BUT2, groupe 6
« On fredonne le même air, mais les mots que l’on imagine changent, comme si la mélodie s’adapte à nos souvenirs et à nos sentiments. » flashbackl’histoire d’un sample sans fin— bonfá, gotye, doechii Petit et répétitif, il a traversé le temps et les pays sans jamais perdre son émotion. On le reconnaît tous et toutes, mais chacun et chacune l’entend différemment. On fredonne le même air, mais les mots que l’on imagine changent, comme si la mélodie s’adaptait à nos souvenirs et à nos sentiments. C’est le sample.Ce motif musical change selon les artistes et les époques, mais l’émotion qu’il transmet reste la même : une mélancolie douce, qui touche tout le monde. C’est un peu comme un fil invisible qui relie le passé au présent, un pont entre les générations. Ce n’est pas juste un morceau de musique : c’est un héritage émotionnel et culturel. Seville, Somebody That I Used to Know et Anxiety en sont un parfait exemple.Même si on n’a jamais entendu Luiz Bonfá, ce sample parle à notre mémoire. Il fait remonter des sensations qu’on ne peut pas toujours expliquer, comme un écho du passé. Et c’est ça qui le rend important dans l’histoire de la musique : il montre que la musique ne se limite pas aux notes ou au style, mais qu’elle peut traverser le temps et les cultures pour nous toucher directement.Ce sample a voyagé partout : du Brésil à l’Australie, des studios américains aux playlists d’aujourd’hui. Il prouve que certaines mélodies simples peuvent traverser les frontières et continuer à transmettre des émotions universelles. Ces morceaux ne sont pas seulement des chansons : ce sont des témoins du temps et des émotions humaines, et c’est pour ça qu’ils comptent dans l’histoire de la musique.Et quelque part, peut-être qu’un·e artiste est déjà en train de lui donner une nouvelle vie. Petit et répétitif, il a traversé le temps et les pays sans jamais perdre son émotion. On le reconnaît tous et toutes, mais chacun et chacune l’entend différemment. On fredonne le même air, mais les mots que l’on imagine changent, comme si la mélodie s’adaptait à nos souvenirs et à nos sentiments. C’est le sample.Ce motif musical change selon les artistes et les époques, mais l’émotion qu’il transmet reste la même : une mélancolie douce, qui touche tout le monde. C’est un peu comme un fil invisible qui relie le passé au présent, un pont entre les générations. Ce n’est pas juste un morceau de musique : c’est un héritage émotionnel et culturel. Seville, Somebody That I Used to Know et Anxiety en sont un parfait exemple.Même si on n’a jamais entendu Luiz Bonfá, ce sample parle à notre mémoire. Il fait remonter des sensations qu’on ne peut pas toujours expliquer, comme un écho du passé. Et c’est ça qui le rend important dans l’histoire de la musique : il montre que la musique ne se limite pas aux notes ou au style, mais qu’elle peut traverser le temps et les cultures pour nous toucher directement.Ce sample a voyagé partout : du Brésil à l’Australie, des studios américains aux playlists d’aujourd’hui. Il prouve que certaines mélodies simples peuvent traverser les frontières et continuer à transmettre des émotions universelles. Ces morceaux ne sont pas seulement des chansons : ce sont des témoins du temps et des émotions humaines, et c’est pour ça qu’ils comptent dans l’histoire de la musique.Et quelque part, peut-être qu’un·e artiste est déjà en train de lui donner une nouvelle vie. —Céline Desportes, Lisa Berthou, Zoé Bontécrédit photoPhoto copyright DR© Tous droits réservés / Luiz Bonfá + d’infos
BUT2, groupe 9
« Chaque époque réinvente les sons d’hier pour raconter les émotions d’aujourd’hui. » flashback love never gets old— kendrick, marvin,& luther Avec Luther, sorti en 2025, SZA et Kendrick Lamar ne se contentent pas de sortir un nouveau son : ils réveillent tout un héritage musical. Leur morceau, une chanson d’amour entre R&B et rap, mélange sons inspirés des années 80, rythmes modernes et ambiance douce. Résultat : un titre à la fois rétro et actuel, qui parle aussi bien aux nostalgiques qu’aux fans d’aujourd’hui. Leur inspiration remonte loin : If This World Were Mine, chanson créée en 1967 par Marvin Gaye et Tammi Terrell, est une belle déclaration d’amour qui promet « le monde entier » à la personne aimée. En 1982, Luther Vandross et Cheryl Lynn en font une nouvelle version pleine d’émotion et de puissance, devenue un classique du R&B. Cette reprise a marqué les esprits et inspiré de nombreux artistes par la suite. En reprenant ce fil, Kendrick et SZA s’inscrivent dans une tradition de duos amoureux intemporels. Luther n’est pas seulement un clin d’œil au passé : c’est une version moderne d’un message d’amour universel. Ce morceau montre aussi que les reprises et les samples permettent de créer des liens entre les générations. Ils donnent une nouvelle vie à des chansons anciennes tout en leur apportant une touche d’aujourd’hui. Luther prouve que la musique évolue sans jamais oublier ses racines. Chaque époque réinvente les sons d’hier pour raconter les émotions d’aujourd’hui. Et si ce voyage musical vous intrigue, retrouvez tous les détails dans notre podcast, où nous explorons l’univers des reprises, des samples et des remixes ! —signatures de l’articlecrédit photo © DR + d’infos
BUT2, groupe 2
«Ce mélange nous fait comprendre que la musique évolue et se transforme sans jamais oublier d’où elle vient.» flashback le sample qui traverse les siècles— love again, dua lipa Ca mixe encore les musiques des années 30 et d’aujourd’hui ? Quand on écoute Love Again de Dua Lipa (2020), on a l’impression de tomber sur un titre pop, innovant et vibrant. Pourtant, derrière cet univers moderne et pétillant, se cache une vieille mélodie de 1932 : My Woman de Lew Stone & The Monseigneur Band. Dua Lipa n’a donc pas seulement créé un hit actuel, elle a aussi remis en lumière un morceau oublié de presque un siècle. On connaît donc tous ces deux morceaux, mais quels impacts ont-ils eus dans l’histoire de la musique ? Love Again et My Woman représentent un mélange entre le passé et le présent, ce qui crée une alchimie entre les époques. Ce mélange nous fait comprendre que la musique évolue et se transforme sans jamais oublier d’où elle vient. Dans les années 30, My Woman était une musique mondaine, mêlant mélodie et mouvement dans les cabarets, pour masquer les malheurs de l’entre-deux-guerres de l’époque. En reprenant ce sample, Dua Lipa le transforme pour l’adapter à notre époque : ses beats électroniques et son interprétation sensuelle donnent au morceau une nouvelle énergie, mais gardent cette touche pop qui fait toute son originalité. C’est un vrai dialogue musical entre deux générations : la première instaure une mélodie poignante et la deuxième lui redonne du peps et de l’énergie. Dua Lipa n’est pas la seule à avoir repris ce mythique sample. Ces morceaux prouvent que la musique ne s’arrête jamais : elle se réinvente, se réécoute et se remixe, reliant hier et aujourd’hui pour faire battre le cœur de toutes les générations. —Romane Lescure & Elena Petiscocrédit photo © Alex Vanhée + d’infos
BUT2, groupe 3
« La musique peut rendre les gens meilleurs, il suffit de la leur injecter constamment. Il faut éclairer l’obscurité de l’âme des mauvais. » Bob Marley flashbackpetite magie— biga*ranx La musique est-elle magique ? Peut-elle nous faire voyager à l’aide d’une simple baguette ? Peut-être pas, mais elle a tout de même ce pouvoir de transcender les frontières géographiques, réunissant des personnes de différents coins du globe. Oui, elle traverse les mers, les terres, les frontières afin d’atteindre nos cœurs. La mondialisation a été l’un des facteurs clés de la fusion des genres musicaux au-delà des frontières. Tel Merlin l’Enchanteur ou la Petite Marie, elle métamorphose le monde en démontrant que la musique ne se contente pas d’exister : elle évolue, elle s’envole et se transforme en un véritable spectacle inattendu. Elle s’inspire dans son grimoire d’autres styles, issus d’autres pays et d’autres cultures. La musique a également le pouvoir de traverser les époques sur son balais magique. Elle marque le temps, rassemble les gens et lie différentes générations entre elles. On constate ce phénomène, notamment grâce au remix. Des artistes modernes reprennent certains classiques, démontrant le pouvoir de la musique à voyager dans le temps, sans jamais s’éteindre. Ils nous envoûtent, avec une potion, digne d’êtres célestes. La musique ne se fixe pas non plus dans un seul style. Les styles et les genres, même complètement différents peuvent se mélanger, comme a pu le faire Biga*Ranx dans sa reprise de Petite Marie, chanson originale de Francis Cabrel. A cette occasion, la variété française rencontre le dub jamaïcain, se transformant en véritable petit alchimiste. —Camille ARCHAMBAULT, Louka GERMANIC, Clara GUT — crédit photo © JEANNE PIEPRZOWNIK | © Est Républicain – Cédric Jacquot | © Touraine Actualité + d’infos
BUT2, groupe 1
« L’ensemble conserve une économie chambriste, mais ses codes se sont déplacés vers un présent hybride, nourri autant d’histoire que d’inventions immédiates. » titre de la rubirquetitre article— morceau ou artiste choisi Pas si fréquent d’entendre une formation sans percussion où son absence n’est pas cruelle. Chez Brunö Lapin, aucun manque. Les fonctions rythmiques, mélodiques et harmoniques glissent de l’un·e à l’autre comme une matière fluide, circulent sans hiérarchie. La singularité du trio vient avant tout de son alliage instrumental : violoncelle, basson et flûte. Trois timbres rarement associés, dont la proximité brouille parfois la perception : à l’écoute seule, pas simple de deviner qui souffle et qui frotte. Cette ambiguïté nourrit le jeu. Clément Petit, habituel sourire en coin, conduit son violoncelle au travers de lignes graves, pulsations obstinées et jaillissements vocaux entremêlés à l’archet. On y reconnaît quelques niveaux de son ancrage. Jazz et certaines traditions africaines s’intègrent sans se laisser aller à la citation mais en fondant dans le flux même du jeu. À ses côtés, Sophie Bernado déplace le basson hors de ses registres académiques pour en tirer des sonorités âpres, qui rappellent tour à tour une cornemuse ou un violon berbère. Lorsque sa voix s’élève, claire et aiguë, dans un registre qui évoque des folklores anglo-saxons, c’est une nouvelle strate qui s’ajoute à l’ensemble, une ouverture soudaine dans le tissu sonore. Joce Mienniel, lui, ne place pas la flûte en surplomb mais en appui : son souffle devient pulsation, son phrasé une assise rythmique qui soutient et relance.Sur scène, l’album fraîchement sorti, produit par le Budapest Music Center (BMC) prend vie sans aucune rigidité. L’écriture est précise mais trace un cadre ultra-souple où l’improvisation s’insère avec une liberté parfaite. L’un propose, l’autre détourne, le troisième prolonge : la circulation est constante. Parfois la danse affleure sur les bords de l’ensemble, ailleurs une mélodie s’impose, puis se dérobe à nouveau. La musique conserve une économie chambriste, mais ses codes sont déplacés vers un présent hybride, nourri autant d’histoire que d’inventions immédiates. Reste enfin le nom même du trio, Brunö Lapin, qui affiche un goût certain pour le décalage. Et à l’Atelier du Plateau, cerclé de son mur d’aluminium étrange, les plus affamés et alsaciens d’entre nous, sensibles au tréma sur le O, se seront peut-être surpris en songeant à un lapin en papillote, dansant encore chaud sur un lit de spätzle. —signatures de l’articlecrédit photo © DR + d’infos
Jazzèbre 2025, jour 3

« Chien Pigeon a l’intimité partageuse, parfois teigneuse et souvent bienheureuse. Les traits sont complexes, tendus, juste ce qu’il faut pour élever le tympan vers un ailleurs bienvenu et durable. Poignant. » festival jazzèbre 2025Port-Vendres – jour 3 Difficile de savoir qui est chien, qui est pigeon, le duo est compact et complice. Signe des temps à la réaction. Expulsé de l’église du coin, réfugié dans le foyer d’un CCAS. L’action pop a de beaux restes face aux corbacs. Et c’est une jolie chose pour un festival zébré comme celui-ci, festival aux arcanes complexes, nomades et tenaces dans ses envies d’une ouverture totale. Chien pigeon, donc. Chifoumi de 17 heures, deux cowboys du sud, unis comme les deux doigts de la main d’un gars de la scierie, stetsons de cinéma vissés sur le crâne de chacun. Sous la facétie de cette mascarade, Robin Fincker et Mathieu Werchowski jouent une petite exégèse de la musique entendue hier à Eus. Le rugueux et l’âpreté en plus, sur un autre terrain de dialogue et d’explorations. Émanation de Bedmakers, le duo Chien Pigeon avance avec la même fluidité, la même exigence dans ses récits de folklore réinvestis, comme ce Death and The Lady issus de l’Angleterre du XVIIe. On retrouve aussi la même absence de leadership, la même direction évidente et commune pourtant. Celle qui convoie collection, émotion et obsession vers la création d’une musique à la clarté féconde, pleine de détours et de remous passés comme un témoin de relais dans une équipe d’athlétisme. Précision et endurance. Ce duo a l’intimité partageuse, parfois teigneuse et souvent bienheureuse. Les traits sont complexes, tendus, juste ce qu’il faut pour élever le tympan vers un ailleurs bienvenu et durable. Poignant. Clarinette et violon, legato et friction, textures et narrations. Rontontonplon, mon tonton. Être ce que nous sommes, au cœur du monde, du verbe, des récits, des grands vents. Quelques-unes des idées classes enfermées dans un gosier ouvert et péremptoire, lové en compagnie d’un violon , dans la cave d’un domaine viticole. Il y a pire conjonction de forces vivaces. Jamais simple de trouver l’équilibre entre voix et instrument. Le dernier s’adresse plus directement au cervelet quand l’autre doit batailler et montrer patte blanche à un paquet de filtres cognitifs chez l’auditeurices. Pas simple de laisser nuance et attaque s’emparer de la langue. La clef est souvent, comme ici, dans l’écoute entre les bretteurs. Aucun souci à ce niveau pour Mathieu Werchowski, redevenu humain après avoir été chien ou pigeon, plus tôt dans la journée, aucun souci pour Claude Faber. Le lyrisme émotif s’arrache aux ostinatos, les textures se polissent un peu aux graves fêlés du libraire poète. Bonnefoy, Siméon et Franck Venaille ne passent jamais très très loin des fûts de Banyuls et des premiers assauts sonores de La Grande Fanfare, en action plus loin sur le front de mer. Toujours marrant de voir certains hasards prendre main sur les croisements de route. Dont celui-ci. Passer chez Le Disquaire dans l’après-midi, tomber sur un exemplaire d’Healing Force, disque en solo très classe gravé par Don Pullen en 1976. Retourner ensuite à la programmation de Jazzèbre 2025 dans un double écho. Don Pullen est invité majeur flottant sur le très beau trio In Spirit, concert à venir le 2 octobre. In Spirit c’est aussi le titre d’un autre solo majestueux, où poétique et politique cohabitent, écrit par Claude Tchamitchian, contrebassiste accompagnant ce même jour, samedi 27, une autre healing force, celle des Rituals guérisseurs imaginés par Naissam Jalal. Pas facile à suivre, le hasard. Mais tout fait sens, promis, dans les travées de ce cinéma de Port-Vendres où la flûtiste tient tribune ce soir. Ça prend du sens, du fond et du souffle. Rivière puis Colline puis Vents divers et d’autres hommages encore aux sources d’énergie naturelle. Albert Ayler l’avait seriné en une diagonale incendiaire : Music Is The Healing Force Of The Universe. Variation à la mode du jour, la musique d’Healing Rituals paie une sorte de dette ou de tribut. Moins flamboyant que l’écorché de Cleveland mais rubis sur l’ongle. Dédié, carré. Joli dessin, joli dessein de tracer grilles et harmonies pour rendre audible ce que l’œil peine à voir de la nature qui nous entoure. Trace toujours un peu risquée, cependant, quand on suit la ligne fébrile et militante en concert. C’est souvent piégeux, autocentré, volontaire. Résolue, cette ligne serpente au moins ici au rythme du cœur d’un quartet où les idées circulent plus simplement que les humains sur cette bonne vieille planète. L’esprit se combine aux sons, dans une densité imposante et magnétique quand il s’agit des dialogues contrebasse/violoncelle, où s’abreuvent traditions, renversements, héritages qui font ce que Tchamitchian et Clément Petit sont les musiciens qu’ils sont. Assise imperturbable, moteur parfaitement huilé, puissance imparable et émouvante. Grace à la grâce de ces dialogues, doublée d’une naïveté forcenée, Naissam Jalal peut laisser transiter les idées de ses rituels écrits comme universels, ses laisser-passers reconsidérés pour les ralentissements des tensions intérieures, contre les violences d’un monde fracturé jusqu’à l’irréparable. À moins d’un génial hasard. —guillaume malvoisinphotos © gm & Luc Greliche (site web)— freddy morezon : + infoshealing rituals : + infosjazzèbre : infos +
Jazzèbre 2025, jour 2

« Chez les Bedmakers, cette pensée est moins irriguée par l’identité que par l’humanité. Et c’est là que (se) jouent les mélodies remise en question, prétexte à des dialogues virtuoses et perclus d’humilité, d’entêtement à donner de soi, à prendre chez les autres ce qui peut nous manquer. Soit, pour résumer l’affaire, faire du commun. » festival jazzèbre 2025Eus – jour 2 UK below 37 fois sur le dos du Zèbre. Jazzèbre célèbre sa 37e édition. Se réinventer ? Qu’est-ce que ça raconte la longévité, pour un festival ? Fidélité, course à la nouveauté ? Qu’est-ce que ça raconte pour une formation de musiciens ? Joie de repenser, de corriger et redécouvrir. Pierre Michon, auteur suprême et génial faiseur de Vies Minuscules, dit relire Madame Bovary chaque été, pour en comprendre les mystères à côté desquels il était passé jusque-là. Il en va un peu de même avec Bedmakers, groupe longiligne, durable et, pour la soirée, perché sur les balcons d’Eus. Autre regard sur la tradition orale et musicale, après celui posé en apesanteur par La Litanie des Cimes hier soir à Salses.Les faiseurs de lit sont loin d’être couchés, tout juste lestés par le divin catering pris en terrasse. Pas terrassée donc, la bande à Robin Fincker. Entièrement penchée sur leur « plaisir de jouer des vieilles mélodies pour en trouver la formule magique » et la réinventer. Sans pour autant avoir à se renouveler, ce qui reste aujourd’hui une forme de vertu dans un monde réglé par l’immédiateté, la redite et l’adrénaline du novoconcept. Ne pas se renouveler, ne veut pas pour autant dire être conservateur. Aucun doute à ce sujet pour ce quartet issu de l’écurie toulousaine Freddy Morezon, stabule têtue d’idées régénératrices.Se réinventer donc, c’est partir à sa propre rencontre, relire et relire son propre livre d’heures pour en saisir la complétude comme les mystères. Comme Sisyphe sous son rocher, comme John Rambo dans son fossé. De l’action vient la pensée. Chez les Bedmakers, cette pensée est moins irriguée par l’identité que par l’humanité. Et c’est là que (se) jouent les mélodies remise en question. Elle deviennent la règle de la musique, le prétexte à des dialogues virtuoses et perclus d’humilité, d’entêtement à donner de soi, à prendre chez les autres ce qui peut nous manquer. Soit, pour résumer l’affaire, faire du commun. Et la source du jazz libre, le fameux Free jazz qui décoiffe les néophytes curieux comme les conservateurs du beau style, prend dans ses remous l’Irlande, le Jardin des Amours, Monsieur Moreau, des motifs cajuns, des bourrées bancales, des thèmes à siffler. Méconnaissables, irradiés par ce que chacun des quatre comparses de Bedmakers pose sur la table commune. Sans doute, avec leurs codes et leurs armes, plus proche du Braxton de In The Tradition qu’il n’y parait. Fabien Duscombs va chercher battue dans des hors-pistes grâce à un toucher, économe, véloce et précis, toujours plus passionnant à entendre (batteur vissé au top 3 de ce magazine, ndlr). Mathieu Werchowski livre pizzicatos et ostinatos avec un tranchant et une finesse dont l’égal ne devrait se trouver qu’à Rungis, aux petites heures. Dave Kane, bassiste, tient la maison, normal. Mais le fait en dansant, avec une densité de son qui vous tombe sur les hanches. Robin Fincker, leadeur-souffleur de vers et de frictions, passe du clair à l’obscur, tenu par une obsession de la chanson qu’on ressasse et se repasse, du sax à la clarinette, pour le simple bonheur de s’en approprier les contours. Les montrant et les cachant à la fois. Fascinant de le voir, ici ou là, prendre à lui seul le jeu des questions/réponses d’un thème cursif, lancé à belle allure. Fascinant d’entendre comment la rythmique, contrebasse-batterie, rend mouvante la base des morceaux sans rien ôter de la stabilité nécessaires aux instruments lead. Ensemble, les Bedmakers font danser leur free folk jazz sur du sable et tiraillent leur folklore dans les grandes largeurs. Laissant apparaître les thèmes et mélodies quand elles l’imposent au quartet. Prenant soin du populaire et de l’élégance, en en révélant des petites épiphanies de quarts de ton, des déphasages sonores excitants, des clartés anciennes, de la peau neuve, aussi. Il serait évidemment un peu idiot de rappeler in fine qu’un festival, au-delà de l’équipe au charbon, aimable et déterminée comme celle qui s’anime dans les rayures du Zèbre, tient d’abord à la capacité des musiciens qu’il invite à jouer, à leur faculté à chercher une voie commune, à partir à leur propre recherche. À la nôtre, par rebond évident. Et savoureux. —guillaume malvoisinphotos © Luc Greliche (site web)/ portraits © Suzy Nogues— bedmakers : + infosjazzèbre : infos + passe montagne de Bedmakers, Robin Fincker, Mathieu Werchowski, Dave Kane, Fabien Duscombs On Zebra’s spine for 37 years. Jazzèbre celebrates its 37th edition. Reinventing itself? What does longevity mean for a festival? Loyalty? A quest for novelty? What does it mean for a group of musicians? The joy of rethinking, correcting and rediscovering. French author Pierre Michon, brilliant creator of ‘Vies Minuscules’, says he rereads Madame Bovary every summer to understand the mysteries he had previously overlooked. Quite the same with a band as Bedmakers, a slender, enduring group, perched on the balconies of Eus for the evening. Another version on oral and musical tradition, after the weightless one offered by La Litanie des Cimes the night before in Salses.The bedmakers are far from being laid to rest under sheets, just weighed down by the divine catering on the terrace. Robin Fincker’s band is entirely focused on his ‘pleasure in playing old melodies to find the magic formula’ and reinventing them. Without having to reinvent themselves, which remains a virtue today in times ruled by immediacy, endless repetition and the adrenaline rush of novoconcepts. Not reinventing oneself does not necessarily mean being conservative. No doubt about this for this quartet from the Toulouse stable of Freddy Morezon, a stubborn stall of regenerative ideas.To reinvent oneself is to set out to discover oneself, to reread and reread one’s own book of
Jazzèbre 2025, jour 1

« Perd-on du sens aux paroles ? Il faudrait connaître et pratiquer le Bambara, donc oui. Mais là encore, ce serait faire frontière que de s’y arrêter. Le chant agit ailleurs, porté par la sensation et l’hypnose. » festival jazzèbre 2025salses – jour 1 C’est quoi faire frontière ? Empêcher, contraindre, laisser passer ? Ouverture du festival, au sens littéral, le concert du jour est en plein air. Extérieur cour, Forteresse de Salses. À l’abri de cet ouvrage défensif, La Litanie des Cimes et Mah Damba comptent les rayures du Zèbre, sous des étoiles un peu cachées, et quadrillent les limites. En tous genres, en tous sens. Bois contre voix, pensées contre oralité, Occident versus Afrique, cadences baroques versus nyckelharpa suédo-tradi, guerre éternelle des riches et des pauvres réunis un jour de marché, profondeurs des morales et des récits, ludisme des improvisations. Les limites sont testées in vivo par le quatuor et leur scène d’accueil. Contrastes, paradoxes, assemblages parfaits. En action jusqu’au cœur même des musiciens. Chez Hugues Mayot par exemple, pour qui la clarinette, vrille-tripes magnifique, laisse cohabiter Dolphy, Debussy et le Mississippi. Et pas seulement pour la rime.Maningako et son intro pentatonique convaincrait les plus rétifs. Sidekick en l’absence d’Élodie Pasquier, Hugues profite de la plasticité de l’ensemble imaginé par Clément Janinet. Violoniste tirant le tout vers son obsession de relecture de ce que le populaire peut vouloir dire, de ce que la tradition peut offrir de mobilité si on la pousse un peu. Aidé ici dans sa volonté de bousculade des codes par l’assise impavide et rugueuse du violoncelle de Bruno Ducret, primordial dans ce que ce trio a de flottant, complice et brutal jusque dans ses douceurs. Loin d’être jolie, la musique de cette version à quatre de La Litanie remet d’aplomb. Les idées, les corps et les âmes, un peu aussi. Sans doute cela vient-il de l’art des griots mandingues, dans lequel Mah Damba a grandi, qu’elle prolonge et expose depuis avec une autorité sans faille. La voix chantée affleure souvent, dans des intensités plus légères à la surface de la scansion indulgente, du conseil soufflé. Perd-on du sens aux paroles ? Il faudrait connaître et pratiquer le Bambara, donc oui. Indéniablement. Mais là encore, ce serait faire frontière que de s’y arrêter. Le chant agit ailleurs, est porté par la sensation et l’hypnose, fers de lance des projets construits par Janinet. Sans jamais pourtant être péremptoire, La Litanie ne laisse aucun temps morts, ne brusque rien mais secoue chaque pierre de cette diablesse de forteresse du XVe siècle faite, quant à elle, pour fortifier l’idée de frontière. Et dans ses secousses amicales, les idées circulent. Jarabi, morceau joué en milieu de set, affirme qu’il n’y a pas de remède à l’amour. Dont acte. L’amour flottera sur ce concert d’ouverture jusqu’à la dernière note de l’ostinato final. Up, léger, discret, à la volonté de qui en aura besoin. Quelques mots en français tombent alors de la bouche de Mah et du récit guerrier qu’est Kumbe : « l’union fait la force ». Cocasse et très malin de poser ce concert entre ces murs qui ont vu tant de corps tomber au combat. Cocasse, pas revanchard mais porteur de suffisamment d’universalité pour fédérer et réjouir sur l’instant. Chacun·e en rapportera un peu d’âme en plus. Hors de toute frontière. —guillaume malvoisinphotos © Eliot Bernard (instagram)— la litanie : + infosjazzèbre : infos +
Clément Janinet, La Litanie et Mah Damba

« Quand on est en scène, à côté de Mah, c’est assez fou ce qu’on ressent. De la puissance, de l’émotion, de la beauté. » —Clément Janinet, violoniste à propos de Mah Dambaentretien avec guillaume malvoisin,pour jazzèbre – septembre 2025 interview— clément janinetla litanie des cimes& mah damba en partenariat avec Jazzèbre (Perpignan) — Clément Janinet, baroudeur violoniste, et inversement, tente une greffe de la culture mandingue sur la musique de chambre de son trio, La Litanie des Cimes. Avant son concert en ouverture de l’édition 2025 du festival Jazzèbre, on échange avec un musicien dont les grands écarts feraient pâlir quelques gymnastes professionnels. Ce quartet pourrait ressembler à une greffe de l’art des griot sur la musique du trio la litanie des Cimes. Il évoque aussi ton travail avec Sokou.Avec Sokou, c’était la première fois que j’arrivais à réunir un peu les deux cultures, la musique ouest africaine et notre univers de musique occidentale. Je m’étais rapproché de la musique plus traditionnelle, de la forme chanson, plus attendue, peut-être. Avec la présence de Mah Damba, j’ai eu l’occasion d’aller un peu plus loin. Au sein de la Litanie des Cimes, on se connaît par cœur, ça aide un peu pour accueillir une musicienne comme Mah. Justement, que vient remettre en jeu ou en question, la présence d’une chanteuse comme Mah Damba ?Les rôles se trouvent un peu redistribués. Souvent, le violoncelle et la clarinette sont chargés du matériau thématique. Là, ça se décale un peu, et c’est la voix de Mah qui prend ceci en charge. Dans l’organisation des morceaux, il y a toujours des choses instrumentales et des choses chantées, même si peu d’entre eux sont vraiment au format chanson. Le reste est toujours en mouvement, sur la base de ce qui fonde la musique de La Litanie. Cet aspect chambriste et intimiste, justement remis en jeu. Par exemple pour la basse, on peut la jouer tous les trois. J’ai un violon ténor, donc on peut jouer des basses à deux : le violon avec la clarinette, ou violoncelle et violon, ou encore clarinette et violoncelle. Tout le monde peut jouer la basse, la mélodie, tout le monde peut jouer l’accompagnement, c’est très flexible. Comment s’est faite la rencontre avec Mah ? Je suis complètement fan de sa voix et de sa personnalité. Je la connais depuis longtemps parce que c’est la maman d’un copain, Guimba Kouyaté qui est, entre autre, aujourd’hui, chef d’orchestre pour Salif Keïta. Je connaissais également les morceaux que je voulais confronter à notre répertoire. Quand on a travaillé à Sokou, j’ai squatté, chez elle à Bamako, avec Guimba. Elle était à Paris, et l’a demandé de lui rapporter des fringues. Quand on s’est retrouvés en France, je l’ai invité sur quelques dates de la tournée de Sokou, avec son oncle, Badjé Tunkara, qui joue du ngoni avec Salif Keita et Balake Sissoko. Donc Mah fait cinq concerts avec nous, et je me dis qu’il faut vraiment faire quelque chose ensemble, avec la Litanie en confrontant la tradition européenne, ou occidentale si on inclut les répétitifs américains, à la culture mandingue. » Mah Damba, c’est une djeli. Elle a grandi et vécu dans la tradition des griots. Les mots ont donc un vrai sens. Or, on est dans une société, dans un pays, dans une civilisation qui a un peu perdue de ça. — Comment ça fonctionne ? D’un point de vue musical, et même au-delà, en termes d’émotions, de sentiments.J’avoue que tout repose sur l’émotion de la musique et de la voix. On s’est plus appuyés sur ceci que sur le sens des paroles. Les textes sont assez rituels, sont issus du corpus complexe de cérémonie. Ce sont des chansons classiques. Mah les chante en Bambara. Est-ce que ce format rigidifie un peu les possibilités d’improvisation ?Effectivement, ça rigidifie un peu mais on garde quand même nos réflexes, les codes de jeu du trio, les parties instrumentales. On reste assez libres. Dans ce groupe, il y a aussi une chose qu’on trouve souvent chez toi, c’est ce rapport au cérébral et au populaire, si jamais cela pouvait être opposable. Il y a, en tout cas, cette chose très écrite, très pensée, flagrante dans la musique de la litanie, et la tradition orale, la culture populaire et intergénérationnelle.C’est la musique que j’aime. La musique populaire m’attire beaucoup. Dans la Litanie, il y a aussi de l’impro, venue d’une culture occidentale. À chaque version ou concert, on fouille un peu sur les mêmes terrains. Mah n’a-t-elle pas infléchi votre musique, en vous racontant des choses, en vous en expliquant d’autres ?Si, bien entendu. Souvent, elle nous a parlé. La construction musicale s’est faite dans les deux sens. Parfois, je lui ai proposé des textures, ou des bouts de morceaux, du son, et elle s’est dit, assez simplement, qu’elle allait chanter ceci ou cela. Et, quand même, à chaque fois, c’était bingo. Promis, ça s’est fait vraiment très facilement. D’autres fois, c’est Mah qui a proposé des chansons, j’ai cherché des trucs dans nos modes de jeu. Très simple, là aussi, vu qu’on se connaît quand même très bien avec Bruno et Élodie. On est arrivés à un répertoire simple et original. Originalité, qui devient presque une familiarité si on suit ton travail. On retrouve aussi ce lien à l’aspect rituel de la musique.Mah Damba, c’est une djeli. Elle a grandi et vécu dans la tradition des griots. Les mots ont donc un vrai sens. Or, on est dans une société, dans un pays qui ont un peu perdu de ça. Il serait presque question d’archéologie, d’ethnologie, dans ce travail.Oui, carrément. Tu te confrontes, même physiquement, à la présence de quelqu’un qui descend d’une lignée de griot, dont tu organises la présence en scène avec vous. Qu’est-ce que cela peut avoir comme effets pour trois petits blancs becs ?Il y a plein de choses dans ta question. C’est vrai qu’il y a un réel rapport à la tradition et à la tradition orale qu’on a quasiment perdu, puis
Matsutake

« On pense au jazz, à l’electronica : larges nappes portées par des arrangements dont l’audace est proche de celle des sauteurs à la perche. » matsutake + dj sub aruparo .pointbreak × CHKT events Matsutake est un groupe pour les fans de métal. Alliage, anodisation et autres rigolades d’aciérie se mélangent au son post-punk et aux boucles électroniques du quartet. Depuis 2023, les bisontins combinent envies d’envolées lyriques et besoins d’hypnoses électro, brutes et têtues. Sur scène, Matsutake livre un son urgent, et bénéfique, précis et intense, riche de textures sonores et de sons divers. C’est fabriqué avec passion, à la main. C’est armé comme du béton. On pense au jazz, à l’électronica, on entend de larges nappes portées par des arrangements dont l’audace est proche de celle des sauteurs à la perche. Ça pense d’abord à décoller, puis ça réfléchit éventuellement à redescendre. DJ Sub Aru (CHKT – Dijon), c’est 4 cylindres à plat depuis 1993. Avec un son à mi-chemin entre la techno déchaînée des 90s et la trance cosmique aux vibes Y2K, ce rebelle sonore fusionne avec fluidité le meilleur de l’Eurotech pour créer une extase phonique qui défie la gravité. Ses sets annoncent un voyage trancedimensionnel entraînant le dancefloor dans un vortex de vitesse et d’euphorie astrale où les beats galopent sans relâche. On attache sa ceinture et on se prépare pour drifter à travers les paysages cybernétiques tout droit en direction du bug de l’an 3000. PaRo (CHKT- Dijon), est deejay et producteur depuis dix ans, C’est pendant ces années lyonnaise qu’il entreprend une collaboration avec trois autres DJ afin de monter un collectif: le NOBODY CREW. Il assouvit enfin sa passion en exultant les danseurs lors de nombreuses soirées organisées par le CREW. Ses sélections musicales sont axées principalement house, techno minimal et micro house. Il sort une dizaine d’EP avec plusieurs labels européens qui contribuent au développement de sa carrière musicale. Soirée Selected Byen partenariat avec ici l’onde et Consortium Museum. Les « Selected by » sont des rendez-vous réguliers au Consortium Museum, organisés alternativement par le centre d’art, ici l’onde – cncm, Sabotage ou d’autres associations invitées. Cette soirée est également organisée en partenariat avec Big Bang, pôle ressources jazz en bourgogne-franche-comté line-up de la soirée :19h – 20h30 : PaRo (CHKT)20h30 – 21h30 : Matsutake21h30 – 23h : Dj Sub Aru (CHKT)•MATSUTAKEAnthony Pergaud, bassePaul L’Hôte, batterieJérémy Vieille, synthés et machinesCôme Rothé, saxophone et synthés Live at Studio La Corbière de Matsutake entrée à prix libreBar sur placeFoodies Truck pour se restaurerLiquide et CB acceptés Consortium Museum37 Rue de Longvic, 21000 DijonÀ 200 m de la place Wilson !En bus : L5/L6/L8/L12, arrêt Wilson-DumontEn Vélodi : station place WilsonParking souterrain gratuitStationnement dans la rue gratuit https://youtu.be/ww9b0Bp23kE?si=qispQifFCnXtZEd1https://www.youtube.com/watch?v=_jX0xVJSug4https://www.youtube.com/watch?v=322yur-8lOI