arada, chronique

arada, etenesh wassie trio

« Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. » arada,etenesh wassié trio— chronique —par guillaume malvoisinphoto © DR Arada de Etenesh Wassié line-up— Etenesh Wassié ChantMathieu Sourisseau Basse acoustiqueSébastien Bacquias ContrebasseFabien Duscombs Batterie sur 1, 2, 3, 5, 7, 8Mathieu Werchowski Violon sur 1, 3, 4 freddy morezonmars 2026— Ce disque est grave. Très grave. Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. Avec des repères, emprunts au rock, au free. Avec de l’inconnu pléthorique, les continents du chant éthiopien. De Tezeta, sans doute plus familière, à la dramaturgie inlassable de Antchi Hoyé, de la frontalité géniale et presque éprouvante de Etetou ou Chegitou. D’une voix granuleuse, Etenesh Wassié tire le lien entre ces différents territoires, quand chaque musicien autour prend sa part de géographie sonore. Bien entendu, il y a les habitudes, le trio se crée en 2018, puis avance depuis en recherchant toujours ce qui peut tradi et musique libre occidentale. C’est ici qu’arrive la discrétion hexagonale d’un musicien comme Mathieu Sourisseau, toujours à jouer sur l’avant du temps d’une recherche inlassable du territoire de la base pseudo-acoustique. Écouter et voir Boucs!, Facteur Sauvage, ou plus particulièrement Reverse Winchester pour s’en rendre compte. Il y a la une science du récit, de la juste dose et une forme d’impatience indolente qui fait le lit des récits scandés et lyricisés par Dame Wassié. Grave, on le disait. Au sens où Arada impose une écoute tendue et fascinante, mais également au sens où la contrebasse posée, intranquille et maîtresse de soi, en contre-point par Sébastien Bacquias. Au sens aussi, du théâtre dont est capable un batteur comme Fabien Duscombs, quadrillant l’espace, motorisant l’ensemble et, plus loin, tribalant-remuant quelques impressions secrètes remises au jour plein. La croisée avec l’archet de Mathieu Werchowski, cf. Arada, n’enlève rien de la tension nécessaire à cette musique pour coller votre oreille à son monde. Bien au contraire, le violoniste se fond dans l’ensemble pour mieux les basses d’une inquiétude joyeuse. Peut-être y a-t-il dans ce disque, un peu de l’esprit frondeur et militant, que la scène frenchie doit à l’occitan spirit. Il serait trop simple de jazzocentrer des similitudes avec les grandes blueswomen comme Bessie Smith. La voix d’Etenesh volète ailleurs. Plombée et leste à la fois, comme les deux anges ailé·es de la pochette du disque, elle dramaturgise un sacré païen qui fait fi des seuls tracas humains, pour aller soigner d’autres recoins de l’âme, et ramener le corps à une sorte de joie inextinguible. Grave, et légère. infos +

Antonin Néel et la Fanfare du Contrevent, interview

Antonin Néel et La Fanfare du Contrevent

« J’ai décidé que ce serait La Fanfare du Contrevent. Finalement, c’est même mieux. Il n’y a pas de fanfare à proprement parler dans le livre de Damasio, ni de groupes de musique, mais il y a beaucoup de références aux sens, notamment à l’audition. » —Antonin Néel, musicien antonin néel,la fanfare du contrevent— interview —propos recueillis par Lucas Le Texierphoto © DR En 2021, le pianiste dijonnais Antonin Néel prend de la (grosse) caisse et crée La Fanfare du Contrevent. En 2023, il met les doigts dans la prise, le temps de 3 jours de résidence à La Vapeur à Dijon. Formule électrifiée pour un projet qui ne manque pas d’air, occasion parfaite pour causer harmonie, ferraille, chef d’orchestre et MEUTE. Et un peu de washboard, aussi. C’est cocasse d’être à l’origine d’un grand ensemble, de composer et de donner les indications en scène et, cependant, de ne pas se définir comme un chef d’orchestre.Je chipote sur les mots, mais je me verrais plutôt comme directeur artistique. Pourtant, ce terme ne me rassure guère davantage… Ça me fait porter tout de suite une casquette trop large. Comment en es-tu arrivé à associer « fanfare » et « contrevent » ?Je vais commencer par « Contrevent ». Dans la genèse de ce groupe, il y a eu la convergence de plusieurs idées. D’abord, il y a la référence au roman d’Alain Damasio, La Horde du Contrevent. J’ai adoré le monde fou et démentiel de Damasio. Ce qu’il a réussi à construire a rencontré une idée qui germait en moi depuis des années, celle de monter une fanfare. Elle s’est montée en 2021, c’est un peu mon orchestre post-confinement. De là, j’ai commencé à y mêler des envies plus diverses, comme celle de reprendre The National Anthem de Radiohead. Il y a eu aussi, post-covid, l’envie de ne pas faire de projet seul, je voulais aller à contre-courant des groupes de musique qui se réduisent de plus en plus. Enfin, je voulais appeler cela La Horde du Contretemps mais ça existait déjà, pour une batucada du sud-ouest que j’ai repérée dans mes recherches. Alors, pour éviter les problèmes, j’ai décidé que ce serait La Fanfare du Contrevent. Finalement, c’est même mieux. Il n’y a pas de fanfare à proprement parler dans le livre de Damasio, ni de groupes de musique, mais il y a beaucoup de références aux sens, notamment à l’audition. Il a une manière singulière de manier les mots, de décrire le vent ou encore d’évoquer le rythme. Comment intègres-tu, au sein de ta fanfare, le lien au sonore qu’explore Damasio ?Je ne suis ni écrivain ni un grand lecteur, mais je pense avoir saisi sa façon d’écrire et son processus intellectuel. Il développe une idée d’une manière proche que la mienne quand je compose. Si on se penche plus spécifiquement sur son style d’écriture, il va jouer avec les allitérations, les consonances ou les plosives. Il y a des éléments très syllabiques dans sa manière d’écrire. Pour moi, c’est ce qui fait que son écriture est si musicale. Plus qu’un roman d’aventure ou de quête, ce livre repose sur un équilibre entre le poétique et le philosophique. En musique, j’essaie de coller le plus possible à cet état d’esprit. Pour la Fanfare du Contrevent, j’essaye de faire ma propre horde en quelque sorte, sans que celle-ci ne soit un copier-coller. En fait, l’analogie avec le roman provient plutôt du processus qui fonde le groupe : la naissance, son développement, la question de l’endroit où l’on emmène cette fanfare. Il y a une mise en abîme et je ne calque pas la narration du roman à l’échelle du spectacle, mais plutôt à l’échelle de la vie du projet. Il y a ce qu’on entend, mais il y a aussi ce que l’on voit : des costumes et des accessoires. Là encore, où situes-tu la correspondance avec l’univers de Damasio ?Comme c’est un roman, il n’y a pas d’images. Ça laisse libre cours à l’imagination de chacun. J’y ai perçu une grande similitude avec un univers post-apocalyptique, bien que ce ne soit pas le propos exact du roman, qui décrit un monde alternatif plus proche du fantastique que du post-apocalyptique. À mon sens, le lien entre les projets réside dans le fait de recréer une société après l’effondrement brutal de la société humaine. Cette dimension me sert de guide pour l’aspect visuel, que ce soit les costumes ou les jeux de scènes. Le monde de Damasio est hostile, désertique, avec des conditions météorologiques largement défavorables à l’implantation de la vie humaine. Seule, cette Horde du Contrevent parvient à survivre. Ils sont quasiment seuls au monde dans le roman et font face à une dimension low-tech, tout le monde revient à des technologies mécaniques ou fonctionnant avec l’énergie du vent. Fini les gadgets, l’électricité, internet, les ordinateurs… Tes reprises doivent coller à cet univers, non ? Radiohead peut-il rentrer dans ce tandem Damasio/post-apo ?Je n’ai pas forcément sélectionné les reprises de façon rationnelle. C’est avant tout intuitif, grâce à l’image sonore générale reçue à la suite de cette lecture. Ça collait à l’univers et souvent, de petits signes me l’ont confirmé. The National Anthem provient du disque Kid A. Sur la pochette, on voit une chaîne de montagnes très graphique. Plus tard, j’ai fait le rapprochement avec celle du roman, la Norska. Globalement, je voulais avoir aussi, d’un côté, ce truc massif et puissant et poétique et mystérieux, de l’autre. Pour moi, le rock et le trip-hop véhiculent ça. D’où le choix des reprises : Radiohead, Muse, Björk… Il y a aussi un morceau de The Bad Plus. Enfin, il y a plusieurs morceaux d’électro pour le côté techno / brass band dans la veine de MEUTE. Y-a-t-il des groupes auxquels on pourrait t’affilier directement ?Snarky Puppy, pour ce qui est des éléments les plus modernes. MEUTE, évidemment. Même s’ils ont vraiment ce son techno et que ce n’est pas tout à fait ce que je souhaite faire, il existe des similitudes dans nos répertoires. Je pense aussi au Very Big Experimental Toubifri Orchestra, un orchestre lyonnais de 18 musiciens un

La Fanfare du Contrevent, chronique

La Fanfare du Contrevent

« Pas de carton. Enfin ni rouge ni même jaune. Mais carton plein. Dernier coup de sonnette pour les riders prêts à repartir, rencontre réussie, match très loin d’être nul.» la fanfare du contreventextra festival, la vapeurdimanche 14 mai— chronique —par Lucas Le Texierphoto © Roxanne Gauthier Sortie de vestiaire en fanfare pour le FCC Néel. Compo d’équipe à 15 pour ce set à l’Extra Festival et le capitaine est aux cages : grosse caisse, chemise blanche et des lunettes steampunk que tout le monde a rêvé porter, au moins une fois dans sa vie. En défense, le dessin est simple, c’est formation serrée pour la caisse claire, armada de percus et, au centre, le souba. Voilà pour le moteur de la Fanfare du Contrevent, voici pour ceux qui propulsent l’équipe titulaire. Au milieu de terrain, les sax mobilisent l’action et font tourner de longues nappes hypnotiques. Les trombones jouent les ailiers et des coudes, tantôt relais des deux côtés du stade, tantôt agitateurs notoires sur la transversale. Devant, les trompettes jonglent, visent la lucarne et l’extérieur du pied, faisant fi du tapis chaotique. Plus qu’un classique 4-4-2, ici, on pratique l’alpha et du delta, on met en jeu du son dense et titanesque. Les joueuses et les joueurs alignent dystopies sonores et airs de fête post-apo, le tout inspiré par la galaxie Damasio. Comme des oiseaux migrateurs, les pupitres qui se meuvent, s’alignent, se fondent et se défont au signe d’une main levée ou d’une fin de cycle. Pas de coach, pas besoin. Intelligence collective et science du placement en fonction de l’angle de tir indiqué ou des éclats de supporters. Fin du match, les gradins du Lac Kir se vident pour envahir la pelouse, les corps s’animent dans une grande formation en cercle. Pas de carton. Enfin ni rouge ni même jaune. Mais carton plein. Dernier coup de sonnette pour les riders prêts à repartir, rencontre réussie, match très loin d’être nul. infos +

La Fanfare du Contrevent, chronique

La Fanfare du Contrevent

« La meute se meut aussi vite qu’un tir de six-coups. Scénette de duels devant le saloon de pupitres, vents contre vents des deux côtés du plateau. Puis formation packée, une mêlée style photo de famille de bandits, face au public. » la fanfare du contreventla vapeur, dijon,mercredi 22 novembre— chronique —sortie de résidencepar Lucas Le Texierphoto © Roxanne Gauthier On reconnait un bon western à son début. Lumière orange sur la trompette, lui et ses échos entrent sur la piste gradinée. Blouson de cuir, cicatrice en diagonale, le souffle clair et droit. Comme une ombre gigantesque, le reste de la horde arrive, solennelle. La balafre en signe de reconnaissance, la bougeotte en guise de concorde. Un vieux Mad Max avec ses treize desperados et desperadas, la Cène post-apo du messie Antonin Néel. Lunettes de soleil bien calées devant les yeux, vestes rapiécées, tuyaux en PVC. Corsaires ou pirates, les fanfarons contrent le temps de Radiohead et de Björk avant d’insuffler leur bourrasque perso. La meute se meut aussi vite qu’un tir de six-coups. Scénette de duels devant le saloon de pupitres, vents contre vents des deux côtés du plateau. Puis formation packée, une mêlée style photo de famille de bandits, face au public. Gros son, gros point d’orgue. Tout s’enchaîne, on dégaine le trait autant que l’on marque la ferraille. Le rodéo des cow-girls and boys de la FC zigzague pour s’adapter au champ de tir musical. Sortie en ligne, ambiance crépusculaire. Fin classique, aussi, pour un bon western. infos +

égalité femme/homme dans le jazz, conférence

égalité femme/homme dans le jazz, raphaëlle tchamitchian

« Combattre les inégalités de genre passe par une redéfinition de la masculinité et de la féminité, pour arriver à quelque chose de plus fluide, de plus libre, de plus ouvert. » égalité femme/homme dans le jazz,raphaëlle tchamitchian— conférence —Ce texte est issu d’une conférence prononcée dans différents contextes, dont, récemment, le festival D’Jazz Nevers en novembre 2025, et la résidence de l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ à la MJC Bréquigny (Rennes) en mars 2026. photo © Maxim François, D’Jazz Nevers— introduction enquête journalistique le jazz, une musique d’hommes le poids de la féminité modèles& répartition genrée des instruments les chanteuses, de « fausses » musiciennes ? centre/périphérie stratégies de résistance individuelles réponses collectivesdiscours vs chiffres la discrimination positive être un·e allié·e féminin/masculin introduction Depuis l’onde de choc provoquée par le mouvement #MeToo, la prise de conscience des inégalités femmes-hommes est indéniable. Dans le jazz, il s’agit d’un sujet un peu « tarte à la crème » depuis un moment — on trouve des articles qui discutent la (non) place des femmes dans cette musique dès les années 1920. Pourtant, malgré le fait que le sujet soit sur toutes les lèvres, que des politiques en faveur de la parité aient été mises en place par les instances de subvention, les chiffres montrent que l’égalité réelle est encore loin. La lutte est longue et les inégalités bien ancrées depuis longtemps dans les consciences et les comportements, d’où ce point d’étape dans une dynamique en cours (1). Commençons par rappeler l’évidence : le jazz est tout aussi discriminant envers les femmes que les autres champs professionnels. Rien de ce que j’écris ici ne s’applique uniquement et exclusivement au jazz ; tout est transposable à d’autres milieux. Cependant, le jazz, et plus largement le monde de la musique et de la culture, portent une responsabilité particulière parce qu’ils se targuent par ailleurs de porter des valeurs humanistes. Par rapport à d’autres musiques comme le rock ou la chanson, le jazz reste en outre une sorte de bastion inégalitaire et fait figure d’exception conservatrice dans le paysage musical français. Rappelons les indicateurs de cette inégalité : En 2016, l’Adami estimait à 10 % la proportion de femmes sur les scènes de jazz et de musiques improvisées en France. Aujourd’hui ce chiffre a augmenté et approche les 15 % de femmes bénéficiant d’aides de leur part. L’étude la plus récente coordonnée par AJC, la FNEIJMA et Grands Formats estime que 74% des artistes programmés sont des hommes, pour 26 % de femmes. Dans les lieux et les structures de diffusion, 12% de la programmation est assurée par des femmes, et elles sont 2 % à occuper un poste de direction technique. Les hommes sont quant à eux incroyablement minoritaires à la production, à la communication et aux relations avec le public. D’après l’ADEJ, dans les écoles et les conservatoires, les femmes disparaissent progressivement au cours de la formation. Elles sont 39% en cycle 1, puis 19% dans les cycles professionnalisants, et 16 % dans les grandes écoles (CNSM, Pôle Supérieur, etc).(2) Tous ces éléments sont connus. Marie Buscatto les analysait déjà dans son ouvrage Femmes de jazz (éditions du CNRS, 2007), très souvent cité sur le sujet et sur lequel je m’appuie en partie. — (1) Ce texte est la dernière mouture d’une conférence prononcée pour la première fois en 2018 au festival D’Jazz Nevers. Régulièrement reprise et mise à jour, elle s’appuie sur des travaux scientifiques, et sur des expériences et observations personnelles. Malgré son actualité et son urgence, la question des violences sexistes et sexuelles n’y est pas abordée, car il s’agit d’un sujet délicat qui mérite la plus grande attention et exige un cadre dédié. (2) Ces chiffres et leurs sources précises sont réunis dans l’exposition « Exceptionn·elles? », co-réalisée avec l’Orchestre National de Jazz et disponible en ligne ici : https://lesellesdujazz.onj.org/exceptionnelles-exposition/. — vers le menu enquête journalistique Les chiffres sont implacables, mais la manière dont ils s’incarnent dans la vie et la carrière des gens est très différente selon le genre, l’âge, le parcours et la personnalité. Au fil des années, je mesure la variété et la complexité des positions prises par les acteur·ices du secteur. Ce que l’on peut retenir à ce stade, de manière très synthétique :  1} à peu près tout le monde est d’accord pour dire que c’est un sujet, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années encore ;  2} il existe une grosse différence de perception du sexisme entre les femmes et les hommes ;  3} les fractures générationnelles sont importantes. Pour le dire vite, plus on monte en âge, plus la perception du sexisme systémique et la conscience de sa propre place dans l’échiquier diminue. Dans une certaine mesure, ces constatations étaient déjà présentes dans l’enquête que j’ai menée entre 2018 et 2022 auprès de 20 acteur·ices du jazz (des musiciennes, des musiciens et des professionnels). Sur ces 20 personnes, il y avait 10 femmes et 10 hommes. Il me semblait important de mener une enquête paritaire ; les hommes sont partie prenante du problème comme de la solution. Cette série de discussions s’est faite en 3 volets (un en 2018, un en 2020, un en 2022), avec les mêmes personnes à chaque fois. Le premier volet a permis de saisir un état des choses un an environ après l’éclatement de l’affaire Weinstein et du mouvement #MeToo, à un moment où la question des inégalités femmes-hommes commençait à prendre sa place dans le débat public, et n’était pas nécessairement conscientisée chez tout le monde.  Du côté des femmes, les réponses les plus révélatrices ont été celles données à la question : « Avez-vous personnellement expérimenté une situation de discrimination et/ou d’inconfort dans le monde du jazz du fait que vous étiez une femme? ». Sur 10 répondantes, 8 ont dit oui, et 2 ont dit non. Celles qui ont répondu oui m’ont raconté des histoires plus ou moins effrayantes qui touchent tous les corps de métiers (musicien·nes, programmateur-ice-s, enseignant·es). Mais ce qui était extrêmement intéressant, c’est que les 2 femmes qui ont

song over støv, chronique

song over støv, erlend apneseth

« En résulte, un disque paradigme, une longue périphrase qui s’ouvre sur des pizzicatis et se referment sur un ostinato tradi. Entre temps, il y aura eu des voix à l’unisson, des tempêtes où la danse mène son monde, des embrouilles entre cordes, des bagarres de soufflants. » song over støv,erlend apneseth— chronique —par guillaume malvoisinphoto © DR Song over støv de Erlend Apneseth line-up— Erlend Apneseth — violon Hardanger, direction+ 12 musiciens dontMats Eilertsen — contrebasseFrode Haltli — accordéonHans Hulbækmo — batterie, percussionsAnja Lauvdal — harmonium, synthétiseurHelga Myhr — violon Hardanger, chantVeslemøy Narvesen — batterie, percussions hubro recordsavril 2025— Pierres, feuilles, cailloux. Dans un entretien, à paraître dans le prochaine numéro de la version papier de PointBreak, le trompettiste Arve Henriksen nous rappelait l’importance de la nature pour les musiciens nordiques, présente dès l’enfance et irriguant nécessairement les musiques créées plus tard. Ce Song Over Støv, arraché au brouillard et à la poussière (støv, en norvégien) ne démentira rien de cela. Erlend Apneseth y célèbre les hybridations folk/trad/impro libre. Instrumentarium en interplay constant, structure des morceaux qui s’amuse de ses contours nébuleux, précisions de chaque instrumentistes embarqué·es dans l’affaire. « Ce qui m’importe, note le violoniste en marge de la sortie du disque, c’est que les musiciens s’approprient la musique, qu’ils s’y sentent intégrés et qu’ils puissent s’exprimer à leur manière. J’ai donc tendance à composer davantage pour des personnalités musicales que pour des instruments au sens traditionnel du terme – des personnes qui, je pense, découvriront quelque chose dans la musique que je leur propose. » Il s’agit bien de cela avec Song Over Støv, de la fameuse liberté dans le cadre, du dépassement des structures imaginées au préalable et remise en jeu par la seule personnalité de celleux qui en prennent la charge. En résulte, un disque paradigme, une longue périphrase qui s’ouvre sur des pizzicatis et se referment sur un ostinato tradi. Entre temps, il y aura eu des voix à l’unisson, des tempêtes où la danse mène son monde, des embrouilles entre cordes, des bagarres de soufflants. Des petites choses magnifiques et de larges envolées sublimes. Demande à la poussière, écrivait John Fante. Visiblement, elle est capable de répondre. infos +

another kind of suicide, chronique

another kind of suicide, zoe heselton

« Pas d’effets, pas d’enjolivures : une parole chantée, chargée, traversée. Il y a de la fatigue dedans, du feu aussi. Et de suite, ça crée un espace. Pas spectaculaire, mais sincère. Une sorte d’abri. Another Kind Of Suicide n’a rien de solitaire. C’est un travail collectif, tissé serré. » another kind of suicide,zoe heselton w/ sister outsider— chronique —par selma namata doyenphoto © Pauline Gouablin Another Kind Of Suicide de Zoe Heselton & Sister Outsider line-up— Zoe Heselton — voice, electric guitarInès Rousset — voice, bassMerve Salgar — tanburLiliane Chansard — voiceLise Barkas — hurdy-gurdyQuentyn Risjeterre — cowbellsHarutaka Mochizuki — saxophone autoproductionavril 2025— Zoe Heselton ne chante pas pour épater. Sa voix, grave et posée, vient de loin. Pas d’effets, pas d’enjolivures : une parole chantée, chargée, traversée. Il y a de la fatigue dedans, du feu aussi. Et de suite, ça crée un espace. Pas spectaculaire, mais sincère. Une sorte d’abri. Another Kind Of Suicide n’a rien de solitaire. C’est un travail collectif, tissé serré. Inès Rousset, à la basse et aux voix, fait le lien. Son jeu est souple, fin, jamais là pour se montrer, toujours pour servir le morceau. Le tanbur de Merve Salgar ajoute une tension nouvelle, une vibration qui trouble la ligne. Lise Barkas, avec sa vielle à roue, apporte des textures rugueuses, quasi-industrielles, loin du folklore. Et puis le saxophone de Harutaka Mochizuki surgit parfois comme une pensée qui fend l’air. Peu de notes, mais toujours au bon endroit. Les morceaux s’enchaînent sans chercher la démonstration. Salt Water Ritual installe l’ambiance : basse rampante, voix en cercles, atmosphère suspendue. Day By Day est plus lumineux, mais garde cette douceur tendue, comme une journée qu’on traverse en apnée. What I Am Doing Here? flotte entre deux états, avec le tanbur qui étire le temps. La chanson-titre, Another Kind Of Suicide, ne dure pas longtemps, mais dit beaucoup. Elle serre sans crier, et laisse un vide très précis après elle. Plus loin, Maybe It Is 3 AM déplie une fatigue familière. Pas celle qui plombe, mais celle qui fait voir flou. La vielle à roue y grince doucement, presque comme une alarme intérieure. A Game Of Chess s’installe comme un paysage mental : aucun couplet, aucun refrain, juste des mouvements calmes, une tension retenue. It’s Only Rain revient à quelque chose de dépouillé : guitare discrète, voix nue, quelques mots qui tombent juste. Breath By Breath est l’un des sommets du disque. Long morceau lent, presque méditatif, qui respire comme son nom l’indique. Le sax y glisse entre les silences, le temps s’étire, et tout tient. Le dernier titre, Changes, ferme l’album sans ponctuation nette. Rien ne se résout, mais quelque chose a bougé. Le son est sobre, naturel. Zoe Heselton, qui signe aussi le mixage, laisse aux instruments la place de sonner comme ils sont, sans tricher. Les voix ne sont pas polies, les souffles restent. Et même les cloches de vaches de Quentyn Risjeterre, a priori incongrues, trouvent leur rôle : un battement brut, qui ramène au sol. En parfait cousin sonore du 4.48 Psychose de Sarah Kane, Another Kind Of Suicide ne cherche pas à captiver. Il prend son temps, avance par frictions, sature parfois, puis se retire. Ce disque refuse les raccourcis, mais sait exactement où il va. infos +

traces, chronique

traces cosmic ear

« TRACES évite les codes usés du spiritual jazz tout en y restant connecté par l’écoute. Un disque collectif, vivant, et étonnamment lucide sur ses propres références. » traces, cosmic ear— chronique —par selma namata doyenphoto © DR TRACES de Cosmic Ear line-up— Christer Bothén – donso n’goni, clarinette basse, clarinette contrebasse, pianoMats Gustafsson – sax ténor, flûte, flûte coulissante, clarinette en lab, harmonica, orgue, électronique liveGoran Kajfeš – trompette, pocket trompette, synthétiseur, électronique, percussionsKansan Zetterberg – basse, donso n’goniJuan Romero – congas, berimbau, percussions we jazz recordsmai 2025— Revenir à Don Cherry aujourd’hui, c’est toujours un peu glissant. Trop de relectures passent par le filtre “jazz mystique sous acide” ou la flûte modulaire sur vinyle translucide. TRACES, premier album de Cosmic Ear, prend la tangente. Le disque ne cherche pas à citer Cherry, mais à repartir de sa logique : collectif, écoute, espace.On y retrouve Christer Bothén, clarinettiste basse au souffle granuleux, ancien compagnon de Cherry dans sa période suédoise — ici, il trace la colonne vertébrale du groupe. “Father and Son”, en ouverture, s’appuie sur l’un de ses motifs lents et mouvants, immédiatement épaulé par une basse fluide signée Kansan Zetterberg. Autour, les rôles tournent sans s’écraser. Mats Gustafsson, loin de ses habituelles saturations, passe ici en mode feutré : sax ténor, flûtes, clarinette en lab, harmonica et orgue se fondent dans la texture. Même logique chez Goran Kajfeš, qui injecte trompette et synthés par touches, comme pour ouvrir des fenêtres dans la matière. La pulsation vient de plus bas : Juan Romero, aux congas et au berimbau, garde le groove mouvant mais jamais rigide. Et au détour d’un morceau, un raclement percussif inattendu : Marianne N’Lemwo et son karignan (racloir métallique d’Afrique de l’Ouest), posée là comme une respiration brute. Tout ça reste d’une retenue rare. Même “Do It (Again)”, dédié à Sofia Jernberg, installe sa tension par étirement — longues lignes modales, respiration collective, présence sans ostentation. Rien n’est là pour faire “effet Cherry”.  Le mixage (Andreas Werliin) laisse tout ça ouvert : pas de collage, pas de saturation. On entend les interactions. Même l’objet suit le ton : insert clair, artwork sobre signé Bothén, sans ésotérisme visuel forcé. TRACES évite les codes usés du spiritual jazz tout en y restant connecté par l’écoute. Un disque collectif, vivant, et étonnamment lucide sur ses propres références. infos +

Ghassan El Hakim, interview

Ghassan El Hakim Kabareh Cheikhats

« Je leur ai dit de garder leur barbe mais de se transformer en femme. Je voulais voir ça dans leur corps, et là, il y avait beaucoup de travail à faire chez les garçons… Puis, un jour, ça a été le début de quelque chose de nouveau. Ils se disputaient le mascara. » —Ghassan El Hakim, metteur en scène ghassan el hakim,kabareh cheikhats— interview en partenariat avec l’Espace des Arts,scène nationale de Chalon-sur-Saôneet le festival Banlieues Bleues—propos recueillis par Guillaume malvoisin et Lucas Le Texierphotos © DR, Laïd Liazid Dans ce cabaret, derrière la fête, il y a de la revendication. Comment as-tu pensé les allers-retours entre ces deux pôles, qui sont propres aux Cheikhats ?Les Cheikhats ne sont jamais direct mais font dans l’insinuation. Dans leur chant, il y a toujours un passage entre la fête et les messages cachés. Ce qui m’intéresse le plus dans ces revendications, c’est qu’elles racontent une autre histoire du Maroc, notamment la chute de l’Empire. Pratiquement toutes les paroles des Cheikhats ont été changées à la période du Protectorat pour qu’elles deviennent « acceptables » à leurs yeux. Nous, nous allons chercher les vieilles paroles avec ce Kabareh et leur donner une seconde vie. Bref, nous changeons des paroles qui ont déjà subi des changements. Quand ces changements sémantiques ont-ils eu lieu ?Pendant le Protectorat, le statut des Cheikhats a changé. Au départ, elles furent les poétesses des tribus. Ce spectacle m’a poussé à aller plus loin pour comprendre cette façon d’être des Marocains qui s’est perdue. Aujourd’hui, on est un peuple et une nation qui se découvre et qui découvre les codes de l’État-nation. Il y a encore des problèmes entre certaines tribus ou entre certaines villes, et c’est par ce répertoire que j’ai pu les comprendre. Le Protectorat a simplement effacé des codes et les a remplacés par d’autres, nouveaux et modernes. Les Cheikhats sont alors devenues archaïques et leur tradition s’est perdue, comme beaucoup d’autres arts marocains.  Comment as-tu pu alors réactiver les paroles effacées ?Je suis passé par les archives de la parole sur Gallica. Je viens du théâtre, j’ai étudié à Rabat et à Paris. Les Cheikhats me paraissait très proches du théâtre et de la chanson. Ce sont des femmes qui hurlent leur colère et l’enveloppent de poèmes. Les gens peuvent croire aujourd’hui qu’elles parlent d’amour et de couple, mais pas du tout. On y parle d’Histoire, de vie commune, du pacte entre les Marocains d’avant le Protectorat et qui s’est brisé ensuite. J’ai compris une des techniques utilisées pour camoufler leurs paroles. Comme les Français qui les ont enregistrées ne comprenaient pas l’arabe, certaines Cheikhats insultaient quelqu’un au milieu de la chanson, notamment pour solder les comptes avec un des caïds, un des chefs. On ne l’entend pas distinctement quand on écoute la chanson. Ces paroles  utilisent parfois le double sens, comme dans le blues ?Les Cheikhats ont une mauvaise diction, volontairement. Nous la reprenons dans le Kabareh en essayant de la clarifier, d’y mettre l’accent, de s’arrêter sur telle ou telle phrase. Depuis qu’on joue, les gens commencent à comprendre les paroles des Cheikhats, à aller chercher plus loin. Mais c’est un travail sans fin, car il y a des siècles de chanson. On pourrait presque faire un parallèle avec le chant des griots qui raconte, encore aujourd’hui, l’épopée de l’empire Mandingue aux environs du XIIIe siècle.Cheikh, au masculin, c’est un conseiller. C’est un vieux — le chef, ça veut dire « vieux » — qui a un savoir. On se tournait vers lui pour régler les problèmes des tribus. Certaines de ces tribus ont créé des confédérations parce que le sultan était faible, pour pouvoir gérer leur territoire elles-mêmes. Pour assurer leur propre propagande, sont apparues les Cheikhats. Y a-t-il encore des possibilités de collectages pour la jeune génération ?Il y a des archives privées, mais difficilement accessibles. Peut-être parce que le nom de la Aïta, le chant des Cheikhats, est souvent lié à des événements insurrectionnels. « On évoque les Cheikhats guerrières, les Cheikhats poétesses, les Cheikhats prostituées… C’est pour toutes ces femmes-là, ce spectacle. » Est-ce ainsi que Kharboucha est devenue une icône ?J’ai une théorie à ce propos. Je suis en train de réaliser un podcast, qui s’appelle La malédiction des villes. Je parle de celles qui ont été punies par le système à cause de leur révolte ou de leur alliance avec d’autres. Kharboucha vient de Safi, un des plus grands ports du Maroc. J’ai trouvé chez les Cheikhats une force d’objectivité car elle vont raconter l’histoire telle qu’elle s’est passée. Elles vont pas dire : « ce rebelle, il fallait le punir », non. Elles vont parler de ses qualités, et raconter la fin tragique de la révolte qu’il a menée. Après l’Indépendance, les Cheikhats ont commencé à raconter que « ce rebelle était bien un diable ». Kharboucha, pour moi, c’est un peu ça. Elle n’a jamais existé, elle pourrait même être une invention de l’Armée Française. Elle n’a ni lieu de naissance, ni maison d’enfance, ni de nom pour ses parents… Aucune trace. C’est une opération qui a été montée pour dénigrer le caïd de la région, qui s’appelait Issa bin Omar. Issa bin Omar était quelqu’un de très respecté et de très connu. Il était marié à la mère du Sultan, il était ministre de la guerre et de la marine. C’était vraiment l’homme à abattre. Quand les français sont arrivés à Safi, la région sur laquelle le caïd avait autorité, ils l’ont exilé à Salé. Il n’est jamais retourné chez lui autrement que dans un cercueil, comme plusieurs caïds qui ont été bannis et remplacés par leurs ennemis. Contrairement à Kharboucha, on peut trouver des traces de ce caïd. Il a mis en place un petit parlement avec dix juges, qui rendaient la justice et réglaient le problème avec les gens. Dans un livre, il nous parle de la révolte de la tribu de Kharboucha, de comment il a essayé de les convaincre de piller des terres autour, comment ils

Sakte Film, chronique

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« Okay, cowboy, on ne cherchera donc pas à faire un disque comme Sakte Film dans le moindre tiroir. Au fond du fjord, les références, on s’attache à ce que qui se joue dans l’intimité de ce disque. L’amalgame. » sakte film, geir sundstøl— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Raymond Moksen Sakte film de Geir Sundstøl line-up— Geir Sundstøl (National Tri-Cone, Bulbul Tarang, Pedal Steel, Guitar-O-Lin, Marxophone, Logan String Melody, Casio PT-30, Guitare Teisco, Harmonica, Timbales, National Duolian, Casio SK-1, Minimoog, Juno-6, Suiko ST-100, Omnichord, Percussions, Optigan, Mandoline, Basse Électrique, Cloches Tubulaires, Vibraphone (avec Archet), Wurlitzer Sideman, Clavinet, Guitare Shankar, Harmonica Basse, Basse Six Cordes et Vocoder), Mari Persen (Cordes), Mats Eilertsen (Contrebasse), Hildegunn Øiseth (Trompette), Anders Engen (Batterie), Sanne Rambags (Voix), Erland Dahlen (Batterie, Percussions, Xylophone et Scie Musicale), Sunniva Shaw (Violoncelle), Håkon Brunborg (Alto, Violon et iPad), Erik Sollid (Cordes et Voix), Audun Erlien (Basse Électrique), David Wallumrød (Clavinet), Ivar Orvedal (parolier), Jo Berger Myhre (Contrebasse) hubro recordsmai 2025— FR.« I realized that it’s tricky—if not downright impossible—to categorize this music. If that’s the case, then I’ve achieved what I set out to do. » Okay, cowboy, on ne cherchera donc pas à faire un disque comme Sakte Film dans le moindre tiroir. Au fond du fjord, les références, on s’attache à ce que qui se joue dans l’intimité de ce disque. L’amalgame. D’aucun se sera vu enfouir dans la bouche ce genre de truc dentaire, l’amalgame. Mercure, étain, argent et cuivre. Précieux, dangereux, brillant. Ainsi va chaque morceau écrit par Geir Sundstøl depuis un petit paquet d’année désormais. Activiste des cordes, geek d’instruments (voir le line-up), compagnon fidèle et visiblement amoureux des grands espaces. Au sujet d’un disque précédent, Franck Bergerot jouait lui de l’amalgame, en joignant Coltrane, Brian Eno et Nils Petter Molvær. Ajoutons soigneusement Morricone à cet liste, et vous aurez une idée des climats ouverts, lyriques et synthétiques qui se chevauchent et s’épandent doucement dans Sakte Film. Doucement, évidemment, sakte film en français, c’est la slow motion du cinéma. Habitué des bandes sonores pour le TV et le ciné, Geir Sundstøl ne se refait pas avec ce disque et les différents tribute (Mats ou Divan) et collages qui en font le sel et le lit sont carrément cinématiques. Plusieurs plans sur lesquels placer son regard, travelling harmoniques en pâmoison, focus et zooms avant pas mal wellesiens. Hors-catégorie, pour mieux se faufiler vers le tympan, ce nouveau disque signé Hubro, laisse vibrer le moindre de vos souvenirs. US.« I realized that it’s tricky—if not downright impossible—to categorize this music. If that’s the case, then I’ve achieved what I set out to do. » Aight, cowboy, we’re not going to try to put ya record in any drawer. in the depths of a fjord, the references, let’s focus on what’s at stake in the intimacy of this record. The amalgam. Some will have seen this kind of dental trick buried in their mouths: amalgam. Mercury, tin, silver and copper. Precious, dangerous, brilliant. So goes every track written by Geir Sundstøl for quite a few years now. String activist, instrument geek (see line-up), faithful companion and obvious lover of vaste landscapes. On a previous album, jazz critic Franck Bergerot played the amalgam, too. Joining Coltrane, Brian Eno and Nils Petter Molvær. We should carefully add Morricone to this list, and you’ll have an idea of the open, lyrical and synthetic climates that overlap and spread gently across Sakte Film. gently, évidemment, sakte film in French, is the slow motion of cinema. Geir Sundstøl is no stranger to soundtracks for TV and film, and the various tributes (Mats or Divan) and collages that make up the album’s soundtrack are downright cinematic. Several planes to focus on, swooning harmonic tracking shots, Wellesian focus and zoom-ins. This new Hubro album is out of category, so that it can sneak up on your eardrums, leaving even the slightest memory vibrating. infos +