song over støv, chronique

song over støv, erlend apneseth

« En résulte, un disque paradigme, une longue périphrase qui s’ouvre sur des pizzicatis et se referment sur un ostinato tradi. Entre temps, il y aura eu des voix à l’unisson, des tempêtes où la danse mène son monde, des embrouilles entre cordes, des bagarres de soufflants. » song over støv,erlend apneseth— chronique —par guillaume malvoisinphoto © DR Song over støv de Erlend Apneseth line-up— Erlend Apneseth — violon Hardanger, direction+ 12 musiciens dontMats Eilertsen — contrebasseFrode Haltli — accordéonHans Hulbækmo — batterie, percussionsAnja Lauvdal — harmonium, synthétiseurHelga Myhr — violon Hardanger, chantVeslemøy Narvesen — batterie, percussions hubro recordsavril 2025— Pierres, feuilles, cailloux. Dans un entretien, à paraître dans le prochaine numéro de la version papier de PointBreak, le trompettiste Arve Henriksen nous rappelait l’importance de la nature pour les musiciens nordiques, présente dès l’enfance et irriguant nécessairement les musiques créées plus tard. Ce Song Over Støv, arraché au brouillard et à la poussière (støv, en norvégien) ne démentira rien de cela. Erlend Apneseth y célèbre les hybridations folk/trad/impro libre. Instrumentarium en interplay constant, structure des morceaux qui s’amuse de ses contours nébuleux, précisions de chaque instrumentistes embarqué·es dans l’affaire. « Ce qui m’importe, note le violoniste en marge de la sortie du disque, c’est que les musiciens s’approprient la musique, qu’ils s’y sentent intégrés et qu’ils puissent s’exprimer à leur manière. J’ai donc tendance à composer davantage pour des personnalités musicales que pour des instruments au sens traditionnel du terme – des personnes qui, je pense, découvriront quelque chose dans la musique que je leur propose. » Il s’agit bien de cela avec Song Over Støv, de la fameuse liberté dans le cadre, du dépassement des structures imaginées au préalable et remise en jeu par la seule personnalité de celleux qui en prennent la charge. En résulte, un disque paradigme, une longue périphrase qui s’ouvre sur des pizzicatis et se referment sur un ostinato tradi. Entre temps, il y aura eu des voix à l’unisson, des tempêtes où la danse mène son monde, des embrouilles entre cordes, des bagarres de soufflants. Des petites choses magnifiques et de larges envolées sublimes. Demande à la poussière, écrivait John Fante. Visiblement, elle est capable de répondre. infos +

another kind of suicide, chronique

another kind of suicide, zoe heselton

« Pas d’effets, pas d’enjolivures : une parole chantée, chargée, traversée. Il y a de la fatigue dedans, du feu aussi. Et de suite, ça crée un espace. Pas spectaculaire, mais sincère. Une sorte d’abri. Another Kind Of Suicide n’a rien de solitaire. C’est un travail collectif, tissé serré. » another kind of suicide,zoe heselton w/ sister outsider— chronique —par selma namata doyenphoto © Pauline Gouablin Another Kind Of Suicide de Zoe Heselton & Sister Outsider line-up— Zoe Heselton — voice, electric guitarInès Rousset — voice, bassMerve Salgar — tanburLiliane Chansard — voiceLise Barkas — hurdy-gurdyQuentyn Risjeterre — cowbellsHarutaka Mochizuki — saxophone autoproductionavril 2025— Zoe Heselton ne chante pas pour épater. Sa voix, grave et posée, vient de loin. Pas d’effets, pas d’enjolivures : une parole chantée, chargée, traversée. Il y a de la fatigue dedans, du feu aussi. Et de suite, ça crée un espace. Pas spectaculaire, mais sincère. Une sorte d’abri. Another Kind Of Suicide n’a rien de solitaire. C’est un travail collectif, tissé serré. Inès Rousset, à la basse et aux voix, fait le lien. Son jeu est souple, fin, jamais là pour se montrer, toujours pour servir le morceau. Le tanbur de Merve Salgar ajoute une tension nouvelle, une vibration qui trouble la ligne. Lise Barkas, avec sa vielle à roue, apporte des textures rugueuses, quasi-industrielles, loin du folklore. Et puis le saxophone de Harutaka Mochizuki surgit parfois comme une pensée qui fend l’air. Peu de notes, mais toujours au bon endroit. Les morceaux s’enchaînent sans chercher la démonstration. Salt Water Ritual installe l’ambiance : basse rampante, voix en cercles, atmosphère suspendue. Day By Day est plus lumineux, mais garde cette douceur tendue, comme une journée qu’on traverse en apnée. What I Am Doing Here? flotte entre deux états, avec le tanbur qui étire le temps. La chanson-titre, Another Kind Of Suicide, ne dure pas longtemps, mais dit beaucoup. Elle serre sans crier, et laisse un vide très précis après elle. Plus loin, Maybe It Is 3 AM déplie une fatigue familière. Pas celle qui plombe, mais celle qui fait voir flou. La vielle à roue y grince doucement, presque comme une alarme intérieure. A Game Of Chess s’installe comme un paysage mental : aucun couplet, aucun refrain, juste des mouvements calmes, une tension retenue. It’s Only Rain revient à quelque chose de dépouillé : guitare discrète, voix nue, quelques mots qui tombent juste. Breath By Breath est l’un des sommets du disque. Long morceau lent, presque méditatif, qui respire comme son nom l’indique. Le sax y glisse entre les silences, le temps s’étire, et tout tient. Le dernier titre, Changes, ferme l’album sans ponctuation nette. Rien ne se résout, mais quelque chose a bougé. Le son est sobre, naturel. Zoe Heselton, qui signe aussi le mixage, laisse aux instruments la place de sonner comme ils sont, sans tricher. Les voix ne sont pas polies, les souffles restent. Et même les cloches de vaches de Quentyn Risjeterre, a priori incongrues, trouvent leur rôle : un battement brut, qui ramène au sol. En parfait cousin sonore du 4.48 Psychose de Sarah Kane, Another Kind Of Suicide ne cherche pas à captiver. Il prend son temps, avance par frictions, sature parfois, puis se retire. Ce disque refuse les raccourcis, mais sait exactement où il va. infos +

traces, chronique

traces cosmic ear

« TRACES évite les codes usés du spiritual jazz tout en y restant connecté par l’écoute. Un disque collectif, vivant, et étonnamment lucide sur ses propres références. » traces, cosmic ear— chronique —par selma namata doyenphoto © DR TRACES de Cosmic Ear line-up— Christer Bothén – donso n’goni, clarinette basse, clarinette contrebasse, pianoMats Gustafsson – sax ténor, flûte, flûte coulissante, clarinette en lab, harmonica, orgue, électronique liveGoran Kajfeš – trompette, pocket trompette, synthétiseur, électronique, percussionsKansan Zetterberg – basse, donso n’goniJuan Romero – congas, berimbau, percussions we jazz recordsmai 2025— Revenir à Don Cherry aujourd’hui, c’est toujours un peu glissant. Trop de relectures passent par le filtre “jazz mystique sous acide” ou la flûte modulaire sur vinyle translucide. TRACES, premier album de Cosmic Ear, prend la tangente. Le disque ne cherche pas à citer Cherry, mais à repartir de sa logique : collectif, écoute, espace.On y retrouve Christer Bothén, clarinettiste basse au souffle granuleux, ancien compagnon de Cherry dans sa période suédoise — ici, il trace la colonne vertébrale du groupe. “Father and Son”, en ouverture, s’appuie sur l’un de ses motifs lents et mouvants, immédiatement épaulé par une basse fluide signée Kansan Zetterberg. Autour, les rôles tournent sans s’écraser. Mats Gustafsson, loin de ses habituelles saturations, passe ici en mode feutré : sax ténor, flûtes, clarinette en lab, harmonica et orgue se fondent dans la texture. Même logique chez Goran Kajfeš, qui injecte trompette et synthés par touches, comme pour ouvrir des fenêtres dans la matière. La pulsation vient de plus bas : Juan Romero, aux congas et au berimbau, garde le groove mouvant mais jamais rigide. Et au détour d’un morceau, un raclement percussif inattendu : Marianne N’Lemwo et son karignan (racloir métallique d’Afrique de l’Ouest), posée là comme une respiration brute. Tout ça reste d’une retenue rare. Même “Do It (Again)”, dédié à Sofia Jernberg, installe sa tension par étirement — longues lignes modales, respiration collective, présence sans ostentation. Rien n’est là pour faire “effet Cherry”.  Le mixage (Andreas Werliin) laisse tout ça ouvert : pas de collage, pas de saturation. On entend les interactions. Même l’objet suit le ton : insert clair, artwork sobre signé Bothén, sans ésotérisme visuel forcé. TRACES évite les codes usés du spiritual jazz tout en y restant connecté par l’écoute. Un disque collectif, vivant, et étonnamment lucide sur ses propres références. infos +

Sakte Film, chronique

sakte film geir sundstol

« Okay, cowboy, on ne cherchera donc pas à faire un disque comme Sakte Film dans le moindre tiroir. Au fond du fjord, les références, on s’attache à ce que qui se joue dans l’intimité de ce disque. L’amalgame. » sakte film, geir sundstøl— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Raymond Moksen Sakte film de Geir Sundstøl line-up— Geir Sundstøl (National Tri-Cone, Bulbul Tarang, Pedal Steel, Guitar-O-Lin, Marxophone, Logan String Melody, Casio PT-30, Guitare Teisco, Harmonica, Timbales, National Duolian, Casio SK-1, Minimoog, Juno-6, Suiko ST-100, Omnichord, Percussions, Optigan, Mandoline, Basse Électrique, Cloches Tubulaires, Vibraphone (avec Archet), Wurlitzer Sideman, Clavinet, Guitare Shankar, Harmonica Basse, Basse Six Cordes et Vocoder), Mari Persen (Cordes), Mats Eilertsen (Contrebasse), Hildegunn Øiseth (Trompette), Anders Engen (Batterie), Sanne Rambags (Voix), Erland Dahlen (Batterie, Percussions, Xylophone et Scie Musicale), Sunniva Shaw (Violoncelle), Håkon Brunborg (Alto, Violon et iPad), Erik Sollid (Cordes et Voix), Audun Erlien (Basse Électrique), David Wallumrød (Clavinet), Ivar Orvedal (parolier), Jo Berger Myhre (Contrebasse) hubro recordsmai 2025— FR.« I realized that it’s tricky—if not downright impossible—to categorize this music. If that’s the case, then I’ve achieved what I set out to do. » Okay, cowboy, on ne cherchera donc pas à faire un disque comme Sakte Film dans le moindre tiroir. Au fond du fjord, les références, on s’attache à ce que qui se joue dans l’intimité de ce disque. L’amalgame. D’aucun se sera vu enfouir dans la bouche ce genre de truc dentaire, l’amalgame. Mercure, étain, argent et cuivre. Précieux, dangereux, brillant. Ainsi va chaque morceau écrit par Geir Sundstøl depuis un petit paquet d’année désormais. Activiste des cordes, geek d’instruments (voir le line-up), compagnon fidèle et visiblement amoureux des grands espaces. Au sujet d’un disque précédent, Franck Bergerot jouait lui de l’amalgame, en joignant Coltrane, Brian Eno et Nils Petter Molvær. Ajoutons soigneusement Morricone à cet liste, et vous aurez une idée des climats ouverts, lyriques et synthétiques qui se chevauchent et s’épandent doucement dans Sakte Film. Doucement, évidemment, sakte film en français, c’est la slow motion du cinéma. Habitué des bandes sonores pour le TV et le ciné, Geir Sundstøl ne se refait pas avec ce disque et les différents tribute (Mats ou Divan) et collages qui en font le sel et le lit sont carrément cinématiques. Plusieurs plans sur lesquels placer son regard, travelling harmoniques en pâmoison, focus et zooms avant pas mal wellesiens. Hors-catégorie, pour mieux se faufiler vers le tympan, ce nouveau disque signé Hubro, laisse vibrer le moindre de vos souvenirs. US.« I realized that it’s tricky—if not downright impossible—to categorize this music. If that’s the case, then I’ve achieved what I set out to do. » Aight, cowboy, we’re not going to try to put ya record in any drawer. in the depths of a fjord, the references, let’s focus on what’s at stake in the intimacy of this record. The amalgam. Some will have seen this kind of dental trick buried in their mouths: amalgam. Mercury, tin, silver and copper. Precious, dangerous, brilliant. So goes every track written by Geir Sundstøl for quite a few years now. String activist, instrument geek (see line-up), faithful companion and obvious lover of vaste landscapes. On a previous album, jazz critic Franck Bergerot played the amalgam, too. Joining Coltrane, Brian Eno and Nils Petter Molvær. We should carefully add Morricone to this list, and you’ll have an idea of the open, lyrical and synthetic climates that overlap and spread gently across Sakte Film. gently, évidemment, sakte film in French, is the slow motion of cinema. Geir Sundstøl is no stranger to soundtracks for TV and film, and the various tributes (Mats or Divan) and collages that make up the album’s soundtrack are downright cinematic. Several planes to focus on, swooning harmonic tracking shots, Wellesian focus and zoom-ins. This new Hubro album is out of category, so that it can sneak up on your eardrums, leaving even the slightest memory vibrating. infos +

Tour Of Japan, chronique

tour of japan minyo crusaders

« Dès l’ouverture sur Hiroshima Kiyari Ondo, on est saisi par le contraste : la ligne vocale, tout en ornementation traditionnelle, fend un canevas bien calé entre clave, congas et cuivres tendus. » tour of japan, minyo crusaders— chronique —par selma namata doyenphoto © DR Tour Of Japan de Minyo Crusaders line-up— Freddie Tsukamoto : voixKatsumi Tanaka : guitareMoe : claviersSonoo : timbalesMutsumi Kobayashi : percussionsIrochi : congasKoichiro Osawa : sax, arrangements 180gjuin 2025— Deuxième disque pour les Minyo Crusaders, et changement de focale : après Echoes of Japan, patchwork de reprises folk japonaises sur fond de groove tropical, Tour Of Japan resserre le propos. On y entend un groupe plus soudé, mieux produit, qui creuse dans le détail les possibilités de collision entre min’yō (chant populaire japonais) et musiques afro-caribéennes. Dès l’ouverture sur Hiroshima Kiyari Ondo, on est saisi par le contraste : la ligne vocale, tout en ornementation traditionnelle, fend un canevas bien calé entre clave, congas et cuivres tendus. Mais ce n’est pas une « fusion » au sens lisse : les éléments restent parfois volontairement rugueux, comme sur Sado Okesa, où le phrasé vocal frôle l’incantation pendant que le groupe retient le groove, le distend. Côté arrangements, gros travail : Kiso Bushi prend des allures de descarga, alors que Kaigara Bushi lorgne vers la ballade jazz façon bolero halluciné, avec nappes de claviers vintage et soufflants en embuscade. On sent clairement l’influence de formations hybrides des années 50-60 (Tokyo Cuban Boys, Chiemi Eri…), mais avec une approche contemporaine du mix et de l’espace.Pas de surdémonstration non plus : les morceaux durent rarement plus de 6 minutes, pas de solo interminable, le groupe mise sur la tension collective. Le chant de Tsukamoto est frontal, sans fioritures inutiles, et donne du relief à des textes parfois vieux de plusieurs siècles.Bref, Tour Of Japan n’invente pas un nouveau genre, mais réussit à rendre audible – et dansant – un répertoire souvent confiné aux marges. infos +

Suites Z, chronique

suites Z, casimir liberski retrio

« Personne n’attendait ce disque, c’est ainsi qu’il en devient plaisant. Et très utile. Certes il ne filera aucune soluces aux joueurs perdus dans The Legend of Zelda mais il calmera quelques angoisses de geek égarés, prolongera de façon classe et douce un matin pour d’autres, amorcera une soirées pour d’autres encore. » suites z, casimir liberski retrio— chronique —par guillaume malvoisinphoto © DR The Z Suites de Casimir Liberski ReTrio line-up— Casimir Liberski — pianoJanos Bruneel — bassDiogo Alexandre — drums we release jazz !!avril 2025— Le pire et le meilleur. Vieille histoire, embrouillaminis charmants. Il y a eu la P-funk, la K-pop, le J-jazz. Il y a eu la Gen-Z, la generation Y, le X factor. Voici le Z-Jazz. Ajoutés depuis quelques années au Real Book américain, les scores nippon des jeux vidéo renvoient le jazz à leur césar. Celui qui règne sur un empire où ludique et exigeant, onirique et minutieux sont des mots qui vont très bien ensemble. Preuve supplémentaire avec ces Suites Z du Casimir Liberski ReTRio. We Release What The Fuck We Want est une fois de plus fidèle à son nom de label. Nintendo et la Légende de Zelda sont à l’honneur de ce disque. De l’épopée où l’émerveillement constitue la principale règle du jeu, le trio belgican en tire non pas un « voyage qui borde les frontières de je ne sais quel imaginaire », mais bien une cartographie personnelle et retorse. Tout échappe à la nécessité d’être, tout se joue sur le seul plaisir de la réinvention avant-pop. Personne n’attendait ce disque, c’est ainsi qu’il en devient plaisant. Et très utile. Certes il ne filera aucune soluces aux joueurs perdus dans The Legend of Zelda mais il calmera quelques angoisses de geek égarés, prolongera de façon classe et douce un matin pour d’autres, amorcera une soirées pour d’autres encore. Le jazz est créole, le jazz est perméable, le jazz est foutraque. Oui. Et cette resucée d’extraits tirés de The Legend of Zelda (1986), A Link to the Past (1991), Link’s Awakening (1993), et Oscarina of Time (1998) harmonise, sans nostalgie, exploration musicale et masterclasses du compositeur Kōji Kondō, géniteur des scores de Zelda. De quoi poser une pierre supplémentaire et plutôt cool, sur ce bon vieux tas de curiosités qu’est la culture populaire. infos +

Mortelle Randonnée, chronique

mortelle randonnée

« Sans doute pas assez avare en jeux de mots simplistes, comme celui de son propre titre, le disque, patient dans sa construction, étalée sur quelques années, est pourtant ingénieux et vivifiant. » la reine uphone, mortelle randonnée— chronique —par guillaume malvoisinphoto © @m12no La reine uphone de Mortelle Randonnée line-up— Sébastien Cirotteau trompette, pichotte, claviers, voixBenjamin Glibert guitares, basse, percussions, voixAndy Lévêque saxophone, flute, basse, claviers, voixClem Thomas batterie, glockenspiel, ukulélé, voixKaren Mantler voix et claviers (03, 07), harmonica (06), orgue (09) freddy morezonfévrier 2025— Tchip Tchip. Ces oiseaux-là volent bien au-dessus du marigot saumâtre des reprises et autres hommages qui inondent la scène improvisée, hexagonale et actuelle. Loin d’une relecture circonstanciée de l’œuvre de Carla Bley, Mortelle Randonnée en a fait son bizness. Foutraque, urgent, énervé, amoureux et prosaïque. Liste sélective qui résume d’ailleurs plutôt pas mal le corpus de Madame Bley (1936-2023), comme son rapport au jazz des années 60 aux années récentes. Ne pas oublier que le jazz, Carla l’a rencontré d’abord en tenant le vestiaire du Birdland à New York. Normal qu’elle aille, alors, le frotter au rock, au free, à la folk. On ne sait pas de quels vestiaires sort le quartet de Mortelle Randonnée, dont le nom fera facile le lien à Bley et au cinéma, mais son disque reflète une distance amusée similaire. Soit 10 tracks inclassables, tirés notamment de Tropic Appetites, de Dinner Music et d’autres recoins, comme cette revisitation frenchy de I Hate To Sing (1984). Amusée, bourrée comme un cabaret borgne, amusante. Et touchante. Tout le monde chante, ici, et chacun joue de ce qu’il connaît le mieux. C’est même ce qui relève ce disque si on le place sur la diagonale genevo-toulousaine des orchestres jazz-pop-foutraques, aux rangs on peut citer Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, Papanosh, Aquaserge ou encore Le Grand Silence, de la même maison Freddy Morezon. Mortelle Randonnée, un peu dada, parfois doudou, s’esquive par la maîtrise du collage bleyien dont il prolonge l’art vivace. Entendre, la longue pédale, d’un noir grimaçant, qui termine À Minuit, pour aller se cogner dans les pattes violentes agitées par Andy Lévêque sur L’Âne atonal. Sans doute pas assez avare en jeux de mots simplistes, comme celui de son propre titre, le disque, patient dans sa construction, étalée sur quelques années, est pourtant ingénieux et vivifiant. Par ses emprunts à Kurt Weill, par son amour des micros-cellules répétées et modulées à loisir, par ses règles du jeu constamment rebattues. Par la présence de Karen Mantler, aussi. Fille de et de, Karen gazouillait sur Tropic Appetites et les textes crypto-hippies de Paul Haines. C’est émouvant de la réentendre ici. Non pas comme un featuring pour se faire bien voir, mais comme une de ces petites madones posées discrètement au-dessus de certaines portes à Anvers. Pour ne pas payer l’impôt, d’abord, mais aussi pour veiller en douceur sur ceux qui entrent et sortent de la maison. Et la maison de Mortelle Randonnée, construite sur un maudit volcan, est bercée des meilleurs auspices. infos +

(n)Traverse, chronique

(n)Traverse Warren Walker

« On a bien les deux pieds dans les constituantes du jazz, sir. C’est électro, oui. Enfin, ça sonne électro, c’est certain. Mais Walker marche plutôt à côté. Dans les marges ou sur la tangente, ça ce sera selon votre chapelle. » (n)traverse, warren walker— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Bogdan-Mihai Dragot (n)Traverse vol.1 de Warren Walker line-up— Warren Walker saxophone, modular synths kyudo recordsmai 2021— FR.Sans tambour ni trompette. Ni contrebasse, ni piano, ni rien de live d’ailleurs. Mais Warren Walker est un type de jazz, il est aussi saxophoniste. À bien considérer comment l’instant est façonné, comment il est soumis à tiraillements et à prolongements, comment les ruptures provoquent surprises ou consternations consentantes (Antonin). On a bien les deux pieds dans les constituantes du jazz, sir. C’est électro, oui. Enfin, ça sonne électro, c’est certain. Mais Walker marche plutôt à côté. Dans les marges ou sur la tangente, ça ce sera selon votre chapelle. Mais dans cet à-côté Walker arpente une surface calme et toute entière livrée à ses pouvoirs d’évocation, à la force du synthé modulaire. Paysages, organismes et autres peintures, ce (n)Traverse en est pétri. Et sous cette surface, ça grouille. Proche du travail de Matmos sur le Vespertine de Björk, proche de ce qui rapprochait leur dentelle du jazz, justement. Ici, on est encore plus proche du vide, en équilibre juste au-dessus (Maestro). Suffisamment au-dessus pour avoir à se pencher cent, mille ou un milliard de fois sur ce disque pour en entendre toute la finesse et la richesse (Agni). Le genre de truc parfait à écouter posé, avec un verre de rhum brun vers 3h du matin. Au calme. Sans tambour ni trompette. US.Without fanfare. Without double bass nor piano or anything live by the way. But Warren Walker is a kind of a jazz guy. Considering how the moment is shaped, how it is subject to tuggings and extensions, how every break causes surprises or happy consternations (Antonin). We have both feet in the constituents of jazz, sir. It’s electro, yes. Well, it sounds electro, for sure. But Walker goes rather sideways. In the margins or on the tangent, that will be according to your chapel. But in this sideways Walker strides that calm surface entirely dedicated to its power of evocation. Landscapes, organisms and other paintings, this (n)Traverse is full of them. And underneath this surface, it’s swarming. Close to the work of Matmos on Björk’s Vespertine, close to what brought their lace closer to jazz, precisely. Here, we are even closer to the void, in balance just above (Maestro). Enough above to have to bend over a hundred, a thousand or a billion times on this record to hear all its finesse and richness (Agni). The perfect kind of thing to listen to, laid down, with a glass of dark rum around 3am. Quietly. Without fanfare. infos +

AFIM, chronique

[et_pb_section fb_built= »1″ _builder_version= »4.27.0″ background_color= »#5a3170″ min_height= »407.7px » custom_padding= »68px||0px||| » global_colors_info= »{} »][et_pb_row column_structure= »1_2,1_2″ custom_padding_last_edited= »on|phone » _builder_version= »4.27.0″ width_tablet= »90% » width_phone= »90% » width_last_edited= »on|phone » max_width= »70% » custom_margin= »||||false|false » custom_margin_tablet= » » custom_margin_phone= »0px||||false|false » custom_margin_last_edited= »on|phone » custom_padding_tablet= » » custom_padding_phone= »0px||||false|false » animation_style= »fade » global_colors_info= »{} »][et_pb_column type= »1_2″ _builder_version= »4.16″ global_colors_info= »{} »][et_pb_image src= »https://pointbreak.fr/wp-content/uploads/2025/06/a1939148540_16.jpg » alt= »Lagon Nwar » title_text= »a1939148540_16″ url= »https://mr-bongo.bandcamp.com/album/afim » url_new_window= »on » _builder_version= »4.27.4″ _module_preset= »default » box_shadow_style= »preset2″ 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text_font_size_phone= »70px » text_font_size_last_edited= »on|phone » global_colors_info= »{} »] AFIM [/et_pb_text][et_pb_text content_last_edited= »off|desktop » _builder_version= »4.27.4″ text_font= »Blackout midnight|300||||||| » text_text_color= »#FFFFFF » text_font_size= »50px » text_line_height= »1em » custom_margin= »0px||4px||false|false » custom_padding= »0px||0px||true|false » text_font_size_tablet= »80px » text_font_size_phone= »70px » text_font_size_last_edited= »on|phone » global_colors_info= »{} »] Ze Ibarra [/et_pb_text][et_pb_text _builder_version= »4.27.4″ text_font= »Roboto|100||||||| » text_text_color= »#ffffff » text_font_size= »28px » text_line_height= »1.2em » custom_margin= »1em||||false|false » custom_padding= »||||false|false » global_colors_info= »{} »] juin 2025Mr Bongo [/et_pb_text][et_pb_divider color= »rgba(255,255,255,0.53) » divider_style= »dotted » divider_position= »center » _builder_version= »4.27.0″ max_width= »52% » module_alignment= »left » 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transform_scale__hover= »90%|90% » filter_hue_rotate__hover_enabled= »on|desktop » filter_hue_rotate__hover= »93deg »] ↓ [/et_pb_text][/et_pb_column][/et_pb_row][/et_pb_section][et_pb_section fb_built= »1″ custom_padding_last_edited= »on|phone » module_id= »txt » _builder_version= »4.27.4″ background_color= »#ffc9c9″ custom_margin= »||-6em||false|false » custom_margin_tablet= » » custom_margin_phone= »||0px||false|false » custom_margin_last_edited= »on|phone » custom_padding= »||||false|false » custom_padding_tablet= » » custom_padding_phone= »||0px||false|false » global_colors_info= »{} »][et_pb_row column_structure= »1_2,1_2″ _builder_version= »4.27.4″ width= »60% » width_tablet= »90% » width_phone= »90% » width_last_edited= »on|phone » custom_padding= »0px||||false|false » global_colors_info= »{} »][et_pb_column type= »1_2″ _builder_version= »4.16″ global_colors_info= »{} »][et_pb_code _builder_version= »4.27.4″ _module_preset= »default » text_orientation= »center » module_alignment= »center » custom_margin= »1em||||false|false » global_colors_info= »{} »]AFIM de Zé Ibarra[/et_pb_code][/et_pb_column][et_pb_column type= »1_2″ _builder_version= »4.16″ global_colors_info= »{} »][et_pb_text _builder_version= »4.27.4″ _module_preset= »default » text_text_color= »#000000″ text_font_size= »18px » global_colors_info= »{} »] Line-up —Zé Ibarra : chant, guitareLucas Nunes : claviersAlberto Continentino : basse Thomas Harres & Daniel Conceição : batterie Jaques Morelenbaum : cordes [/et_pb_text][/et_pb_column][/et_pb_row][et_pb_row _builder_version= »4.27.4″ width= »60% » width_tablet= »90% » width_phone= »90% » width_last_edited= »on|phone » custom_padding= »0px||||false|false » global_colors_info= »{} »][et_pb_column type= »4_4″ _builder_version= »4.16″ global_colors_info= »{} »][et_pb_text _builder_version= »4.27.4″ _module_preset= »default » text_text_color= »#000000″ link_font= »Roboto||||on|||#000000| » link_text_color= »#000000″ global_colors_info= »{} »] On l’a connu dans Bala Desejo et Dônica, on l’a entendu aux côtés de Milton Nascimento, et jusque-là, Zé Ibarra avait surtout brillé en collectif. AFIM, c’est son deuxième disque solo, et cette fois, il creuse son propre sillon : plus dense, plus nuancé, et surtout plus personnel. Pas d’effet de manche : Infinito em nós démarre doucement, avec des accords qui se dérobent, une basse qui serpente et des nappes qui tremblent. Rien n’est appuyé, mais tout est précis. Ibarra ne cherche pas l’impact immédiat — il laisse les morceaux s’installer doucement, comme des espaces à traverser. Segredo, reprise d’un morceau indie de Sophia Chablau, est un bon exemple de sa manière de s’approprier un matériau sans le lisser. L’original était brut, un peu nerveux ; ici, le morceau devient plus spectral. La voix est mixée très proche, les cordes (encore une fois signées Morelenbaum) enveloppent sans surcharger. On est dans quelque chose d’étrangement doux, mais jamais plat. Dans Transe, il assemble des éléments très codifiés de la MPB – guitare syncopée, chœurs feutrés, batterie légère – mais y introduit des couches sonores qui évoquent une logique plus pop contemporaine : delays, textures filtrées, progression presque cinématographique. Le plus massif, c’est Essa Confusão : cordes, vents, montée progressive, grand final maîtrisé. On pourrait craindre l’excès, mais ça reste tenu. Même dans les morceaux les plus orchestrés, l’album garde cette clarté : chaque son a sa place, aucune surcharge.Pas de clin d’œil nostalgique, pas de pose « tropicaliste 2.0 » : AFIM tient par l’écriture, les arrangements et le soin apporté au son. Sobre, cohérent, et franchement réussi. [/et_pb_text][et_pb_text _builder_version= »4.27.4″ text_font_size= »16px » link_text_color= »#FF6600″ custom_margin= »5%||||false|false » custom_padding= »||||false|false » global_colors_info= »{} »] —Selma Namata— [/et_pb_text][/et_pb_column][/et_pb_row][/et_pb_section]

Un Journal, chronique

Un Journal, manoeuvre

les disques de la semaine un journalmanoeuvrejuin 2025
L’Engeance↓Line-up 
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Nicolas Virey — vielle à roue, composition
Hugo Jannet — batterie, guitare, voix, composition, textesÀ rebours. Ainsi va la voix entendue au fil d’Un Journal. Métronomique, contrainte au possible, cadencée serrée, antinomique. Manœuvre semble avancer ainsi. Loin de l’exercice de la lecture illustrée, d’un texte mis en musique, loin aussi du théâtre sonore. Travaillée comme elle l’est, dans un son taillé au ciseau, une écriture tendue, la voix décentre et décadre les 5 plages du disque. Moteur ? Non pas vraiment. Récit ? Pas vraiment non plus. Mais matière, absolument, rythme aussi. Groove plein de lymphe, régularité scansive se frottant à celui de la battue, simple et libre, à celui du bourdon, à celui des montres et des « roseaux jaunes ». C’est même là tout l’intérêt et la modestie de ce duo. Nicolas Virey et Hugo Jannet font feu de leurs expériences meurtries au travail pour créer, à la main, et dans la grâce d’un studio idoine, ce Journal. Pendulaire, têtu dans ses drones et ses « secrètes raisons ». Les mots indiquent et pointent, les instruments, nombreux, propulsent, évoquent et pointent, à leur tour. Vers un ailleurs, hors de cet endroit où l’esprit a ruminé un paquet de jours et de mois, au-delà d’une géographie personnelle. Les onde sont longues, les références nombreuses, la sensibilité étrangement paisible. Sans doute comme certaines colères savent l’être pour ne déranger personne. Un Journal, ainsi, ne dérange pas. Il provoque. L’adhésion, l’inconfort et, forcément un peu aussi, le voyage. Les paysages qui s’alignent deviennent alors universels, réinterprétés à l’envi, par l’auditeurice. À rebours de soi.—
guillaume malvoisin
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