« Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche. »
—
par Antonia Barot
photo © Eliott De Sousa
autoprod
modulor
mai 2026
—
Une pieuvre dans un seau. Le titre du troisième album de Surprise renvoie à une créature sensible, à l’intelligence immense, condamnée à tourner en rond. Débordement impossible, émotions à l’étroit. Sous une fausse douceur, l’artiste joue des contrastes dans ses mélodies et ses visuels. Dans une logique DIY très anglo-saxonne, Surprise gère depuis trois ans sa musique de manière quasi autonome. Rap ou pop, pourquoi choisir ? C’est dans l’entre-deux qu’elle se stabilise : une voix qui traîne volontairement, vite rattrapée par une scansion plus sèche.
Éloigné d’une industrie musicale qui tourne en boucle comme un mauvais scroll, le disque met en tension solitude et notoriété, à la fois ressentis personnels de l’artiste et symptômes d’un système. Dans Seule au monde, elle balance « J’suis pas une star, t’façon, ça changerait quoi ? À part de chialer moins. Fuck toute cette industrie d’TikTok qui rêverait juste de m’changer, moi. »
Romance et nostalgie oscillent ensemble dans ce onze titres. Gros crush pour 2018, morceau-réminiscence des années lycée, entre grisaille adolescente et premières fois qui collent à la peau. Stan, lui, apporte une énergie plus nerveuse. Ça claque. Sur Faible, unique featuring de l’album, Surprise et ADVM déroulent une romance bancale à deux voix. La prod, ronde et entraînante, fait presque oublier la mélancolie du texte.
Sur Hamster mort, les animaux de la rappeuse deviennent le reflet de ses histoires d’amour : « J’ai eu trois hamsters, ils sont tous morts, j’ai eu un chat, il a fugué. J’ai eu un chien, ma mère l’a tèj, elle voulait plus s’en occuper. J’ai repris un chat avec mon ex, bien sûr, il l’a gardé ». Les animaux gardent le contrôle du dernier track. Animal referme le disque sur des arrangements orchestraux félins. Générique de fin ou bande-annonce. Surprise façonne un peu plus son identité musicale, plus nette, toujours traversée par une désinvolture assumée, addictive, qui reste longtemps en tête après l’écoute.