« Lanau et ses trois compères ne vendent pas du rêve, il le mettent à disposition. Ensemble, ils quadrillent le terrain et leurs intentions d’une main précise et vous pousse à lancer un replay plus vite que vous ne l’auriez prévu. C’est très beau, certes. Mais c’est surtout très libre, cette collection. Frappée d’une grande cohérence et d’une forte personnalité, d’un mélange de timbres quasi pictural, d’une forme nouvelle de créolisation. »

Le Grand Partir

super star
le grand partir
— chronique

Sam Comerford clarinette, clar. basse, sax ténor
Théo Lanau claviers, batterie, keyboards
Léo Rathier guitare acoustique et électrique
Benjamin Sauzereau guitare électrique, piano

igloo records,
septembre 2025
— line-up

Pas mal. Pas mal de la part de ce quartet de mettre autant d’énergie de style et d’images derrière la cover floue de ce disque. Ce dernier c’est Super Star, disque sorti en septembre dernier par Le Grand Partir. De partir, il en aura été pas mal question dans la littérature, de Cendrars à Conrad, de Villon à Gougaud, ici inspirateur du nom du groupe. Partir, pour la musique, c’est génétique, sans doute même une des raisons sociologiques de sa création. En corps comme en pensée.
Les deux faces sont réunies chez ce quartet mené par Théo Lanau. Agrégat d’expatriés franco-belgo-américain, posé entre Lille et Bruxelles. Les corps du Grand Partir ont leur part de vécu. Les pensées, leur part d’apprentissage. C’est ce qui saute à l’oreille à l’écoute de Super Star. Ce qui pourrait être un exercice de style à la Queneau est, dans les 11 tracks du disque, digéré, maitrisé et délivré sans retenu. Mais avec pudeur, l’americana de Shackleton, le blues de Dany 1966, l’électro-groove britannique de Tout Cru, jusqu’à la douceur atmosphérique finale de Rozes. Canterbury plane doucement sur le tout, mille influences soutiennent sans s’imposer. Amusant de chopper à la volée une relance à la Jacques Loussier, un raccord à la Mark Hollis. Partout l’évocation est la règle, chaque tympan à l’écoute fera son cinéma intérieur. Lanau et ses trois compères ne vendent pas pour autant du rêve, il le mettent à disposition. Ensemble, ils quadrillent le terrain et leurs intentions d’une main précise et vous pousse à lancer un replay plus vite que vous ne l’auriez prévu. C’est très beau, certes. Mais c’est surtout très libre, cette collection. Frappée d’une grande cohérence et d’une forte personnalité, d’un mélange de timbres quasi pictural, d’une forme nouvelle de créolisation, débarrassée de toute appropriation. Libre, Théo Lanau l’était déjà en compagnie de Richard Comte et Quentin Biardeau dans la Roue du même acabit. Roue Libre fonçait furieuse et frondeuse, ici le batteur-compositeur prend la bretelle de l’autoroute sonore, celui qui emporte dans les vents légers, les vallons puissants, le temps d’avant le temps. Benjamin Sauzereau, prolonge son travail d’impressions, entendu récemment avec FUR aux côtés d’Hélène Duret, autre musicienne à flotiller au sein de La Nageuse, collectif d’artisanat musical qui abrite ce Grand Partir. Histoires d’humains réunis et de musique commune. Une autre guitare et un soufflant complètent la petite escadrille mise à l’abri de cette Super Star. Foncièrement pop, liquide dans ses mélanges et impressionnantes au sens daguerréotypesque du mot. Sous son arc-en-ciel, le petit motard flou de la cover du disque a de la réserve pour rouler loin sur ses 33 tours de force. Pas mal.


texte guillaume malvoisin
photo © DR – artwork © Jul Quanouai