« Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. »
arada,
etenesh wassié trio
— chronique
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par guillaume malvoisin
photo © DR
line-up
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Etenesh Wassié Chant
Mathieu Sourisseau Basse acoustique
Sébastien Bacquias Contrebasse
Fabien Duscombs Batterie sur 1, 2, 3, 5, 7, 8
Mathieu Werchowski Violon sur 1, 3, 4
freddy morezon
mars 2026
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Ce disque est grave. Très grave. Deux basses, un kick de batterie moelleux, et les arpèges d’un violon invité qui suivent la mise. Arada ne fait pas dans le protocole ni même dans la diplomatie, ce nouveau disque du trio Etenesh Wassié vous met au pied du mur. Avec des repères, emprunts au rock, au free. Avec de l’inconnu pléthorique, les continents du chant éthiopien. De Tezeta, sans doute plus familière, à la dramaturgie inlassable de Antchi Hoyé, de la frontalité géniale et presque éprouvante de Etetou ou Chegitou. D’une voix granuleuse, Etenesh Wassié tire le lien entre ces différents territoires, quand chaque musicien autour prend sa part de géographie sonore. Bien entendu, il y a les habitudes, le trio se crée en 2018, puis avance depuis en recherchant toujours ce qui peut tradi et musique libre occidentale. C’est ici qu’arrive la discrétion hexagonale d’un musicien comme Mathieu Sourisseau, toujours à jouer sur l’avant du temps d’une recherche inlassable du territoire de la base pseudo-acoustique. Écouter et voir Boucs!, Facteur Sauvage, ou plus particulièrement Reverse Winchester pour s’en rendre compte. Il y a la une science du récit, de la juste dose et une forme d’impatience indolente qui fait le lit des récits scandés et lyricisés par Dame Wassié. Grave, on le disait. Au sens où Arada impose une écoute tendue et fascinante, mais également au sens où la contrebasse posée, intranquille et maîtresse de soi, en contre-point par Sébastien Bacquias. Au sens aussi, du théâtre dont est capable un batteur comme Fabien Duscombs, quadrillant l’espace, motorisant l’ensemble et, plus loin, tribalant-remuant quelques impressions secrètes remises au jour plein. La croisée avec l’archet de Mathieu Werchowski, cf. Arada, n’enlève rien de la tension nécessaire à cette musique pour coller votre oreille à son monde. Bien au contraire, le violoniste se fond dans l’ensemble pour mieux les basses d’une inquiétude joyeuse. Peut-être y a-t-il dans ce disque, un peu de l’esprit frondeur et militant, que la scène frenchie doit à l’occitan spirit. Il serait trop simple de jazzocentrer des similitudes avec les grandes blueswomen comme Bessie Smith. La voix d’Etenesh volète ailleurs. Plombée et leste à la fois, comme les deux anges ailé·es de la pochette du disque, elle dramaturgise un sacré païen qui fait fi des seuls tracas humains, pour aller soigner d’autres recoins de l’âme, et ramener le corps à une sorte de joie inextinguible. Grave, et légère.