020

Spécial SONS D’HIVER 2020 :
Reverse Winchester / 
Newburn

(Freddy Morezon, 2019)

Français

« C’est du rap en noir et blanc, c’est du folk version sépia. Mais sous le vernis monochrome, il y a un paquet de trucs explosifs, des milliers de petites pépites livrées par Mike Ladd et Mathieu Sourisseau. Nick Cave proclamait à ses débuts que le First Born Is Dead. Ces deux-là affirment que le Newburn est tout à fait vivant. C’est rassurant. »

English

That’s black and white rap, that’s sepia folk. But underneath the monochrome varnish, there’s a lot of explosive stuff, thousands of little nuggets carved by Mike Ladd and Mathieu Sourisseau. In his early days, Nick Cave guaranteed le First Born Is Dead. These two claim that Newburn is very much alive. Good News.

Hopetown - Claudia Solal & Benoît Delbecq

Album de la semaine – 15 Janvier 2020

Spécial sons d’hiver 2020
 :
Claudia Solal – Benoît Delbecq / Hopetown

(RogueArt 2020)

Français

« Pas besoin d’être australo pour être assis sur des charbons ardents, ces temps-ci. Le monde a chaud, les mecton font les chauds et les filles prennent vapeur. Normal. Sous un calme apparent, le duo Solal/Delbecq a, lui aussi, des montées et des bouffées. C’est super oblique, ça tricote des désoles pyromanes et ça vous accroche l’estomac comme un koala sur la plage. Hopetown vous le livre rubis sur l’ongle, l’espoir. Avec une tendresse furieuse. Mais sans pression. Prends ça Denis Papin. »

English

No need to be australian to sit on hot coals these days. The world’s hot, guys show off and girls are steaming. That’s to be expected. Under an apparent calm, the Solal/Delbecq duo is also on the rise. It’s super oblique, it knits arson desolations and it clings to your stomach like a koala on the beach. Hopetown serves it to you on a silver platter, hope. With an angry tenderness. But without pressure. Take that, Denis Papin.

Kris Davis - Diatom Ribbons

Album de la semaine – 8 Janvier 2020

Spécial sons d’hiver 2020
 :
Kris Davis / Diatom Ribbons

(Pyroclastic rec. 2019)

Français

« Le jazz actuel est toujours un peu balèze pour faire le malin avec l’immobilité. Ça bouge ou ça bouge pas ? Va savoir, mais ça avance, ça c’est certain. Diatom Ribbons, dernier album de la pianiste canadienne Kris Davis joue beaucoup avec cela. Peut-être parce qu’il est dédié aux algues unicellulaires et micro-organisme maritime. Sa beauté est organique et brutale. Comme sur Corn Crake, mélodique et engagé, où Terry Lyne Carrington et Val Jeanty viennent dynamiter le monde du silence. Sans bonnet rouge et bien mieux que le Commandant. »

English

Today’s jazz brags often with immobility. Moving or not moving? Dunno know here, but motile, that’s for sure. Diatom Ribbons, Canadian pianist Kris Davis’ latest album, plays a lot with that idea. Maybe because it’s dedicated to unicellular algae and marine microorganisms. What a bloody beauty that is organic and brutal. As on Corn Crake, melodic and committed, where Terry Lyne Carrington and Val Jeanty come to dynamite the World of silence. With no red cap and much better than the famous Commandant C.

Album de la semaine – 18 Décembre 2019

Surprise Chef / All News Is Good News

(College Of Knowledge Australia – 2019)

Français

« Facile. Cet album est aussi bien cadré que la photo de sa pochette. Hors-champ et pourtant super précis. Première livraison de Surprise Chef (prononcez ‘surprise chef’), les 9 pistes ont été agencées façon homemade entre soul fleurie, afrobeat d’après-midi et bande son de ride à skate sur un fronton de plage sudiste. Pas de grand vent, pas de mèche dans les yeux, pas de rocher découpé. La vérité est hors-cadre, on le répète, smooth, limpide et, pourtant, insistante. Dans la façon qu’ont ses 4 australiens de se concentrer sur votre bien-être. Ou sur votre digestion. Parfait avec un ratafia servi sur glaçons. »

English

Easy. This album is as well framed as the photo on its cover. Off-screen and yet super accurate. First delivery of Surprise Chef (pronounce “surprise chef”), the 9 tracks were arranged homemade between blooming soul, afternoon afrobeat and ride soundtrack while skatin’ a southern beachfront. No high winds, no wicks in the eyes, no cut rocks. Again, the truth is elsewhere: smooth, clear but insistent. In the way it focuses on your well-being. Or on your digestion. Perfect with an iced beer.

Album de la semaine – 11 Décembre 2019

Ashley Henry / Beautiful Vinyl Hunters

(Sony, 2019)

Français

« Smooth, London ? Au moins autant qu’un Jelly Bean dans un tambour de machine à laver calée sur Essorage 1300 tours/min. Ces deux dernières années ont été riches en livraisons tous azymuts. Celle-ci s’est posée en haut du panier. Ashely Henry, en bon englishman in London, réunit au cœur de cet album une forme de syncrétisme classe, hétérogène et scrupuleusement dansant. C’est coloré, ça rebondit à la va-vite et ça peut, cependant, se targuer d’une précision de runneur en plein 110 m haies. idéal pour finir l’année au sprint. »

English

Smooth, London? At least as much as a Jelly Bean in a washing machine drum set on 1300 rpm. The last two years have been rich in deliveries from the UK. This one landed at the top of the bunch. Ashely Henry, as a real Englishman in London, brings together in the heart of this album a form of classy, heterogeneous and scrupulously dancing syncretism. It’s colourful, it bounces fast and it can, however, display a runner’s precision in front of a 110 m hurdles. Perfect to finish the year with a sensitive sprint.

Album de la semaine – 4 Décembre 2019

Skarbø Skulekorps / Skarbø Skulekorps

(Hubro, 2019)

Français

« La meilleure fanfare pour accompagner les fêtes de fin de promo. Plutôt vers 2 ou 3 heures du mat’ quand le représentant de chez Skøll a été dévalisé. les sept mercenaires jazzo-norvégiens embarqués par Øyvind Skarbø dans l’aventure ne refusent aucun obstacle : rhumba oblique, grosse imprégnée d’électronique retors, backbeat de pièce montée. Jusqu’à cette ouverture d’album en forme de coup de coude qui semble être envoyé à David Byrne. Urgent pour ceux qui pense encore que le mot Fjord désigne une recette élaborée à partir d’un mélange de yaourt et de fromage blanc et faite à base de lait entier et de crème. »

English

The best band that you have too book for your graduation celebrations. Let ’em play around 2 or 3am when the Skøll representative was robbed. The seven Norwegian jazz mercenaries embarked by Øyvind Skarbø in the adventure don’t refuse any obstacle: oblique rumba, fat groove fat impregnated with devious electronics, birthday cake’s backbeat. Listen to this opening track in the shape of an Hey-Hi to be sent to David Byrne. Urgent for those who still think that the Fjord refers, in France, to a recipe made from a mixture of yoghurt and cottage cheese and made from whole milk and cream.

Album de la semaine – 7 Novembre 2019

Clément Janinet O.U.R.S. /  Danse ?

(Gigantonium, 2019)

Français

« Le french grizzly rugit une deuxième fois. Toujours nourri aux décalages harmoniques pétris d’aventure et à la transe pleine de délicatesses, le fourpack d’O.U.R.S. monte sur la piste de Danse ?. Du quadrille, de l’hymne, du vernaculaire. Beau à tomber, parfait pour se relever. »

English

The French grizzly roars for a second time. Always fed  with harmonic shifts mixed with adventure and trance full of delicacies, the fourpack of O.U.R.S. goes on the dance floor? The quadrille, the anthem, the vernacular. So beautiful that you could fall, and perfect to get back up.

Album de la semaine – 23 Octobre 2019

Nilok 4tet / A Wonder Plane Part To… 

(Tobroprod, 2019)

Français

« Derrière son titre-programme, la dernière galette se paie le luxe d’ajuster tout planisphère à sa mesure. La petite bande à Colin Jore défie les canons du jazz du jour avec des obsessions sans âge. Rameutant Julien Touéry et Daniel Zimmerman, en classe affaire et en long courrier, A Wonder Plane… vol loin haut dessus de tout coucou. C’est hors de mode, c’est hors du temps, c’est hors de style. Ça se joue ici et maintenant. Et c’est pétri d’un groove soudé à la main pour se river à vos oreilles pour longtemps. Parfait pour attendre l’été prochain.

English

Behind his title-program, the last vinyl has the luxury of adjusting any planisphere to its bars. Colin Jore’s little band defies the jazz canons of the day with ageless obsessions. Gathering Julien Touéry and Daniel Zimmerman, in business class and on long haul, A Wonder Plane… flying high above any cuckoo clock. It’s out of fashion, it’s out of time, it’s out of style. It’s right here, right now. And it’s got a groove that’s welded together by hand to stay in your ears for a long time. Perfect to wait until next summer.

Album de la semaine – 25 Septembre 2019

Initiative H / Sax Pax For A Pax Remix

(Neuklang, 2019)

Français

« On entend déjà hurler à la lune les gardiens de la tradition, les étroits de la syncope. Tant pis pour eux, d’autres beuglaient déjà quand Moondog sortait sur disque ses élucubrations visionnaires. Ce mois-ci, la bande à David Haudrechy en remet une couche avec ce ‘remix’ qu’on qualifierait davantage de ‘redux’ tant Initiative H refait les choses à sa sauce avec un soin personnel du brouillage de piste. Groove progressiste et détournement des attentes.»

English

We can already hear the howling to the moon of the guardians of tradition, the narrows of syncope. Too bad for them, others were already shouting when Moondog put out his visionary elucubrations on disc. This month, David Haudrechy’s band is back for more with this ‘remix’ that could be called more of a ‘redux’, as Initiative H is redoing things to its own liking with a personal care of scrambling the track. Progressive groove and diversion of expectations.