yoqal, chronique

Yoqal

« Comme dans tout poème parfait, il y a un mystère insoluble. Ici, il repose dans la tessiture des deux instruments, à peine une sixte les sépare, suffisamment proche pour perdre l’oreille. » yoqalkamilya jubran& sarah murcia— chronique jazzdor series (décembre 2024) Kamilya Jubran oud, chantSarah Murcia contrebasse Yoqal de Kamilya Jubran, Sarah Murcia Au cœur du morceau titre de ce disque, se cache, peut-être, le nerf de sa guerre. « Tu n’es pas à moi, ma beauté sidérante », Kamilya Jubran, parole ponctuée du Oud et des pilons basses de Sarah Murcia. YOQAL, est un disque qui échappe à celui qui écoute. Sidérant, absolument. Dans cette juxtaposition de cultures musicales et de géopolitiques différentes. Dans la jonction de deux musiciennes amies, dont l’obstination et l’empathie ne sont pas les moindres défauts. Dès les premières mesures percussives de BAAB jusqu’à la charpente enragée de RAML. Mais, comme dans tout poème parfait, il y a un mystère insoluble. Ici, il repose dans la tessiture des deux instruments, à peine une sixte les sépare, suffisamment proche pour perdre l’oreille. Là, le mystère tient à la syllabe, scandée, répétée pour être malaxée puis allongée  voire pitchée jusqu’à se faire son brut, uniquement. Incandescent, furieusement habité. Trop cursif pour être dompté, trop malin, pour se faire prendre dans les entrelacs complexes de la musique qui le soutient. Le mot, dans YOQAL, est un pivot. Un axe solide et connu des deux instrumentistes. Versant pop pour Jubran, versant drama pour Murcia (jusqu’à ce terrain d’exploration reedien qu’est le récent Transformé). On ne fera pas mieux pour ce diamant brut que : la beauté sidérante qui échappe à l’entendement. Mais, si ce disque ne laisse pas voir ses énigmes dans leur résolution, sa haute sensibilité dynamite et recompose des images et des questions. À chacun·e de se débrouiller avec sa propre psyché pour en démêler codes et réponses. La dynamique du duo les aura planqués dans un disque exaltant à écouter debout et les yeux grands ouverts. texte de guillaume malvoisin— infos +

[NA], autoplaylist

« 15 titres avec un peu d’Ethiopie, de musiciens adorés du trio, des titres de l’avant et d’autres du commencement, d’autres encore qui ont accompagné le genre de moments secrets que seuls connaissent les groupes en répétitions. » [na], trio jazz-punk— playlist autoportrait line-up Selma Namata Doyen : batterieRémi Psaume : sax alto et baryton, effets
Raphaël Szöllösy : guitare baryton, effets 15 titres avec un peu d’Ethiopie, de musiciens adorés du trio, des titres de l’avant et d’autres du commencement, d’autres encore qui ont accompagné le genre de moments secrets que seuls connaissent les groupes en répétitions. 15 titres, donc. Portrait d’un jazz libre, libertaire et très ouvert. Insolent le jazz ? Oui, définitivement. Et l’affaire dure depuis quelques années déjà, et sous pas mal de forme, en solo ou à plusieurs. Trois, c’est déjà plusieurs, et ce trio sait très bien manier l’insolence. Le son et sa musique le prouvent. Intranquilles, lyriques et granuleux. Paradoxe, oui dear. C’est justement la marque de l’insolence déployée par [Na], revendiquée punk, nourrie de mandingueries et d’éthio-pentatonique.Insolent mais pas indolent. Selma Namata Doyen, croisée assez souvent dans ces colonnes, est aux drums. Rémi Psaume est au sax alto et baryton, et Raphaël Szöllösy à la guitare baryton. Ces deux-là font de l’effet, aussi. Le trois vous versent un tord-boyau faussement patient et réellement frontal. Jamais prudent, donc indispensable.
 —selecta © [NA]photo © Alice Forgeot, Tribu festival 25— [na] : infos +

[NA], tuto

« Ça traverse Monk, les Lounge Lizards, The Ex, ça se frotte aux marges chicagoannes tracées, notamment, par l’Art Ensemble ou Jaimie Branch. Punk ? Jazz ? Oui. C’est beau et insolent. Mais jamais indolent. » [na], trio jazz-punk— tutoriel C’est qui ? Selma Namata Doyen : batterieRémi Psaume : sax alto et baryton, effets
Raphaël Szöllösy : guitare baryton, effets EP II de [Na] C’est quoi la combine ? 
Du jazz. Oui, plus ou moins. Mais surtout du jazz qui, pour une fois, ne s’origine pas aux States. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, à l’est du continent africain. En Éthiopie, pour être plus précis. À bien entendre un des fondateurs de l’éthio-jazz, Getatchew Mekuria, cette musique vient des accords du krar, petite lyre sorcière et hypnotique. Tant pis pour les rois du Be-Bop, on prend, ici, la racine à la racine. Mais seulement, voilà. Quand on est des vingta/trentas, petits blancs et from Elsass, les influences s’enracinent à d’autres endroits. Chez [NA], il y a donc l’insolence et la liberté incantatoire des jazzmen de Chicago, le heavy blues, le Free, le lyrisme français des génies du 20e (le siècle, pas l’arrondissement) et puis une autre liberté, encore. Celle célébrée par des bataves punk de The Ex, par ex. Chez [NA], y a le son aussi. Battue lourde et imperturbable, basses à la rondeur puissante d’une wrecking ball qui ferait fondre Miley Cyrus, sax baryton (entre autres) qu’on pourrait qualifier de pyromane, si nous n’étions pas déjà en période de réchauffement climatique. C’est bien ce passe-passe ?
 Ah mais oui, ah mais bien entendu. C’est même très bien. Le trio sait manier l’insolence. Sa musique le prouve sans peine. Intranquille, lyrique et granuleuse. Paradoxe, oui mon cher. Et, c’est justement la marque de l’insolence déployée par [NA], le paradoxe. Revendiquée punk, nourrie de mandingueries et d’éthio-pentatonique et populaire, l’insolence. Ça traverse Monk, The Ex, ça se frotte aux marges chicagoannes tracées, notamment, par l’Art Ensemble. Punk ? Jazz ? Oui, on l’a écrit juste au-dessus. C’est beau et insolent. Mais jamais indolent. Tant pis pour la rime. [NA] joue comme des faux-calmes. Avec l’imprudence évidente que tout à chacun devrait explorer. Imprudent, donc indispensable. C’est qui déjà ceux-là ?
 Une fille, deux gars. La première tape diablement sur des fûts, les deux autres jouent du sax et de la guitare baryton. Des effets, aussi. Les trois sont comme les meilleures sosies : de Strasbourg (© DR-FS). Mais si ses influences sont patentes, le trio ne manque vraiment pas de personnalités. Selma Namata Doyen, en plus d’être amatrice de kitcheries poppy-turques et de grammaire allemande, s’est formée au contemporain à l’école des Percussions de Strasbourg. Raphaël Szöllösy et Rémi Psaume, eux, sont passés par le label Omezis, en jouant au sein d’ITJ. Les trois se sont croisés dans des formations éphémères, dans le cadre des soirées à thème que le label organisaient en 2019. Suite classique. Affinités, bières et échanges de playlists. Travail d’hyperactif, aussi, visiblement si on juge les pistes urgentes et massives, de leurs deux EP. Le trio est lauréat Jazz Migration #10, et récemment auteur d’un joli crossover avec Etenesh Wassié pour le Tribu festival 2025, histoire de remonter àç la source. Sinon, oui. [NA] écrit son nom entre crochets. Va savoir pourquoi, mais on s’en moque. Après tout, qui aura osé demandé à Mohamed Ali de justifier les siens, de crochets ? La stat : 3.2
 Chacun des instrus lead, ajoute des effets à sa cantine. C’est bien, ça augmente le trio, ça ouvre l’espace et l’atmosphère posée sur le drumming serré à la clef de 12 par la percuteuse du trio. Le dico-éthio : Tezeta Littéralement, la nostalgie. Mais comme un mot n’embrassera jamais l’entièreté d’un sentiment, imaginons cela davantage comme un état d’esprit. Proche de la saudade portugaise ou du blues noir-américain. Le genre de truc à vous rappeler une occasion manquée ou un bout de vie perdu mais terriblement présent, une ombre qui se rappelle à vous sans prévenir et vous met, le temps d’un clignement d’étoile, en vrac ou en rogne. Frappant dans une lumière telle, qui mise en musique devient tragiquement magnifique. Aucun rapport avec [NA] a priori, mais avec les racines de sa musique, sans doute, à entendre sa reprise de Sethed Seketelat. Le profil du set :
 bifrontal. On creuse d’abord le son. Longues intros imparables, où on ouvre le jeu et remonte le terrain. Mélancolie électronique, sax en mode snake, drive ultra solide sans en avoir l’air. Ça distribue, ça explore et ça prend le temps en laissant monter la tension. Puis on fausse le rythme pour aller au score. Là, ça rugit, ça hurle, ça perd de la rondeur pour vous balancer des aspérités et marquer en pleine lucarne. Aucun coup franc à prévoir, ce trio est le roi des tours et des détours. Dépassements et passes décisives à envisager en deuxième mi-temps. La décla : « Ethiopian music, whether mine or that of others, did not come from the music of the faranjis (étrangers). It began with traditional instruments : the krar, the masinko and the begena. » Getatchew Mekuria, pionnier de l’ethio-jazz,notes de 
livret du disque Moa Abessa (2006) —textes : guillaume malvoisinphotos © Alice Forgeot, Tribu festival 25— [na] : infos +

Elie Martin-Charrière, interview

Elie Martin Charrière

« La musique est quelque chose de très important pour moi, notamment dans sa dimension spirituelle. Quand tu donnes toute ton énergie, tu ne peux pas le faire à moitié. » —Elie Martin-Charriere,à propos de sa musique élie martin-charrière,era #p— interview Dans la dernière interview que tu as donnée pour pointbreak, tu sortais alors ton premier EP. Qu’est-ce que le Élie de 2025 dirait à celui de 2020 ?
Il a pas mal évolué – je veux dire, je pense être une autre personne. Comme tout le monde, en plein dans la crise du Covid-19. Cet EP, c’était un EP de souffrance, celle de ne pas pouvoir faire faire de la musique. J’avais sorti des pistes qui étaient stockées dans mon disque dur, pour les faire exister réellement. Ça faisait une année que l’on n’avait pas joué.
Je félicite cet Élie d’avoir traversé ces années, en cherchant toujours un peu plus la lumière. Cette tournée Era #P, elle est à l’image de ça. On vient de sortir l’album, même si ça fait plus d’un an que je travaille dessus. J’ai la chance d’organiser ces trois concerts en Bourgogne, terre de mes origines et où je viens de me réinstaller. Tout est plus facile, plus lumineux, plus simple, entouré de gens qui sont dans cette même vibration. Il n’y a plus ce côté « passage en force dans les choses », comme lorsque c’était le cas lors de ma première interview. Pour nous, tu fais partie de cette jeune génération du jazz, avec Robinson Khoury, Etienne Renard, Thibault Gomez, Lou Rivaille… Est-ce que tu te sens y appartenir ?
Oui. Déjà, nous jouons ensemble pour toutes les personnes que tu as citées. Ensuite, nous partageons une vision de ce que c’est d’être en vie à ce moment là, sur Terre. Certes, nous sommes musiciens et nous devons faire nos concerts pour rester intermittents, mais nous prenons davantage soin de nous par rapport à certaines générations. Nous n’habitons pas forcément tous Paris car nous n’avons pas que notre carrière en ligne de mire, sortie de cette idée que si tu ne vis pas à Paris, tu vas galérer. C’est une chose sur laquelle tu peux échanger avec les anciennes générations ?
Notre génération ne parle que de sujets compliqués pour les autres générations. Pour nous, c’est normal d’échanger sur le questions de minorités, de ne pas se renfermer, d’être intéressé par tout ce qui existe et qui sont des faits de société importants. Je pense que les autres générations peuvent rapidement se dire qu’elles ne comprennent pas et qu’elles ne vont pas s’engager là-dessus.
Pour la question de la santé mentale, je constate que nous sommes tous en thérapie. C’est un plaisir, un bonheur de faire du travail sur nous. Ce sont des choses qui sont essentielles et que l’on ne peut pas forcément partager. Parle-moi de la composition d’Era #P et de ce qui se passe entre vous.
J’ai rencontré Christelle Raquillet au CNSM, où on avait déjà joué et enregistré de la musique ensemble. Je me suis rendu compte que dans de nombreux albums, mes passages préférés ou morceaux préférés comportaient de la flûte, que ce soit des morceaux de Stevie Wonder, de Prince, Herbie Hancock ou encore le disque de Stéphane Huchard Toutakoosticks que j’écoute énormément, Herbie Hancock…
Pour Nina Cat, j’avais fait quelques jams avec elle à Paris, et je sentais qu’il y avait une énergie avec elle que je voulais travailler. Elle n’aborde pas le piano de la même façon que les pianistes avec qui j’ai joués. On dira « organique », mais c’est une façon qui lui est très personnelle.
Elvin Bironien est la dernière pièce du quartet. Ce qui est drôle c’est que ça ne devait pas être lui pour l’enregistrement. Je le connaissais car nous jouions ensemble dans le groupe d’une chanteuse, Nirina Rakotomavo. Il a apporté un son, du fait de son expérience et de sa culture de la basse électrique. Quand basse et batterie vont dans la même direction, on peut ensuite l’accompagner et mettre un soliste par-dessus. Ça nécessite que que cette base soit-là mais je pense que nous avons trouvé la couleur. Ça a l’air d’être un lien important pour toi car au début de l’album, tu évoques en spoken words cette connexion que vous avez avec la batterie, la basse, le rythme et la Terre.
Cet album, c’est aussi le premier où je fais ce que je veux dans un studio. Ce morceau initial, c’est le seul endroit où je peux montrer mes traits de caractère. J’avais envie de commencer avec quelque chose qui me représente sous mes multiples facettes. Il y a du sérieux, de l’humour. La musique est quelque chose de très important pour moi, notamment dans sa dimension spirituelle. Quand tu donnes toute ton énergie, tu ne peux pas le faire à moitié. Lorsque les gens ressortent d’un concert et qu’ils sont troublés, changés ou qu’ils ont trouvé ça juste assez, juste super, juste trop, on est obligés de tout donner. Je pense que je n’ai fait qu’une seule prise de chacun des trois solos. J’étais épuisé physiquement car j’ai tout donné de mon être. Il y a quelques années, nous te posions encore des questions sur les genres musicaux et les frontières entre le jazz, le swing ou le groove. J’ai l’impression que ce n’est plus du tout d’actualité dans ta manière d’aborder la musique.
Ça l’est beaucoup moins sur cet album, en partie grâce à Elvin qui est arrivé et qui a une culture qui n’englobe pas toute ma culture jazz. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne va pas faire du jazz comme je l’ai fait jusque-là. Il a fallu que je me fasse confiance sur un tout autre domaine. Simplement, la musique, le rythme, les vagues que nous faisons ensemble. On respire ensemble, on écoute du son ensemble, on est capable de faire de la musique sans mettre d’étiquettes. Tout cela a pris du temps. J’ai étudié le jazz pendant quasiment quinze ans en conservatoire. Je m’en suis défait car oui, je me

Kamilya Jubran & Sarah Murcia, interview

«Je viens de la pop, de l’école de musique classique du Proche-Orient. Je me jette dans cette aventure d’une chanson palestinienne « moderne », quand je rencontre Sarah, j’avais envie de comprendre comment créer cette musique. » —Kamilya Jubran, musicienneà propos de Sarah Murcia et de leur travail sur Yoqal, leur dernier disque. kamilya jubran& sarah murcia— interview entretien commandé par Jazzdor,pour sa saison 2024/2025 Kamilya, Sarah te décrit comme comme sa sœur de musique, l’expression est assez jolie.Kamilya Jubran : Notre affinité remonte à plus que 20 ans maintenant, à 1998. Je jouais avec Sabreen, un groupe palestinien basé à Jérusalem. On préparait un album et Said Mourad, le fondateur et compositeur, avait envie d’un petit orchestre. Quelqu’un me passe le numéro de Sarah qui a tout de suite accepté sans demander d’abord de quoi il s’agissait. Ça a été une vraie rencontre. Ce n’est pas seulement devenu une forme de sororité et il y a beaucoup plus de choses en jeu entre nous, aujourd’hui. Il y a cette confiance, cette curiosité de l’une envers l’autre. Pourquoi créé-t-elle cette musique ? Comment ? Quelle est  la pensée derrière la musique ? On ne vient pas de la même histoire musicale, mais on a un présent, un intellect, une recherche qu’on partage, et ceci nous amène à écrire de la musique autrement. Ce serait quoi ce « autrement » entre vous deux ?KJ : Une musique qui nous appartient, pas seulement une fusion de choses simples. C’est pourtant un piège à éviter, quand on imagine la réunion d’une musicienne occidentale et musicienne proche-orientale.KJ : Tout à fait. Et c’est pour ça que ça prend du temps.
Sarah Murcia : L’autre jour, Kamilya a dit : « ce qui nous rapproche aussi, c’est qu’on aime bien se prendre le chou. » On se prend la tête. Dans la musique, et jamais entre nous. (Elle rit) On aime bien ça, avoir un os à ronger, un truc à démêler. La complexité, c’est une façon pour nous de démêler ensemble de petites énigmes et puis d’en faire de la musique, autour de la polyrythmie et des modalités un peu spéciales.
KJ : Tout de suite, ça m’a intéressée. Moi, je viens de la pop, de l’école de musique classique du Proche-Orient. Je me jette dans cette aventure d’une chanson palestinienne « moderne », quand je rencontre Sarah, j’avais envie de comprendre comment créer cette musique. Ça nous a pris du temps d’apprendre les gammes à transposition limitée, la part des rythmiques, comment marche la ligne horizontale de l’écriture arabe. Sarah a insisté pour apprendre tout cela et on a commencé à parler de micro-tonalité, à trouver des croisements entre pensée mélodique et pensée harmonique. Souvent les formations avec une grande longévité tendent à aller vers l’épure. En écoutant votre duo ou YOQAL, votre disque, on peut avoir l’impression de l’inverse.
SM : Il n’y a rien de pire que la musique compliquée qui sonne compliquée.  C’est vrai qu’on ne verse pas dans l’épure, surtout dans le nouveau disque, mais il ne faut pas effrayer les gens en les laissant croire que notre musique est complètement cérébral. C’est quelque chose de très structuré, de complexe, et d’amusant. Elle vous amène à quoi cette complexité ?
SM : Elle nous permet de nous amuser avec l’espace et de voir ce qu’on peut créer dans un espace donné. Comment on peut arriver à le penser de façon plus large, un peu différente avec des couleurs à la fois familière et inhabituelles.Vous êtes deux femmes et deux musiciennes de cultures différentes. Comment résout-on cette équation ?
SM : Moi, j’apprends à parler l’arabe.
KJ : Et moi j’apprends de sales blagues en français. Le hasard a fait que nous sommes deux femmes. Ce n’est pas un choix conscient. Si Sarah avait été un homme, il y aurait eu peut-être une autre énergie mais le duo se serait fait aussi. Je ne peux pas développer plus que ça : nous sommes deux femmes avec un parcours qui n’est pas un parcours simple et habituel. Même si peut être, dans la culture européenne, on a un peu plus l’habitude de voir des femmes jouer, et composer ensemble. Mais en même temps, si je regarde bien le monde et l’esthétique de chez vous, ce que Sarah fait, c’est quand même assez rare.
SM : On joue des instruments dits « masculins » avec une singularité dans nos parcours de femmes, musiciennes, compositrices. Ce qui fait que cette rencontre est riche. On est amies aussi, ça compte beaucoup. Vous jouez deux instruments à cordes. Comment se complètent-ils ?
SM : La contrebasse, c’est juste une sixte en-dessous du Oud, on est donc dans le même registre. C’est intéressant parce que parfois on a du mal à démêler qui fait quoi. Les timbres sont proches, et les deux instruments se mélangent bien. Je ne sais pas si c’est le cas avec la contrebasse, mais ce qui est certain, c’est que tout le monde ne joue pas du Oud comme Kamilya. Elle en fait une utilisation très personnelle.
KJ : Et souvent verticale. Je peux jouer des accords presque comme une guitare.
SM : Son jeu est assez expérimental. Moi je joue de façon plus classique, je crois.
KJ : Je pense que la modernité de Sarah est dans ce qu’on entend de ses compositions. Sa contrebasse m’a encouragée  à aller vers mon propre style de jeu de cet instrument, alors que j’ai grandi avec le Oud classique, que j’ai grandi avec un facteur de Oud, mon père qui jouait la technique classique. Ce n’était pas mon truc. Le mot est aussi très présent chez chacune et dans votre duo.
KJ : Je questionne cela, parce que, pour moi, la chanson est une pensée musicale. C’est la musique qui guide, mais les mots donnent une autre dimension. Évidemment, le texte crée un élément supplémentaire dans la construction de la chanson. Je chante en arabe mais avec un champ ouvert, à explorer. Mes mots, ce n’est pas de la poésie, mais quand je choisis des textes, des idées, je peux aller

D’Jazz Nevers 2025, les médias

DJazz Nevers 2025

Chroniques et quelques médias fabriqués par .pointbreak, rassemblés ici pour l’édition 2025 du D’jazz Nevers festival d’jazz nevers festival8-15 novembre 2025 — les médias pointbreak — les chroniques des concerts Pointbreak est partenaire de l’édition 2025 de D’Jazz Nevers. Le festival fête cette année ces 39 ans. 39 années à défricher, en toute cohérence, ce que le jazz peut vouloir dire en traversant époques et traditions. Voici des chroniques et quelques médias fabriqués par .pointbreak, parfois en compagnie d’autres partenaires, pour accompagner concerts et créations. • les médias pointbreak clément janinet, garden of silences orchestre national de jazz, with carla lagon nwar régis huby hélène duret, fur élie martin-charrière, era #p [na] kris davis kamilya jubran & sarah murcia clément janinet arve henriksen « On retrouve mes influences musiques minimalistes américaines, l’énergie du free des années 70, les recherches timbrales sur les instruments acoustiques. La différence, c’est que je souhaitais écrire au plus près de l’univers d’Arve. Alors, les influences baroques, du début du Baroque à la Renaissance finissante, font leur apparition. » retour au top sylvaine hélary tribu festival « Ce qui me rapproche de Carla, qui fait fi des frontières, des styles, c’est qu’elle s’autorise à sonner comme de la musique de cirque, comme Nino Rota, puis d’un coup, elle part vers le rock progressif puis ailleurs encore, vers tout ce qu’elle aime. Elle a un réel sens de la mélodie, et nos musiques ne sont pas si éloignées. » retour au top ann o’aro disque influences « Le Kréol, c’est aussi l’utilisation des sons. Le texte se mange et se déguste. C’est même pas « manger »… Chez nous, on dit souké. Dans la langue de Daniel Waro, c’est plus rapide, avec ce truc de malaxage, de découverte d’un corps, et de ce qui est interdit. Il y a « déguster » mais encore plus que ça, il y a presque de la bave… » retour au top hélène duret « La musique d’Ellen Arkbro contient plus ou moins tout ce que je cherche : des compositions aux structures diffusent, qui utilisent des puissantes mélodies chantées, des instruments à vent en lien avec les synthétiseurs, qui créent un son d’ensemble profond. » retour au top élie martin-charrière « La musique est quelque chose de très important pour moi, notamment dans sa dimension spirituelle. Quand tu donnes toute ton énergie, tu ne peux pas le faire à moitié. » retour au top [na] autoportrait « Ça traverse Monk, les Lounge Lizards, The Ex, ça se frotte aux marges chicagoannes tracées, notamment, par l’Art Ensemble ou Jaimie Branch. Punk ? Jazz ? Oui. C’est beau et insolent. Mais jamais indolent. » retour au top kris davis « La façon dont je structure un ensemble musical, un album ou même un morceau unique, est toujours axée sur cette question : maintenir l’attention de l’auditeur.
 » retour au top duo disque « Comme dans tout poème parfait, il y a dans ce duo un mystère insoluble. Ici, ce mystère repose dans la tessiture des deux instruments. À peine une sixte les sépare, suffisamment proche pour perdre l’oreille.
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Frédéric Peltier, interview

« Dans mes illustrations, il n’y a pas de traitement de faveur, ni de traitement de défaveur, chacun est traité de la même manière. C’est le but absolu, ultime, traiter tout le monde sur un pied d’égalité. C’est ça le rock. » —Frédéric Peltier, illustrateurà propos de son travail sur Rock City Guide de JD Beauvallet. frédéric peltier, illustrateurrock city guide de jd beauvallet— interview & playlist compléments numériques à l’article paru dans le numéro 8 de notre revue papier. — Frédéric Peltier est dessinateur certifié rock’n’roll. Il a planté cent fois son crayon dans Rock City Guide, nouveau booktrip signé JD Beauvallet (voir interview ici, page 30). Ton trait est très vif, très énergique. Comment la musique s’est-elle imposée à toi ?En 1981, j’ai 20 ans et je commence à travailler à la Fnac. Plus précisément celle du Forum des Halles à Paris, en tant que disquaire. Et quand je dis disquaire, ce n’est ni une coquetterie ni une forfanterie, c’était vraiment le cas à l’époque. Comme il n’y avait pas de centrale d’achat, chacun composait son catalogue, suivant sa sensibilité musicale. Cette autonomie était extraordinaire. Dans chaque rayon régnaient des personnalités d’une immense culture musicale. Je pense à Dominique Chevalier, responsable de la pop, qui avait interviewé Frank Zappa et publié deux livres sur lui. Pendant 10 ans, je n’ai jamais entendu parler de chiffre d’affaires. Je choisissais les disques qui me faisaient vibrer. J’ai été aussi à l’origine du service import. Je voyageais : États-Unis, Londres, je passais chez Mute Records pour discuter et dealer avec Daniel Miller, son fondateur. J’écrivais aussi aux Inrockuptibles ou dans les pages consacrées aux labels indépendants de la Fnac. Comment tu passes de disquaire à dessinateur ?C’est amusant : j’ai commencé à beaucoup dessiner à la Fnac. D’abord pour des magazines musicaux, souvent très ciblés. C’était l’époque du Top 50, celle des producteurs Stock, Aitken et Waterman. Comme I Should Be So Lucky, le tube de Kylie Minogue en 1987 ? (Sébastien chantonne)(Frédéric rit). À 30 ans, j’ai voulu changer de métier. Je suis parti comme si tout m’attendait, sans aucune certitude. J’ai commencé par la publicité. C’était une période où le travail ne manquait pas. J’ai trouvé ma place rapidement, surtout parce qu’il y avait énormément à produire. Même en dessinant parfois maladroitement, ça fonctionnait. C’est sans doute la décision la plus raisonnée que j’aie prise de ma vie. L’esquisse devient le principe même des illustrations de Rock City Guide ?Exactement. Parmi la centaine d’illustrations, on retrouve toujours la même structure : le portrait d’une ou plusieurs personnes, sur fond noir, avec en arrière-plan un bâtiment emblématique de la ville. Et, souvent, un petit détail décalé, dans un esprit résolument rock. Le canevas est resté identique d’une image à l’autre. Comment t’es-tu retrouvé à signer les images de ce livre de Jean-Daniel Beauvallet ?Par un détour assez inattendu, les derniers Jeux Olympiques. Guy Messina, fondateur de GM ÉDITIONS, m’avait sollicité pour le storyboard de la cérémonie d’ouverture. Cinq à six mois intenses à imaginer des séquences, à transformer des idées en images qui allaient défiler sous les yeux du monde entier. Au milieu de cette effervescence, Guy m’évoque ce livre de Jean-Daniel sur les villes qui ont marqué sa carrière de journaliste musical et l’histoire du rock. Je venais juste de finir un dessin de Bowie, période berlinoise. Bonne coïncidence. Je l’envoie aux éditions et ils accrochent de suite. Deux autres dessins suivent, dans le même esprit. Les trois visuels sont présentés à Jean-Daniel. Son enthousiasme scelle l’affaire. Avais-tu des contraintes de travail ?Pour chaque chapitre, Jean-Daniel m’envoyait une liste de cinq ou six artistes. Ensuite, je choisissais l’ordre des dessins, seul à ma table de travail. J’avais carte blanche. Je me suis investi comme si c’était mon propre projet. Pour les plus petites illustrations, j’ai retenu celles qui fonctionnaient graphiquement. Un seul objectif : que chaque dessin raconte quelque chose, qu’il serve l’histoire. Une approche très simple, presque rudimentaire. Je sélectionnais un personnage dans sa liste, puis je posais des hypothèses sur le papier : « Si je mets tel artiste devant tel bâtiment, qu’est-ce que cela raconte ? Est-ce que cela fonctionne visuellement, narrativement ? ». Il fallait qu’en 3 secondes, le lecteur sache dans quelle ville il se trouvait. Avec Jean-Daniel, tout est simple. Il a une vision très enthousiaste, un esprit curieux. Nous avons travaillé dans la confiance. Je lui envoyais des esquisses et il m’envoyait ses retours, toujours justes et pertinents. J’aurais pu découvrir le personnage récemment, mais en réalité cela fait 40 ans que je le lis. Cela reste-t-il proche de tes habitudes de travail ?Je dessine toujours de la même manière. Quoi que j’exécute, ça reste du dessin. J’ai produit énormément de storyboards, notamment pour la publicité, ou des roughs pour des affiches de films, comme Titane de Julia Ducournau. Mais je demeure très artisanal. Je ne travaille pas sur tablette graphique, je n’ai même pas Photoshop sur mon ordinateur. Ces techniques me semblent diluer l’essentiel. Je crois qu’on aura toujours besoin de structures basiques, comme d’un ébéniste ou d’un musicien acoustique. Encore une analogie entre la musique et le dessin.Les liens sont nombreux : rythme, fluidité, lisibilité, composition. Un dessin doit se construire comme une chanson, avec une structure solide. J’ai toujours aimé les songwriters. Quand la musique se réduit au son pur, elle m’intéresse moins. Même si j’apprécie la production, ce n’est pas suffisant. Qu’il s’agisse de techno, de dance, ou d’acoustique, tout doit être au service d’une chanson bien écrite. Le dessin, le cinéma, c’est pareil : tout commence par une base, un scénario. On n’est pas obligé d’aimer tous les films des années 50, 60 ou 70, mais une chanson bien écrite restera toujours structurée. Comment as-tu pensé les illustrations ?Dans ce genre d’ouvrage, le dessin doit à la fois donner envie de s’immerger dans l’histoire et produire des images mentales fortes. C’est un accompagnement, mais aussi une invitation. Y a-t-il des musicien·nes qui n’ont pas réussi à

PaRo, interview popopop

« Je me souviens d’un gars qui m’avait fait tout un exposé sur le pourquoi il n’avait pas aimé ce morceau. J’étais forcément un peu déçu, mais j’ai trouvé ça hyper attentionné de sa part. » —PaRointerview popopop interview popopop— paro en partenariat avec CHKT events pour la soirée Selected By — Questions échevelées pour réponses spontanées. On apprend à connaître un groupe par des voies détournées, par la culture pop et les voiles de pudeur. Sérieux ou pas, à vous de jauger. Avant la soirée CHKT x PBK du 18 octobre, voici la Popopop de PaRo, DJ porté sur la techno minimale comme le maximal groove. Cinq heures du mat’, Stereolab et petit sourire house. Ta musique, c’est un son qui pense ou alors une idée qui danse ?Ce serait plus un son qui danse. Il y a toujours une recherche d’esthétique, de groove surtout, de choses qui déjà, me donnent avant tout envie de danser. Ensuite seulement je pourrais me dire que c’est une idée qui danse. Plutôt boiler room ou on stage ?Boiler room, j’aime bien l’énergie dégagée quand on mixe au milieu du public. C’est assez juste d’être au même niveau. Ton modèle musical absolu ?Spontanément, je dirais Clark. Dans tout autre domaine ?Je vais te reparler de musique, et je dirais Aphex Twin, ce genre de mec qui fabrique des choses liées à son art en allant toujours explorer un peu plus loin que ce qu’on peut lui vendre dans le commerce. Le tout premier son entendu aujourd’hui ?Le Coeur et la force de Stereolab. En ce moment, je n’écoute presque que ça. Ton premier vrai disque que tu as acheté chez un disquaire ?Oh… Je me suis mis vachement tard, moi, à l’achat de choses matérielles, comme les disque set les vinyles. Disons que je vais prendre un des premiers disques que j’ai pioché dans la CDthèque de mon père. C’était un live de Radiohead, avec une pochette en carton, un vieux truc, je ne me souviens du titre. Après, le premier CD que j’ai acheté ça va remonter à quelques années, c’est Simian Mobile Disco, Attack Decay Sustain Release. Le plus gros malentendu de l’histoire de la musique ?La Star Ac, ou l’industrie musicale, tout simplement. Comment tu définirais ton style en électro ?C’est souvent instrumental, j’aime beaucoup cela. Ensuite, j’ai beaucoup navigué dans la micro-house, et il y avait beaucoup de bruits concrets, de bruits réels, et ça, ça me va. Tu arrives à t’y retrouver, toi, dans tous les styles en électro ?Non, non, non, j’ai arrêté de mettre des étiquettes. Il faut que j’écoute et que ça me parle. Après, je ne m’interdis rien, absolument rien, aucun style, aucune étiquette, mais j’essaie de ne pas prêter trop attention à ça, parce que c’est pas comme ça que je range les choses. Bon, je te pose quand même la question, ça serait quoi en vrai la House ?La House, en vrai, dans la vraie vie ? Un truc à base de soleil… Pour moi, il y a cette notion de groove qui est ultra importante, dans tous les styles mais encore plus dans celui-là. Ce truc qui fait danser. En vrai, c’est une question dont on pourrait débattre pendant des heures. Là, je ne pourrais en dire que cela : un état d’esprit, une idée dansante, quelque chose d’assez agréable, qui donne un petit sourire. Le meilleur dress code que tu aies pu apercevoir en fosse ? Un intégral boule à facettes, d’une splendeur incroyable. La meilleure des places pour te voir mixer ?Tu traces un triangle avec les enceintes et tu te mets au bout de ce triangle, dans le son. Le remix que tu adorerais qu’un label te commande ?Un remix de LCD Sound System me dirait vraiment bien. J’aime beaucoup l’énergie déployée… Un remix de Get Innocuous!. Un DJ, c’est vraiment un musicien ? Je ne le suis pas de nature, je n’ai jamais vraiment appris le solfège. Je bidouille deux, trois trucs, donc pas forcément, non. C’est pas un peu tard pour remarquer que les filles ne sont pas destinées à être backstage ou uniquement dans la fosse à danser mais qu’elles peuvent elles aussi casser la baraque derrière les platines ?Très bonne question. Dans un sens, ce n’est pas trop tard, car ce n’est jamais trop tard, mais enfin, il était vraiment temps. Tu réfléchis à ton set plutôt avant ou pendant ?Un peu des deux. Je rassemble des morceaux avec l’énergie que j’ai envie d’amener et je me laisse le choix de prendre divers chemins pendant le set. J’aime bien avoir pas mal de chemins possibles. Ça peut s’improviser l’électro ?Quand même, t’as des choses à faire passer, mais, c’est donnant-donnant, il faut que le public réagisse à ce que tu fais passer, ça marche comme ça. Sans doute pour faire un peu le malin, Gilles Peterson déclarait qu’un bon DJ devait savoir vider le dancefloor. Tu es d’accord ?Je comprends ce qu’il veut dire dans le sens où on n’est pas obligé de servir ce que tout le monde veut entendre. Quand je vais écouter un DJ, j’aime bien qu’il me passe des sons à découvrir. Et parfois, en faisant cela, tu peux être amené à ne pas plaire à tout le monde. Mais, s’il y a au moins une personne qui se dit : « Ah, mais ce petit son-là, ok, il n’est peut-être pas à propos, mais il me titille. » J’ai déjà vu des fosses se vider, alors que j’étais resté dans un coin, à écouter et découvrir. À quoi on pense quand on est tout seul derrière ces platines ?Aux sons d’après. Qu’est-ce que tu écoutes quand tu rentres chez toi après un set ?Pas grand-chose à vrai dire. J’ai besoin d’un sas, pas de silence mais d’autres choses. Une définition du vrai silence ? Le rien, le néant. Un vrai beau silence pour tenter de réfléchir ou de causer un peu. Un titre pour un morceau que tu n’as pas encore

La Dynamo 2, chroniques

« La progression ne repose pas sur des thèmes successifs mais sur la plasticité des strates sonores : densité percussive, suspensions incantatoires, circulation entre blues, gospel, free, hip-hop, électronique. Tout cela affirme la continuité d’une culture musicale diasporique dont LaMar Gay se revendique. » La dynamo, pantinmardi 7 octobre— chroniques ken vandermarkedition redux Redux, c’est refaire voire se refaire en ltin. Coppola l’a fait génialement avec son Apocalypse Now, à La Dynamo de Pantin, Ken Vandermark rebat les cartes de ses propres habitudes et réunit trois jeunes musiciens. Beth McDonald (tuba et machines), Erez Dessel (piano, claviers) et Lily Finnegan (batterie) animent ce projet pensé comme un espace de transmission directe. Le concert s’ouvre avec une rigueur presque écrite, chaque intervention s’imbriquant avec précision. Mais les structures minutieuses se fissurent vite. Les séquences libres débordent, redistribuent les places, déplacent les équilibres. Tout repose sur ce mouvement d’allers-retours entre cadre et éclatement. Le tuba de McDonald grave et massif, brouille parfois, se faisant nappes et bourdons saturés sous effets électroniques. Dessel, calé entre piano et claviers, installe des blocs d’accords qui claquent puis s’échappent en éclats instables. Finnegan, à la batterie, installe une assise souple et tendue, devient ce point d’appui primordial, axe solide de l’ensemble. Vandermark intervient par fragments, aux saxophones et clarinettes. Jamais en patriarche, jamais en figure centrale, la natif de Rhode Island préfère réorienter le flux, donner l’élan, joue les joueurs de volley qui lève la balle pour les autres. La cohérence du set est là, issue moins d’une fusion lisse que d’une transmission en acte. Vandermark est alors ce trait d’union qui ouvre un terrain commun où les générations s’épaulent et se prolongent. Ben LaMar Gay Ensemble À l’opposé de la rigueur formelle, le Ben LaMar Gay Ensemble relève d’une oralité vivante, d’un flux où la scène cesse d’être un cadre pour devenir un espace mouvant et partagé. La dynamique est celle d’une circulation : la musique s’invente comme un langage collectif. Dès l’entame, le cornet de LaMar Gay impose sa sonorité dense, rugueuse et chantante, où chaque note cherche sa place dans le groupe. Très vite, l’instrument se prolonge par la voix — chant, cri, scansion. Plutôt qu’un abandon, c’est un déplacement de fonction : souffle et langage appartiennent au même continuum. Ce geste s’inscrit dans une tradition afro-américaine où l’instrument et l’oralité dialoguent et se renforcent mutuellement. Le dispositif accentue ce principe. Matt Davis, au sousaphone, assume une fonction double : ancrage grave et contre-chant perturbateur. Edinho Gerber, à la guitare, alterne figures rythmiques claires et ruptures abrasives. Tommaso Moretti, en retrait apparent, assure la continuité du flux, oscillant entre groove resserré et dilatations temporelles. La progression ne repose pas sur des thèmes successifs mais sur la plasticité des strates sonores : densité percussive, suspensions incantatoires, circulation entre blues, gospel, free, hip-hop, électronique. Tout cela affirme la continuité d’une culture musicale diasporique dont LaMar Gay se revendique. Cette richesse formelle et culturelle ne trouve pas toujours un accueil bienveillant. Né noir à Chicago dans les années 1980, LaMar Gay inscrit son art dans une histoire traversée par les violences racistes. En France aussi, cette réalité se rappelle brutalement : quelques jours avant ce concert, il a été agressé à Lyon, ville qui brunit à vue d’œil, aux côtés de Dorothée Munyaneza et Julian Knxx. Impossible alors de dissocier cette performance de son contexte choquant. La liberté formelle de ce soir résonne indissociablement avec la nécessité d’une résistance militante et collective, avec le rôle que devrait jouer chaque spectateurice : donner de sa force à l’artiste, au moins autant que l’énergie qu’il reçoit de sa musique. —textes de Selma Namata Doyenphotos © Alex Inglizian – © Shannon Marks— la dynamo : infos +

Vendredi sur mer, chronique

vendredi sur mer

C’est physique. Il y a des titres anciens et des chansons plus récentes, des histoires de La Femme à la peau bleue, de Chewing-gum, des urgences comme Écoute chérie et des pauses sidérées comme Arrêter le temps.— vendredi sur merla vapeur clubjeudi 2 octobre— chronique Vapeur contre vapeur, la brume se répand dans le club. Exiguë, intimiste. Les silhouettes se dessinent et la musique commence. Scénographie sensuelle, sensuelle la voix de Vendredi sur mer, une voix d’amour et de désir. « J’espère que tout finira mal, play it cool, quitte à changer, fais-le en vrai. » Comme un souffle qui se coupe, elle pose son regard sur qui voudrait le croiser en chantant Camille, la fille qui fait pleurer les garçons. Énergie envoutante dès la première seconde, la première syllabe. C’est ce genre de mélodie qu’on imagine n’écouter que chez soi, car trop tranquille ou trop calme probablement. On s’imagine dans un moment de douceur, un moment où nous seules sommes capables d’entendre dans les mini-chroniques de la Suissesse l’écho de nos sentiments. Mais face au live, on vit chaque parole, on entre dans un univers. Notre cœur s’ouvre à elle. On découvre alors ses origines, son enfance, ses sentiments, sur un chemin doux à l’oreille et puissant à l’impact. C’est physique. Il y a des titres anciens et des chansons plus récentes, des histoires de La Femme à la peau bleue, de Chewing-gum, des urgences comme Écoute chérie et des pauses sidérées comme Arrêter le temps. Le temps, Vendredi sur mer l’a suspendu. Pour une soirée où tout va très vite, soirée menée par la beauté d’une fille qui ne craint pas d’exprimer ses pensées aux accents de vanille pour que la Malabar Princess finisse par nous emmener au septième ciel, « Là où chaque étoile brille ». —Camille Coulonphotos © DR—