matrimoine, Maëlle Desbrosses

« C’est une leçon d’absurdité, pirouette pour détourner l’étiquette de rap conscient et assumer une mélancolie pas très street cred. » —Maëlle Desbrosses, altisteà propos de Vald le matrimoine de .pointbreak— hélène duret franz schubert Mon lien à Schubert est un peu indescriptible. J’ai démarré l’orchestre en jouant sa Messe en Si et ma vie a pris un tournant ce jour-là (je me destinais à la médecine, donc petit 360, ici). Un des plus grands chocs musicaux avec le quatuor La jeune fille et la mort. Je suis ado et fantasme un génie précoce, prolifique et tourmenté, habité par un démon de l’âme que seule la musique peut sauver. L’analyse des symphonies m’a passionnée en mode Nerd Magazine et, quant aux lieders, ils font toujours partie de ma pratique pianistique et d’une grande source d’inspiration. Schubert forever, en somme. paul hindemith J’ai mis du temps à accepter qu’ayant découvert le jazz tardivement, mes influences venaient surtout de mon expérience d’interprète. Quand j’ai commencé à improviser, j’ai ressorti les œuvres pour alto que j’aimais, sans comprendre que c’était ça mon véritable langage : le Lachrymae de Britten, l’Élégie de Stravinsky, la Pavane de Hersant mais surtout Hindemith. Est-ce parce qu’il était altiste que sa musique me parle autant ? C’est à lui que je dois mon amour des doubles cordes, ma passion de la sculpture du son (je peux aussi l’attribuer à Bach que je joue chaque semaine mais trop facile). aphex twin J’oublie souvent de mentionner une partie de ma vie musicale qui a pourtant dû laisser des traces indélébiles dans mes oreilles, hormis les acouphènes. J’ai été DJ pendant près de 5 ans. Ça fait une grosse quantité de disques passés mais le king Aphex Twin s’est imprimé au fer rouge dans mon cerveau. Je l’ai pourtant peu joué, pas si dance floor que cela, et bien que j’ai commencé bien 10 ans après son apparition, je trouvais, comme Björk le disait, que c’était un pionnier. C’est drôle, c’est sensible et j’ai tout de suite senti le côté chercheur de cette musique qui ne ressemble à rien d’autre. tim berne J’ai entendu Tim pour la première fois dans Big Satan avec Marc Ducret et Tom Rainey. C’était à Toulouse, en 2018. Je débute alors en musique improvisée, et la transition avec le classique se fait dans la douleur. Le concert me percute. On me disait à cette époque qu’il fallait que je relève pour apprendre. Ok. J’ai commencé et relevé beaucoup plus de Berne que de Parker. Son album solo et les vidéos faites chez lui pendant le confinement sont pour moi une grande leçon à laquelle je reviens tout le temps. powerdove Le travail électronique de Thomas Bonvalet me fascine. Il me plonge dans un monde de machines avec des rythmes obsessionnels qui me mettent en transe, des sons toujours nouveaux. J’adore écouter des musiques qui se placent à la frontière, où je ne comprends pas toujours comment c’est pensé, construit. Powerdove, c’est pour moi la quintessence de la chanson, une poésie enveloppée d’une musique taxée d’expérimentale mais qui semble être la norme à mes oreilles. Énorme influence du répertoire de Maëlle et les Garçons ! zeal and ardor Découverts au Hellfest, coup de foudre immédiat. Mélangeant slave songs, gospel et black metal, le métissage riff et chains a été une évidence pour moi. Ça a nourri mon amour du metal et m’a fait replonger dans Lomax. Pour la petite histoire, le groupe a été créé en réponse à un challenge raciste lancé sur le forum 4chan : mêler de la « n*gger music et du black metal ». Meilleure réponse politique possible au milieu du metal qui reste très blanc. Ce groupe hybride tourne avec Meshuggah et joue à la fois au Hellfest et au Montreux Jazz festival. Amen aux ovnis.  vald Je ne regarde aucune statistique d’écoute mais je peux assurer que c’est l’artiste que j’écoute le plus tous supports confondus. Obsession du flow, des backs, du travail sur la langue qui rend le texte imprévisible. Obsession de la vision sociologique, Philosophie pour les nuls avec des snare dessus. C’est une leçon d’absurdité, pirouette pour détourner l’étiquette de rap conscient et assumer une mélancolie pas très street cred. Son obsession des instrus et, enfin, des formes atypiques, arrive à un tel point que j’irais même jusqu’à en relever une pour une compo. —textes : Maëlle Desbrossesarticle extrait du numéro 3 de la revue papier

matrimoine, Hélène Duret

matrimoine 2025 hélène duret

« Il y a un vrai discours, des récits concrets à l’intérieur d’une vision musicale presque impressionniste. » —Hélène Duret, clarinettisteà propos de Building Instrument le matrimoine de .pointbreak— hélène duret abbey lincoln Née à Chicago, chanteuse et artiste engagée au grain de voix si particulier, revendicatrice de la parole afro-américaine abolitionniste. La version de Left Alone sur Straight Ahead, originalement écrite par Billie Holiday, m’a marquée pour le sens des paroles, l’épure qui s’en dégage et le son des cuivres qui s’unissent à la clarinette basse. Cette beauté sonore m’a habitée longtemps. J’en profite pour évoquer aussi Nina Simone, Etta James, Ella Fitzgerald, Whitney Houston, car la voix est un de mes appuis pour composer. Ces voix incarnent des personnalités puissantes qu’il est important de garder en mémoire, toujours. Je les ai choisies également car ce sont des musiciennes noires qui ont mené leurs carrières, jusqu’à en devenir légendaires, dans des contextes socio-politiques où la place des femmes artistes non-blanches n’était pas considérée. Ce phénomène me semble encore trop peu évoqué dans notre milieu, il serait judicieux d’ouvrir la porte sur ce sujet. les shleu-shleu Tout d’abord, meilleur nom de groupe du monde ! Incontournable de la musique haïtienne des années 60. Je conseille Moun Damou et Consomin kompa. C’est par le plus grand des hasards que je suis tombée dans la musique antillaise et la culture créole. D’abord avec un groupe de covers qu’on avait monté avec des potes à Bruxelles, Le Bal Marie-Galante, puis par des rencontres musicales fortes lors de voyages en République-Dominicaine, Nouvelle-Orléans, Guyane et Colombie. Tout cela a ouvert très grand ma conscience de notre passé et présent coloniale. Passé qui devrait être mieux reconnu dans notre pays. Avec le temps, cette musique a transformé mon rapport aux rythmes et aux mélodies, autant dans le jeu improvisé que dans la composition, et même plus largement, a transformé ma vision de la vie. jean-michel basquiat Peintre, musicien clarinettiste/claviériste de l’avant-garde new-yorkaise, il naît d’une mère portoricaine et d’un père haïtien. Des couleurs, de l’instinct, de la force, de l’engagement, c’est un artiste entier qui, pour moi, symbolise très justement notre époque. C’est-à-dire une mixité culturelle et sociale qu’il est nécessaire aujourd’hui de reconnaître et d’accepter, ainsi que la puissante nécessité de remuer ciel et terre pour faire reconnaître son travail dans un monde où le mainstream et la mode sont incontournables autant du côté du public que des artistes. Lors d’expositions autour de Basquiat, j’ai pu apprécier les détails de son travail visuel et j’ai reçu, quasiment physiquement, des émotions en scotchant sur les textures, les mélanges de couleurs et de matières. Depuis lors, l’art visuel est devenu clairement un guide primordial pour ma musique. ellen arkbro Ellen Arkbro est suédoise, compositrice et chanteuse. Je l’ai découverte avec l’album I Get Along Without You Very Well, qui contient plus ou moins tout ce que je cherche en musique : des compositions aux structures diffusent, qui utilisent des puissantes mélodies chantées, des instruments à vent en lien avec les synthétiseurs, qui créent un son d’ensemble profond. Il y a, dans son écriture, quelque chose de prenant immédiatement. Sa musique est sobre et conceptuelle, mais reste connectée à l’émotionnel. Certains morceaux, comme Out Luck, me rappellent le groupe Radiohead. radiohead Ce groupe britannique, et plus largement le rock, a accompagné ma vie d’adolescente et continue aujourd’hui de me nourrir. J’écoute Radiohead avec des oreilles différentes selon les étapes de vie que je traverse. Leur musique n’a de cesse de me fasciner et de m’inspirer, elle semble n’être jamais dépassée. Il suffit de s’intéresser au travail de Thom Yorke ou Jonny Greenwood, pour plonger toujours plus loin dans le puits sans fond de leur créativité. paul motian Son trio avec Bill Frisell et Joe Lovano a été particulièrement influent pour moi. La musique y est lyrique, mélodique et tend vers un son chambriste, avec l’improvisation au centre. Dans ce trio, je perçois une écoute ouverte au maximum. Il semblerait que ce soit cet aspect qui prime avant toute chose pour diriger leur musique. La maîtrise du jeu, de l’instrument, de la compréhension de la musique font de ce trio une référence forte. C’est même ce qui pourrait être, pour moi, une définition du jazz. building instrument Groupe norvégien assez peu connu, indé, très actuel, qui enregistre sur l’un de mes labels préférés : Hubro. Il y a beaucoup de mélanges dans leur musique. Les grooves et les sons de la batterie sont subtils et sublimement bien traités. La musique de la langue norvégienne, chantée par la voix de Marie Kvien Brunvoll, donne la direction à la beauté de leur son. Ils vont bien au-delà des accents pop. Il y a un vrai discours, des récits concrets à l’intérieur d’une vision musicale presque impressionniste. Tous les albums ont leurs spécificités propres, mais, pour ma part, je conseille vivement les albums Kem som a leve et Building instrument. C’est un groupe qui joue beaucoup en Europe, un peu moins en France. Notre terreau artistique gagnerait à connaître un groupe comme celui-ci. —textes : Hélène Duretarticle extrait du numéro 7 de la revue papier

matrimoine 2025, Félicie Bazelaire

matrimoine 2025 Félicie Bazelaire

« Je ne suis pas dans un truc conceptuel. OTOS m’a permis d’assumer enfin une forme de lyrisme dans la musique noise. » —texte : guillaume malvoisin,Jazz à Luz, juillet 2025 journées du matrimoine  2025interview— félicie bazelaire École nationale supérieure d’art et design, 3 rue Micheletsamedi 20 septembre à 17h • OTOSFélicie Bazelaire, électronique • 55 minutesConcert proposé par ici l’onde – cncmréservations par mail — En juillet 2025, pour le festival Jazz à Luz, Félicie Bazelaire jouait OTOS. Pris dans un espace sonore en quadriphonie, les auditeurices plongeaient intensément dans un solo électro-acoustique, dense et addictif. Créé en référence à l’otospongiose, syndrome qui contraint celleux qui en sont atteint·es à entendre en permanence les sons de l’intérieur de leur corps, improvisé aux controlleurs électroniques, OTOS combinait matériau biographique et création in situ. Revue de détail avec une contrebassiste en prise avec elle-même. Démarrons simplement. OTOS, c’est une forme autobiographique ?Il y a eu, chez moi, ce problème d’oreille, une otospongiose. Je n’ai pas été surprise, car c’est une maladie héréditaire et ma grand-mère, mon père en ont été atteints. Je me suis donc servi de ce trouble, qui faisait que j’entendais réellement plein de sons intérieurs. L’otospongiose, c’est purement physique, mais une partie peut être due à l’angoisse, ou au stress, à pas mal d’autres causes psychologiques. Quand on est musicienne, et qu’on nous dit : « vous allez devenir sourde, il faut vous faire appareiller », ça vous livre à une forme de panique incontrôlable. C’est ce qui m’est arrivé. J’ai finalement appris que c’était un mauvais diagnostic. Mais en même temps, j’entendais vraiment plein de trucs dont je me suis servi pour en faire un album. Symboliquement, le fait de m’écouter intérieurement, ça raconte aussi quelque chose de ma vie. Donc, en effet, ce solo est une forme d’autobiographie. Cette écoute découle sans doute aussi de la position que tu as quand tu joues, très proche d’un autre corps, celui de ton instrument, non ?Quand je joue de la contrebasse, je suis souvent penchée au plus près de l’instrument, simplement parce que j’adore le son que j’entends. Je me suis souvent dit, que j’aimerais bien entendre ça, mais amplifié en dix fois plus fort. Ce rapport à ton instrument, c’est presque un détournement. Avec les techniques de jeu étendues, on a l’habitude de voir un instrument comme une forme de prolongement, d’extension du corps de l’interprète. Avec OTOS, c’est presque l’inverse, ta musique devient, grâce à l’électronique, une plongée intérieure. Complètement. Mais, je crois que j’ai toujours aimé détourner mon instrument. Toujours… Je me souviens d’avoir jouer un solo où je ne faisais que taper sur ma basse. Ce n’est pas que j’aime lui faire du mal, mais il y a un truc où… Je pense, là, à l’instant, à ce projet créé avec Emmanuel Lalande, où, la contrebasse sert d’amplificateur. C’est tellement gros aussi, c’est une vraie caisse de résonance. À l’origine du projet OTOS, quel est le déclic ? À quel moment as-tu décidé de faire musique de cette petite malédiction ?

Comme je te le disais plus tôt, je me suis dit que ce que j’entendais, finalement, n’était pas si moche. Je pouvais en faire quelque chose. Puis j’ai compris que la résilience pouvait être aussi un bon moyen de détourner ce qu’on ne peut maîtriser. Depuis ça va beaucoup mieux, je n’ai plus aucun souci et je ne suis pas du tout devenue sourde. Je suis restée avec les sons entendus et je me suis demandée comment en faire de la musique, comment les jouer de façon polyphonique. As-tu d’abord pensé OTOS comme un solo de contrebasse ?Oui, je l’ai d’abord créé ainsi. C’était cool, mais ce n’était finalement pas si proche de ce que j’avais entendu. Et puis, un jour d’errance sur GarageBand et je me suis mise à superposer des sons, pour la création d’un autre projet en cours. Je me suis rendue compte que la solution était là. Enregistrer puis rejouer les sons. L’idée du solo et de l’album étaient là. OTOS de Félicie Bazelaire  » Une anecdote assez drôle :  J’étais en studio pour mixer avec Emmanuel Lalande, qui m’a aidé à faire aboutir ce projet, je lui demande d’arrêter et de recaler une boucle qui sonnait super. Il l’avait arrêtée depuis et moi, je continuais à l’entendre intérieurement. — Comment se fait la retranscription de l’intérieur vers l’extérieur ? Est-ce qu’on procède par partition ? À l’oreille ?J’avais un petit diapason à côté de moi, et je disais : « ah, là j’entends un truc… ». Parfois, c’était plutôt des accords, alors je les notais. Tout simplement, je notais. Il y a cependant des trucs qui sont restés exactement comme je les ai entendus. D’ailleurs, à ce propos, voici une anecdote assez drôle. J’étais en studio pour mixer avec Emmanuel Lalande, qui m’a aidé à faire aboutir ce projet, je lui demande d’arrêter et de recaler une boucle qui sonnait super. Il l’avait arrêtée depuis et moi, je continuais à l’entendre intérieurement. Dans OTOS, on entend aussi de la voix, du field recording.Ceci, c’est très récent. Ça rejoint un peu la question que tu as posée sur qu’est-ce qu’on écoute. Parfois, j’ai l’impression qu’il faudrait arrêter de faire de la musique, il faudrait juste enregistrer ce qui se passe autour de nous. Il y a tellement de trucs, c’est complètement dingue. Ensuite, la manière dont on les mixe, dont on approche le micro… Peut-être que ce sera un futur projet. Pour OTOS, j’ai deux prises de son, une qui vient d’un voyage en bateau, puis une autre de la mousson du Vietnam, la mousson plus, je pense, un climatiseur. Je peux passer des heures à écouter ces sons. J’avais envie de m’en servir pour créer du bruit blanc, pour la fréquence qu’ils généraient. OTOS, c’est un format de musique noise, il y a du drone, des sauts de dynamique, entre autres. 
 Est-ce que considérer cet état non plus comme un trouble mais comme une source de création musicale possible, t’a permis de découvrir de

la villette 2025, Brunö Lapin

la villette 2025 Brunö Lapin

« L’ensemble conserve une économie chambriste, mais ses codes se sont déplacés vers un présent hybride, nourri autant d’histoire que d’inventions immédiates. » —texte : Selma Namata Doyen jazz à la villette 2025samedi 6 septembre— Brunö Lapin Pas si fréquent d’entendre une formation sans percussion où son absence n’est pas cruelle. Chez Brunö Lapin, aucun manque. Les fonctions rythmiques, mélodiques et harmoniques glissent de l’un·e à l’autre comme une matière fluide, circulent sans hiérarchie. La singularité du trio vient avant tout de son alliage instrumental : violoncelle, basson et flûte. Trois timbres rarement associés, dont la proximité brouille parfois la perception : à l’écoute seule, pas simple de deviner qui souffle et qui frotte. Cette ambiguïté nourrit le jeu. Clément Petit, habituel sourire en coin, conduit son violoncelle au travers de lignes graves, pulsations obstinées et jaillissements vocaux entremêlés à l’archet. On y reconnaît quelques niveaux de son ancrage. Jazz et certaines traditions africaines s’intègrent sans se laisser aller à la citation mais en fondant dans le flux même du jeu. À ses côtés, Sophie Bernado déplace le basson hors de ses registres académiques pour en tirer des sonorités âpres, qui rappellent tour à tour une cornemuse ou un violon berbère. Lorsque sa voix s’élève, claire et aiguë, dans un registre qui évoque des folklores anglo-saxons, c’est une nouvelle strate qui s’ajoute à l’ensemble, une ouverture soudaine dans le tissu sonore. Joce Mienniel, lui, ne place pas la flûte en surplomb mais en appui : son souffle devient pulsation, son phrasé une assise rythmique qui soutient et relance.Sur scène, l’album fraîchement sorti, produit par le Budapest Music Center (BMC) prend vie sans aucune rigidité. L’écriture est précise mais trace un cadre ultra-souple où l’improvisation s’insère avec une liberté parfaite. L’un propose, l’autre détourne, le troisième prolonge : la circulation est constante. Parfois la danse affleure sur les bords de l’ensemble, ailleurs une mélodie s’impose, puis se dérobe à nouveau. La musique conserve une économie chambriste, mais ses codes sont déplacés vers un présent hybride, nourri autant d’histoire que d’inventions immédiates. Reste enfin le nom même du trio, Brunö Lapin, qui affiche un goût certain pour le décalage. Et à l’Atelier du Plateau, cerclé de son mur d’aluminium étrange, les plus affamés et alsaciens d’entre nous, sensibles au tréma sur le O, se seront peut-être surpris en songeant à un lapin en papillote, dansant encore chaud sur un lit de spätzle. —Selma Namata Doyenphotos © Huszti István pour BMC + d’infos

la villette 2025, Unicorn And Flexibility + Benjamin Sanz Directions

la villette 2025 DARRIFOURCQ HERMIA CECCALDI

« Deux sets, deux pôles : l’assise collective de Black Seeds, la faille volontaire de Unicorn and Flexibility. Entre les deux, tout un spectre. Et c’est là qu’on mesure facilement ce dont le jazz peut être capable. » —texte : Selma Namata Doyen jazz à la villette 2025jeudi 4 septembre— benjamin sanz directions& unicorn and flexibility benjamin sanz directions À la Dynamo , Benjamin Sanz joue les jardiniers. Dès l’entame de set, pas de doute sur sa position de leader. C’est lui qui drive le quintet. Son jeu, mécanique subtile presque métronomique, sème ses frappes comme on déroule des évidences. C’est même ce qui fait sa singularité. Batteur et cofondateur du collectif MIRR, Sanz a le goût pour la structure, pour une pulsation qui articule autant qu’elle libère. Très complice avec Luca Fattorini, à la contrebasse, voir les regards et les attaques, la rythmique avance d’un seul corps, souple et ferme à la fois. Sur ce socle viennent s’inscrire les deux soufflants. Hermon Mehari, trompettiste originaire du Missouri et désormais figure active de la scène parisienne, projette un son clair, direct, qui découpe l’espace. Ricardo Izquierdo, sax ténor cubain d’origine, au grain plus dense, charriant une mémoire venue de l’autre versant de nos contrées. Entre les deux, une tension féconde : l’un ouvre, l’autre creuse. Leur dialogue soulève l’ensemble. Les compositions, qu’on pourrait dire classiques dans leur forme, s’y trouvent élargies, menées avec une vitalité qui les empêche de tourner au simple exercice. Rob Clearfield, pianiste de Chicago, complète le tableau, et travaille l’épaisseur sonore, rôle discret mais décisif. Son jeu, nourri du croisement entre jazz et musiques actuelles, apporte groove et textures, un liant naturel entre la rythmique et les cuivres. Derrière cela, la main de Sanz reste perceptible, moins comme une autorité que comme une direction d’architecte. Black Seeds, titre du dernier disque, tient ainsi son pari : non pas dupliquer un héritage, mais tenter de le réinventer au présent, dans un geste collectif. unicorn and flexibilitydarrifourcq + hermia + ceccaldi Même salle, autre planète. Après l’assise de Black Seeds, surgit son contrechamp : le power trio réunissant Sylvain Darrifourcq (batterie), Valentin Ceccaldi (violoncelle) et Manu Hermia (saxophone). Plus de dix ans de jeu commun ont forgé une complicité rare, assez solide pour s’autoriser à courir au bord du gouffre sans jamais basculer. Leur troisième disque, Unicorn and Flexibility, en est l’éclatant manifeste : musique tendue, nerveuse, mais tenue d’un bout à l’autre. Darrifourcq mène la charge : frappes sèches, pulsations hachées, rafales qui claquent comme une machine à écrire, jusqu’à pousser l’impression d’une mécanique détraquée, mais d’une rigueur absolue. Ceccaldi transforme son violoncelle en champ d’expérimentations : notes tendues et rageuses, pizzicati qui sonnent comme des jets de pierres, puis soudain une ligne fragile, presque trop belle pour durer, et aussitôt avalée par la turbulence du trio. Hermia, lui, fait du son de son saxophone une matière brute. Il souffle la tenue à la limite du silence, mène des attaques brisées, puis déferle de saturation envahissant l’espace. Le concert s’organise comme une course éperdue lancée derrière un bus : accélérations folles, arrêts brutaux, reprises haletantes. Un sprint qui n’en finit pas, avec ses points de côté et ses respirations arrachées au reste du corps. On croit que tout va s’effondrer, mais non : ça tient, ça se retend, ça repart. Cette énergie brute flirte parfois avec le free rock, sans jamais se défaire de cette sacrée précision, quasi signature du trio. Ici, la brutalité n’est pas une perte de contrôle mais une méthode d’écriture comme une autre. Deux concerts, deux pôles : l’assise collective de Black Seeds, la faille volontaire de Unicorn and Flexibility. Entre les deux, tout un spectre. Et c’est là qu’on mesure ce dont le jazz peut être capable : embrasser la cohérence et le chaos dans une même soirée, mais pas nécessairement avec ses mêmes adeptes. —Selma Namata Doyenphotos © Cecilia Collantes, Maria Jarzyna, Sylvain Gripoix + d’infos

la villette 2025, the bridge

jazz à la villette 2025 The Bridge © Maxim François

« Le temps passé ensemble sur la route a soudé une complicité rare, et la musique circule au sein du quintet comme une démocratie cosmique et sonore. Sans débats interminables ni micro coupé. » —texte : Selma Namata Doyenphotos © Maxim François jazz à la villette 2025— the bridge #2.12 Le concert s’amorce avant même que le silence ne consente à descendre dans la salle, encore éclairée quand Angel Bat Dawid décide qu’il est l’heure. Percussions en main, elle avance. Gravité de procession. Les autres musiciens la rejoignent, happé·es, et une polyphonie s’élève entre ferveur gospel et tension brute. Les dissonances s’entrechoquent dans une logique implacable. Quand les lumières s’éteignent enfin, le quintet a déjà une longueur d’avance. Ce monde, c’est celui de ConstelNation, issu du réseau The Bridge et de ses rencontres transatlantiques. Scène française versus scène de Chicago. Pour ce numéro 2.12 : Angel Bat Dawid (clarinettes, voix, clavier), Nick Macri (contrebasse), Magic Malik (flûte, voix), Richard Comte (guitare, voix) et Toma Gouband (batterie arrangée). Un Club des Cinq à la sauce free. Le temps passé ensemble sur la route a soudé une complicité rare, et la musique circule comme une démocratie cosmique et sonore. Sans débats interminables ni micro coupé. Angel Bat Dawid s’impose comme l’un des foyers d’énergie du groupe. Le gospel traverse son chant, plein de l’impérieuse liberté d’improviser. À ses côtés, Magic Malik déploie une voix intime et insaisissable. Le trouble y naît avec la retenue la plus délicate et l’éclat d’un cri. Sa flûte a trouvé sa voie traversière, flottant hors sol, familière d’un univers parallèle sans doute mieux réglé que celui où nous nous tenons. Dans leur échange affleure une histoire ancienne, marquée de chaînes invisibles et de mémoires tenaces. Leur dialogue devient l’un des cœurs battants du groupe. Le jeu de Richard Comte, tantôt abrasif, tantôt diaphane, intègre et relance. La voix du guitariste, ajoutée à celles d’Angel et de Malik, densifie les couleurs du spectre vocal. Son sens de l’équilibre frappe : capable de s’adosser aux lignes de Nick Macri ou de rejoindre les envolées de Malik. Comte est ce médiateur dont la présence discrète assure la cohésion du groupe. Cohésion dont l’assise tient aussi à la profondeur de sa base rythmique. Nick Macri joue apaisé, sa contrebasse est essentielle, et rend alors possible l’élan collectif, stabilisant l’espace musical au profit des audaces de Toma Gouband, percussionniste possédant un art de l’écoute singulier. Tout devient source de résonance, grosse caisse, pierres et bois glané. Capable de se réduire à un souffle ou de s’élancer en éclats, son jeu habité offre l’aventure au quintet, en déplace le risque et l’équilibre sans jamais le fragiliser. Quand Eva Supreme rejoint le quintet en toute fin de set, l’espace s’élargit encore. Sa voix riche et aiguë, sa façon de s’intégrer sans forcer, son aplomb naturel parachèvent la  densité de l’ensemble.
ConstelNation avance ainsi, par rebonds et ruptures. L’heure et demie écoulée se mesure à l’aune de l’horloge interne de chacun·e. Interminable ou envolée en un instant, fugace dans la sensation d’assister à quelque chose de rare. Une chose où les musicien·nes affrontent leur mystère et le public découvre le sien. Ce qui circule entre les deux, c’est précisément ce qui échappe à tous. C’est même là que se loge la force physique de cette longue improvisation. Rite initiatique ? Randonnée au long cours ? Une barre aux amandes ne serait pas de refus. —Selma Namata Doyenphotos © Maxim François + d’infos

la revue papier

« une revue pointue et détendue.» .pointbreak montre ses papiers .pointbreak, c’est aussi une revue musicale. Elle mixe contenu régional, national et international. On y parle de ce qu’on nomme groove et on l’imagine déconnectée des agendas et sans exclusive de genre. On y décode depuis 2021 la sono mondiale, l’improvisation, le jazz, le blues et quelques musiques connexes comme le rap, le maloya, les musiques créoles et les musiques créatives. On y trouve des interviews, des réflexions, des photographies, des illustrations, des chroniques, des articles de fond, des podcasts et un peu de culture pop. Dans sa version papier, .pointbreak se taille de beaux habits et continue de démystifier le rapport aux musiques qu’il défend. C’est un regard d’aujourd’hui posé depuis notre base dijonnaise, sur le reste du monde. C’est une revue fidèle à sa ligne éditoriale : pointue et détendue. numéro 1 PointBreak, numéro 1format 19 x 27 cm, 72 pages—contributions :Pierre-Olivier Bobo, mr Choubi, Arthur Guillaumot, Lucas Le Texier, guillaume malvoisin, Sarah Murcia, Didier Petit, Martial Ratel, Stan Sheraf et Zerolex—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme • imagesTerreur GraphiqueBastien VivèsNicolas Muret • mémoiresSarah Murcia, le matrimoineZerolex parle de Sun RaJean-Claude Pinson parle de John ColtraneDidier Petit parle de Louis Armstrongjacques loussier selon Mr ChoubiAlerte Jazzy : Sade • freestyleDidier Levallet et PerceptionJean-Alphonse Leboucher et Machi OulDaniel Erdmann et Velvet RevolutionLes palabres de Think Big! • street cred’Rap Ville : 4 spots de CalifornieNala SinephroDälek • livresSeuils de François CorneloupMusiques de Philippe RobertLe Petit bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette • contre-courantChristine Martin n’aime pas le jazz lire ce numéro retour au top numéro 2 • imagesTom WaitsTrotski NautiqueDerya YildirimDarius Milhaud • mémoiresFanny Lasfargues, le matrimoineToussaint Louverture par Napoleon MaddoxColette Magny, les chansons free jazzDetroit, la techno, Jeff Mills par Jacqueline Cauxle Raï selon Born Bad • multigrooveDamon Locks, punk et conscience noireLa P-funk selon Real MuzulRalph Alessi, jazzman in progress • street lifeRap Ville, le sud des USAMc Hammer, golden parachutes dans le rapRun DMC par jean mosambi, graphiste mixeur lire ce numéro PointBreak, numéro 2format 15 x 21 cm, 68 pages—contributions : Chloë Aliénor, Pierre-Olivier Bobo, Selma Namata, Fanny Lasfargues, Erwan le Mao, Lucas Le Texier, guillaume malvoisin, Aurélien Moulinet, Martial Ratel, Mister recorder, La Fabrique Documentaire—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme retour au top numéro 3 • imagesMathieu SapinKenny G et Miles DavisThe Wiz • multigrooveMaëlle Desbrosses, le matrimoineSylvaine Hélary, petits poèmes et grand orchestreJames Brandon Lewis, blind testFree Jazz Black PowerLeadbelly selon amaury cornut • mémoiresAlain PetersAntilles Méchant BateauMuddy Waters, ratage sauce anglaiseHowlin’ Wolf, les crocs dans la prise • street cred’Rap Ville, nevada editionSaïb., itinéraires d’un beatmaker gâtéCowboy Bebop, flingues et trompette lire ce numéro PointBreak, numéro 3format 15 x 21 cm, 68 pages—contributions : Pierre-Olivier Bobo, Jean Delestrade, Maëlle Desbrosses, Erwan Le Mao, Lucas Le Texier, Sébastien Marchalant Lecordier, guillaume malvoisin, Selma Namata, Aurélien Moulinet, Martial Ratel, Mister recorder, La Fabrique Documentaire—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme retour au top numéro 4 Ōtomo Yoshihide, portraitsLinda Oláh, le Matrimoine • imagesJean-Christophe MenuLe Festin nuTed, Mary et Coltrane • multigrooveDelphine Joussein, souffleuse-flingueuseDavid Blot, génèse du Chant de La MachineAccords jazz, 50 façons de faire de la popSon House par Olivier Renault • mémoiresLa Fraternelle, jeux de consolesMichel Hausser, be-bop incognitoÀ Bout de souffle, film vibratoireMachi Oul, cuisine collective • street cred’Rap Ville, bastons succulentesIll Considered, impro-dingoThe messthetics, punks mélodiques • playlists, le mag en musiques lire ce numéro PointBreak, numéro 4format 15 x 21 cm, 68 pages—contributions : Chloë Aliénor, Pierre-olivier Bobo, Jean Delestrade, Pierrick Finelle, Patrice Lafonce, Lucas Le Texier, Sébastien Marchalant Lecordier, guillaume malvoisin, Selma Namata, Linda Oláh, Martial Ratel, Tanguy Renoud-Lyat, Stan Sheraf, Raphaël Szöllösy—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme retour au top numéro 5 PointBreak, numéro 5format 15 x 21 cm, 68 pages—contributions : Pierre-olivier Bobo, Jean Delestrade, Pierrick Finelle, Arthur Guillaumot, Fiona Hosti, Carmen Lefrançois, Lucas Le Texier, Sébastien Marchalant Lecordier, guillaume malvoisin, Selma Namata, Martial Ratel, Stan Sheraf, Raphaël Szöllösy, Diego Zebina—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme Carmen Lefrançois, le matrimoine • points de vueFrançois Ribac, tribune rock’n’rollLe mot jazz, taillé pour durer ? • images du mondeFatih Akin, visite sonore à IstanbulHervé Bourhis, Igor, Schmoll et les autresAbel Gance, Napoléon repris de musiqueDavid Lynch aime chrystabell • street cred’Detroit, 4 mixtapes sorties des décombresDJ mehdi, Orly-Choisy-Vitry-Amen • multigrooveFolk, de nouveaux païens en angleterreRobin Fincker, chansons folk et mémoire freePatti Smith, immo chez RimbaudDire Straits, Once Upon a Time in the WestSonic Bloom par Pierrick Finelle • mémoiresJean-Pierre Bodin, l’harmonie et le banquetJug music, tant va la cruche à l’eauAlain Goraguer, jazz coquin et porno chic • playlists, le mag en musiques lire ce numéro retour au top numéro 6 PointBreak, numéro 6format 15 x 21 cm, 72 pages—contributions : Pierre-olivier Bobo, Mélanie Bourgoin (kolk), Christophe Charpenel, Mathilde Coupeau, Jean Delestrade, Pierrick Finelle, Maxim François, Alain Hatat, Lucas Le Texier, Pierre Manceau, Pamela Mansour, Sébastien Marchalant Lecordier, guillaume malvoisin, Aurélien Moulinet, Selma Namata, Martial Ratel, Margaux Rodrigues, Raphaël Szöllösy, Climène Zarkan—couverture © Jean-Baptiste Bonhomme Pamela Mansour, illustrationClimène Zarkan, le MatrimoineCoco, de la musique et des dessins • points de vueJean Delestrade, le jazz assisMathilde Coupeau, Jazz à Poitiers devient Nage LibreAgnès Gayraud nous parle de la pop musicChristophe Charpenel, collage photo • images du mondeLes Jacksons passent à la téléBlitz, Steve McQueen en un éclairGrady tate, le batteur qui a fait danser Twin Peaks • multigrooveJD Beauvallet visite l’AngleterreDjrum a sorti un très beau disqueValentin Ceccaldi se teste à l’aveugletteClément Mérienne est un musicien multifonctionsMaxim François fait des photos de jazz • random memoryByard Lancaster s’est fait coffret par Souffle ContinuZeki Müren, icône queer avant-l’heureMF Doom visite New YorkFrançois Corneloup nous parle d’avantMarc Ribot se livre n’importe commentPierrick Finelle fait des photos de shériffla Jug Music, blues blanc et de cowboys noirs • playlists, le mag en musiques lire ce numéro retour au top numéro 7 PointBreak, numéro 7format 15 x 21 cm, 68 pages—contributions : Yasemin Akman, Pierre-Olivier Bobo, Mélanie Bourgoin (kolk), Christophe Charpenel, Batuhan Daşdemir, Jean Delestrade, Hélène Duret, Pierrick Finelle, Maxim François, Hugo Jannet, Lucas Le Texier, pierre Manceau, guillaume malvoisin, Aurélien

Journées du Matrimoine 2025

« 4 journées de concerts et de balades sonores dédiées à la création musicale féminine. » journées du matrimoine 2025 .pointbreak × ici l’onde – cncm Les Journées du Matrimoine s’invitent comme un pied de nez au cœur des Journées du Patrimoine, événement d’ampleur européenne. De la rue à l’église, du musée à une bibliothèque en passant par un fort militaire, ces journées musicales réinvestissent l’espace public, trop marqué par la domination patriarcale. Mettre en avant le travail de musiciennes et improvisatrices d’aujourd’hui apporte une autre lecture de notre histoire, et invite à la reconsidérer à la lumière nécessaire des changements sociétaux en cours. Quatre journées sonores imaginées par leurs actrices avec lucidité et exigence triplées une liberté inaltérable. .voir l’agenda .voir la plaquette 4 journées de concerts et de balades sonores dédiées à la création musicale féminine•avecHélène Duret, Léa Ciechelski & Selma Namata Doyen,Clara Lévy, Tatiana Paris, Félicie Bazelaire,Johana Beaussart, Maëlle Desbrosses & Fanny Meteier. Tarifsl’accès à tous les concerts et balades est  gratuit,jauges limitées, réservation indispensable. Réservationspour les concerts du jeudi 18 septembre : cliquez ici(lien de réservation disponible 15 jours avant le concert)pour tous les autres événements : 06.52.62.15.95 ou cliquez ici agenda des concerts jeudi 18 septembre Musée des Beaux-Arts, Cuisines Ducales, place de la Sainte-Chapelle19h • Hélène Duret solo L’eau traverse nos imaginaires. ce solo improvisé par Hélène Duret lui est dédié. Présente dans nos paysages et dans nos corps, l’eau rassure, apaise, mais, parfois, inquiète, déborde et engloutit. C’est à partir de cette ambivalence, faite de calme et de tension, que la clarinettiste, très active sur la scène européenne des musiques improvisées, développe cette pièce soliste. Elle recentre l’attention sur l’intime, le minimal, l’organique, sur les sons qui émergent, se déposent et s’évaporent. Le souffle, la colonne d’air, la densité du son deviennent autant de traductions possibles de cette matière insaisissable qu’est l’eau. Hélène Duret, clarinettes • 40 minutesConcert proposé par pointbreak Musée des Beaux-Arts, Cuisines Ducales, place de la Sainte-Chapelle20h • Selma Namata Doyen × Léa Ciechelski, Pimp ! Léa Ciechelski et Selma Namata Doyen s’inventent un héritage dans l’instant, à l’écoute du lieu, du silence, du son brut des instruments. Pimp !, derrière son apparente abstraction, trouble avec joie les contours discrets de standards de jazz ou de chansons enfouies dans les mémoires. Ce qui semble libre ne l’est jamais tout à fait, ce qui paraît écrit ne l’est pas vraiment. Saxophone, flûte, marimba et percussions animent fragments, échos et détournements pour improviser une musique d’aujourd’hui en creusant une matière commune, vivante et mouvante. Léa Ciechelski, saxophone, flûte traversièreSelma Namata Doyen, percussions • 40 minutesConcert proposé par pointbreak vendredi 19 septembre Eglise Sainte-Bernadette, 4 av. des grésilles20h • Clara Lévy, 13 Visions 13 Visions est un solo à la poésie simple et intense. Avec ce projet, la violoniste Clara Lévy rapproche deux époques, deux partitions et deux figures féminines majeures de l’histoire de la musique. L’église moderniste Sainte-Bernadette sera le lieu de rencontre des chants médiévaux d’Hildegard von Bingen (1090-1170) et de la musique contemporaine de Pauline Oliveros (1932-2016). Ces deux compositrices pionnières de leur époque, l’une abbesse et militante, l’autre ambassadrice du minimalisme, partagent une attention singulière pour une dimension méditative de la musique, fondée sur l’improvisation, le lien à la Nature et la voix humaine. Clara Lévy, violon • 55 minutesConcert proposé par ici l’onde – cncm samedi 20 septembre départ Cour de Bar, Palais de Ducs11h et 15h30 • Tatiana Paris, Hyperballad Avec cette balade, Tatiana Paris revisite les environnements urbains et patrimoniaux du centre-ville de Dijon. Une bande-sonore, composée en résidence il y a quelques mois, sera diffusée sur les radios portatives apportées par les participant·es. Un lien sensible se créera alors entre le son entendu et l’architecture traversée. Ce déplacement dans les ambiances de la ville, dans ses bruits, voix et échos, sera pour chacun·e l’opportunité de vivre une expérience de visite personnelle et l’occasion de (re)découvrir la ville sous un nouveau jour sonore. Tatiana Paris, création sonore • 60 minutesle public est invité à venir muni de radios portatives.Balade proposée par ici l’onde – cncm École nationale supérieure d’art et design,3 rue Michelet17h • Félicie Bazelaire, OTOS Félicie Bazelaire crée OTOS, une composition électro-acoustique, en référence à l’otospongiose, syndrome qui contraint celleux qui en sont atteint·es à entendre en permanence les sons de l’intérieur de leur corps. À partir de sons préalablement enregistrés avec sa contrebasse, Félicie improvise aux machines électroniques un solo inspiré d’un espace sonore intérieur. Après avoir écouté, étudié et retranscrit battements du cœur, fréquence artérielle et autres acouphènes, la musicienne imagine un univers sonore de rythmes organiques et d’harmonies flottantes. Félicie Bazelaire, électronique • 55 minutesConcert proposé par ici l’onde – cncm dimanche 21 septembre départ Cour de Bar, Palais de Ducs11h et 15h30 • Tatiana Paris, Hyperballad Avec cette balade, Tatiana Paris revisite les environnements urbains et patrimoniaux du centre-ville de Dijon. Une bande-sonore, composée en résidence il y a quelques mois, sera diffusée sur les radios portatives apportées par les participant·es. Un lien sensible se créera alors entre le son entendu et l’architecture traversée. Ce déplacement dans les ambiances de la ville, dans ses bruits, voix et échos, sera pour chacun·e l’opportunité de vivre une expérience de visite personnelle et l’occasion de (re)découvrir la ville sous un nouveau jour sonore. Tatiana Paris, création sonore • 60 minutesle public est invité à venir muni de radios portatives.Balade proposée par ici l’onde – cncm Parvis du Grand Théâtre,place du théâtre11h • Selma Namata Doyen, Brötchen Formée à l’école des Percussions de Strasbourg, Selma Namata Doyen s’est également forgée une culture personnelle à l’écoute de la radio familiale et des musiques populaires d’Alsace. Brötchen, les petits pains en traduction française, est une pièce pour batterie et percussions, qui mélange improvisation, jazz actuel et musique répétitive. Selma a approfondi l’écriture de ce solo, initié lors des Journées du Matrimoine 2024, en compagnie, notamment, de Yuko Oshima, Taiko Saito ou Yann Joussein. Sous la croûte dorée de ces petits pains s’activent de petites cellules

old ma crackers

old ma crackers

« Old Ma Crackers remue l’héritage de l’Americana, et puisent dans les arcanes de la country, du ragtime, du blues ou encore de la musique populaire. » old ma crackers•vidéos, photos, podcastset notes de recherches…•visiter le site du groupe Old Ma Crackers est une création de Lucas Le Texier pour .pointbreak.photos © Vincent Arbelet (portrait), Vincent Loyer (concert) old ma crackers La jug music est un enfant bâtard. Une canaille née des passions du blues, du folk, du jazz avec les bouibouis américains. Les Old Ma Crackers, jug band dijonnais, remuent cet héritage. Puisant dans le grand répertoire de l’Americana, ils combinent musique de danse, malices, chant collectif et virtuosité, se penchent sur le berceau de la country, du rag et du folk. La sauce des Old Ma Crackers a le goût du jour, livrée dans la rue ou sur scène, joyeuse et fédératrice. Lucas Le Texier• guitare, harmonica, contrebassine, jug, kazoo, chantSelma Namata• washboard, xylophone, kazoo, chantJérôme Billaud• banjo, lapsteel, guitare, chantBlaise Gallois• ukulélé, mandoline, chant Old Ma Crackers est une création de Lucas Le Texier pour .pointbreak.photos © Vincent Arbelet (portrait), Vincent Loyer (concert) prochains concerts • septembre 2025 jeudi 1110 ans d’Art et Scènes Côte-d’OrJardins du Département (Dijon, 21) samedi 20(Art et Scènes Côte-d’Or)Chapelle Saint-Georges (Fain-les-Moutiers, 21) • octobre 2025 samedi 11(Art et Scènes Côte-d’Or)Liv’ in MâlainSalle des fêtes de Mâlain (21) • novembre 2025 dimanche 16(Art et Scènes Côte-d’Or)Église de Coulmier-le-sec (21) • février 2026 samedi 14(Art et Scènes Côte-d’Or)Salle des fêtes de Couternon (21) samedi 21(Art et Scènes Côte-d’Or)Salle des Capucins à Is-sur-Tille (21)
 • mars 2026 samedi 7(Art et Scènes Côte-d’Or)Salle du Puiset de Curtil-Saint-Seine (21) samedi 21(Art et Scènes Côte-d’Or)Salle des fêtes de Savigny-le-Sec (21) • avril 2026 vendredi 10Concert + sortie de résidenceLa Chevalerie, Saint-Amour (21) • juin 2026 samedi 06(Art et Scènes Côte-d’Or)Salle des fêtes de Saint-Marc-sur-Seine (21) vendredi 12(Art et Scènes Côte-d’Or)Place de l’église de Bligny-le-Sec (21) samedi 13(Art et Scènes Côte-d’Or)Site naturel de la CoquilleEtalante (21) vendredi 26(Art et Scènes Côte-d’Or)Parc du Château d’Athée (21) samedi 27(Projet folk BFC-USA)Ferme du Champ Bressan de Romenay (71)

météo 2025, jour 3

festival météo 2025

« La musique de Drank est factuelle. C’est-à-dire qu’elle agit moins sur nos imaginaires que sur nos constructions archaïques, sans discourir. Il y a ce qui se joue, Punk Strich dit-on Outre-Rhin. » festival météo 2025mulhouse – jour 3 VF • UK below Aux soufflés jamais retombés du joli workshop mené par Antoine Läng et joué avant, répondent d’autres fréquences détournées. Celles du cellophane sur violoncelle. Soit cello contre cello. Et si le solo de Paula Sanchez évoque ces situations bien connues du voisin de siège au cinéma ou dans le train, mangeant délicatement des friandises en sachet, il part très vite visiter un autre paradoxe fascinant et beaucoup plus supportable. Celui d’une matière contre nature et de l’harmonie musicale. Il faudrait compiler l’imaginaire lié au cellophane pour chacun·e d’entre nous. Emballage consommateur, septième Continent plastique, étouffement érotique ou psychopathe. Ici la feuille de plastique, ultra résistance, pénible obstacle, altère et étouffe autant qu’elle génère d’hypothèses : continuum sonore, distorsion naturelle, manipulation à vue ou encore vision plastique. On est dans le hall de la KunstHalle mais on se tient heureusement loin de la performance facile, et tout proche de l’impro de combat. Faire musique sur l’instant avec un élément exogène. De la musique à corde peu accorte, faite de grincements, de tensions et de motifs rapides, à l’attaque dynamique. Paula Sanchez sortie de la parfaite tablée d’Endless Breakfast, entendue la veille, resserre son solo comme un expresso Italien. Sa musique physique, radicale, est prompte à décocher ses flèches contre l’académie comme à offrir à qui voudra de puissantes petites épiphanies sonores. Alors l’imaginaire peut flotter sans cesse : bruits marins, robe de mariée bien involontaire, erreurs à corriger in extenso. Et sans doute la vérité s’amuse encore ailleurs, mon cher Mulder. Comme ce moment improbable et lumineux où un long larsen est accompagné des battement d’ailes d’un pigeon réfugié dans le hall de la Fonderie. Très probablement, le premier volatile Free jazz du festival. Autre genre de volatile, le solo d’Irene Bianco. Léché, versé dans le motif simple et la frappe claire. Son set est fait d’une limpidité assumée, et pourtant d’un instrumentarium pléthorique : percussions d’orchestre et objets divers, vibraphone, cloches et carillon de papier sont mis au service de constructions à peine bousculées par leur traitement électronique. On pense à des veillées norvégiennes, à des récits au coin du feu, à la pop suspendue d’une Björk ou d’un groupe comme Múm. Issue d’un temps où le temps se prenait encore un peu, peut-être qu’aujourd’hui l’urgence des temps sauvages nous donne trop vite envie de confondre cinétique et cynégétique. Drones de blietzkrieg, machines soyeuses, piano forcené, Drank nous ramène hors de toute confusion, et dans une acuité confortable. Duo télépathe et autrichien, Drank vide les ruisseaux de l’inspi sans patience. Ingrid Schmoliner et Alex Kranabetter, respectivement pianiste et trompettiste doté·es d’un sens prodigieux de l’espace sonore et des silences, prennent le tympan sans s’annoncer et l’enferment dans une impro malade et implacable. Impro qui vient jouer avec vos propres fragilités. Rien ne laisse apercevoir ne serait-ce qu’un brin de motivation, encore moins une phrase explicative. Leur musique est factuelle. C’est-à-dire qu’elle agit moins sur nos imaginaires que sur nos constructions archaïques, sans discourir. Il y a ce qui se joue. Punk Strich dit-on Outre-Rhin. La musique avance sans autre raison que l’écoute qui l’aura fondée. Masse sonore et émotions ineffables comprises. Vissé·e à son instrument, chacun·e empile, sur le tas, boucles répétitives ou mises sous effets. Drank joue nourri, imperturbable et super élégant. Le geste est brut, le son aussi. Passent aussi tel de très légères zébrures une voix anglaise, un arpège cristallin, une pédale de résonance. Le genre de détails éclairants sur le niveau d’intériorité expulsée. Ni vu ni connu, mais carrément entendu. Non plus vraiment vu mais un peu plus connu le « groupe de deux humains qui jouent du cornet à pistons, instrument de musique communément et à peine abusivement dénommé trompette ». Experts en aménagements bricolo-libertaire du territoire, qui s’invente sous leurs pattes griffues. Avec des allures de ciné primitif et de caverne platonicienne. Celle où de l’un de nous se lève et raconte. Devenant par la même une forme de monstre, se mettant en dehors de la communauté pour révéler des histoires. De monstres d’invention, Pierre Bastien et Louis Laurain endossent le masque bien volontiers. L’un transmet à l’autre. Des chants d’oiseaux, et de petits meccano visuels, dont l’ombre projetée, sur le drap qui ferme la scène, s’anime de spectres abstraits et inquiétants, de fantasmagories automatiques rudimentaires. Donc nécessaires. Le geste musical rejoint celui de filiation, et dans cet imagier-inventaire, Boltanski part en visite au musée du krautrock vernaculaire. Il y a mille autres évocations possibles, actionnné par ce pet atelier old school, pauvre et très léger. Ce set est une chevauchée miniature où l’ombre sert de moteur et le son de gasoline. Une musique concrète. Une musique à voir. —guillaume malvoisinphotos © Alicia Gardès, festival Météo The never-ending soufflés of the lovely workshop led by Antoine Läng and performed earlier are echoed by other diverted frequencies. Those of cellophane on the cello. Cello against cello. And while this solo evokes those familiar situations of the person sitting next to you at the cinema or on the train, delicately eating sweets from a bag, it quickly moves on to explore another fascinating and much more bearable paradox. That of an unnatural material and musical harmony. We would need to compile the imagery associated with cellophane for each of us. Consumer packaging, the seventh plastic continent, erotic suffocation or psychopathy kicks. Here, the plastic sheet, ultra-resistant, a painful obstacle, alters and suffocates as much as it generates hypotheses: sound continuum, natural distortion, visible manipulation or even plastic vision. We are in the lobby of the KunstHalle, but fortunately we are far from easy performance and very close to combat improvisation. Making music on the spot with an exogenous element. Unpleasant string music, made up of squeaks, tensions and rapid motifs, with a dynamic