Twerk et sandwich local

VYV Festival, à Dijon
vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 juin

par | 14 Juin 2023 | concerts, articles

Phoenix au VYV Festival © Vincent Arbelet

3 jours au VYV Festival. Pointbreak a fait le snake entre les gouttes à la Combe à la Serpent. Bon son, bonne bouffe et reustas en balle. Ça, ça clique mon pote.

Vendredi 9

19:00
Sortir du travail. Déposer ses affaires. Lacer ses baskets. Objectif : poncer le VYV Festival. Navettes gratuites. Du monde, pas mal de monde. Je monte dans un des  bus, il grimpe à allure timide et retarde les autres. Le plaisir de festival, ça se mérite. Patience. Dépose des festivaliers pile à l’heure pour le premier concert. Éloi est ponctuelle, elle aussi. Pas même le temps de demander du feu aux deux musicfans assis par terre. Ils s’enfuient déjà comme deux petits poulets pour être au premier rang. Ils ont raison. Le futur n’attend pas. Surtout quand il a la gueule de l’hyperpop, genre musical qui mélange sans rougir rap lo-fi, musiques électroniques, rock et finit par s’emparer des codes d’internet. Tranquille. On aime ou on déteste. Au choix. Enfin presque, Éloi ne laisse guère le choix. Elle est de celles qui maitrise le mieux cette vibe. Mégaphone au poing : « J’te demanderais jamais la permission ». Ok, le ton est donné. Dégaine glitter-grunge, attitude spontanée et décomplexée. Côté lifestyle, coté musique, ce sera auto-tune à fond, guitares électriques bien senties, drum&bass et quelques notes saturées. Ça tabasse. Au premier rang donc. Avec les teenagers au max. Plus loin, quelques curieux plus âgés semblent plus hésitants. Tout le monde semble connaitre pourtant Jtm de ouf ou Soleil mort. D’autres musiques pas encore dispos sur les plateformes déclenchent pourtant des mouvements de têtes, magie des réseaux, sans doute.

21:00
Autre scène, autre ambiance. On a calé cette première journée sous les oracles électroniques. D’accord, pas de soucis. Polo & Pan sont là pour ça. Mood tropical-rooftop d’afterwork parisien. Les deux DJ trônent au milieu, derrière c’est plein de couleurs vives balancées sur grand écran. Ça provoque le ciel gris qui menace et c’est classe. Bon enfant, l’ambiance. Immersion dans une cour de récrée pour adultes en détente. Quand Ani Kuni et Canopée sont jouées, ça sort les téléphones et ça snap. Le groupe fête ses 10 ans, cette année. Ça se compte avec le paquet de stories inondées par leur tube de chaque été. Retour à juin 2023. Le set est très calme, avec ici et là quelques moments plus costauds. Bien vu Polo, cimer Pan, c’est nickel pour se chauffer et enchainer avec la suite de la soirée.

22:30
Danser, c’est cool, c’est marrant trois heures, mais putain ça creuse. On fonce du côté de la restauration locale. Pit-stop au stand de La Menuiserie pour un sandwich bien mérité. Ça se cale ensuite devant la scène où Moderat grimpe pour se régaler. Musique électronique planante, on dodeline, on profite, on ferme les yeux. Quelque chose les fait se rouvrir. Fuck, il pleut. Ça ne dérange personne, parfait. Le son est atomique. Les 3 cocos du combo sont derrière leurs machines, concentrés comme du lait sur le feu. Ils jouent pourtant. Ensemble, vraiment. De l’électro berlinoise tout chill qui tire un peu sur la pop. L’un d’eux complète la session très classe à la voix. Show assuré, fans jubilés.

00:30
Scène de la Friche, on pose une oreille sur le local boom-boom. CHKT et RISK, chauffe les têtes de la fosse. Ça se secoue. Tout va bien. On termine en recevant le maitre de la ville. Nope, pas DJ Rebs mais l’autre boss de la Cité. Le seul Dijonnais avec Simon Astier à percer à l’International. On parle de Vitalic. Accueil de rockstar malgré la pluie. Dans le public, ça sent l’humain transpirant et le chien mouillé. On verra plus tard pour la coquetterie et la propreté, l’heure est à la fête. Tant pis ou tant mieux si c’est un peu sale. À vous de voir. Ce qui est certain, ce sont les lights qui réfléchissent autant qu’un philosophe. Faisceaux filtrés par trois énormes miroirs, aller-retours lumineux au-dessus d’un set pas moins lumineux, lui aussi. L’ambiance électro est certes plus dark que le show précédent mais ça tape comme il faut. Les petits cœurs vibrent sous les basses, les pieds bougent, obligé. Climax de ce premier jour. Il est l’heure de rentrer. Les jambes sont douloureuses. Merci les navettes du retour.

Eloi le 9 juin 2023 au VYV Festival © Vincent Arbelet

Eloi © Vincent Arbelet (VYV festival, 9 juin 2023)

Samedi 10

16:30
Deuxième jour. La pluie de la veille n’a pas refroidi la température du site. Ça reste chaud. Très chaud. Bien joué le nom VVY, c’est le festival des beaux-jours. Arrivée sur le site, accueillie par un vigile un peu trop autoritaire. Vénère comme O?NI qui inaugure cette journée au line-up carrément rap.

17:00
Franchement, il en faut pour jouer en premier dans un festival. Défi relevé sans souci pour le petit prince du rap made in 2.1. Le public s’enflamme sur la drill du rappeur bouillant. Bouillant ? Oui mais pas de panique, le DJ dégaine un pistolet à eau et arrose la foule. Sur scène, c’est l’ekip, c’est normal. Dijon, c’est leur terrain. O?NI se retrouve torse nu, enchaine les allers-retours sur le plateau. Cardio de footeux pour faire sauter et pogoter la fosse. Tout le monde sort lessivé et la nuit est encore loin.

17:30
En festival, on aime les découvertes, on aime les surprises. Le genre de groupes devant lesquels tu te poses sans grande conviction, sans trop savoir, et qui te mettent au final une bonne grosse claque. Jan Verstraeten fait partie de ceux-là. L’univers du type est complètement délirant. Musiciens en costumes roses, lui en costume blanc, plus un bonnet de type souris animée, vissé sur la tête. Tout est complètement what the fuck. Il parle de son amie Lucie qu’il veut accueillir sur scène. Lucie, c’est un lama en peluche sur lequel Jan le braque s’assoit pour interpréter l’un de ses titres façon piano-voix. Sa pop est douce, agrémentée de violon, violoncelle, basse et batterie. C’est super enfantin et tout à fait creepy. Une légèreté prise au sérieux, c’est classe. La vibe est joyeuse, entrainante mais aussi très nostalgique. Un gloubiboulga, un n’importe quoi mais avec une très belle allure.

20:00
Retour au rap. Quasi un ancien dans le game, mais depuis son dernier album L’Amour, Disiz s’adresse au cœur des plus jeunes. Dix minutes avant le début du show, les fans s’agglutinent devant la scène. Espérant prendre la meilleure place pour admirer celui qu’il faut voir en 2023. Dès le début, quelque chose frappe, il y a des instruments sur scène. Batterie, deux claviers, guitare acoustique, guitare électrique. Ok, donc vrai show live. Ça change des concerts où la prod tourne en fond et où le rappeur performe seul-tout. Ça fait du bien. « Vous êtes prêts pour les émotions ? On va parler d’amour, hein ! », ok D., tout est dit. Saisissant, d’emblée, les émotions qu’il incarne et porte sur le visage. À deux doigts de pleurer, il fait la grimace sur les musiques les plus tristes de son dernier disque. Suit la détermination et les sourcils se froncent. Disiz se lève de son tabouret et débite les lyrics issues de ses anciens albums. Splash, Carré Bleu, Autre espèce. Pour finir, il se la joue dragueur. Gueule d’ange. Les fangirls crient. Il sait qu’il plait et en joue. Les chansons de charmeurs font tourner la tête. Bonne grosse dose de love, mais le reste est encore à venir avec le concert suivant.

21:30
Du rap et de l’amour, on a dit. Master of love, le gars Luidj. Le mec est connu pour ça. Un amour plus sombre, plus deep, plus intime que celui de Disiz, dans le public pour ne rien rater du set de son collègue. Il fait nuit noire. Les lights rouges se mêlent à la fumée offrent une petite vibe sexy et diabolique. Plus sombre, plus deep, on a dit. On voit à peine les silhouettes. Celle du rappeur et celles du pianiste, du DJ, et du batteur. Atmosphère toute douce, concert de coton. À la limite du jazz, la voix brute de Luidji se marie parfaitement aux quelques notes de sax sorti des backings. Certains disent que c’est le Drake français. Pas loin d’y croire. Fin du set, roses dans le public. On repart avec « plus d’amour et moins de stress ». Pas mal.

23:30
Même scène, une heure plus tard. Meryl. Méconnue dans le rap jeu et pourtant. Pas loin de clamer qu’elle est la vraie reine du rap français. Ok, elle est toplineuse pour SCH, Niska, Shay ou Le Juiice, mais elle est surtout une bête d’artiste. Une bête de scène. Un phare qui éclaire le plateau, les musiciens autour de celui-ci. Elle, galope avec une énergie de zinzin. Pendant une heure, elle tient la scène, ne lâche rien. Jamais. Ni personne. Tempête de style et d’influences musicales. Elle passe partout : reggae dancehall, rock, zouk, trap. Couteau suisse de la musique, Meryl. Bien mieux que l’autre, l’ancienne, la Macha des sans-sommeil. Elle réveille, les troupes et les morts. Sa voix percute les tympans avec ou sans autotune. Et dans le public, forcément ça twerk. Les paroles sont en créoles mais la vibe dépasse la langue. Personne ne reste de marbre. L’antillaise assure. Fin de journée. C’est mérité.

Vyv Festival 2023

Dimanche 11

16:00
C’est dimanche et dehors, il pleut à sauts. Dernier jour du festival. La fatigue est là, aucune envie de sortir. Mais un simple nom motive à enfiler son anorak et à se mouiller sans prendre l’eau. Arrivée sur le site sans embuche, et avec le soleil. Ouf.

18:30
« Check. Look. » C’est le signal qui prouve que Loyle Carner est en vie et en sang devant nous. Dès le départ, le timbre de sa voix transperce le coeur. Mortel rencontre. Ensuite c’est sa gestu qui parle. Le britannique rappe comme un italien. Avec les mains, avec sa casquette. Ça cause beaucoup en scène, mais ça laisse toujours la place aux musiciens. Solos très cool, guitare et trompette à tour de rôle. Ambiance Jazz et Soul. Du rap chill, des textes soignés loin des habitudes énervées de la drill des artistes UK du moment.

20:00
Prestance au max. Costard noir, cap noire brodée intérieur rouge, micro en or. Magicien ? Fakir ? Michel Drucker dans un vieux Champs-Elysées à la télé ? Nope. Juste Gabriels qui entre dans la place. Et nous ouvre les portes de son église. Une heure de chant, une heure de voix surpuissante, une heure de gospel. Trois choristes pour l’accompagner parfaitement dans sa douceur et dans sa force. Le charisme pète les scores. La bonne humeur se propage comme une étincelle dans un bidon d’essence. Explosion de joie. Ça tape des mains, ça se trémousse. Un problème technique ? Même pas peur. Le roi trône sur son show au d’une reprise de Withney Houston a capella. What else ? Nothing.

21:00
Celle qui représente aujourd’hui la France à l’étranger était là pour clôturer le festival. Alors, non. Pas La Zarra et sa grande bouche. Pas Moyen. Mais celle qui rameute sur son seul nom toutes les générations. Tout le monde est là. Des enfants, des ados, des adultes, des grands-parents. Très famille, ce petit rap de fin de festival. Chacun est là pour danser sur le son de l’unique et la grande Aya Nakamura. Sur scène, il y a des musiciens, des danseurs, des choristes. Le petit monde d’Aya est millimétré, show à l’américaine. Aya rayonne. Aya flamboie. Brushing que personne n’oserait lui reprocher, on l’imagine sculpté au ventilateur. Zéro playback, elle chante en live. On reste bouche-bée devant sa voix impeccable. Pour la recette, c’est simple, une heure de show, une heure de tubes interplanétaires repris par un public hystérique. Dja dja rien de mieux pour achever sa propre voix et creuser son gosier après 3 jours de festival. Allez, une cuillère de miel et au lit.


Florentine Colliat
photo © Vincent Arbelet
d’autres photos sont à retrouver sur la page FB du VYV Festival

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