Sunnyside 25, chroniques
« Malboro Bled c’est brutal, sournois. Malboro Bled, c’est d’abord du line-up incorrect. Sax basse, violoncelle et drum kit. Le tout un brin tatillon sur la nervosité. » sunnyside 20252 jours à reims— chroniques [na]malboro bled Première soirée à Reims pour pointbreak. Deuxième soirée pour le Sunnyside. Airs de fête, de retrouvailles, premiers éclats et sourires. Le soleil est là. La veille Avishai Cohen imposait sa contrebasse à l’Opéra, pour les concerts du jour, l’Atelier de la Comédie prenait plus de décibels qu’un monologue de Richard III. Deux groupes en scène sous les sunlights des tropismes, et déjà la question de la désobéissance en scène, au-delà du discours des intertitres. La désobeïssance [NA] la revendique dans son nom et son ADN. Dead Kennedys et The Ex en grands parrains punks, l’Éthiopie pour rampe de lancement ou station de retour, le trio a récemment invité Etenesh Wassié pour une soirée flambée en quartet. La désobéïssance, le groupe, lauréat de la session 10 de jazz migration, a pu l’éprouver en scène. La très riche tournée en cours a été vive, pleine d’assauts sonores, de découvertes, et d’explications de textes au long cours en scène. On imagine avec bonheur comment un groupe pourrait renverser son appétit en laissant basculer sa soif de convaincre et planter les crocs dans l’inconvenant et la dissidence offerte si on décide de prendre pied le monde actuel. Expliciter c’est louable, mordre avec consentement, c’est excitant. Punk à faim toujours plus vif que punk à soin.Les intertitres le trio suivant en fait des morceaux, un, du moins. L’humour faussement naïf y collabore avec une écriture puissante et précise. Bon résumé de ce qu’est le live pour Malboro Bled. Sans doute la désobéissance est-elle cela aussi, se jouer de soi pour faire corps. Du bled, pas de tonton mais avant tout une ambiance à la Lynch. Inquiétante et inflexible. Velours rouge et lumière bleue, matières et bruitisme qui prennent le temps d’installer l’oreille dans un ailleurs, dans un étrange, pour laisse le récit musical se barrer plus loin et nous échapper. Nous écharper, presque ici. Tant la tension préliminaire est physique. La musique inventée par ces trois-là a la gueule de l’enfer des Dardanelles de 1915, la radicalité du post-punk des premiers temps de pluie à Manchester. Malboro Bled c’est brutal, sournois. Malboro Bled, c’est d’abord du line-up incorrect. Sax basse, violoncelle et drum kit. Le tout un brin tatillon sur la nervosité. Ça joue serré comme tout punk band devrait le faire, pour mieux aller venir forer en soi toute tentation mélodique et venir la placer délicatement sous un laminoir. Mais attention, on la connaît plus ou moins cette formule charcutière. On a vu The Thing, On a entendu Fire!. Ici, il y a de la musique et l’espace en plus, notamment grâce à Maxime Rouayroux qui a le bon soin de ne pas laisser rimer drum avec seum. Et dans le quadrillage précis et tendu qu’il met en place, Bruno Ducret et Fred Gastard peuvent jouer ascension et descente d’organe, combiner Meshugah et Pifarély, défaire du blues et casser de la tristesse, suspendre les textures et les éclats, faire débats de pédales et tenir conversation avenantes. C’est furieux, solidaire et impérieux. Dans une rue adjacente à celle de l’Atelier, une affiche 4×3 annonçait le retour en ville, fin novembre, du Roi Soleil de Kamel Ouali. Ouallou, non merci, l’incandescence trône déjà par ici. ignatiusémile parisien quartet Rester souple et perméable. À hospitalité, à l’altérité, à l’aspérité, enfin. La quête de mémoire auditive recomposée du trio se situe dans cette trilogie. Quête, née après qu’une phrase de Fly to the Moon se soit accrochée au tympan de Maëlle Desbrosses, dit l’auto-Légende dorée du groupe. Dans cette quête il y a de la pop, du tradicelte, des déphasages savants, des voix fragiles et de l’écrit à la française. Et encore mille autres choses, tant l’empan d’écoute de l’altiste est conséquent. Eleonore Billy et Armelle Dousset, rompues par ailleurs à la musique pour l’image, s’amusent aussi de cela, sérieusement. Assemblant puis décortiquant matière et motifs. Ce décalage entre le son brut des instruments, rendus au cordeau en façade par la parfaite ingénierie sonore locale, et la reverb longue dans laquelle se jouent les voix, donnent du jeu à l’ensemble. Et c’est tant mieux. Le temps fera l’affaire, c’est beau de jouer à la limite. Théoriser ce qu’on joue serait une fêlure et jouer sans penser un peu, une idiotie. Ainsi le trio Ignatius s’allument de petits repères sur son chemin singulier, là un thème enfantin à l’accordéon, bousculé par un arpège têtu au nyckelharpa, ici deux archets frottés sur chevalet en quête d’une beauté alternative. Ces petits repères allumés, apparaît alors une jardinerie extraordinaire. Dans cette collection de fausses reprises, Somewhere par exemple, passent quelques fantômes légers, quelques obsessions souriantes, descendant joliment le flux de l’écriture encore fraîche. La fraîcheur du groupe suivant a 20 ans. 21, exactement. Pas trop bougé, vingt ans plus tard, Émile et ses mages. Jouant à la limite, eux aussi. Celles des disciplines. Gastro pour ce quartet d’une complicité évidente. Émile Parisien est à Reims entouré de Julien Touéry, d’Ivan Gélugne et de Julien Loutelier. Pralin, Nan au fromage, Chocolat-citron, Coconut race et Pistache cowboy. Gourmandises des titres en longueur de bouche, Mario sur son kart. Tout avance rapide. Tout se joue dans une jazz-clarté bien-née. Drumkit délicat et drive syndical, rondeurs de basse réglementaires, sax qui balance entre la révolution Bechet et le duduk arménien. Cette ligne claire est perturbée de façon bienvenue par les ostinatos impressionnants de Touéry sur Tic Tic, de Gélugne dans la crème de Nan. À jouer avec la crème on finit dans du beurre. Modal tartiné, quarts de tons sautés. Plus loin, VE 1999 est un jazz trip joué à la limite du spot de pub automobile de la même année, pneus lisses et moteur gonflé. En 2025, Touéry, lui, a la main gauche implacable et la droite pas moins inattaquable. Pépite que son Wine Time qui entraîne dans
L’Autre Collectif, chronique

« Autant le dire cash : c’est magnifiquement orchestré slash écrit slash arrangé. La profondeur des timbres, la finesse des transitions. Il y a de cette beauté de couleurs des ensembles free européens du mitan des années 70 mêlée à l’énergie punk d’un duo Booker Little-Eric Dolphy au Five Spot. » l’autre collectif,l’évadée, chalon s/smardi 7 octobre— chronique Non, l’enfer, ce n’est pas les Autres. Surtout pas ces Autres-là. Ceux de l’Autre collectif franco-norvégien-européen initié par Clément Mérienne, Sol et Hector Léna-Schroll, Sigfrid Aftret et Andrine Dyblie Erdal poursuivent une belle aventure. Preuve en est, hier, c’était quelque chose, cet Autre collectif augmenté de ses comparses norvégiens d’OJKOS. Avec un petit parfum de retour vers le futur. Il y a cinq ans, l’Arrosoir accueillait une petite dizaine d’entre eux ; ils reviennent à l’Evadée, plus proche de la quinzaine. Quatorze musicien·nes, cinq compositeurs, 80 minutes d’un set qui croise les textures denses avec des impros free et vénères. Dès les premiers instants, ça scotche : cette impression d’un tsunami qui avance, se déploie et se résorbe dans des nuances orchestrales empreintes de gigantisme. Autant le dire cash : c’est magnifiquement orchestré slash écrit slash arrangé. La profondeur des timbres, la finesse des transitions. Il y a de cette beauté de couleurs des ensembles free européens du mitan des années 70 mêlée à l’énergie punk d’un duo Booker Little-Eric Dolphy jouant au Five Spot. Et on observe alors les petites subtilités entre compositeurices. Les systèmes de Clément Mérienne, acoustiques et électroniques, aux métriques qui s’emboitent les unes dans les autres, transforment le band en une courbe sinusoïdale géante, dynamiques à nues. Musique répétitive et chase entre pupitres de Pendule n°9 d’Hector Lena-Schroll. Musique de l’urgence, délirant de traits virtuoses du saxophone de Sol Lena Schroll. Son énorme, veine bruitiste, énergie libertaire des pupitres, avec une basse profonde et une batterie de poings. L’orchestre nous tient dans cette intensité, nous balade aussi, guide alpin au travers de cimes et d’immensités sonores. Descente par le col ouvert par le duo euphonium-violon aux textures mélancoliques et intense, remontada par le ténor Sigfrid Aftret dans une bagarre coltranienne contre la batterie. « Le jazz, c’est comme les bananes, ça se consomme sur place », comme dit l’Autre sartrien. Il fallait y être, sur place, mardi soir. —textes de Lucas Le Texierphotos © DR—
La Dynamo, chroniques

« Chaque prise de parole affine la texture de l’ensemble tout en révélant la mobilité, cette égalité mouvante où chacun trouve sa juste distance. C’est là que s’entend la politique créatrice de The Bridge. » La dynamo, pantinlundi 6 octobre— chroniques the bridge 2.13 La deuxième génération de The Bridge, s’achève et les formations nées des échanges et des improvisations apparaissent moins comme une succession d’expériences que comme les fragments d’une même pensée en mouvement. Le treizième assemblage de génération 2 est aussi une variation éloquente, un laboratoire de cohabitation sonore où l’improvisation devient une réflexion sur la manière d’habiter le collectif. Cinq musiciens sont réunis pour la première étape d’une tournée française : Jeff Albert, Lenard Simpson, Christian Dillingham, Paul Wacrenier et Nicolas Pointard. Ils se découvrent presque en direct, sans le moindre embarras. Certains avaient partagé, la veille, à la Timbale, avec l’équipe de Stéphane Payen, un avant-goût informel, comme une première esquisse d’écoute, un terrain de confiance à peine tracé. Sur scène, lundi soir, la circulation s’est d’emblée installée. Nicolas Pointard, batteur, déploie un bagou tout en humilité. Sa frappe, dense et mobile, ne cherche ni la domination ni la mesure, mais plutôt l’interstice — l’endroit où le son passe, s’échange, se réplique. Peaux, cymbales, résonances étouffées, silences suspendus : tout y parle, tout s’y relie. Paul Wacrenier, à sa droite, façonne le son comme on établit des fondations : accords martelés, harmoniques effleurées, architectures provisoires. Dos au public, dans cette posture coutumière du pianiste — ou de profil, merci à l’architecte de la Dynamo —, il agit ici en relais, en interlocuteur direct. Pivot dans la conversation plus qu’un soliste. Christian Dillingham, contrebassiste de Chicago, vient inscrire dans cette conversation une gravité, souple elle aussi. Formé autant au classique que par la scène improvisée, son jeu entremêle précision d’archet et pulsation organique, tensions et relâchements. Ses lignes respirent constamment, soutiennent, maintiennent la cohésion sans la figer. Les soufflants prolongent cet échange d’un grain singulier. Le tromboniste de l’affaire, Jeff Albert, est passé, lui, par la Nouvelle-Orléans. Il garde de cette ville la physicalité du son qui lui est propre, cette façon d’enraciner chaque note dans la volonté qu’elle agisse pour le collectif. Lenard Simpson, enfin, chicagoan, lui aussi, répond à cela par un phrasé limpide, d’une sobriété habitée. La mélodie peut-elle se construire en même temps qu’elle s’écoute ? Avec lui, et pour paraphraser un autre Simpson : « Ouh pinaise, assurément ». La musique du quintet progresse ainsi, par déplacements des formats : duos furtifs, suspensions, reprises. Chaque prise de parole affine la texture de l’ensemble tout en révélant la mobilité, cette égalité mouvante où chacun trouve sa juste distance. C’est là que s’entend la politique créatrice de The Bridge. Évidente, non pas dans un manifeste extérieur, mais dans la pratique même du collectif en jeu, dans ce geste d’ajustement des différences sans les diminuer. On verra au fil de la tournée, si les affinités ouvriront davantage cet espace où écouter ne craint d’interrompre. Rappel, courte improvisation. Quelques minutes suffisent, tout y est : cohérence, mesure, lucidité. Ce fragment résonne déjà comme un titre collector, destiné à ne plus jamais être entendu : Tant pis pour les absents. abdou · gouband · warelis Il peut arriver de se réveiller dans une chambre d’hôtel, les yeux encore clos, assailli par un vacarme de klaxons, de moteurs, de cris. On croit au pire — carambolage et panique du dehors — puis on ouvre la fenêtre et rien d’autre qu’une rue tranquille, la vie ordinaire. La deuxième partie du concert commence avec cette idée de vacarme, empilement de sons saccadés et continus qui brouille la perception : on pense au chaos, au désastre imminent. On imagine des corps massifs, un trio bodybuildé — peut-être est-ce le retour de Frankenstein, ce bon vieux bossu revenu de ses cendres quand le Cornu y retourne. Et l’on découvre, à l’inverse, trois musicien·nes d’une douceur radicale, d’une humilité rare, et d’une grande force instrumentale. Imaginé par Sakina Abdou pour la carte blanche que lui avait confiée Relative Pitch, label new-yorkais et imparable, ce trio compte également Toma Gouband et Marta Warelis. Le genre de formation où la musique se conçoit d’abord comme matière vivante à malaxer. Hammer, Roll and Leaf, disque sorti il y a un an, en posait déjà le principe de cette musique. Une musique pensée dans l’instant, construite sur l’écoute et la circulation du son plus que sur l’écrit. Ni hiérarchie ni compétition, mais le seul plaisir de la relance. Sur scène, la musique s’installe comme une version à trois de papier, caillou, ciseaux. Sans suspense, on sait vite qui mise sur le caillou. Toma Gouband est entouré de pierres, branches, feuilles et peaux. Dans cette alchimie d’objets, tout grince, frotte, crisse, et pourtant tout s’agence avec une exactitude instinctive. Marta Warelis explore au piano une autre strate du sonore et du réel. Son jeu explore la zone de friction entre harmonie et ce qu’on pourrait appeler bruit, entre contrôle et abandon complet. Sa douceur et sa discrétion se fondent très vite dans le corps imposant de son instrument qu’elle gratte, effleure, fait vibrer. Sa virtuosité n’a rien de démonstratif mais procède du soin, de la disponibilité. Jusqu’à laisser le piano se confondre avec la batterie. Dans un même organisme sonore où Sakina Abdou, moteur et boussole du trio, souffle, entre cri et murmure, trace les lignes invisibles de la musique créée. Ses fulgurances alternent avec des suspensions d’air, des plages de silence qui recentrent tout le groupe. Et lorsqu’elle quitte la scène pour jouer depuis la coulisse extérieure, le cadre se renverse. C’est un geste social, une manière d’élargir l’écoute, d’y inclure ce qui échappe à la scène. Sa puissance est d’ordre collectif, une force d’organisation et de circulation. Les équilibres provisoires du trio créent une forme partagée de composition, disparte et bienveillante, où le geste de chacun·e engage celui d’un·e autre. Puis le concert s’évapore, sans résolution. L’espace est laissé ouvert, la musique continue ailleurs, dans les corps, dans
BUT2, groupe 5
« Rien ne se perd, tout se sample. » Un ping pong musical – Hill, Drake Depuis toujours, la musique évolue en se réinventant. Les reprises, les remixes, les samples… c’est ce qui permet à certains morceaux de ne jamais vieillir et de toucher de nouvelles générations.Un bon exemple, c’est Drake avec “Nice for What”, qui reprend le célèbre Ex-Factor de Lauryn Hill. Preuve que les reprises font vivre les classiques et leur donnent un écho qui traverse les époques. Cette reprise, c’est ce qu’on appelle “un sample” : Drake a pioché un extrait de Lauryn Hill pour créer son propre son. Mais le plus fou, c’est que l’histoire ne s’arrête pas là : quelques mois plus tard, c’est Lauryn Hill elle-même qui reprend Drake sur scène à New York. Un ping-pong musical qui montre que les reprises ne s’arrêtent jamais : elles font perdurer les classiques et connectent hier et aujourd’hui. Dans cette reprise, ce qui est fou, c’est que la même voix qui parlait de tristesse en 1998 revient en 2018 dans un morceau complètement repensé et plein d’énergie. Les reprises, ce n’est pas juste reprendre un morceau, c’est lui donner une nouvelle vie et un nouveau sens. Au final, ça crée un pont entre les générations et montre que la musique, c’est toujours une discussion entre le passé et le présent. Au final, les reprises montrent que la musique ne s’arrête jamais : elle se transforme, se réinvente et continue de parler à chaque génération. Un classique peut renaître encore et encore, et c’est justement ça qui rend l’art immortel. —signatures de l’articlecrédit photo © DR + d’infos
pointbreak, les contenus numériques

« Photos, playlists, interviews. Tout ce que le papier ne peut accueillir en 2026 est ici. » les complémentsde la revue papier— annexe numérique Alejandra Charry Caicedo est née en Colombie à Cali et s’installe en France en 2004. Passionnée de chant, de musique traditionnelle colombienne ; elle décide de s’y consacrer en collaborant avec différents groupes de la région lyonnaise, notamment, The Bongohop, Bambazu, Nimalaye ou encore Pixvae. En marge de la tournée hivernale de ¡Ya Voy !, la chanteuse a confié au magazine ·pointbreak, pour le numéro 9 de sa version papier, quelques pierres angulaires posées sur son parcours d’artiste. lire et écouter ici les sons du numéro 9 Groove, rap, pop, cyclisme sont des mots qui vont très bien ensemble. Chaque trimestre, Vincent Clément, le taulier de la cantinavelo Chez Eddy, nous repasse les plats d’une grande classique cycliste de saison. En musique, en rythme, et sans faux col. Aujourd’hui : l’automne et le Lombardia. café crème crème fouettée Frédéric Peltier, dessinateur certifié rock’n’roll, plante cent fois son crayon dans Rock City Guide, nouveau trip signé JD Beauvallet. Sébastien Marchalant Lecordier l’a rencontré pour une interview au long cours. C’est à lire et à écouter ici. m.a.a.ap city —photos © Alice Forgeot, Tribu festival 2025— la revue : infos +
Tribu 2025, chroniques

« Trompette tarée et boucles électro, à faire battre le palpitant et les âmes jusqu’aux tréfonds des cages thoraciques. Minimalisme du trait d’au-dessus, basse souterraine qui fait trembler les fondations du sous-sol. » tribu festival 2025— chroniques jeudi 25 septembre Grégory Dargent – Soleil d’hiverUn Singe en Hiver Soleil d’hiver, c’est un récit de famille. L’histoire d’un retour impossible, d’un western imaginaire où l’Ouest américain serait de l’autre côté de la Méditerranée, au Sud de l’Algérie et du Liban. Seul en scène, Grégory Dargent, en argonaute noise. Oud, console et pédales numériques comme bêtes de somme, films et photos projetés en arrière-scène pour paysages. Départ de la caravane du Tribu 2025 pour une B.O. de road trip multisensoriel : les souvenirs d’abord, des photos en noir et blanc projetées, des gosses qui courent, des chiens qui posent. L’enfance et la nostalgie sont là. Avant que cet album de famille ne se mette à brûler, devant les images des immeubles vétustes et les rues ravagées. Grégory Dargent construit l’empreinte sonore de cette quête des origines qui n’a jamais eu lieu ailleurs qu’à cet instant, face à nous. C’est une peinture sonore, une de ces fêtes populaires, celles où le riff et la transe vont de pair, unis en une frénésie sonore. C’est un désert plein d’échos venus du Oud devenu bruitiste et électrique, un feu de camp qui brûle les souvenirs acoustiques pour les transformer en délire électronique. Avant ce trait de fin, face à la mer et à sa quiétude. (llt) [NA] invite Étenèsh WassiéConsortium Museum [Na], trio punko-jazzistique, entre en réaction chimique avec le répertoire traditionnel et intense de la chanteuse éthiopienne Eténèsh Wassié. Cette rencontre nous laisse penser que la catastrophe apprivoisée chère à Jean Cocteau se distille toujours. De l’alambic d’hier soir ressort quelque chose de plus roots, plus blues, plus libertaire que le set de [Na] au Tribu 2023. Aujourd’hui, le trio a le son lourd, la batterie puissante, la guitare baryton qui sonne comme une basse Rickenbacker façon Motorhead. Ce 3 +1 récupère les tubes à essais mis de côté pour en créer une pierre philosophale instable et joyeuse. Étenèsh Wassié et Rémi Psaume dialoguent sur un groove chaotique, voix puissante et infinie contre le sax growlant, imbibant les riffs rythmiques du groupe de nouvelles mélodies qui semblent avoir été là depuis toujours. Comme dans un échange entre correspondants, on se partage les morceaux. Eténèsh Wassié tranche de son verbe le On attend l’utopie, tandis que les [Na] dépresseurisent leur post-punk dans les traditionnels éthiopiens. Ces progénitures ont été initialement biberonnées à la réunion Getatchew Mekurya & The Ex, entendue par ailleurs au Tribu 2008. Une courte vingtaine d’années plus tard, il flotte comme un parfum d’une boucle parfaitement bouclée. (llt) Christine Salem – RenyonConsortium Museum Christine Salem est aussi décoiffante que sa musique. Autour d’elle, basse, batterie-percussions et guitare s’unissent aux voix des chœurs pour créer une atmosphère sonore unique, un mélange qui donne une version possible du Maloya contemporain. La musique née dans l’esclavage redevient, pour ce concert, un cri de liberté. Porté par cette voix, il met en mouvement des messages d’amour et de revendications. Une éruption de détermination et de lumière s’abat sur la foule. La forçant à s’unir pour siffler ou taper du pied en rythme. Au cœur de Dijon, elle nous « ramène la chaleur de La Réunion ». Cette chaleur musicale se reflète dans les bijoux dorés pendus au cou, aux poignets ou encore aux oreilles de la chanteuse. Soulève un mouvement aussi imprévisible que bouillonnant, tresse dans la salle un défoulement. Une unité se crée au gré de sa voix puissante et captivante. Ce cercle incandescent où la lumière rouge et les sonorités endiablées prennent leur place. Ces chants de ralliements que Salem scande et impose à la salle deviennent cri commun. Parfois rugueux, parfois veloutés, ils ouvrent un espace brûlant où mémoire et présent dansent avec l’assemblée. (obd) vendredi 26 septembre Rebecca Roger CruzConsortium Museum Rebecca Roger Cruz a du coffre. Du genre qui impose son propre tempo aux ensembles, aux gens, aux astres. Ici, au Consortium, elle installe un mini-temple : scénographie calquée sur celle d’une cérémonie religieuse, chœurs et cordes derrière la prêtresse en robe de feu. Après le Soleil d’hiver qui éclairait Grégory Dargent, la veille, la lumière du jour est celle du crépuscule qui nous brûle par les prêches de cette voix. Les cantiques de la native de Caracas nous baladent des mers, peintes par le trio violon-violoncelle-contrebasse jusqu’aux tristesses des âmes délogées par un face-à-face batterie-percussions. Exil, diaspora et ce qu’il reste de synonymes dans toute notre palette d’émotions face à cette musique vibrante. Le Consortium abrite une caravane de pèlerins, tremblant autour d’un feu païen où les dodelinements du public face à un orchestre de fidèles et aux traits vocaux intenses pourraient faire vaciller, à tout moment, cette embarcation précaire. Musicien·nes et auditeurices dans le même camp, suivant aveuglément la prophète habitée qui chante, crie, frappe et virevolte. Et le public de suivre à son tour, sa messie du jour. (llt) Aïta mon amourConsortium Museum Direction le Maroc et ses plaines. Ce soir-là, Widad Mjama invoque l’esprit des femmes-chanteuses chikhates, conteuses féministes rebelles à l’œuvre à l’ouest du Maghreb, façon field hollers du blues des campagnes américaines. Aux côtés de cette pionnière marocaine, Khalil Epi s’attèle à ses machines, claviers et cordes pour glisser ces hymnes des campagnes dans un écrin synthétique de riffs électroniques. En quelques secondes, musique urbaine populaire et folk marocain unissent la fosse du Consortium. Synchronisation des pas, réponses d’une bouche aux autres bouches. Vingt minutes passent, la salle devient bazar-dancing, les bouibouis et bibelots sont remplacés par deux-cents choristes transpirants. On y resterait des heures sans boire, sans manger, juste pour vivre de ces percussions grondantes, de ces boucles électro-hypnotiques et des ritournelles cinglantes de Mjama. Cette Aïta trace sa propre histoire, indomptable, balançant entre les riffs traditionnels et les grooves à espace façon Portishead. Seul répit, le drop des machines. Quelques secondes de
Etenesh Wassié, invitée de [NA]
« La liberté artistique a un prix. Aujourd’hui, travailler en Éthiopie se fait de plus en plus dur. Rackettée par des policiers parce que les paroles des chansons choisies devenaient problématique pour l’ethnie au pouvoir. » —à propos d’Etenesh Wassié, chanteuse éthiopienne en exil. Etenesh Wassié,invitée par [NA]— tribu festival Le ciel grisonnant de la cour du Consortium Museum abrite cet entretien avec Etenesh Wassié et deux des membres de [NA], Raphaël Szöllösy et Rémi Psaume. Collaboration singulière que celle-ci, née entre un trio insolent et cette chanteuse éthiopienne. Après quelques jours de résidence, iels étaient en concert sur la scène du Tribu, jeudi dernier. Seulement trois jours de travail, une seule attente commune : que la liberté face partie du set, lovée dans l’étreinte du trad éthiopien et du jazz-punk. « Tout ça est une grande histoire de parrainage », commence Etenesh. Elle évoque Frédéric Ménard, directeur artistique du festival, qui l’a découverte il y a près de 20 ans lors d’une édition du Tribu festival où elle était venue chanter avec des musicien·ne·s traditionnel·le·s. « Il voulait absolument que je revienne pour cette édition. » Une symbolique forte, pour la chanteuse, qui travaille depuis des années en France, et vient enfin d’obtenir son asile. Elle voit dans cette septième participation au Tribu « une boucle bouclée ». Frédéric Ménard a d’abord appelé [NA], groupe qu’il parraine dans le cadre de Jazz Migration, qui a immédiatement accepté. Iels étaient déjà auditeurices de la musique éthiopienne, sans avoir encore pu travailler avec un·e porteur·euse de cette culture. Rémi Psaume, saxophoniste de [NA] connaissait même Etenesh sans le savoir, pour l’avoir entendue, mais sans avoir fait le lien avant leur rencontre. 7j/7 24h/24, elle a forgé sa voix dans les cabarets.Celle qui est devenue frontwoman de cet assemblage ethio-punk est née à Addis-Abeba. Etenesh commence à chanter, à 17 ans, dans les cabarets de la ville. Trente ans de scène, à chanter, chaque soir, en acoustique. Elle façonne une voix au grain profond, capable d’embrasser la tradition comme l’expérimentation. Mais la liberté artistique a un prix. Aujourd’hui, travailler en Éthiopie se fait de plus en plus dur. Rackettée par des policiers parce que les paroles des chansons choisies devenaient problématique pour l’ethnie au pouvoir, elle faisait également face à une censure grandissante. Elle a choisi la séparation et l’exil, une demande d’asile en France pour continuer les projets en cours déjà bien nombreux en France. Vingt-cinq ans de carrière internationale. Un CV plus que fourni en poche, elle multiplie les collaborations avec des musicien·ne·s d’ailleurs, majoritairement français·e·s. Parmi elles, le Tigre des Platanes, au sein du collectif toulousain Freddy Morezon, puis surtout, ce trio magnifique, d’une complicité riche et ancienne avec Mathieu Sourrisseau et Sébastien Bacquias, dans le sillage duquel, elle accepte d’explorer d’autres pistes musicales avec [NA]. Après les trois jours passés au Maquis, en résidence, iels passent le test des planches du Tribu. Répertoire de sept morceaux : trois sont issus du catalogue de [NA], trois sont apportés par Etenesh Wassié, puis un bonus savoureux lié au travail de Getatchew Mekurya, à la base même de la création du trio strasbourgeois. Le maître saxophoniste, parmi les fondateurs de l’éthio-jazz, avait pu être accompagné par les punks bataves iconiques de The Ex, pour une tournée mémorable. C’est « un morceau qui nous relie, tous les quatre, en dehors d’être nous », explique le guitariste du trio, il indique aussi qu’il s’agit d’« un instrumental donc impossible d’ordinaire de poser une voix sur les grilles du morceau. Pourtant, Etenesh a réussi à y poser un chant ». La courte durée de résidence aura aussi permis de ne pas trop asseoir leurs marques, de laisser de la place à l’improvisation, « ce qui est génial là-dedans, parce qu’avant cette rencontre, c’est que on a pu greffer nos deux amours de la liberté ». « Netsenet » clament iels toustes en cœur, ce qui veut dire liberté. Les musiques traditionnelles permettent cette improvisation, parfois codifiée mais qui toujours plus libre : « ça marche d’autant mieux parce qu’on avait que trois jours pour monter ça. Si on avait dû apprendre des codes hyper précis ou créer des choses nouvelles, ça aurait été un peu sport mais là on arrive à de belles choses ». Etenesh se laisse balloter par le son du trio. « Elle chante quand elle le sent, elle part, revient, laisse une ligne de voix quand elle le sent », rit Rémi. Leur écoute est à l’image de ce qui semble être leur amitié : fraiche, sincère et naturelle. La chanteuse ne change pas ses textes : elle superpose ses paroles à la musique du trio, provoquant un frottement et, ainsi, une métamorphose. « La mélodie traditionnelle change », explique-t-elle. Un exercice auquel elle est habituée mais cette fois ci, un peu plus que d’habitude, elle sent que quelque chose se joue un peu différemment. [NA] ajuste son jeu. « On a descendu notre gamme, Etenesh est montée. On a twisté un peu les codes de la musique éthiopienne », détaille Raphaël. Aucun problème pour Etenesh. Suivre, s’adapter et proposer. La chanteuse souhaite vivre la magie du live et observer l’effet qu’elle produit sur la musique qui s’invente sur l’instant. Prendre sa place, au cœur des improvisations, dans et hors des modes qu’elle connait sur le bout de la voix. Bien entendu, Etenesh ne compte pas s’arrêter là : « un nouvel album arrive à Noël, chez Freddy avec Mathieu et Sébastien ». Installée désormais en France, elle rêve de multiplier les projets, comme ce spectacle auquel elle travaille actuellement, avec Marc Démereau, autre activiste de l’écurie toulousaine, et Myriam Pélicanne, une conteuse. Il s’agit d’un tableau qui balance entre épopée et collectage de récits de vie de femmes rencontrées en ateliers d’écriture. Duo, trio, grand ensemble, musique improvisée et réinvention d’une tradition millénaire, qui dira que l’exil n’est pas une chance pour notre culture ? —propos recueillis par Octavine Brobbel-Dorsman, septembre 2025photo © Alice Forgeot / Tribu festival +
Matsutake, interview popopop
« Mon premier vinyle, je l’ai acheté dans un bureau de tabac. C’était Kind Of Blue de Miles Davis, dans un pack comme les jouets à monter pour les enfants. » —Matsutakeinterview popopop interview popopop— matsutake en partenariat avec CHKT events (Dijon)et Big Bang, pôle de ressources jazz en BFC — Questions échevelées pour réponses spontanées. On apprend à connaître un groupe par des voies détournées, par la culture pop et les voiles de pudeur. Sérieux ou pas, à vous de jauger. Avant la soirée CHKT x PBK du 18 octobre, on réactive un entretien pris en visio avant une date à La Rodia, en mars 2024. Voici la Popopop de Matsutake, alliage electro-groove inoxydable. Marx, Playground Love et ketchup tiède. Votre musique, c’est plutôt un son qui pense, ou une idée qui se danse ?— Première option. Ce serait qui votre modèle musical absolu ?— Je scotche sur Dimlite, c’est peut-être pas une légende, mais c’est la mienne. Et dans un autre domaine ?— Marx, let’s go. Le tout premier son entendu aujourd’hui ?— Martin pêcheur d’Antonin Pauquet. Premier vrai disque acheté chez un disquaire ?— Je l’ai acheté dans un bureau de tabac. C’était Kind Of Blue de Miles Davis, dans un pack comme les jouets à monter pour les enfants. Le plus gros malentendu de l’histoire de la musique ?— Yakalelo, écrit par un bisontin… — Ou alors la nécessité absolue de revendiquer la technique dans le jazz, une certaine image ultra-rigide, qui me casse les couilles de manière quotidienne, et peut parfois nous empêcher de jouer comme on l’entend. Ce serait quoi votre souvenir idéal de la French Touch ? — Mon titre-souvenir, c’est Air, Playground Love. — Pour moi, Daft Punk. C’est quoi, en vrai, la French Touch ?— C’est Versailles. — C’est une mauvaise répartition des richesses et des studios… (rires) C’est vraiment possible de greffer la vibe londonienne en France ?— Oui, c’est possible. Regarde New Grafik qu’on écoute beaucoup, c’est un Français à Londres. Il y est arrivé en jouant des trucs très très house. C’est quoi le lien de parenté entre l’electro et le jazz ?— C’est quelque chose de plus générationnel que volontaire. Notre génération a grandi avec Internet, avec les séries et les films sur les plateformes. Nos oreilles ont avalé énormément de styles musicaux. La façon dont on s’exprime, musicalement, représentent, un peu, ce mélange des genres. Il y a 50 ans, les genres étaient plus définis, les écoles étaient différentes. Aujourd’hui, nos cultures personnelles sont moins définies.— Peut-être que c’est commun à d’autres générations, quand même. Grâce aux CDs, la génération d’avant a pu aussi écouter un max de musique. Peut-être que, pour la notre, cela va juste un peu plus vite. — Avec les réseaux sociaux, avec Spotify, on passe du métal au jazz, à tellement de choses. Si mon père n’a pas écouté de Metal, c’est qu’il n’en avait pas sur CD. Votre style en electro ?— Clairement, la famille bisontine de l’Offbeat qui vient de J Dilla, Flying Lotus, des soirées Brainfeeder. — Même si tout a un peu trop versé dans le Lo-Fi aujourd’hui. Vous vous réclamez aussi du post-rock, votre définition du mélange des genres ?— Un alliage. La reprise que vous rêveriez de faire en live ?— Une reprise d’Ill Considered, même si c’est impossible parce qu’ils improvisent tout. Le jazz est-il toujours aussi libre aujourd’hui ?— Avec la définition la plus large du jazz, carrément. Chez vous, ça discute plutôt avant de jouer ou plutôt après ?— Avant. C’est qui le vrai leader de Matsutake ?— C’est Côme. — Du coup, je deviens démago si je dis qu’il n’y en a pas. Un solo improvisé, ça ne s’écrit vraiment jamais ?— C’est bien d’avoir une bouée de sauvetage. À quoi on pense quand on prend un solo ?— À prendre le temps, pour développer son idée. Comment on accommode le jazz aux effets sonores, aujourd’hui ?— Par exemple, pour le sax, je le considère comme n’importe quelle piste d’un morceau. Je peux donc la traiter comme je veux. Les effets lui donnent une place plus ou moins importante. C’est une histoire de relief, de mix, de couleur. Un titre pour un morceau pas encore composé ?— C’est le genre de blagues qu’on sort à chaque répétition, et on est incapables de s’en souvenir maintenant (rires)… — J’avoue que je pense rarement en terme de titres. — Serge, c’est une maquette faite à partir d’un entretien qu’on a jamais terminée. Le disque à venir que vous attendez le plus au monde ?— Le prochain Osmosis, le groupe de notre batteur, qui va sortir en septembre 2024. Votre meilleur souvenir de scène ?— Novosonic, à Dijon. Il y a eu une écoute et un accueil incroyables alors que personne ne nous connaissait. Votre pire souvenir de catering ?— Des pâtes trop cuites avec du ketchup tiède, aux Pays-Bas. La plus jolies des choses entendues, en sortant de scène ?— « Vous prenez la carte ?» (rires)… — Non, sérieusement, c’est toujours super touchant d’avoir des bons retours de gens qui n’étaient pas venus pour toi, à un concert en co-plateau ou en festival. —propos recueillis par guillaume malvoisin, mars 2024photo © DR + d’infos
BUT2, groupe 4
« Une manière de penser à l’avenir qui semble, à leurs yeux, compromis. » flashbackun élixir de jouvence— forever young 2024, renouvellement de ce tube par différents artistes, Alphaville, David Guetta et Ava Max, afin de célébrer les quarante ans de ce titre. Cette reprise de Forever Young se positionne désormais à la première place dans le classement Dance/Mix de Billboard, grâce à une énergie nouvelle et modernisée. Afin de situer historiquement, la version originale de Forever Young est sortie dans un contexte de crise politique : la Guerre Froide de 1947 à 1991. Ce son, apaisant et poignant, permet ainsi de réchauffer cœurs et esprits dans cette situation d’incertitude et de menace nucléaire, grâce à sa mélodie envoûtante et rassurante. Éternellement jeune, un moyen d’oublier les tracas de la vie qui pèsent sur les individus. Une manière de penser à l’avenir qui semble, à leurs yeux, compromis. Forever Young les invite ainsi à profiter de leur jeunesse. Quarante ans plus tard, tel un écho au contexte de 1984, David Guetta reprend Forever Young. À nouveau, une situation de crise politique et environnementale où la jeunesse est facilement anxieuse et découragée. En effet, la crise du Covid, la Guerre en Ukraine et la menace nucléaire pèsent sur les jeunes. Forever Young est, une nouvelle fois, le moyen d’oublier leurs angoisses en se laissant prendre par le rythme, modernisé. Ambiançante, elle leur permet de voir la jeunesse comme une belle période de la vie et les encourage à tourner leur regard vers le futur et à construire de nouveaux rêves. Mais le message d’une musique résonne-t-il toujours avec la même tonalité auprès de chaque génération ? —Cassandra PAUTET–DAGOGNETAnne-Sybille BROCHOT crédits photos© Youtube Officiel David GuettaForever Young, Screenshot Clip Officiel Alphaville © DRDavid Guetta Press-Shot © DR + d’infos
BUT2, groupe 8
« L’ensemble conserve une économie chambriste, mais ses codes se sont déplacés vers un présent hybride, nourri autant d’histoire que d’inventions immédiates. » flashback sacrément scandalisant — like a prayer “Joyeux anniversaire à moi et à la Controverse. Je voulais poster ça hier mais ça a été bloqué. Quel scandale !” c’est le message qu’a publié Madonna à l’occasion des 30 ans de son titre Like a prayer. À une époque où les esprits sont encore fermés, Madonna se rebelle à nouveau contre l’Église en ouvrant la parole sur la métaphore sexuelle au travers d’un thème religieux. Par son nouveau titre alliant sacré et sexualité, la pop star américaine introduit une chanson aux sonorités pop rock avec une touche de gospel qui dès sa sortie choque l’opinion publique. Jugé blasphématoire, le tube fait rapidement scandale en raison de ses métaphores trop ambiguës pour passer inaperçues. Danser devant des croix en feu, embrasser un saint noir, et un refrain rappelant autant une prière qu’un acte sexuel, c’est ce que la chanson démontre tout au long du clip jusqu’à provoquer la colère de l’Eglise elle-même. Pour preuve, le pape s’en mêle jusqu’à exercer une pression assez puissante pour que des marques comme Pepsi décident de rompre leur contrat avec l’apostat. Cette polémique n’a cependant pas empêché son album – sorti le même jour – de rencontrer un succès colossal, avec en tout 15 millions d’exemplaires vendus. En bref, Madonna démolit les codes du conventionnel. Mais qu’importe ce qui se dit sur ses inspirations parfois jugées douteuses, car serait-elle l’icône de la pop qu’elle représente aujourd’hui si elle n’avait pas décidé de privilégier la provocation à la conformité ? —Camille Coulon – Lolie De San José – Marius Gourdin crédit photo © DR + d’infos