ajna, chronique

« Les émotions affleurent et les productions dissonantes installent un flux continu. La vulnérabilité n’est pas un effet de style, elle structure l’album. » antidote,ajna— chronique —par Antonia Barotphoto © DR 19 juin 2026— Antidote, 18 tracks, 18 raisons d’entrer dans la matrice Ajna. « Bienvenue sur Antidote » lance une entité mi-humaine mi-logiciel à la fin de Gum, track d’intro. Une voix qui ne présente pas un disque mais initialise un système. Difficile de ne pas penser à Laylow période Trinity dans cette manière de scénariser l’écoute. Mais réduire Ajna à cette filiation serait une erreur de lecture. Ce serait passer à côté de ce qui le rend déjà singulier. Derrière ce dispositif, il y a un bagage qui déborde largement du rap. Pink Floyd pour les ambiances, The Doors pour les nappes psyché. Aznavour, Bashung et Barbara pour la culture de la chanson et l’amour des paroles qui infusent dans ses barz. Originaire de Haute-Loire, il n’a pas échappé au virus hip-hop et gratte maintenant ses textes depuis Paris. Avec une productivité presque compulsive, il sort l’année de ses 20 ans trois EP puis enchaîne avec deux albums en deux ans. Arrive Antidote : « J’ai pris du temps pour m’envoler, j’ai pris du temps mais me voilà, comme un chewing-gum resté collé ». L’album donne l’impression d’une introspection non linéaire, saturée de textures, comme si Ajna s’imposait un environnement sonore qui refuse le confort. Les émotions affleurent et les productions dissonantes installent un flux continu. La vulnérabilité n’est pas un effet de style, elle structure l’album. La tracklist monte crescendo vers l’électronique. L’enchaînement Danger / Britney (All Black) opère une bascule : le disque quitte l’intime pour rejoindre le club. Côté featuring, Ajna s’entoure de la crème du rap parisien avec Nes sur Nectar Music et J9ueve sur Premier Essai. Derrière les machines, un panel de beatmakers qui évite l’entre-soi : Lil Chick, passé par les univers de Madlib, Westside Gunn et Talib Kweli ; C Medina, dont les productions empruntent à l’indie rock ; 16bener, présent depuis les premiers projets d’Ajna et Sectra dont les crédits s’étendent de Tiakola à 13 Block en passant par Sonny Rave. Une pluralité de profils qui se reflète dans l’identité propre à chaque morceau du projet. Reste à savoir si l’antidote d’Ajna apaise ou amplifie le trouble. infos +
with carla, chronique

« sont alors remués, avec un soin insolent, le tragique et le vulgaire, le grandiose et la fêlure intimiste, la citation branquignole et l’accord parfait, la musique de fête et la confidence sincère. » with carla,orchestre national de jazz— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Maxim François With Carla de Orchestre National de Jazz line-up— Sylvaine Hélary fluteRémi Sciuto alto and baritone saxophones, clarinet, musical sawLéa Ciechelski alto saxophone, fluteHugues Mayot tenor saxophone, bass clarinetSylvain Bardiau trumpetQuentin Ghomari trumpet, flugelhornJessica Simon tromboneMathilde Fèvre French hornFanny Meteier tubaAnne Le Pape violinLaure Franz violinGuillaume Roy violaJuliette Serrad cello, voiceAntonin Rayon piano, Hammond organIllya Amar vibraphone, percussionsSébastien Boisseau double bassMathias Allamane double bassFranck Vaillant drums onj records juin 2026— Graver un disque live restera toujours un peu paradoxal. Enfermer dans le plastique ou le vinyle les imperfections et réussites magistrales ne donnera jamais qu’un aperçu de l’intuition qui a présidé à cette rencontre auditoire/ensemble musical. Mais ce paradoxe est amoindri quand on s’empare de la légacie laissé par Carla Bley. Encore plus quand celle qui s’en empare une musicienne comme Sylvaine Hélary, promue à la tête d’un orchestre national. Est alors remué avec un soin insolent le tragique et le vulgaire, le grandiose et la fêlure intimiste, la citation branquignole et l’accord parfait, la musique de fête et la confidence sincère. Lors du concert dijonnais à l’Opéra de Dijon, pour le Tribu festival 2025, dont quelques extraits se trouvent sur ce With Carla, Lucas Le Texier rapportait ces notes : « L’ombre lumineuse de Carla Bley plane sur cela. Compositrice, pianiste, cheffe d’orchestre, l’iconoclaste Lady a traversé plus d’un demi-siècle de jazz en refusant les hiérarchies : femme dans un milieu d’hommes, satiriste dans un univers qui se prend au sérieux, ironique là où d’autres aiment ériger des monuments. Dans son écriture, lyrique et caustique, dialoguent les mélodie les plus simples et de régulières déflagrations orchestrales improbables ».Et ces déflagrations suffisent à porter ce tribut loin de ceux qui pilonnent le programmation jazz, ces temps-ci. Titré With Carla, ce disque n’est pas qu’un femmage, encore moins un tribute to, mais un compagnonnage passionné, une exploration amusée de la musique de Carla Bley. Là où d’autres, se contentent de prendre la pose du penseur de Rodin pour interroger l’actualité de tel ou tel compositeur de génie, masculin le plus souvent, Hélary plonge des deux mains dans cette musique, remaniée par Sciuto, pour en extraire ce qu’il faudra d’idées et de sensations pour élever un promontoire éphémère à un regard féminin, rageoleur, et amoureux des réunions intergénérationelles d’aujourd’hui. C’est assez chic de voir la « jeune génération » du jazz français tenir la dragée haute aux vieux de la vieille, encore faudrait-il trouver une bonne fois pour toutes qui donc est cette vieille. Entendre Jessica Simon et Fanny Métier sur Wrong Key Donkey, Juliette Serrad sur End Of Vienna, Et Léa Ciechelski, un partout ailleurs. With Carla, concert inaugural imaginé par Sylvaine Hélary pour son premier mandat à la tête du quadra Orchestre National de Jazz, ressuscite ainsi sur disque le bonheur des collages rapides et patients, assemblées comme un bal de fête foraine ou une auberge espagnole. On y croise donc du grandiose, du tragique, du vulgaire, un peu de mélancolie cachée ici ou là. Et, si la sciuto’s touch, toujours très explicite voire démonstrative, le disque sonne clair et lumineux. On balance à chaque écoute entre déséquilibre volontaire et rétablissement maîtrisé, dans un geste politique qui raconte pas mal de choses sur l’époque actuelle, nourrie des découvertes de l’époque où une compositrice-pianiste tenait en riant la dragée haute à quelques vieux de la vieille. infos +
Musicaves 26, chronique

« Ouverture des trois journées des Musicaves, année 2026. De grands arbres protègent les têtes sous la chaleur, laissant aux oreilles le soin de la découverte, la joie d’être dérangées, envoûtées, malmenées. » les musicaves 26,jeudi 25.06— chronique —par Lucas le Texier, guillaume malvoisinphoto © DR Ouverture des trois journées des Musicaves, année 2026. De grands arbres protègent les têtes sous la chaleur, laissant aux oreilles le soin de la découverte, la joie d’être dérangées, envoûtées, malmenées.Dans sa scénographie live, le premier concert est prometteur. Sur scène, un trio, La Litanie des Cimes, et un fauteuil. Trône de la chanteuse malienne Mah Damba. Sa voix nous transperce du son et du souffle, avant même qu’on ne l’entende. Quelques secondes nous sépare alors du frisson entendu dans les premières notes de la femme griot. Son timbre de qui nous attrape, mélange ancestral et paradoxal de la nostalgie et de la joie, condensé d’une vie à chanter le récit populaire. Ce groove, car les chants rythment étonnamment le jeu de la Litanie des cimes. Les peintures sonores du trio chambriste épousent à merveille les histoires. Atmosphères hostiles et ambiances cocons se suivent, déroulant le monde par des détours de textures douces et profondes. Par des chemins autour de motifs répétés, accentués, triturés, emmenés ici et là, valsant avec des mini licks pop et trad. Un tout se forme alors, entre tradition et musique liturgique. Un grand tout s’élève, en chambre d’écho d’une voix malienne et d’un trio intimiste que seul l’art de savoir créer la musique permet. Avant, pendant et après ces peintures de l’intime mondial, au fil des bars et des stands de restauration, La Sonora et le trio Chinchivi frappent les demis servis d’accords sud-américains. Voix scandées, percussions sèches, cordes aigües. Pas certain que cela fasse retomber les chaleurs de canicule, mais ça les replace dans des alentours rêveurs. Sous les arbres givrotins, le Pérou. Pour l’heure, mieux qu’un pavé sous la plage. Sable toujours. Deuxième set sur la grande scène, Imarhan, sextet touareg se fait entendre. Blues du désert, hypnoses sous distorsion, psalmodies rugueuses. La recette du groupe est connue, bienvenue et ingénue. À ce petit écart de côté près. Au-delà de la tradition embarquée, Imarhan montre autre chose encore. Petite démo musicolo-technique. Une Fender Mustang n’est pas vouée aux bandes son surf, une Gibson SG ne sert pas forcément à jouer Thunderstruck. Pas d’orage ni de plage, sous les grands arbres du domaine Thénard, sous la chaleur épaisse, les répétitions brûlantes d’Imarhan, électrifiées, quasi-vocodées. Modernes et anciennes à la fois. La force du groupe tient à ces deux guitares en dialogue, les têtes de la fosse, celles posées sous les tireuses oscillent en accord. Le reste est syndical. Nouveau solo à six cordes, nouveaux accords têtus et enivrants. La fosse ne quitte plus le groupe. Ni du regard, ni du gosier. Youyous et premiers crus, un des meilleurs mélanges pour abreuver les batailles culturelles du futur. infos +
surprise, chronique

« Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche. » une pieuvre dans un seau,surprise— chronique —par Antonia Barotphoto © Eliott De Sousa autoprodmodulor mai 2026— Une pieuvre dans un seau. Le titre du troisième album de Surprise renvoie à une créature sensible, à l’intelligence immense, condamnée à tourner en rond. Débordement impossible, émotions à l’étroit. Sous une fausse douceur, l’artiste joue des contrastes dans ses mélodies et ses visuels. Dans une logique DIY très anglo-saxonne, Surprise gère depuis trois ans sa musique de manière quasi autonome. Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche.Éloigné d’une industrie musicale qui tourne en boucle comme un mauvais scroll, le disque met en tension solitude et notoriété, à la fois ressentis personnels de l’artiste et symptômes d’un système. Dans Seule au monde, elle balance « J’suis pas une star, t’façon, ça changerait quoi ? À part de chialer moins. Fuck toute cette industrie d’TikTok qui rêverait juste de m’changer, moi. »Romance et nostalgie oscillent ensemble dans ce onze titres. Gros crush pour 2018, morceau-réminiscence des années lycée, entre grisaille adolescente et premières fois qui collent à la peau. Stan, lui, apporte une énergie plus nerveuse. Ça claque. Sur Faible, unique featuring de l’album, Surprise et ADVM déroulent une romance bancale à deux voix. La prod, ronde et entraînante, fait presque oublier la mélancolie du texte.Sur Hamster mort, les animaux de la rappeuse deviennent le reflet de ses histoires d’amour : « J’ai eu trois hamsters, ils sont tous morts, j’ai eu un chat, il a fugué. J’ai eu un chien, ma mère l’a tèj, elle voulait plus s’en occuper. J’ai repris un chat avec mon ex, bien sûr, il l’a gardé ». Les animaux gardent le contrôle du dernier track. Animal referme le disque sur des arrangements orchestraux félins. Générique de fin ou bande-annonce. Surprise façonne un peu plus son identité musicale, plus nette, toujours traversée par une désinvolture assumée, addictive, qui reste longtemps en tête après l’écoute. infos +
Spring Flood, chronique

« so Spring Flood flows. Spontaneous, written, improvised, intense, friendly. Organic. With that kind of flow that make the world less serious, more fragile. A little liveable, too. An album that’s undoubtedly too brief to reach for the stars, but dense enough to make you start dancing right where you are. » spring flood,mariam wallentin& vestnorsk jazzensemble— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Antje Jandrig Spring Flood de Mariam Wallentin & Vestnorsk Jazzensemble line-up— Mariam Wallentin vocalsGro Austgulen violinCarmen Boveda celloJulie Rokseth harpHildegunn Øiseth trumpetKjetil Møster saxophonesThomas Dahl electric guitarToivo Fjose electric bassTerje Isungset drums, percussionBørge Fjordheim drums hubrojuin 2026— FR.Il y a une quinzaine d’années, j’animais un talk show radio. Lors d’une émission, une pause musicale manquait au conducteur. Le réalisateur calait un morceau au pied levé. Titre : There is No Light. Groupe : Wildbirds & Peacedrums. Explosion disloquée et viscérale. Le tympan durablement imprimé de morceau, je retrouvais la voix de cette révélation des années plus tard au festival Météo, Mulhouse, France. C’était en compagnie du Fire! Orchestra, lancé par Mats Gustafsson dans un hommage à Little Richard. Mariam Wallentin s’y démenait. Sans mesure mais sans forfanterie. Seule voix, baignée de puissance et d’une aura de cuivre. KO debout.Réentendre cette voix, ici avec le Vestnorsk Jazzensemble, c’est ré-ouvrir un petit tiroir à magie. Voix toujours aussi sombre sur ce paradoxal Spring Flood. Lumière sourde, épaisse, pleine de mystères, de questions, et de quelques réponses. Par exemple, ce qui signe un ‘jazz ensemble’ aujourd’hui en 2026, où cette satanée musique est devenue définitivement multiple, ouverte au large. Définitivement passionnante. C’est une réunion de musiciennes et de musiciens qui prennent sur le vif tempo et idées. Comme celle de mettre sur bandes, en deux journées, les désirs surgis en bord de Rhin, à Bâle, dans la voix d’une chanteuse suédoise. Les 26 et 27 mai 2023, à Bergen, Wallentin déploie sa dramaturgie, pilonne ses récits, les cajole aussi, parfois. Et le Vestnork propulse, plussoie et peint tout autour. Spring Flood s’écoule donc ainsi. Spontané, écrit, improvisé, violent, amical. Organique. Avec cette veine des choses qui rendent le monde moins sérieux, plus fragile. Un peu meilleur aussi. Disque sans doute trop court pour aller tutoyer les étoiles, mais suffisamment dense pour se mettre à danser là vous êtes. Exemple : Blanket Dance, morceau d’ouverture. Longue scansion veloutée de Mariam Wallentin, de ces ouvertures dont elle a la maîtrise et le secret. Le désir pointe, les eaux roulent au loin, l’ensemble Vestnorsk soutien le tout d’une longue note tenue avec une délicatesse attentive. Longue montée intarissable jusqu’à l’effraction d’une rythmique dub, striée de riddim opportuns. Le jazz remue. Dans beaucoup de sens du terme. Plus loin, la reprise de Love Is Fire, entendue chez Wildbirds & Peacedrums, où Wallentin animait son petit théâtre foudroyée en compagnie d’Andreas Werliin. Reprise montée selon le principe d’augmentation, de démultiplication. Non pas jouer différemment mais jouer avec du surplus, laisser les émotions intactes, en leur donnant de nouvelles couleurs. Et de couleurs, le Vestnorsk Jazzensemble n’en manque guère. Sa palette est vaste, son trait est vif, orageux, joueur et précis. C’est justement cela qui s’agite dans ce disque magnifique, le combat sanguin entre le précis et l’énigme, entre l’envie de nommer et le ressenti suffisant, entre la joie de danser et la nécessité de se trouver de nouveau KO debout. US.About fifteen years ago, I hosted a weekly radio talk show. During one broadcast, a music break was missing. The producer quickly slipped in a track on the spot. Title: “There Is No Light.” Band: Wildbirds & Peacedrums. A visceral, dislocated explosion. With that track permanently etched into my eardrums, I rediscovered the voice of that revelation years later at the Météo Festival in Mulhouse, France. It was with the Fire! Orchestra, launched by Mats Gustafsson as a tribute to Little Richard. Mariam Wallentin was giving it her all—wacky but truthful. A singular voice, bathed in power with a coppery aura. A knockout.Hearing that voice again, here with the Vestnorsk Jazzensemble, is like reopening the little drawer of magic. Her voice is as dark as ever on this paradoxical *Spring Flood*. A muted, dense light, full of mysteries, questions, and a few answers. For example to this question : what defines a “jazz ensemble” today in 2026, when this damned music has definitively become multifaceted and wide open. Absolutely captivating. It’s a gathering of musicians who seize tempo and ideas on the fly. As the decision to record, over two days, the desires that emerged on the banks of the Rhine in Basel, through the voice of a Swedish singer. On May 26 and 27, 2023, in Bergen, Wallentin unfolds his narrative, pounding away at his stories, yet sometimes coaxing them as well. And the Vestnork propels, echoes, and paints the entire scene. And so *Spring Flood* flows. Spontaneous, written, improvised, intense, friendly. Organic. With that kind of flow that make the world less serious, more fragile. A little liveable, too. An album that’s undoubtedly too brief to reach for the stars, but dense enough to make you start dancing right where you are. Take “Blanket Dance,” the opening track, for example. Mariam Wallentin’s long, velvety cadence—one of those openings she has mastered and whose secret she alone holds. Desire stirs, the waters roll in the distance, and the Vestnorsk ensemble supports it all with a long, sustained note played with attentive delicacy. A long, inexhaustible build-up until a dub rhythm breaks through, streaked with timely riddims. Jazz stirs—in many senses of the word. Further on, a cover of “Love Is Fire,” originally by Wildbirds & Peacedrums, where Wallentin animates her electrifying little theater alongside Andreas Werliin. This cover is built on the principle of augmentation and multiplication. Don’t play it differently, but let’s play with an abundance, leaving the emotions intact while giving them new colors. And the Vestnorsk Jazzensemble certainly doesn’t lack for color. Its palette is vast; its touch is lively, stormy, playful, and precise. That is precisely what stirs within this
Archetypal Syndicate, chronique

« Sous les grooves et polyrythmies captivantes, il y a aussi une économie d’énergie et un artisanat de veille impressionnant. Agissant dans les recoins d’une densité instrumentale et mélodique impressionnante, dans les clairs et les obscurs de ses récits. » happy transmutation,archetypale syndicate— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Paul Wacrenier – Andréa Insergueix Happy Transmutation de Archetypal Syndicate line-up— Paul Wackrenier Guembri, likembe, likembe géant, MbiraKarsten Hochapfel Guitare électrique, guitare portugaise, Banjo, violoncelleSven Clerx Drums, Batterie, percussions, Cloches, métaux, Shruti Box nunc recordsfévrier 2025— C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. C’est ainsi. Les répétitifs américains irriguent, à plus ou moins grandes eaux, la scène impro française, rajeunie il y a quelques années maintenant. Citons, dans le bonheur du giron des oreilles chez PointBreak : O.U.R.S. de Clément Janinet, l’Orchestre Incandescent de Sylvain Hélary, L’Arbre Rouge d’Hugues Mayot. Et ce dernier né de l’Archétypal Syndicate. Bien entendu, cette influence commune est disparate, et à bien y écouter, native et constitutive. C’est une belle chose, quand elle est mêlée à d’autres sources, comme l’Afrique ou la pysché rock. À considérer que les deux ne se superposeraient pas un peu. Ici, dans Happy Transmutation, elles se chevauchent carrément et cavalcadent avec une science impressionnante des mélanges à plaisirs. Le trio est loin du minimum syndical. On sait la verve de Paul Wacrenier quand il s’agit de repousser toute définition de frontière et de limite, d’invoquer la puissance consolatrice de la musique, avec son grand ensemble Healing Orchestra, entres autres. Dans ce disque-monticule, assemblé avec Sven Clerx et Karsten Hopchapfel, cette verve est au service de la musique, dans son pouvoir fédérateur. Joyeuses, les transmutions des 13 pistes. L’imaginaire commun y vagabonde à loisir. Westerns dégingandés, Pretty Moon Garden, avec Tatiana Paris, road-movie ferroviaire, Witch’s Pot où remuent Richard Comte et Sarah Colomb, duel nocturne et organique, Meet Johnny Night Fox, avec Sarah Colomb, Richard Comte et Julien Pontvianne. Archetypal Syndicate a la tablée accueillante. Janinet y dîne sur deux autres titres, mais le trio a surtout la loupe lucide. Sous les grooves et polyrythmies captivantes, il y a aussi une économie d’énergie et un artisanat de veille impressionnant. Agissant dans les recoins d’une densité instrumentale et mélodique impressionnante, dans les clairs et les obscurs de ses récits. Chaque pause méditative ou assaut hypnotique s’échappe aussitôt reconnu·e. Bis repetita, pur plaisir. Et c’est justement là, la réussite. Ce disque nous est familier parce qu’il nous échappe. infos +
la revue ·pointbreak, service
La revue ·pointbreak ·pointbreak,— revue papier contexte— Haec dum oriens diu perferret, caeli reserato tepore Constantius consulatu suo septies et Caesaris ter egressus Arelate Valentiam petit, in Gundomadum et Vadomarium client,date,— infos +
F R A N T X, chronique

« Les informations arrivent très vite, changent de fonction en cours de route, puis reviennent déguisées comme si de rien n’était. Chez FRANTX, les instruments n’ont manifestement pas signé pour les postes qu’on leur avaitpromis. Et c’est bien. » idutydu,f r a n t x — chronique —par Selma Namata Doyenphoto © Eudes Lemare IDUTYDU de FRANTX line-up— Fanny Meteier tuba, voix, toy synthAndrea Giordano voix, électronique, mélodicaPierre Pradier guitares, voixMarco Luparia batterie, électronique, voix) carton recordsstandard in-fi mai 2026— Le titre est déjà un petit accident administratif : IDUTYDU (I Didn’t Understand That You Didn’t Understand). On pourrait croire à un échange de mails devenu incontrôlable ou à un bug de sous-titres automatiques. En réalité, c’est un résumé assez exact du disque : une musique où les informations arrivent trop vite, changent de fonction en cours de route, puis reviennent déguisées comme si de rien n’était.Chez FRANTX, les instruments n’ont manifestement pas signé pour les postes qu’on leur avaitpromis. Le tuba ne sonne presque jamais tuba : il souffle, compresse, parasite, gonfle les contours du son jusqu’à ressembler tantôt à un moteur fatigué, tantôt à une nappe électronique qui aurait mangé trop de gravier. La batterie ne marque pas le temps, elle le découpe en tranches inégales et les redistribue sans prévenir. Les guitares choisissent de ne pas choisir entre riff, texture, objet contondant et meuble sonore. Quant aux voix, elles circulent dans le mix comme des personnages secondaires qui auraient pris le contrôle du scénario. Le plus amusant, c’est que cette organisation apparemment anarchique est d’une précision presque vexante. Les morceaux tiennent par gestion des densités, déplacements de registres, ruptures calibrées et un travail très fin sur la saturation. Rien ne déborde par accident.PINGU TRAUMA avance comme 4 membres d’un groupe qui se chamailleraient en jouant, tout en restant étonnamment d’accord. ORGASMIC KITCHEN pousse encore plus loin cette économie du faux chaos : motifs abandonnés, retours absurdes, coupes sèches, puis soudain un passage parfaitement construit — comme si quelqu’un avait rangé le bazar pendant qu’on regardait ailleurs Et puis il y a BANANA PHONE BOI, qui étire enfin le temps. Les couches s’empilent : souffles, saturation, électronique, voix, percussion, timbres qui se frottent sans politesse excessive. Là, le disque révèle son vrai talent : produire énormément de matière sans jamais fabriquer de bouillie.IDUTYDU pourrait donner parfois l’impression qu’un ensemble de musique contemporaine auraitaccidentellement surfé sur trop de forums, téléchargé trop de pop et avalé un peu trop de caféine. Trop ? Définitivement non. Ce disque groove souvent et jamais trop. Avec beaucoup plus de tenue qu’on pourrait lui en accorder. infos +
los piranas, chronique

« Bogotá, leur terrain de jeu, est un laboratoire où la tradition ne tient pas en place, où le folklore se réinvente avant même d’avoir le temps de prendre la poussière. » una oportunidad más de triunfar en la vida,los piranas— chronique —par Selma Namata Doyenphoto © DR Una Oportunidad más de triunfar en la vida de Los Pirañas line-up— Eblis Álvarez – Guitare électrique, claviers, effets Mario Galeano – Basse électrique Pedro Ojeda – Batterie, percussions glitterbeat recordsmars 2025— Los Pirañas frappent encore avec un disque qui dézingue les conventions comme un bolide sans frein dans une fête de village. Una Oportunidad más de triunfar en la vida n’est pas là pour flatter les puristes ni pour caresser la cumbia dans le sens du poil. Eblis Álvarez (Meridian Brothers), Mario Galeano (Frente Cumbiero) et Pedro Ojeda (Romperayo) improvisent en studio comme on joue à un cadavre exquis sous caféine : guitare sous acide, basse qui râle et percussions en roue libre, le tout emballé dans une énergie aussi fiévreuse qu’hallucinée. Ce chaos parfaitement maîtrisé n’a pourtant rien de gratuit. Bogotá, leur terrain de jeu, est un laboratoire où la tradition ne tient pas en place, où le folklore se réinvente avant même d’avoir le temps de prendre la poussière. Chez eux, les structures s’effondrent joyeusement : Con mi burrito sabanero voy directo al matadero transforme un air naïf en procession délirante, un dérapage sonore où la guitare semble lutter contre une rythmique impitoyable. El aguazo de Javier Felipe est un carnaval sous psychotropes, avec des percussions frénétiques qui éclatent comme du pop-corn sous pression. Quant à Pateando culos, c’est une machine infernale qui avance en zigzag, un groove claudicant qui tabasse avec élégance. Los Pirañas manipulent la musique populaire d’Amérique latine comme un matériau brut, sans révérence mais avec une science du rythme et du détournement qui fait exploser les frontières. Le trio semble jouer au jeu du « combien de couches sonores peut-on empiler avant que tout s’écroule ? » – et le pire, c’est que ça tient debout. C’est à la fois érudit et foutrement libre, technique sans être chiant, explosif mais jamais gratuit. Un album qui ne vous demandera pas votre avis avant de vous secouer, et, en prime, vous faire danser avec un sourire mi-ravi, mi-éberlué. infos +
evil plan, chronique

« Pas d’emphase. Juste ce qu’il faut. Ukandanz ne joue pas avec l’Éthiopie. Il a les deux pieds dedans. Dans ses lignes, dans ses ruptures, dans ses fantômes. Et c’est là que le disque frappe juste. Précision, et prise de nerfs. » evil plan,ukandanz— chronique —par Selma Namata Doyenphoto © DR Evil Plan የክፋት እቅድ de Ukandanz line-up— Asnake Gebreyes — voix Lionel Martin — saxophone ténor Fred Escoffier — claviers Thomas Pierre — batterieDamien Cluzel — basse, guitare & arrangements cie 4000 / ouchavril 2025— Ukandanz n’annonce jamais vraiment son retour. Il préfère la collision frontale. Dès la première seconde, quelque chose est frappé d’urgence. Les torpilles du chant d’Asnake Gebreyes déboulent sans sommation. Sa voix coupe net. Zéro apprêt. Yene Felagote, pop song éthiopienne popularisée par Tlahoun Gèssèssè dans les années 70, est reprise sans nostalgie. Compressée, tordue, ramenée à l’os. Ce n’est plus un standard. C’est un choc. Un déclencheur. Derrière, le groupe avance sur un seul nerf. Thomas Pierre frappe droit, sec, clinique. Chaque coup est là pour durer. Rien ne déborde, tout est cadré. Damien Cluzel, taulier du groupe, joue serré, précis. Il découpe, il retient, il appuie là où ça plie. Pas une note de trop. Lionel Martin surgit par éclats. Son ténor ne développe pas, il interrompt. Il décale. Il griffe les surfaces. Rien de moelleux côté claviers, les repères se brouillent en douce. Il tiennent les bords pendant que le centre vacille. War Pigs vient juste après. Et là encore, pas de blague, pas de révérence. Reprise de Black Sabbath au premier degré, sans clin d’œil ni clinquant. Tout est reconfiguré. Le riff est là, solide. Mais les axes ont bougé. Le texte flotte ailleurs. L’incantation remplace le cri. Ukandanz ne reprend pas, il absorbe. Liwsedsh Andken change de rythme. Le morceau ralentit, s’étire. Rien ne s’apaise. Le groove devient fuyant, la voix d’Asnake s’insinue. La basse s’alourdit. Le sax serpente. Tout semble fragile, mais rien ne lâche. Ça tient, juste assez pour continuer. Et puis Song for Francis. Dernier morceau. Faux calme. Dédicace à Francis Falceto, producteur poitevin des « Éthiopiques », figure centrale de cette mémoire éthiopienne que le groupe bouscule sans jamais la trahir. Le ton est sobre, l’adresse nette. Pas d’emphase. Juste ce qu’il faut. Ukandanz ne joue pas avec l’Éthiopie. Il a les deux pieds dedans. Dans ses lignes, dans ses ruptures, dans ses fantômes. Et c’est là que le disque frappe juste. Précision, et prise de nerfs. infos +