rap ville : memphis, tn.

En Amérique, dans les années 90, chaque ville avait sa scène hip-hop. Une identité sonore qui s’exposait du sud au nord, de l’est à l’ouest. Chaque mois, on met le nez dans une chanson de rap ou sur un disque qui illustre à merveille ce principe. Pour ce sixième épisode de Rap Ville, on bloque sur une ville majeure du rap jeu des 90’s : Memphis, Tennessee. Une scène qui sortait des sons trap avant qu’on appelle ça de la trap. Et où on ne s’emmerdait pas avec la qualité des enregistrements.

« Bloody mess and bloody sink, bloody hands, bloody pants,
Wasn’t shit different when I moved in South Memphis. »
– Tommy Wright III

On l’a déjà répété ici, dans les années neuf-zéro, les yeux du grand public lorgnaient irrémédiablement sur des artistes de rap en provenance de New York ou Los Angeles. Alors que Memphis proposait aussi des disques incroyables de chansons sentimentalo-gangsta. Explications.
À cette époque, le groupe phare de cette ville portuaire du Tennessee s’appelle Three 6 Mafia. Il est mené par le duo DJ Paul et Juicy mais le véritable patron, la légende de Memphis porte le même prénom que son père, et que son grand-père. Tommy Wright III, ou Tommy Wright 3ème du nom, est le fils de Tommy Wright Junior et Erma Lewis. Il a grandi dans un quartier essentiellement noir au sud de Memphis, à Whitehaven. La ségrégation y a laissé des traces. En 1860, les registres du quartier comptent 653 personnes blanches, un Noir et 1.671 esclaves.

flow pimpé sur une mobylette.

Atlanta

On a tendance à le reconnaitre facilement, Tommy, avec ses pochettes d’album délirantes, sa très grosse voix, son flow pimpé sur une mobylette qui roulerait à vive allure, et ses beats d’outre-tombe. Tommy, c’est aussi des chansons qui parlent souvent de la mort, du trafic en tout genre, et du fait d’être constamment en alerte pour éviter les flics ou un gang rival. Son label se nomme Street Smart Records. Traduction : la débrouillardise, la ruse, la connaissance des tuyaux de la rue.
L’homme aux cheveux toujours bien plaqués sur le crâne est aussi un fidèle représentant de sa ville, M-town. Le berceau du blues, celui-là même qu’Elvis a mis sur une carte. Avec ses 600.000 habitants (sans l’agglo), Memphis est la deuxième ville du Tennessee, derrière Nashville. Posé sur la rive orientale du fleuve Mississippi (astuce mnémotechnique : 4S2P), M-town est le trait d’union entre les bayous marécageux de la Louisiane et la vibe européenne de La Nouvelle-Orléans. Le climat y est quelque peu tropical et humide, avec des étés très chauds.

— vue aérienne de Memphis. © DR

« B-I-G woulda probably gave you ‘One More Chance’,
But not me, on my tone, get the phone,
Dial 911 and reserve you an ambulance »

Dans Last Alternative, tiré du classique On The Run (1996), Tommy La Bagarre s’époumone avec ses acolytes La Chat et Project Pimp pour nous raconter à quel point il peut vous mettre une branlée très facilement. Le tout sur une petite ritournelle de piano en boucle qui vous prend aux tripes. Tommy Wright gueule des horreurs sur une prod’ mal mixée et qui donne envie de se repasser le fil de sa vie en trois minutes. Sur ce titre, les charleys claquent frénétiquement au rythme des saloperies proférées par Tommy Wright. Chacune de ses fins de phrase est un coup poing dans les côtes. Le couplet de La Chat, rappeuse de Memphis proche de Three 6 Mafia, semble avoir été enregistré depuis une cabine téléphonique en train de prendre feu. La partition du dernier larron, Projet Pimp, se joue sans respiration, comme pour nous garder la tête sous l’eau jusqu’au bout. Avec Last Alternative, on cherche à nous adoucir grâce à deux ridicules petites notes de de piano. Alors qu’en réalité, c’est la merde et on a envie d’écouter ça les bras sur les genoux, recroquevillé au fond du garage. Sentimentalo-gangsta, on disait.


  • Pierre-Olivier Bobo

— Last Alternative par Tommy Wright III (1996)

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