surprise, chronique

Surprise @ Eliott De Sousa

« Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche. » une pieuvre dans un seau,surprise— chronique —par Antonia Barotphoto © Eliott De Sousa autoprodmodulor mai 2026— Une pieuvre dans un seau. Le titre du troisième album de Surprise renvoie à une créature sensible, à l’intelligence immense, condamnée à tourner en rond. Débordement impossible, émotions à l’étroit. Sous une fausse douceur, l’artiste joue des contrastes dans ses mélodies et ses visuels. Dans une logique DIY très anglo-saxonne, Surprise gère depuis trois ans sa musique de manière quasi autonome. Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche.Éloigné d’une industrie musicale qui tourne en boucle comme un mauvais scroll, le disque met en tension solitude et notoriété, à la fois ressentis personnels de l’artiste et symptômes d’un système. Dans Seule au monde, elle balance « J’suis pas une star, t’façon, ça changerait quoi ? À part de chialer moins. Fuck toute cette industrie d’TikTok qui rêverait juste de m’changer, moi. »Romance et nostalgie oscillent ensemble dans ce onze titres. Gros crush pour 2018, morceau-réminiscence des années lycée, entre grisaille adolescente et premières fois qui collent à la peau. Stan, lui, apporte une énergie plus nerveuse. Ça claque. Sur Faible, unique featuring de l’album, Surprise et ADVM déroulent une romance bancale à deux voix. La prod, ronde et entraînante, fait presque oublier la mélancolie du texte.Sur Hamster mort, les animaux de la rappeuse deviennent le reflet de ses histoires d’amour : « J’ai eu trois hamsters, ils sont tous morts, j’ai eu un chat, il a fugué. J’ai eu un chien, ma mère l’a tèj, elle voulait plus s’en occuper. J’ai repris un chat avec mon ex, bien sûr, il l’a gardé ». Les animaux gardent le contrôle du dernier track. Animal referme le disque sur des arrangements orchestraux félins. Générique de fin ou bande-annonce. Surprise façonne un peu plus son identité musicale, plus nette, toujours traversée par une désinvolture assumée, addictive, qui reste longtemps en tête après l’écoute. infos +

Archetypal Syndicate, chronique

Archetypal Syndicate

« Sous les grooves et polyrythmies captivantes, il y a aussi une économie d’énergie et un artisanat de veille impressionnant. Agissant dans les recoins d’une densité instrumentale et mélodique impressionnante, dans les clairs et les obscurs de ses récits. » happy transmutation,archetypale syndicate— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Paul Wacrenier – Andréa Insergueix Happy Transmutation de Archetypal Syndicate line-up— Paul Wackrenier Guembri, likembe, likembe géant, MbiraKarsten Hochapfel Guitare électrique, guitare portugaise, Banjo, violoncelleSven Clerx Drums, Batterie, percussions, Cloches, métaux, Shruti Box nunc recordsfévrier 2025— C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. Les répétitifs américains irriguent, à plus ou moins grandes eaux, la scène impro française, rajeunie il y a quelques années maintenant. Citons, dans le bonheur du giron des oreilles chez PointBreak : O.U.R.S. de Clément Janinet, l’Orchestre Incandescent de Sylvain Hélary, L’Arbre Rouge d’Hugues Mayot. Et ce dernier né de l’Archétypal Syndicate. Bien entendu, cette influence commune est disparate, et à bien y écouter, native et constitutive. C’est une belle chose, quand elle est mêlée à d’autres sources, comme l’Afrique ou la pysché rock. À considérer que les deux ne se superposeraient pas un peu. Ici, dans Happy Transmutation, elles se chevauchent carrément et cavalcadent avec une science impressionnante des mélanges à plaisirs. Le trio est loin du minimum syndical. On sait la verve de Paul Wacrenier quand il s’agit de repousser toute définition de frontière et de limite, d’invoquer la puissance consolatrice de la musique, avec son grand ensemble Healing Orchestra, entres autres. Dans ce disque-monticule, assemblé avec Sven Clerx et Karsten Hopchapfel, cette verve est au service de la musique, dans son pouvoir fédérateur. Joyeuses, les transmutions des 13 pistes. L’imaginaire commun y vagabonde à loisir. Westerns dégingandés, Pretty Moon Garden, avec Tatiana Paris, road-movie ferroviaire, Witch’s Pot où remuent Richard Comte et Sarah Colomb, duel nocturne et organique, Meet Johnny Night Fox, avec Sarah Colomb, Richard Comte et Julien Pontvianne. Archetypal Syndicate a la tablée accueillante. Janinet y dîne sur deux autres titres, mais le trio a surtout la loupe lucide. Sous les grooves et polyrythmies captivantes, il y a aussi une économie d’énergie et un artisanat de veille impressionnant. Agissant dans les recoins d’une densité instrumentale et mélodique impressionnante, dans les clairs et les obscurs de ses récits. Chaque pause méditative ou assaut hypnotique s’échappe aussitôt reconnu·e. Bis repetita, pur plaisir. Et c’est justement là, la réussite. Ce disque nous est familier parce qu’il nous échappe. infos +

la revue ·pointbreak, service

La revue ·pointbreak ·pointbreak,— revue papier contexte— Haec dum oriens diu perferret, caeli reserato tepore Constantius consulatu suo septies et Caesaris ter egressus Arelate Valentiam petit, in Gundomadum et Vadomarium client,date,— infos +

F R A N T X, chronique

F R A N T X © Eudes Lemare

« Les informations arrivent très vite, changent de fonction en cours de route, puis reviennent déguisées comme si de rien n’était. Chez FRANTX, les instruments n’ont manifestement pas signé pour les postes qu’on leur avaitpromis. Et c’est bien. » idutydu,f r a n t x — chronique —par Selma Namata Doyenphoto © Eudes Lemare IDUTYDU de FRANTX line-up— Fanny Meteier tuba, voix, toy synthAndrea Giordano voix, électronique, mélodicaPierre Pradier guitares, voixMarco Luparia batterie, électronique, voix) carton recordsstandard in-fi mai 2026— Le titre est déjà un petit accident administratif : IDUTYDU (I Didn’t Understand That You Didn’t Understand). On pourrait croire à un échange de mails devenu incontrôlable ou à un bug de sous-titres automatiques. En réalité, c’est un résumé assez exact du disque : une musique où les informations arrivent trop vite, changent de fonction en cours de route, puis reviennent déguisées comme si de rien n’était.Chez FRANTX, les instruments n’ont manifestement pas signé pour les postes qu’on leur avaitpromis. Le tuba ne sonne presque jamais tuba : il souffle, compresse, parasite, gonfle les contours du son jusqu’à ressembler tantôt à un moteur fatigué, tantôt à une nappe électronique qui aurait mangé trop de gravier. La batterie ne marque pas le temps, elle le découpe en tranches inégales et les redistribue sans prévenir. Les guitares choisissent de ne pas choisir entre riff, texture, objet contondant et meuble sonore. Quant aux voix, elles circulent dans le mix comme des personnages secondaires qui auraient pris le contrôle du scénario. Le plus amusant, c’est que cette organisation apparemment anarchique est d’une précision presque vexante. Les morceaux tiennent par gestion des densités, déplacements de registres, ruptures calibrées et un travail très fin sur la saturation. Rien ne déborde par accident.PINGU TRAUMA avance comme 4 membres d’un groupe qui se chamailleraient en jouant, tout en restant étonnamment d’accord. ORGASMIC KITCHEN pousse encore plus loin cette économie du faux chaos : motifs abandonnés, retours absurdes, coupes sèches, puis soudain un passage parfaitement construit — comme si quelqu’un avait rangé le bazar pendant qu’on regardait ailleurs Et puis il y a BANANA PHONE BOI, qui étire enfin le temps. Les couches s’empilent : souffles, saturation, électronique, voix, percussion, timbres qui se frottent sans politesse excessive. Là, le disque révèle son vrai talent : produire énormément de matière sans jamais fabriquer de bouillie.IDUTYDU pourrait donner parfois l’impression qu’un ensemble de musique contemporaine auraitaccidentellement surfé sur trop de forums, téléchargé trop de pop et avalé un peu trop de caféine. Trop ? Définitivement non. Ce disque groove souvent et jamais trop. Avec beaucoup plus de tenue qu’on pourrait lui en accorder. infos +

los piranas, chronique

los piranas

« Bogotá, leur terrain de jeu, est un laboratoire où la tradition ne tient pas en place, où le folklore se réinvente avant même d’avoir le temps de prendre la poussière. » una oportunidad más de triunfar en la vida,los piranas— chronique —par Selma Namata Doyenphoto © DR Una Oportunidad más de triunfar en la vida de Los Pirañas line-up— Eblis Álvarez – Guitare électrique, claviers, effets
Mario Galeano – Basse électrique
Pedro Ojeda – Batterie, percussions glitterbeat recordsmars 2025— Los Pirañas frappent encore avec un disque qui dézingue les conventions comme un bolide sans frein dans une fête de village. Una Oportunidad más de triunfar en la vida n’est pas là pour flatter les puristes ni pour caresser la cumbia dans le sens du poil. Eblis Álvarez (Meridian Brothers), Mario Galeano (Frente Cumbiero) et Pedro Ojeda (Romperayo) improvisent en studio comme on joue à un cadavre exquis sous caféine : guitare sous acide, basse qui râle et percussions en roue libre, le tout emballé dans une énergie aussi fiévreuse qu’hallucinée.
Ce chaos parfaitement maîtrisé n’a pourtant rien de gratuit. Bogotá, leur terrain de jeu, est un laboratoire où la tradition ne tient pas en place, où le folklore se réinvente avant même d’avoir le temps de prendre la poussière. Chez eux, les structures s’effondrent joyeusement : Con mi burrito sabanero voy directo al matadero transforme un air naïf en procession délirante, un dérapage sonore où la guitare semble lutter contre une rythmique impitoyable. El aguazo de Javier Felipe est un carnaval sous psychotropes, avec des percussions frénétiques qui éclatent comme du pop-corn sous pression. Quant à Pateando culos, c’est une machine infernale qui avance en zigzag, un groove claudicant qui tabasse avec élégance.
 Los Pirañas manipulent la musique populaire d’Amérique latine comme un matériau brut, sans révérence mais avec une science du rythme et du détournement qui fait exploser les frontières. Le trio semble jouer au jeu du « combien de couches sonores peut-on empiler avant que tout s’écroule ? » – et le pire, c’est que ça tient debout. C’est à la fois érudit et foutrement libre, technique sans être chiant, explosif mais jamais gratuit. Un album qui ne vous demandera pas votre avis avant de vous secouer, et, en prime, vous faire danser avec un sourire mi-ravi, mi-éberlué. infos +

evil plan, chronique

evil plan, ukandanz

« Pas d’emphase. Juste ce qu’il faut. Ukandanz ne joue pas avec l’Éthiopie. Il a les deux pieds dedans. Dans ses lignes, dans ses ruptures, dans ses fantômes. Et c’est là que le disque frappe juste. Précision, et prise de nerfs. » evil plan,ukandanz— chronique —par Selma Namata Doyenphoto © DR Evil Plan የክፋት እቅድ de Ukandanz line-up— Asnake Gebreyes  — voix
Lionel Martin — saxophone ténor
Fred Escoffier — claviers
Thomas Pierre — batterieDamien Cluzel — basse, guitare & arrangements cie 4000 / ouchavril 2025— Ukandanz n’annonce jamais vraiment son retour. Il préfère la collision frontale. Dès la première seconde, quelque chose est frappé d’urgence. Les torpilles du chant d’Asnake Gebreyes déboulent sans sommation. Sa voix coupe net. Zéro apprêt. Yene Felagote, pop song éthiopienne popularisée par Tlahoun Gèssèssè dans les années 70, est reprise sans nostalgie. Compressée, tordue, ramenée à l’os. Ce n’est plus un standard. C’est un choc. Un déclencheur. Derrière, le groupe avance sur un seul nerf. Thomas Pierre frappe droit, sec, clinique. Chaque coup est là pour durer. Rien ne déborde, tout est cadré. Damien Cluzel, taulier du groupe, joue serré, précis. Il découpe, il retient, il appuie là où ça plie. Pas une note de trop. Lionel Martin surgit par éclats. Son ténor ne développe pas, il interrompt. Il décale. Il griffe les surfaces. Rien de moelleux côté claviers, les repères se brouillent en douce. Il tiennent les bords pendant que le centre vacille. War Pigs vient juste après. Et là encore, pas de blague, pas de révérence. Reprise de Black Sabbath au premier degré, sans clin d’œil ni clinquant. Tout est reconfiguré. Le riff est là, solide. Mais les axes ont bougé. Le texte flotte ailleurs. L’incantation remplace le cri. Ukandanz ne reprend pas, il absorbe. Liwsedsh Andken change de rythme. Le morceau ralentit, s’étire. Rien ne s’apaise. Le groove devient fuyant, la voix d’Asnake s’insinue. La basse s’alourdit. Le sax serpente. Tout semble fragile, mais rien ne lâche. Ça tient, juste assez pour continuer. Et puis Song for Francis. Dernier morceau. Faux calme. Dédicace à Francis Falceto, producteur poitevin des « Éthiopiques », figure centrale de cette mémoire éthiopienne que le groupe bouscule sans jamais la trahir. Le ton est sobre, l’adresse nette. Pas d’emphase. Juste ce qu’il faut. Ukandanz ne joue pas avec l’Éthiopie. Il a les deux pieds dedans. Dans ses lignes, dans ses ruptures, dans ses fantômes. Et c’est là que le disque frappe juste. Précision, et prise de nerfs. infos +

stein urheim, chronique

stein urheim

« Au-delà de la découverte intriguée d’un leader de projet jouant du générateur de tonalité sinusoïdale en intonation juste, Stein Urheim vient nourrir quelques unes de nos obsessions. » speilstillevariasjoner,stein urheim— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Morten Spaberg Speilstillevariasjoner de Stein Urheim line-up— Stein Urheim : compositions, guitares acoustiques et électriques modifiées, ronroco, tamboura, électronique, field recordings, générateur de tonalité sinusoïdale en intonation juste, percussionsIkue Mori : électroniqueSam Gendel : saxophone, électroniqueHans Kjorstad : violonSiv Øyunn Kjenstad : batterie, voix hubro / grappajanvier 2025— On avait reçu ce disque, de bonne heure, on l’a écouté et réécouté tardivement. Flemme véritable ou faux hasard, on a bien fait. Speilstillevariasjoner est le disque qui nous éclaircit les jours mornes de cette fin d’hiver. Rien d’étonnant, c’est un disque de Stein Urheim, pilier majeur et impassible de l’écurie Hubro. Dixième livraison du guitariste pour le label norvégien, Speilstillevariasjoner est de ces disques qui agissent sous leur propre surface. Simplicité d’apparat versus organicité insaisissable et passionnante dans les profondeurs de chaque morceau. Le line-up du disque, dont Ikue Mori, ex-chercheuse en DNA et actuelle électronicienne grande classe, n’est pas la moindre des vertus, fait pour beaucoup à la tonalité d’ensemble. Cherchez le pédigree de chacun·e et vous aurez quelques indices du pourquoi ce disque est une merveille atmosphérique. Chez PointBreak, il nous touche encore ailleurs. Au-delà de la découverte intriguée d’un leader de projet jouant du générateur de tonalité sinusoïdale en intonation juste, Stein Urheim vient nourrir quelques unes de nos obsessions. On ne sait pas vraiment d’où nous est venu cette habitude à chercher fantômes et cowboys sous la pochette de pas mal de disques reçus, mais là encore, ce réflexe s’est enclenché durablement. Dans la maîtrise de chaque drone, chaque glissement microtonal imperceptible. Si l’art de Stein Urheim est patent, il n’est en rien démonstratif. Et cette jolie folie qui le pousse à combiner art et instrumentarium populaires à la science exigeante de la composition contemporaine, n’empêche en rien ni jamais son pouvoir de narration. D’où les westerns, sans être exagérés, sans clichés, ouverts sur des espaces musicaux incroyablement vastes et mystérieux. D’où les fantômes sortis de je ne sais quel dégel prématuré. Pas convaincu·es ? Traduisez Speilstillevariasjoner. Vous verrez que ces jeux de reflets et  miroitements vous amèneront chez Debussy ou chez Melville traçant le premier chapitre de Moby Dick. infos +

douar, chronique

« Ici, époque oblige, l’urgence est sans doute plus littéraire, appuyée par la voix magnifique de Didier Péan sur Vagabond des étoiles. Mais elle est présente l’urgence, dans l’évidence de l’exigence classe, dans le soin du son et dans le jeu des tessitures volubiles. » tymen,douar— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Julien Regnault Tymen de Douar line-up— Florent Hermet : contrebassePierre Lordet : clarinette basseClément Petit : violoncelle la curieusemai 2026— Chez les Bretons on parle de douar laosk, quand une terre est meuble. Agile, aérée, agricole. Pas vraiment besoin d’une profonde analyse éthno-sémantique pour tirer des bords avec la musique de Douar, trio bien nommé. Il faudrait aller visiter l’impermanence, la spontanéité de l’habitat marocain et d’autres idées encore plus profondes. Mais cette idée d’agilité, de terrain meuble est assez jolie pour résumer la musique enfouie à l’air libre des 13 plages de Tymen, sorti en début de ce mois de mai. Terrain meuble et perpetuum mobile, ciselés par le menu par la triade boisée composée de Florent Hermet, Pierre Lordet et Clément Petit. Pour les premières impressions de mouvement à la première rotation de Tymen, l’oreille se souvient des contes raffinés d’Anouar Brahem sur l’Incroyable Amour, des premières salves personnelles d’Henri Texier, breton par ailleurs, musique confiée à JMS toute aussi mobile et agricole que celle-ci. Agricole, à prendre au sens de féconde, de ramifiée, de nourricière. Sans la rustrerie imaginée par les Lumières et leurs philosophes. Mais avec le lyrisme des petits matins, les mode de jeu ultra-fluide où chaque instrument s’impose leader au service des deux autres, propulsant les ostinatos et sauts d’arpèges dans une stratosphère réinventée avec son pédigrée. C’est assez fascinant ce lien à Texier, pas vraiment influence revendiquée, ni même point de repère du trio mais un son. Le ‘son Label Bleu’ où Sclavis et Texier en visite d’Afrique avec Aldo Romano cinglaient d’urgence. Ici, époque oblige, l’urgence est sans doute plus littéraire, appuyée par la voix magnifique de Didier Péan sur Vagabond des étoiles. Mais elle est présente l’urgence, dans l’évidence de l’exigence classe, dans le soin du son et dans le jeu des tessitures volubiles. On tiendra loin, très loin, le coup du voyage-sonore-aux-limites-de-notre-monde-pluriel, pour privilégier une forme d’équilibre impossible, d’immobilité rêveuse et hyperactive. Tymen se balade, non pas aux frontières, mais sur un terrain connu, éclairé avec une patience inconnue. infos +

graax, chronique

« GrAaX, c’est fort et fin, donc. Mais rapide aussi, très cursif, dans ses cavalcades généreuses, heurté et lucide dans son quadrillage à la couleur du moment. Le trio semble chercher des solutions à la clameur du monde, une porte de sortie ou simplement la clef des champs. » hypertension,graax— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Marius Jore Hypertension de Fabien Duscombs : batterie // Frederic Gastard : sax basse // Colin Jore : contrebasse line-up— Fabien Duscombs : batterieFrédéric Gastard : sax basseColin Jore : contrebasse Mr Morezonmai 2026— C’est amusant. Si Ted Milton, poète-leader du génial trio Blurt, aime à chanter comme Ornette sait jouer, Fred Gastard, dans ce disque semble souffler comme Ted Milton scande. En lyrisme impatient, en ruptures toujours déliée. C’est élégant. Deuxième titre du disque à écouter vers la minute vingt-quatre secondes pour le découvrir. Sur le reste du disque de GrAaX, c’est du même acabit. Hypertension, dont c’est le titre, est beaucoup plus fin que ses géniteurs veulent bien le faire croire. Fabien Duscombs frappe sec sans taper dans le cuivre, droit et magistral à son habitude, et Colin Jore semble moins forban que sur ses autres projets personnels. GrAaX, c’est fort et fin, donc. Mais rapide aussi, très cursif, dans ses cavalcades généreuses, Basses Gorges II, heurté et lucide dans son quadrillage à la couleur du moment, The Big Truffe. Le trio semble chercher des solutions à la clameur du monde, une porte de sortie ou simplement la clef des champs. Et ce qui est beau, dans ce disque, c’est que cette quête n’aboutit pas vraiment. Il faudrait cumuler les prises, les morceaux restés dans le fossé, les idées non-advenues pour faire le tour de ce discours. Bavard, GrAaX ? Non, prolixe seulement. Sans les mines affectées qui parsèment parfois les scènes de jazz, sans les airs bravaches de celleux qui font semblant d’être imperméables au désir de l’audience. Bref, GrAaX, c’est un trio de son temps, ça fait avec l’humeur du jour, les angoisses et les beautés intimes, les moyens du bords, tutoyant Leonard Cohen ici et la liberté ailleurs. Sans s’en contenter, les trois comparses détendent sans le savoir leur Hypertension. Avec un lyrisme impatient et des ruptures toujours très souples. infos +

arada, chronique

arada, etenesh wassie trio

« Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. » arada,etenesh wassié trio— chronique —par guillaume malvoisinphoto © DR Arada de Etenesh Wassié line-up— Etenesh Wassié ChantMathieu Sourisseau Basse acoustiqueSébastien Bacquias ContrebasseFabien Duscombs Batterie sur 1, 2, 3, 5, 7, 8Mathieu Werchowski Violon sur 1, 3, 4 freddy morezonmars 2026— Ce disque est grave. Très grave. Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. Avec des repères, emprunts au rock, au free. Avec de l’inconnu pléthorique, les continents du chant éthiopien. De Tezeta, sans doute plus familière, à la dramaturgie inlassable de Antchi Hoyé, de la frontalité géniale et presque éprouvante de Etetou ou Chegitou. D’une voix granuleuse, Etenesh Wassié tire le lien entre ces différents territoires, quand chaque musicien autour prend sa part de géographie sonore. Bien entendu, il y a les habitudes, le trio se crée en 2018, puis avance depuis en recherchant toujours ce qui peut tradi et musique libre occidentale. C’est ici qu’arrive la discrétion hexagonale d’un musicien comme Mathieu Sourisseau, toujours à jouer sur l’avant du temps d’une recherche inlassable du territoire de la base pseudo-acoustique. Écouter et voir Boucs!, Facteur Sauvage, ou plus particulièrement Reverse Winchester pour s’en rendre compte. Il y a la une science du récit, de la juste dose et une forme d’impatience indolente qui fait le lit des récits scandés et lyricisés par Dame Wassié. Grave, on le disait. Au sens où Arada impose une écoute tendue et fascinante, mais également au sens où la contrebasse posée, intranquille et maîtresse de soi, en contre-point par Sébastien Bacquias. Au sens aussi, du théâtre dont est capable un batteur comme Fabien Duscombs, quadrillant l’espace, motorisant l’ensemble et, plus loin, tribalant-remuant quelques impressions secrètes remises au jour plein. La croisée avec l’archet de Mathieu Werchowski, cf. Arada, n’enlève rien de la tension nécessaire à cette musique pour coller votre oreille à son monde. Bien au contraire, le violoniste se fond dans l’ensemble pour mieux les basses d’une inquiétude joyeuse. Peut-être y a-t-il dans ce disque, un peu de l’esprit frondeur et militant, que la scène frenchie doit à l’occitan spirit. Il serait trop simple de jazzocentrer des similitudes avec les grandes blueswomen comme Bessie Smith. La voix d’Etenesh volète ailleurs. Plombée et leste à la fois, comme les deux anges ailé·es de la pochette du disque, elle dramaturgise un sacré païen qui fait fi des seuls tracas humains, pour aller soigner d’autres recoins de l’âme, et ramener le corps à une sorte de joie inextinguible. Grave, et légère. infos +