« Ici, époque oblige, l’urgence est sans doute plus littéraire, appuyée par la voix magnifique de Didier Péan sur Vagabond des étoiles. Mais elle est présente l’urgence, dans l’évidence de l’exigence classe, dans le soin du son et dans le jeu des tessitures volubiles. »
tymen,
douar
— chronique
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par guillaume malvoisin
photo © Julien Regnault
line-up
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Florent Hermet : contrebasse
Pierre Lordet : clarinette basse
Clément Petit : violoncelle
la curieuse
mai 2026
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Chez les Bretons on parle de douar laosk, quand une terre est meuble. Agile, aérée, agricole. Pas vraiment besoin d’une profonde analyse éthno-sémantique pour tirer des bords avec la musique de Douar, trio bien nommé. Il faudrait aller visiter l’impermanence, la spontanéité de l’habitat marocain et d’autres idées encore plus profondes. Mais cette idée d’agilité, de terrain meuble est assez jolie pour résumer la musique enfouie à l’air libre des 13 plages de Tymen, sorti en début de ce mois de mai. Terrain meuble et perpetuum mobile, ciselés par le menu par la triade boisée composée de Florent Hermet, Pierre Lordet et Clément Petit. Pour les premières impressions de mouvement à la première rotation de Tymen, l’oreille se souvient des contes raffinés d’Anouar Brahem sur l’Incroyable Amour, des premières salves personnelles d’Henri Texier, breton par ailleurs, musique confiée à JMS toute aussi mobile et agricole que celle-ci. Agricole, à prendre au sens de féconde, de ramifiée, de nourricière. Sans la rustrerie imaginée par les Lumières et leurs philosophes. Mais avec le lyrisme des petits matins, les mode de jeu ultra-fluide où chaque instrument s’impose leader au service des deux autres, propulsant les ostinatos et sauts d’arpèges dans une stratosphère réinventée avec son pédigrée. C’est assez fascinant ce lien à Texier, pas vraiment influence revendiquée, ni même point de repère du trio mais un son. Le ‘son Label Bleu’ où Sclavis et Texier en visite d’Afrique avec Aldo Romano cinglaient d’urgence. Ici, époque oblige, l’urgence est sans doute plus littéraire, appuyée par la voix magnifique de Didier Péan sur Vagabond des étoiles. Mais elle est présente l’urgence, dans l’évidence de l’exigence classe, dans le soin du son et dans le jeu des tessitures volubiles. On tiendra loin, très loin, le coup du voyage-sonore-aux-limites-de-notre-monde-pluriel, pour privilégier une forme d’équilibre impossible, d’immobilité rêveuse et hyperactive. Tymen se balade, non pas aux frontières, mais sur un terrain connu, éclairé avec une patience inconnue.