« Dès l’ouverture sur Hiroshima Kiyari Ondo, on est saisi par le contraste : la ligne vocale, tout en ornementation traditionnelle, fend un canevas bien calé entre clave, congas et cuivres tendus. »
tour of japan,
minyo crusaders
— chronique
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par selma namata doyen
photo © DR
line-up
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Freddie Tsukamoto : voix
Katsumi Tanaka : guitare
Moe : claviers
Sonoo : timbales
Mutsumi Kobayashi : percussions
Irochi : congas
Koichiro Osawa : sax, arrangements
180g
juin 2025
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Deuxième disque pour les Minyo Crusaders, et changement de focale : après Echoes of Japan, patchwork de reprises folk japonaises sur fond de groove tropical, Tour Of Japan resserre le propos. On y entend un groupe plus soudé, mieux produit, qui creuse dans le détail les possibilités de collision entre min’yō (chant populaire japonais) et musiques afro-caribéennes. Dès l’ouverture sur Hiroshima Kiyari Ondo, on est saisi par le contraste : la ligne vocale, tout en ornementation traditionnelle, fend un canevas bien calé entre clave, congas et cuivres tendus. Mais ce n’est pas une « fusion » au sens lisse : les éléments restent parfois volontairement rugueux, comme sur Sado Okesa, où le phrasé vocal frôle l’incantation pendant que le groupe retient le groove, le distend. Côté arrangements, gros travail : Kiso Bushi prend des allures de descarga, alors que Kaigara Bushi lorgne vers la ballade jazz façon bolero halluciné, avec nappes de claviers vintage et soufflants en embuscade. On sent clairement l’influence de formations hybrides des années 50-60 (Tokyo Cuban Boys, Chiemi Eri…), mais avec une approche contemporaine du mix et de l’espace.
Pas de surdémonstration non plus : les morceaux durent rarement plus de 6 minutes, pas de solo interminable, le groupe mise sur la tension collective. Le chant de Tsukamoto est frontal, sans fioritures inutiles, et donne du relief à des textes parfois vieux de plusieurs siècles.
Bref, Tour Of Japan n’invente pas un nouveau genre, mais réussit à rendre audible – et dansant – un répertoire souvent confiné aux marges.