Le Grand Partir, chronique
« Lanau et ses trois compères ne vendent pas du rêve, il le mettent à disposition. Ensemble, ils quadrillent le terrain et leurs intentions d’une main précise et vous pousse à lancer un replay plus vite que vous ne l’auriez prévu. C’est très beau, certes. Mais c’est surtout très libre, cette collection. Frappée d’une grande cohérence et d’une forte personnalité, d’un mélange de timbres quasi pictural, d’une forme nouvelle de créolisation. » super starle grand partir— chronique Super Star de Le Grand Partir Sam Comerford clarinette, clar. basse, sax ténorThéo Lanau claviers, batterie, keyboardsLéo Rathier guitare acoustique et électriqueBenjamin Sauzereau guitare électrique, piano igloo records,septembre 2025— line-up Pas mal. Pas mal de la part de ce quartet de mettre autant d’énergie de style et d’images derrière la cover floue de ce disque. Ce dernier c’est Super Star, disque sorti en septembre dernier par Le Grand Partir. De partir, il en aura été pas mal question dans la littérature, de Cendrars à Conrad, de Villon à Gougaud, ici inspirateur du nom du groupe. Partir, pour la musique, c’est génétique, sans doute même une des raisons sociologiques de sa création. En corps comme en pensée.Les deux faces sont réunies chez ce quartet mené par Théo Lanau. Agrégat d’expatriés franco-belgo-américain, posé entre Lille et Bruxelles. Les corps du Grand Partir ont leur part de vécu. Les pensées, leur part d’apprentissage. C’est ce qui saute à l’oreille à l’écoute de Super Star. Ce qui pourrait être un exercice de style à la Queneau est, dans les 11 tracks du disque, digéré, maitrisé et délivré sans retenu. Mais avec pudeur, l’americana de Shackleton, le blues de Dany 1966, l’électro-groove britannique de Tout Cru, jusqu’à la douceur atmosphérique finale de Rozes. Canterbury plane doucement sur le tout, mille influences soutiennent sans s’imposer. Amusant de chopper à la volée une relance à la Jacques Loussier, un raccord à la Mark Hollis. Partout l’évocation est la règle, chaque tympan à l’écoute fera son cinéma intérieur. Lanau et ses trois compères ne vendent pas pour autant du rêve, il le mettent à disposition. Ensemble, ils quadrillent le terrain et leurs intentions d’une main précise et vous pousse à lancer un replay plus vite que vous ne l’auriez prévu. C’est très beau, certes. Mais c’est surtout très libre, cette collection. Frappée d’une grande cohérence et d’une forte personnalité, d’un mélange de timbres quasi pictural, d’une forme nouvelle de créolisation, débarrassée de toute appropriation. Libre, Théo Lanau l’était déjà en compagnie de Richard Comte et Quentin Biardeau dans la Roue du même acabit. Roue Libre fonçait furieuse et frondeuse, ici le batteur-compositeur prend la bretelle de l’autoroute sonore, celui qui emporte dans les vents légers, les vallons puissants, le temps d’avant le temps. Benjamin Sauzereau, prolonge son travail d’impressions, entendu récemment avec FUR aux côtés d’Hélène Duret, autre musicienne à flotiller au sein de La Nageuse, collectif d’artisanat musical qui abrite ce Grand Partir. Histoires d’humains réunis et de musique commune. Une autre guitare et un soufflant complètent la petite escadrille mise à l’abri de cette Super Star. Foncièrement pop, liquide dans ses mélanges et impressionnantes au sens daguerréotypesque du mot. Sous son arc-en-ciel, le petit motard flou de la cover du disque a de la réserve pour rouler loin sur ses 33 tours de force. Pas mal. —texte guillaume malvoisinphoto © DR – artwork © Jul Quanouai infos +
Sleeping Animals, chroniques

« Hybridation de chambre dévoyée de jazz au goût du jour, chaque geste prend un relief particulier. Murcia donne l’impulsion, lance des lignes de basse volontairement ouvertes, parfois rugueuses, parfois presque murmurées et joue sur des modes instables, des ostinatos décentrés, des métriques qui invitent les autres à naviguer de biais. » sleeping animalssamedi 29 novembre,le triton, les lilas— chronique Salle du Triton, petite confrérie fidèle en éveil. Les Sleeping Animals ont été dressés par Sarah Murcia et avancent avec leur instrumentarium peu fréquent. Alto, violoncelle, contrebasse et batterie. Hybridation de chambre dévoyée de jazz au goût du jour, chaque geste prend un relief particulier. Murcia donne l’impulsion, lance des lignes de basse volontairement ouvertes, parfois rugueuses, parfois presque murmurées et joue sur des modes instables, des ostinatos décentrés, des métriques qui invitent les autres à naviguer de biais. On reconnaît là sa façon de penser l’ensemble. Peut-être aussi la façon de voyager idéale. Mais ici, la communication est nourrie par capillarité plus que de direction frontale. Mat Maneri, à l’alto, expectore un monde minimaliste. Quelques notes suffisent. Comme des traits d’encre, d’une précision presque surnaturelle. Maneri possède cette manière unique de faire surgir une seule hauteur comme un événement sonore — un geste minuscule, mais chargé d’énergie, qui infléchit aussitôt le cours du collectif. Bruno Ducret, lui, joue sur l’ambiguïté d’un compagnon de jeu vecteur de dérive, passant d’un archet lyrique à des attaques sèches, presque percussives, avec une aisance qui témoigne de sa faconde aux esthétiques très contrastées — du rock aventureux aux musiques les plus écrites. Sa jovialité transparaît dans le son de son violoncelle autant que sur scène : précis, souple, hyper vivant. À la batterie, Christophe Lavergne est d’une netteté implacable. Micro-accents, bascules de tempo, respirations qui déplacent subtilement la densité du groupe. Sa précision n’enferme rien, mais ouvre des interstices où les cordes se glissent pour réinventer la pulsation. L’ensemble, sombre et doux, avance par glissements. Tout circule par messages codés, regards et complicité. Et lorsque Murcia entonne, comme elle adore le faire, sa version presque chuchotée de Qui c’est celui-là ?, tout bascule sur un autre plan : la chanson que Vassiliu a su chiper à Chico Buarque devient une ritournelle encore plus grinçante, portée par une voix fragilisant les bons endroits, laissant le texte se redécouvrir dans sa propre étrangeté. Ce moment suspendu pourrait être le cœur secret du projet : une musique hyper maitrisée qui accueille le vacillement et la fragilité de l’humain à bras ouvert. —texte Selma Namata Doyenphotos © DR infos +
Maher Beauroy, interview

« Être Martiniquais est une plus-value culturelle et musicale. Il était impératif de sonner non pas comme un américain ou autre, mais comme je suis. Tout ça pour dire que l’étiquette Outre-mer peut être un petit peu pénible parfois, mais je veux sonner pays. » —Maher Beauroy, pianiste maher beauroy, pianiste— interview Entretien en marge de son set en solo, Île et Résonances.jeudi 13 novembre 2025, festival D’Jazz Nevers—propos recueillis par Lucas Le Texierphoto © Maxim François Maher, nous t’avions entendu en 2021, avec ton quartet Insula, lors des rencontres AJC. Comment traduisais-tu au piano l’influence de Frantz Fanon sur ce quartet ?Ce combat contre l’aliénation de Fanon, on le retrouve dans l’équilibre entre la culture algérienne amenée par le joueur de oud et chanteur Qaïs Saad et la culture martiniquaise pour les rythmes et le jeu, sans que personne ne prenne l’ascendant. Au piano, ça ne se traduisait pas vraiment avec des notes, mais plutôt par l’espace et silence que je m’imposais quand un autre prenait la parole. J’ai beaucoup été inspiré par ce respect de l’espace, d’autrui et de son moment. Le silence, c’est aussi de la musique. Ce rapport au silence, ça te vient du Berklee College of Music ?Oui, mais pas avec les professeurs. Je pense à un batteur, compositeur, arrangeur et chef suisse qui s’appelle Jessie Cox. On s’amusait à faire des sessions, à faire naître des choses imprévues. Ce type de jeu ressemblait à des sortes de convulsions, sans tempo, sans tonalité, dans une liberté totale. Quelques années plus tard, Jowee Omicil, saxophoniste haïtio-canadien, m’a guidé dans la pensée de la création spontanée. Nous avons pu discuter récemment avec Sélène Saint-Aimé de son rapport à la culture martiniquaise, de sa musique issue d’une fusion entre les différents créoles de la Nouvelle-Orléans, des Caraïbes, du Sénégal… Tu sembles chercher la co-existence de ces éléments plus qu’un grand melting pot ? Ce sont des questions qui me traversent et me passionnent. Le travail de Sélène, qui a joué et enregistré pour Insula, est admirable car elle met ses doigts et son inspiration là où peu de gens sont allés. C’est une musique très singulière qui peut paraître compliquée à comprendre mais qui se base sur des choses essentielles : la voix, la contrebasse, la polyrythmie et un jeu très libre. As-tu l’impression d’incarner une nouvelle génération créole, suivant celle d’Alain Jean-Marie ou de Mario Canonge ?Je fais partie d’une nouvelle génération, dans une nouvelle réalité. Eux, ce sont des pionniers qui ont ouvert la voie. Leurs préoccupations était surtout d’exister comme musicien des Antilles, de faire respecter leur tradition dans une société pétrie de préjugés et de stéréotypes entre les Antilles et l’Hexagone. Cette génération avait besoin d’ailleurs, de faire rayonner la Martinique, la Guadeloupe hors de leurs frontières. Ma génération a le besoin d’être ancrée. Ce monde nous pousse à rester ouvert, mais je vis aujourd’hui à Fort-de-France et je suis heureux. Ce projet avec Fanon a ouvert ma conviction politique et m’a sensibilisé à certaines problématiques. Je m’ancre plus que si je vivais à Paris comme tous les copains. On utilise souvent les expressions « jazz ultramarin » et « jazz des outre-mers ». C’est une bonne manière pour se démarquer ou tu y vois plutôt les limites ?La première fois que je jouais à Paris au Duc des Lombards, j’ai fait la première partie d’Alain Jean-Marie. La soirée s’appelait Soirée tropicale. Les étiquettes rassurent pour identifier la musique, mieux la vendre et mieux cibler son audience. Les gens de l’industrie et du milieu jazz sont très à cheval là-dessus. Quand on est sur scène, c’est un frein. Évidemment qu’on vient de là où on vient, avec une charge culturelle qui est écrit sur notre front car on est foncé de peau. On s’attend à ce que ça zouke ou que ça biguine dans notre musique. Quand on propose une musique qui ne va pas du tout dans ce sens, ce n’est pas que ça pose problème, mais les gens te demandent quand même : « Dites-donc, vous êtes Martiniquais ? On n’a pas eu les Antilles dans votre musique ». Le jazz qui naît aux Antilles est un jazz antillais qui ne va pas forcément zouker ou biguiner. Comme il est créé là-bas, il appartient à un jazz français. Nous sommes plusieurs à penser qu’il ne faudrait pas forcément nous programmer dans une soirée dédiée. Tu es musicien et martiniquais, qu’est-ce que ça induit dans ton rapport au monde ?Quand j’étais à Berklee, un des mes professeurs, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, m’a donné un conseil : faire de la musique comme je suis. Être Martiniquais est une plus-value culturelle et musicale. Il était impératif de sonner non pas comme un américain ou autre, mais comme je suis. Tout ça pour dire que l’étiquette Outre-mer peut être un petit peu pénible parfois, mais je veux sonner pays. Je veux que quand je joue, les gens disent : « Ah, c’est un gars de là-bas ». Ça marque mon originalité et mon son, dans un milieu très concurrentiel. Même si le jazz est un milieu relativement parisien et plutôt petit, il faut se démarquer. Si je reviens à cette histoire d’étiquette, elle te permet donc d’exister et de te démarquer d’un ensemble vertigineux. Et quelques fois, il faut pouvoir l’enlever et dire : « Je suis ça mais pas que ». + d’infos
Orient express
orient express— concert et dj set yuko oshima × selma namata doyen nouchine Orient Express est une soirée musicale où les dialogues sont joueurs et rapides. Un duo d’impro qui ne manque pas de batterie et un DJ set s’amusent des styles et des frontières posées entre l’Est et l’Ouest. Yuko Oshima et Selma Namata Doyen placent sous leurs baguettes les rencontres possibles entre jazz, rythmiques rock et musique issue du Nagauta, théâtre traditionnel japonais. Leurs polyrythmies et boucles improvisées explorent de petites hypnoses tout à fait universelles. Pas moins captivante, l’approche de Nouchine pour son DJ set rassembleur et ludique, calé autour d’un répertoire livré sur des rails depuis l’imaginaire asiatique et moyen oriental. Express, vous avez dit ? Cette soirée est un aller simple vers le bonheur. concert gratuit —Bam Jam43 rie Auguste Comte – Dijonbus : liane 3, 4, 5 et 6 tram : 1 et 2arrêt République Cette soirée .pointbreak est un partenariat avec la Bam Jam et le festival Nuits d’Orient et d’ailleurs organisé par la Ville de Dijon
djazz nevers 2025, chroniques 2

« Ça sonne comme des boucles de CocoRosie, comme les sons d’une Moor Mother assagie, comme les paysages de la New Wave. Un petit feu de camp qui grandit, nourri par les combustibles des trois musicien·nes. » à propos de Meije, mercredi 12 novembre d’jazz nevers 2025— chroniques vers les chroniques précédentes mercredi 12 novembre jeudi 13 novembre vendredi 14 novembre samedi 15 novembre —textes de Lucas Le Texier & guillaume malvoisinphotos © Maxim François— d’jazz nevers : infos + hélène labarrière / sylvain kassap De la Cure d’inefficacité d’entame de set à la dernière note, il n’y aura eu qu’un pas acoustique. Une façon de certitude. Complicité vaut mieux que longévité. Non pas que l’amitié qui fonde le duo réunissant Hélène Labarrière et Sylvain Kassap ne soit pas ancienne et durable. Mais que ce pas acoustique fait ensemble a, comme dirait ma grand-mère, les deux pieds dans le même sabot. Du boisé, donc. Contrebasse et clarinette. Du commun, de l’établi de précision, de la mémoire rejouée in extenso. En soi, c’est fort et fort inépuisable. Chacun·e des deux bretteurs engagé·es dans ce dialogue à les outils du renouvellement à sa disposition. Vigilance et patience pour la contrebassiste, goût des quantités comme des qualités pour son second. Il serait sans doute un peu bêta d’expliquer que l’absence de batterie serait une chance, ici. Ce qui frappe, c’est que l’espace n’a besoin de rien d’autre de le sons des deux bois. Au p’tit bois p’tit bois charmant, chantonnait mon autre grand-mère. Charmant, indeed. Mais avant tout porteur d’une histoire qui impose modestie. Revenons à l’inefficacité du premier titre joué par le duo. Le grand acteur japonais Yoshi Oida racontait comment Peter Brook lui répétait inlassablement qu’il fallait savoir entrer en scène en oubliant toute tentation d’être efficace. Pour rester ouvert au surgissement et à l’étincelle. C’est ainsi que procède le duo Labarriere/Kassap. Le dernier dans ses broderies assurées, la seconde dans un mouvement sonore fascinant. Lyrique, massif rock subrepticement, exploratoire toujours. Duo complice au point que laisser surgir la musique surgir, et possiblement advenir. —guillaume malvoisin régional days :ymir / meije Futur anticipé. Le quartet Ymir anticipe, ce bal d’après, celui sur lequel nous tournoierons au gré des sons bruitistes et bricolés. Un petit cirque sonore, ambiance Chi Congo d’Art Ensemble Of Chicago, avec un bestiaire constitué d’instruments transfuges de rôle. Violoncelle percussif, batterie pourvoyeuse de mélodies, flûte et trombone drones. Interplay par enclenchements rythmiques successifs, quatre autonomies qui nourrissent ce collectif grouillant. Il y a dans cette pêche aux sons une euphorie du minimal, le plaisir de faire naître et de faire grossir cette brousse texturale dans des croisements de lignes qui se chevauchent et se complètent. Au fil du set, le bal se transforme en Freak Show, où le quartet décortique cette ossature fragile et constante, accentuant les silences, brisant le groove en un paroxysme des échanges. Plus qu’à s’essayer aux pas de cette danse à venir. Meije fait un pas de côté. Face à l’urgence et à l’accélération des rythmes, le trio parigot-tourangeau Ciechelski-Duchosal-François fait un contrefeu. La batterie de Benjamin François est économe en moyens, façon beat de hip-hop, frappant à la même cadence que le supplice de la goutte d’eau. Un coup, un after-beat, un seul pour marquer ces textures lentes qui s’immiscent autour du groupe. Assez pour laisser les longues trames texturales de Léa Ciechelski et de Vincent Duchosal imprégner l’ensemble. Ça sonne comme des boucles de CocoRosie, comme les sons d’une Moor Mother assagie, comme les paysages de la New Wave. Un petit feu de camp qui grandit, nourri par les combustibles des trois musicien·nes. Ce set le transforme en transe incandescente, irradiant alors tout ce tapis sonore qui ronronnait jusqu’alors. Meije brûle de l’intérieur, embarqué dans la force pyromane de Ciechelski et son brasier faits d’éclats de rythmes, de sons, de riffs. Rien ne sert de courir, il suffit de parvenir au point. —Lucas Le Texier régis huby,bliss Suite contemplative, Bliss, en anglais, c’est l’extase, le réjouissement. C’est l’éclaircissement aussi. De quoi diable ce quatuor à cordes revisité est-il la lumière sacrée ? Un violon seul, descendu d’un octave y répond. Celui de Régis Huby. Un violon seul, là où chaque quatuor en convoque deux. Un seul violon et une quête intérieure unique, mise au jour par cette exploration remarquable des graves. Quitte à détimbrer pour aller les atteindre. Les graves ? Basse cello trombone alto, pour les couleurs. Tchamitchian, Petit, Blaser et Morfin pour les patronymes. Loin du peu, tout proche du centre de l’élégance classe. Et physique. Jamais démonstrative pour autant, la musique de Bliss trouve sa joie dans son exécution, sans forfanterie, empruntée à sa génération, à ses recherches, ses errances sans doute, ses réussites beaucoup. C’est beau, Bliss. Léché comme un ours gentil, souple comme un ivrogne à vélo. Pas vraiment à la place où on pourrait l’attendre. Ruptures franches, croisées des idiomes, c’est une musique qui prend le temps. Voix soliste jamais réduites à l’excellence avant d’être reprise par la meute, c’est une musique mouvante, plus qu’émouvante. Bliss, c’est beau. Pas d’une beauté tire-larme mais de sa capacité d’éclaircissement, on l’écrivait plus haut. Aidée en cela par un paradoxe qui rend l’introspection pléthorique grâce aux effets, violon, batterie, électronique. Présence imparable de Michele Rabbia. Le contrepoint créé emporte le sextet, augmenté d’une science du silence qui jouerait les septièmes comparses, vers le terrain labouré par Matmos, par le cinéma. Celui de Alfred Newman sur les westerns de John Ford mixé à celui de Jürgen Knieper pour Wim Wenders sur Les Ailes du Désir. Épique et bouillonnant, le désir par ici. Pas mal, la formule. —guillaume malvoisin retour au menu hélène duret,fur Hélène Duret poursuit sa quête dans cette esthétique qu’on connait désormais, dans la résonance des timbres et les traits calmes de son solo De l’Eau, portés en échanges électro-pop dans Couple sympathique. FUR est du même acabit, ce savant mélange entre des riffs pop, l’intention de rockeur et ce soupçon d’émotion. Calme et doux, FUR est
djazz nevers 2025, chroniques

« Il n’y a pas que la pensée qui circulent dans Lagon Nwar. D’ailleurs de ce « bazar de rouille », on ne verra que ce qui en est révélé. Peu à peu, avec force et tendresse. » à propos de Lagon Nwar, mardi 11 novembre d’jazz nevers 2025— chroniques samedi 8 novembre dimanche 9 novembre lundi 10 novembre mardi 11 novembre vers la suite des chroniques —textes de Lucas Le Texier & guillaume malvoisinphotos © Maxim François— d’jazz nevers : infos + sophie bernado, catherine delaunay,david chevallier : d’autres sonsflash pig : the mood for loveyoun sun nah & bojan z : elles D’jazz Nevers, 39e édition, première. Thématiques pour ce jour d’ouverture : l’inédit, l’ode à l’amour, et un hommage.Premier stop avec une nouveauté du festival : le trio D’Autres Sons de Sophie Bernado, Catherine Delaunay et David Chevallier. Clarinettes-guitare-basson bien ancrés sur scène, mais la musique est ailleurs. Les sons sortent d’une incantation, transperçant l’espace avec euphorie et légèreté. C’est fin, c’est joyeux. Catherine Delaunay nous balade de son souffle sur des lignes de crête, comme nos pensées le seraient lors d’un voyage initiatique. Il y a ce paradoxe du mystère accessible dans les graves profonds des clarinettes, une empreinte sonore du passé refaçonnée in situ dans ce trio. De ces invocations naît une polyphonie joyeuse, une dissonance parcimonieuse et collective qui s’entrechevêtrent tendrement. Le trio sonne comme le monde, ses humains et ses enjeux. Parallèle sonore de nos déboires collectifs. Promesses, aussi, d’une résolution dans ce Beau et ces nouveaux chemins sonores pistés par le trio. Autre piste pour une résolution, l’amour, l’amour, l’amour. Dans une scénographie entre chambre à coucher des amants et ville moderne, le quartet Flash Pig croise le fer avec le légendaire In the Mood for Love de Wong Kar-wai. Flashback du temps où les pianistes étaient les maîtres du son. Le quartet de Flash Pig est un objet hybride, entre la grande époque de l’easy-listening romantique, de l’exotica oriental et du free américain de David Murray. On y croise les ballades totales que jouait de dix doigts un Erroll Garner, les Quizás, quizás, quizás d’un Nat King Cole et les joutes coltraniennes. Flash Pig trace une cartographie du sentiment amoureux d’aujourd’hui, où le romantisme rencontre le désenchanté, le contraste d’un solo de contrebasse enjôleur contre une batterie de poings, du roi piano-charmeur contre le saxophone colemanien. Hommage encore pour le duo de Youn Sun Nah et Bojan Z. Habituée de Nevers, la troisième venue de la sud-coréenne est consacrée aux grandes voix du jazz et de la pop dans son programme Elles. Brute et sensible, le duo exploite toutes les palettes de la musique populaire, d’un Sometimes I Feel Like a Motherless Child en nu-jazz, à une version électro-gospel du légendaire God’s Gonna Cut You Down. L’art de la reprise est aussi un amour du monde et de ses belles choses. —Lucas Le Texier naissam jalal : healing rituals Sons thaumaturges. On s’est laissés prendre par la main dans le quartet de Naïssam Jalal et de sa grande fresque des rituels. La musique est patiente, comme un long fleuve qui sort de son lit pour déborder tous les esprits de la salle. Cérémonies à ciel ouvert, les arrangements nous entraînent dans leur sobre et puissante litanie : contrebasse de terre, violoncelle ambulant, envolées de flûtes et tambours flottants. Healing Rituals est une succession de tableaux sacrés. Rituel du vent à la voix pure, un souffle espiègle qui sort de l’âme pour se glisser jusqu’à nos oreilles. Rituel de la terre, dans ce râle profond sur un batterie-contrebasse-violoncelle qui s’aligne en un choeur solennel. Rituel du soleil, à la force des riffs, piliers du temps, sur un violoncelle devenue luth de feu. Dans ces psaumes, le tempo et l’interplay fluctuent comme les marées, du tsunami effervescent à la tranquillité d’une mer qui s’échoue sur la plage. Et nous, on se laisse bercer comme une brise de bord de mer, dans cette métrique liquide qui nous fait tanguer. Et chavirer généreusement, de temps à autre. —Lucas Le Texier retour au menu Trio Johannes Dans la grande tradition du free jazz européen, il y a de ces mondes devenus quasi-équivoques. Jazz, improvisations, chambrisme, classique et contemporain. Le Trio Johannes est de ceux qui sont à cheval entre ces polarités. Interplay délicat, nuances et mariages des audaces, sorte de force tranquille et centrifugeuse qui dessine le groove pour mieux le contourner. Ce qu’on écoute, des immensités sonores complexes, des couleurs irréelles dans un chambrisme joyeux et euphorique. Trois zones de lutte. D’abord, deux contre-points permanents, Vincent Courtois et Catherine Delaunay, échangeant les traits comme deux géant.es qui ne pourraient se faire tomber. Ensuite, une harmonie comme une chaîne de montagne, celle de Sophia Domancich, comme un ring qui enveloppe et conditionne les coups donnés. Traits précis, accords qui grincent, drone bruitiste. Un répertoire contemporain fait de stops ou encores paradoxaux, cassant le tempo avant de s’engouffrer dans une clave complexe, brisant la polyphonie pour mieux rejoindre la concordance des timbres. La musique est un terrain de jeux facile et évident, à cette écoute des grands maîtres. —Lucas Le Texier Garden of Silences En direct des années 90, cette première de 2025. Garden of Silences, dernier né de l’imaginaire obstiné de Clément Janinet, est bien né, ici à Nevers un soir de novembre 2025. Mais, va comprendre comment la musique se ramifie en souterrain, ce jardin subtil puise deux de ses sources dans les nineties. 1992 et le crépuscule mitterrandien d’un fédéralisme européen, arraché lors d’un référendum populaire. 1998 et Charms of a Night Sky, disque d’un autre quartet gravé par le trompettiste Dave Douglas pour Winter & Winter. Bien entendu, ceci passe furtivement, dans cette première nivernaise, mais, éclairent malgré tout. Douglas et ses charmes de la nuit se sont imprimés durablement dans le cortex de Janinet. Au point de laisser fleurir cette assemblée avec patience, détermination et douceur. Et, une ampleur qui n’aura de cesse de se déployer au fil des dates à venir. Pour
Jazzdor 2025, chroniques
« Ralph Alessi, Marc Ducret, Jim Black jouent les boxeurs de clôture de soirée en l’ouvrant brutalement. Son frontal, incisif, où chaque geste semble reconfigurer la pièce en temps réel. » à propos du trio en concert le 12 novembre jazzdor strasbourg 2025— chroniques samedi 8 novembre dimanche 9 novembre mardi 11 novembre mercredi 12 novembre jeudi 13 novembre mardi 18 novembre 19 et 20 novembre —textes de Selma Namata Doyen et guillaume malvoisinphotos © Teona Goreci, Jazzdor— jazzdor : infos + pascal niggenkemper,the ocean within us The Ocean Whithin Us. Avec un tel titre, il n’y a pas 36 façons d’aborder la chose pour un·e artiste. Un. Penché sur la surface, impuissant et rêveur à voir l’écume se renouveler sans cesse. Deux. En plongée dans les profondeurs organiques et sans silence. En gros, face à la mer ou sous la surface, Calogero ou Jacques Mayol, il faut savoir choisir son camp, camarade. À bien entendre les cinq premières minutes, on imagine que Pascal Niggenkemper n’a eu aucun souci d’alternative. Physiques, minutieuses, économes, pointilleuses et d’une densité où même une seiche n’y retrouverait pas ses petits. Dense et pourtant très fluide. Ce quartet hétéroclite paie ses auditeurices de liquide. Faisant de chaque individualité un ruisseaux abreuvant l’étendue commune. Par petites touches d’abord. La flûte égrène ce que le claviers suggère, complète ce que la contrebasse dessine. Les voix scandent doucement laissant avancer chaque cellules incomplètes ou esquissées, chaque motif rythmique évoqué vers une première déflagration Free et redoutable. Instant magnifique où tout explose aussi fatalement qu’un banc de maquereaux frôlant de trop près le Kolumbo. The Ocean Whithin Us est forcément tendu et explosif, avec un tel line-up. Franco-berlino-états-unien. Nourri de claviers progressifs, du Détroit techno comme du free ascentionel. Autre façon d’Internationale. Musicale et définitive, quant à ses possibilités de réussite. C’est furieux et amical, parcellaire et allégorique, enthousiasmant et déconcertant de simplicité. Sakina Abdou qui n’a de cesse de s’imposer sur les scènes actuelles est une sax fascinante, au sens premier du mot, dont on ne peut détacher son oreille. Terrienne et prompte à lancer des anthems sans anathème ni anicroche. Répondant aux trips classés classes des claviers par de la thématique post-bop diagonale ou des suées très libérées, Quelle violence somptueuse. Parfait pour laisser ruminer et grogner l’axe pensant du quartet. Pascal Niggenkemper, ici plus captain plus que commandant de croisière, a les graves aussi moraux que les travellings chez Godard. Ils alimentent une réflexion in situ et sans fin. Gerald Cleaver et Liz Kosack s’y engouffrent avec ce qu’il faut de délicatesse (frappes/touches) et de bizarrerie (distorsions vivaces et masques magnifique), pour que ce concert devienne in fine une descente joyeuse et intérieure dans des sensations insoupçonnées. Comme quoi la beauté peut bien naître d’une tête humaine et finir dans une flaque universelle. (gm) david murray quartet Marrant de penser que tout est parti dans un loft new-yorkais. Le genre d’endroit où la poussière d’hier retombe sur la lumière du jour. Ainsi s’est forgé le son de David Murray, auprès de son frère Sunny d’abord, puis s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui. Incisif, flamboyant, éraillé et n’oubliant jamais ce petit qui pèse sur les hanches. Appelons ça Groove, pour dire le simple. Appelons ceci Great Black Music pour dire le mieux. Dans le pavillon de Murray, jamais moins en peine que quand il saisit son instrument, l’histoire et le renouveau. Don Byas versus Archie Shepp et Sonny Rollins, la jonction de ces trois exemples. Quelques décennies après la scène Loft qu’il traverse dans les 80’s, le son de Murray a pris de l’ampleur mais pas une ride d’inquiétude. Parfaits suraigus tenus en fin d’un set dédié au souvenir et au oiseaux. Grâce en est, sans doute à ce quartet où une (re)génération garde haute la tradition indolente, garde éveillées les possibilité de ce satanée socalled jazz. Ainsi de Luke Stewart. Mille façons de jouer : furibard, lyrique, bruitiste. Ici tenancier de rythmique d’une main de fer quand le piano impressionisto-clusterisant de Marta Sanchez la joue volubile et sans défaut, rapprochant avec malice main gauche et main droite dans le même discours, quand le drive inamovible de Chris Beck reste incassable même face au spoken Word, frenchy, cheap et suraffecté de Bird of Paradise. Stewart éclate, comme les vers de Rimbaud le faisaient. Avec le soleil en pleine gueule, avec la vulgarité transcendantale du bonheur expectoré bruyamment. Stewart, chéri de ces colonnes depuis sa découverte grâce au festival Sons d’hiver tient définitivement sa place des bassistes de quartet sur lesquels compter quand il s’agira d’écrire une nouvelle histoire du jazz post-jazz. —guillaume malvoisin kris davis trio Gageure majeure pour une pianiste, Kris Davis ne tient pas en place. Dans chacun de ses programmes, tout est joué avec joie et urgence, pour le trait. Le trait rien que le trait. Vif, rond et ultra précis. La canadienne qu’on pourrait situer arbitrairement à la jonction d’un Messiaen et de la doublette Geri Allen/Bud Powell, passe avec une égale humeur d’un accord à l’autre. Musique sérielle combinatoire, post-bop très loquace, minimalisme pétri d’évocations. Son dernier disque, justement, Run The Gauntlet, est dédié à six grandes figures féminines dont, tiens donc, Geri Allen. Ce qui est, entre autre, assez passionnant chez Kris Davis, c’est cette aptitude à prolonger de vieilles formules, non pas à le renouveler mais à en trouver d’autres ramifications. Comme avec ce trio où ferraillent d’une main d’acier Robert Hurst, à la basse, et Jonathan Blake, aux drums. Dans le clin d’œil plein d’humilité à Jack DeJohnnette récemment parti lancer d’autres ‘spécial éditions’ dans le Cosmos, dans les entrechats de Little Footstep par exemple, morceau cursif et plein d’éclats par la place laissée ouverte à la batterie. Blake dans une économie de moyens impressionnante ouvre des espaces free sans cesse remis en jeu. Une vieille chose étoilée comme le trio avec piano trouve là un classe élan. Au cœur de cet horizontalité jaillissante naît l’esprit et corps du trio. Une sorte de parthénogenèse à trois têtes. Faite de silences
la chambre jeune

« Je portais fièrement mon t-shirt Kurt Cobain en me croyant un peu au-dessus des autres avec mon album de rock alternatif dans les oreilles. » la chambre jeune— chroniques Comment des disques de darons arrivent-ils jusqu’aux tympans de la GenZ ? Comment impriment-ils ? Pourquoi durent-ils ? Le bon goût est-il soluble dans la génétique et les statistiques ? Chaque semaine, pour la newsletter de pointbreak un jeune de la rédaction range sa chambre. • sadebest of(1994) —Camille Coulon retour Assise à une terrasse sous la douceur du soleil de décembre, j’écoute. Les gens passent commande, les serveurs se pressent et mon amie, au milieu de tout ça, me partage une artiste qu’elle apprécie. Je découvre Sade et son morceau Kiss of Life. La compilation de ses titres les plus connus sortie en 1994 deviendra par la suite l’un de mes tout premiers vinyles.Aujourd’hui, Best of Sade accompagne la plupart de mes soirées. C’est toujours quand la nuit s’installe que je cherche une ambiance sonore semblable à la musique douce et sensuelle de la chanteuse nigériane. Voix emblématique de la musique soul et jazz, Sade a marqué mon esprit par sa capacité à traverser les générations. Pour preuve, mon vinyle s’est aujourd’hui déplacé dans la platine de mes parents avec qui je partage souvent cette atmosphère posée à travers l’écoute de l’album qui m’a fait tomber amoureuse des sonorités jazz et quiet storm, des musiques qui ne vieillissent pas. • fatboy slimyou’ve come a long way, baby(1998) —Marius Gourdin retour Quand j’étais petit, lors des longs trajets en voiture, mon père passait ses CDs. Des Stones à Eminem, en passant par Daft Punk ou même Youssou N’Dour, il n’y avait souvent aucun rapport entre les titres ou les genres qui s’enchaînaient. J’adorais ça. J’adorais essayer de deviner quelle musique allait passer. J’espérais secrètement que mon père insère « le disque avec l’obèse ». C’était You’ve Come a Long Way, Baby de Fatboy Slim. Sorti en 1998, mon père avait découvert ce disque dans une compile électro des Inrocks. Je ne comprenais pas vraiment ce que j’écoutais, j’aimais cette musique, c’était entraînant, ça me faisait bouger, et je me souviens que c’était le cas de tout le monde dans la voiture.« Well, huh, my favorite artist right now is Fatboy Slim, that guys kick ass. »Aujourd’hui, 10 ans plus tard, j’écoute l’album régulièrement et je le place très haut. L’alchimie des morceaux big-beat : construits avec un tas de samples, allant des dialogues de films au disco des années 70, de la funk au rock des années 80/90 en passant par de la musique indienne des années 60. Le plaisir d’écouter ces titres entraînants, ingénieux, drôles, qui évoquent, aujourd’hui, pour moi, une certaine nostalgie. C’est ce disque qui m’a donné envie d’écouter d’autres artistes electro, devenu par la suite, un de mes genres musicaux favoris. • nirvananevermind(1991) —Camille Coulon retour Remontons dans mes années collège, lorsque je cherchais un style un peu plus cool au lieu d’être juste moi-même. Le collège en gros. À ce moment-là, la tendance s’est en partie tournée vers les années 1980-90, le grunge, et ce côté un peu alternatif de la mode. C’est là que j’ai redécouvert Nirvana. Je connaissais déjà, mais avant ça, je ne m’y intéressais pas. Puis vient l’album Nevermind. Le plus connu évidemment, mais surtout celui qui m’a construit une identité pendant un moment. Je portais fièrement mon t-shirt Kurt Cobain en me croyant un peu au-dessus des autres avec mon album de rock alternatif dans les oreilles. En boucle les titres Come As You Are et Smells Like Teens Spirit, les plus connus encore une fois, mais ça me suffisait. Puis j’ai écouté le reste de l’album avant de passer à autre chose car même s’il me plaisait, c’était surtout une question de mode. Ça m’arrive de le réécouter, je n’ai jamais fait semblant de l’apprécier. Mais maintenant, cet album me ramène surtout dans la nostalgie de mon année de 3e. • red hot chili pepperscalifornication(1999) —Marius Gourdin retour Au lycée, quand j’ai commencé à troquer le rap pour le rock et l’électro, j’aimais bien écouter les albums les plus connus des groupes mythiques pour mettre la tête dans l’eau. C’est comme ça qu’un soir, sur le trajet pour rentrer, j’ai décidé d’écouter l’album Californication des Red Hot Chili Peppers, sorti en 1999. J’ai pris une claque tant le son des piments rouges m’a impressionné. Le rythme entraînant des titres, porté par la voix nasillarde d’Anthony Kiedis, les riffs de John Frusciante et bien sûr, les lignes de basse de la Puce, m’ont transporté sous le soleil brûlant des côtes angelinos, le terreau de la clique. Avec plus de recul, je me suis rendu compte que, côté thèmes, c’est tout aussi puissant, la superficialité californienne est dénoncée, l’amour est chantée, et plein d’autres choses sont racontées. Ai-je été californicationisé ? • blurblur(1997) —Marius Gourdin retour Un quatuor anglo-saxon et une ouverture au rock sans retour depuis. Séduit, marqué, tatoué par sa musique, ses membres, son univers et cet album, Blur. Moins britpop que les précédents plus brut, plus sérieux, plus crade. Moins Blur (malgré son titre éponyme). Une vieillerie jamais rouillée. Avec ce disque sorti en 1997, les london boys prennent un virage vers le rock alternatif, un peu ennuyés d’être vus comme un « groupe anglais rigolo et arty ». Graham Coxon, le guitariste, est admirateur de Sonic Youth. À l’écoute, on sent tout de suite la nouvelle affaire : riffs sont lents et saturés, voix qui grésillent, on pourrait presque ne rien reconnaître. Le ton est aussi plus intime que dans les disques précédents. On aborde l’héroïnomanie du frontman Damon Albarn (Beetlebum), l’alcoomanie de Coxon (You’re so Great) et on ironise sur le mouvement grunge d’outre-atlantique (Song 2). Bref, Blur, c’est une grande prise de risques, Blur, c’est un album créatif et expérimental, Blur, c’est le plâtre qui a fait renaître un mastodonte en berne après s’être fait casser une jambe par les frangins Gallagher. • ac/dcback in black(1980) —Camille Coulon retour Récemment mon père a eu 60 ans. Ça arrive. À 15 ans,
Passez-moi le standard
passez-moi le standard— journée d’étudeset concert improvisé sylvain darrifourcq × selma namata doyen .pointbreak × renaud garcia-bardidia (enseignant-chercheur au CREGO) C’est quoi ? Une journée d’étude, imaginée par pointbreak et Renaud Garcia-Bardidia, chercheur au CREGO (Université Bourgogne Europe) et à l’Université de Lorraine, pour envisager ce que peut bien être ce qu’on appelle standard en musique. Cette Journée d’études réunit journalistes et médiateurices, chercheur·euses et musicien·nes, curieux·es et amateurices de syncope. 3 doses : matin, midi et soir. 3 thématiques de réflexion. Explosion, circulation et mémoire. Le tout en 3 tables rondes, résolues in situ par une session spéciale de Pimp My jazz où Selma Namata Doyen et Sylvain Darrifourcq inventeront leur propre petite utopie, improvisée et volubile. Programme :• 10h00 — 10h30Introductionpar Selma Namata Doyen(musicienne, chercheuse, rédactrice – pointbreak) • 10h30 – 11h45Table ronde 1Pratiques : faire exploser les standardsMédiatrice : Valentine Leboucher(directrice générale d’ici l’onde – cncm)Intervenant·es :Sylvain Darrifourcq(musicien, chercheur)Sarah Benhaïm(maîtresse de conférences en musicologie et sociologie de la musique / laboratoire LIS-Université de Lorraine) • 13h30 – 14h45Table ronde 2Circulation et institutionnalisation des standardsMédiatrice : Raphaëlle Tchamitchian(journaliste, rédactrice et enseignante freelance dans le spectacle vivant)Intervenants :Bernard Jeannot(maître de conférences en études culturelles / laboratoire LIS-Université de Lorraine)Nicolas Thirion(directeur artistique d’ ici l’onde – cncm, artiste) • 15h15 – 16h30Table ronde 3Mémoire des standardsMédiateur : Lucas Le Texier(musicien, rédacteur, chercheur – pointbreak)Intervenant·es :Estelle Comte(Directrice de l’écomusée de la Bresse Bourguignonne)Vincent Chambarlhac(Professeur d’Histoire Contemporaine à l’Université Bourgogne ) • 16h30 – 17h00Conclusion par Renaud Garcia-Bardidia(enseignant-chercheur) • 20h00Pimp My Jazz redux :concert improviséSylvain Darrifourcqx Selma Namata Doyen(double batterie / percussions) Cette journée est organisée avec la complicité et la présence de :• Renaud Garcia-Bardidia (référent scientifique pour pointbreak, chercheur associé au CREGO et professeur en études culturelles / laboratoire LIS-Université de Lorraine)• Sarah Benhaïm (maîtresse de conférences en musicologie et sociologie de la musique / laboratoire LIS-Université de Lorraine)• Vincent Chambarlhac (Professeur d’Histoire Contemporaine à l’Université Bourgogne )• Estelle Comte (Directrice de l’écomusée de la Bresse Bourguignonne)• Sylvain Darrifourcq (musicien, chercheur)• Selma Namata Doyen (musicienne, chercheuse, rédactrice pour pointbreak)Bernard Jeannot (maître de conférences en études culturelles / laboratoire LIS-Université de Lorraine)• Valentine Leboucher (directrice générale d’ ici l’onde – cncm)• Lucas Le Texier (musicien, chercheur et rédacteur pour pointbreak)• Raphaëlle Tchamitchian (journaliste, rédactrice et enseignante freelance dans le spectacle vivant)• Nicolas Thirion (musicien, directeur artistique d’ ici l’onde – cncm)• guillaume malvoisin (rédacteur en chef pointbreak)— entrée gratuitejournée ouverte à toustes Théâtre Mansart94 boulevard Mansart – Dijonbus : liane 5 et pleine luneStationnement à proximité .pointbreak a reçu le soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté via le dispositif Soutien à la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI).
lagon nwar, chronique

« Sachez que les danses de ce disque ont toujours un prix. Celui de connaître, et d’entendre. Partout, ce sont les mots fracassés et agencés comme mosaïques au soleil. » lagon nwar— chronique Airfono (mars 2025) Ann O’Aro chantMarcel Balboné chant, percussions, konnîQuentin Biardeau saxophone ténor, synthétiseursValentin Ceccaldi basse Lagon Nwar de LAGON NWAR « Lagon Nwar, on y vient à pied. On arrive là de loin. Lagon Nwar, c’est au milieu. Entre Saint-Paul sur l’île de la Réunion, Orléans, Ouagadougou et Paris. Lagon Nwar, c’est un endroit où on se raconte. Intensément. Sans pudeur. En créole. En bissa. En français. En mooré. »Sans pudeur, indeed. On sait le goût de la langue d’Ann O’aro. Un goût qu’elle qualifie et qu’elle apprécie délicieusement « mouillé ». Et dans les fluides souvent se révèlent d’étranges vérités fugaces. Mais intenses. Ici, dans ce Lagon Nwar, où le maloya roulent dans bien d’autres eaux, résident milles vérités. Des vérités d’Histoire, brutes et brutales, histoire de remettre quelques pendules dans le bon sens de la marche. Des vérités de nous-autres, aussi, humains en transit. Comment fait-on pour joindre à la sensualité nécessaire la lucidité utile pour ne pas se résigner, sourire et avancer, toujours un peu plus. Ici, c’est le cri de Marcel Balboné sur Zaanbar. Là, c’est les claviers pointilleux de Quentin Biardeau, au sax par ailleurs, sur Furi. Ici encore, c’est la basse ronde et impavide sur ce petit bijou grimaçant qu’est Liberté Connaître Oblige. Visite radicale, noire d’humour et claire d’intentions. Vous voulez danser ? Pas de problème, c’est possible. Sachez que les danses livrées avec ce disque par le quartet dont les racines ont puisé dans un joli paquet de réussites sur les scènes de musiques improvisées et actuelles, sachez que les danses de ce disque ont toujours un prix. Celui de connaître, et d’entendre. Partout, ce sont les mots fracassés et agencés comme mosaïques au soleil. Avec le besoin d’en laisser briller les facettes. Lagon Nwar, le groupe connaît par cœur ses détours et recours, Lagon Nwar, le disque est frontal, douloureux et généreux côté hanches. « Face à face, on vit sa vie », y entend-on. texte de guillaume malvoisin— infos +