La Sido, chronique

La Sido

« Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce. » la sidothéâtre piccolo, châlon-sur-saône,28 octobre 2024— chronique — Chronique live du concert réalisé au Théâtre Piccolo,Soirée organisée par la cie La Roue Voilée en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Clément Vallery line-up— Sidonie Dubosc VoixSimon Hannouz Saxophone alto Brice Parizot TromboneSamuel André TrompetteAntonin Néel PianoJonathan Chamand ContrebasseVictor Prost Batterie La Sido, volume II. Les jeunes pousses du bassin chalonnais prennent quasiment les mêmes, et recommencent. Ayant jeté leur dévolu sur Léo Ferré et Boris Vian en 2018, la bande à Sidonie Dubosc revient avec un répertoire imaginé comme une rencontre entre Barbara, Anne Sylvestre et Colette Magny. Toujours aussi omnivore musical, Pierre-Antoine Savoyat a réarrangé pour septet de jazz,  les trois répertoires éclectiques. Façonnement sous sa plume d’une version doo-wop pop Dent de Loup , d’un Boa sonnant reggae, d’un latin Trop tard pour être une star. Large place aux ballades et à l’intime tant dans les tuilages de timbres que l’équilibre arrangements-voix. Et c’est de cette scénographie qui alterne musique et archives audios des grandes dames de la Chanson Française, jouant tant sur la tendresse que la réminiscence, que nait l’énergie qui unit les sept Sido. Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce.    infos +

Hugo Diaz Quartet, chronique

Hugo Diaz Quartet

« L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. » hugo diaz quartetnevers,13 septembre 2024— chronique — Soirée de présentation du D’Jazz Nevers Festival,En partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © France Télévisions line-up— Hugo Diaz Saxophone et compositionAlexandre Cahen PianoVladimir Torres ContrebasseLouis Cahen Batterie Pop, malin et léger. Hugo Diaz a beau faire le modeste, il touche quelque chose du jazz de notre époque avec ces Confluences. Quelque chose qui navigue entre le lyrisme délicat et l’écriture légère, propre aux compositions de cet opus et à ce concert. L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. Flotte entre les petits riffs qui entrecoupent les improvisations, petits bouts de mélodies. La rythmique du bisontin Vladimir Torres et des frères Cahen se cale parfaitement dans l’imaginaire tissé par Diaz. Et Le sopraniste de s’amuser des décalages, des passages lyriques entre lui et Alexandre Cahen, du drive du jazz classique sur des thèmes de soprano sous effets. Le répertoire de Confluences est pêle-mêle, comme ce qui se joue habituellement entre la tradition et la modernité, certes. Mais aussi de cet éclectisme qui nourrit les musiciens de jazz d’aujourd’hui, un tryptique jazz, classique et pop qui se dévoile sur scène. Prenant, oui. Réjouissant, assurément. infos +

Petit Géant, chronique

Petit Géant

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantdarius club/le boeuf sur le toit,lons-le-saunier, 30 mai 2024— chronique — Soirée du Couleurs Jazz Festival,en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie Joli et vrai oxymore que ce nom de groupe, Petit Géant. Pierre Genin l’incarne parfaitement. Lui,  compositeur et guitariste, sensible et solaire, tendre et sincère, à la manoeuvre pour des thèmes en souplesse et en douceur, aidés par le son du jeu de guitare aux doigts. Avec Petit Géant, on sait que c’est une porte vers l’intime qui se dévoile, dessinée en creux par ces folksongs qu’un Bill Frisell n’aurait sans doute pas reniés. Le set est une introspection collective, animée par un son de groupe cotonneux et moelleux. Comme ces petites histoires que l’on se raconte, le soir. Comme dans une boîte à musique familiale ressuscitée, les compositions sont des petites scénettes de vie passée : des thèmes écrits pour sa fille, Nour, pour ses amours, No It. Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective.  infos +

Wet Enough !?, chronique

Wet Enough !?

« Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. » wet enough !?darius club/le boeuf sur le toit,lons-le-saunier, 31 mai 2024— chronique — Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Marius Rabbe TromboneMaël El-Mazoughi ClaviersMatthieu Aubert Guitare Baptiste Coqueret BasseLaszlo Renier Batterie Cinq fantastiques ? Peut-être. Cinq indomptables ? Pour sûr. Ils ont déjà l’assurance de ceux qui ont le groove chevillé aux corps, et qui le transmettent tout aussi bien. Les Wet Enough!? portent bien leur nom : sur scène, le quintet a réduit le jazz à son empreinte et ses sonorités les plus brutes. Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. Il y a quelque chose d’hypnotique chez ces cinq bisontins, qui s’adressent aux jambes avant de parler à nos têtes. Set ciselé, aux thèmes rapides pour vite passer à la jouerie. Le versant franc-comtois du new jazz est faussement abrupt, mais bien finot. Shaker et feel-good, la musique des Wet Enough!? croise acid-jazz et rap pour Sale Périple, rythme gras de hip-hop et de funk dans Fragments, jazz-rock furieux pour Wet!?. Un coup de boost, comme une piqûre d’adrénaline.  infos +

What She Says, chronique

What She Says

« Rampes de lancement parfaits, voyants aux verts pour les solos. What She Says sépare le décollage en deux : placement du groove dans le bon sillon, envolées de l’air dans les airs. » what she saysatheneum, dijon, 5 octobre 2023— chronique — Dijon, LeBloc x Radio Dijon Campus —par Lucas Le Texierphoto © Lange Vert line-up— Caroline Schmid Orgue HammondOlivier Bernard Saxophone ténor Tom Juvigny GuitareAdrien Desse Batterie Le jazz comme dans celui des vieux clubs période funk-soul. What She Says a tout du combo seventies, moment où les jazzmen mimaient enfin cette grimace du type qui aime jouer de la basse. Caroline Schmid dirige tout de son poste de pilotage : l’orgue Hammond. Instrument unique où tous les membres participent au groove. Dur dur de s’imposer contre lui, mieux vaut faire de l’aérodynamisme. Alors, depuis la tour de commande, Schmid mène tout son petit monde à la tirette : aux pieds, le pédalier en symbiose avec Adrien Desse à la batterie. Au claviers bas, les harmonies calées sur celles de Tom Juvigny à la guitare. A celui du haut, les mélodies aériennes avec le saxophone d’Olivier Bernard. A l’écriture, les thèmes sonnent comme des petits riffs funky et efficaces. Rampes de lancement parfaits, voyants aux verts pour les solos. What She Says sépare le décollage en deux : placement du groove dans le bon sillon, envolées de l’air dans les airs. Facile d’avoir les coordonnées, il suffit de se laisser entraîner par la perte d’apesanteur. 

Hi-H4T, chronique

Hi-H4T

« Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. » hi-h4tlons-le-saunier, 1er juin 2023— chronique — Chronique Live du concert au Couleurs Jazz festival —par Camille Muller/LeBlocphoto © DR line-up— Yovan Girard Chant et clavierThomas Letellier SaxophonePierre-Marie Tribouley GuitareSimon Valmort Batterie Pour leur date à Couleurs Jazz, Hi-H4T n’a pas eu peur de jouer avec les nuances. Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. De quoi jouer allégé et en volupté, changement important pour l’ancien Brass Band. La batterie façon Simon Valmort donne le tempo et le lead au quartet. Normal avec le charleston en guise de nom de groupe. Le drive Valmort est accompagné par la guitare et le clavier analogique, fusion électrique et un rythme dément. Les assauts du saxophone solo sont chauds, eux aussi. Alliage parfait, laissant le flow du rappeur s’affirmer. L’assurance de la voix se ressent, inspiration venue droit de la Nouvelle Orléans. Bel hommage au jazz de rue, ce quartet aux textes qui causent trip rêvé entre 10 musiciens, amis avant tout. Le style est pop, va même chercher un changement d’ambiance en reprenant Rihanna. Plus loin, les temps calmes sont agréables, juste contrés par le petit diable des rythmiques. Dans la fosse, les corps sont pris d’une bouffée de liberté, en quête de pur plaisir. infos +

Hi-H4T, vidéo

Hi-H4T

« Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. » hi-h4tlons-le-saunier, 1er juin 2023— vidéo — Vidéo du concert au Couleurs Jazz festival —par Francesca Raimondo / LeBlocphoto © DR line-up— Yovan Girard Chant et clavierThomas Letellier SaxophonePierre-Marie Tribouley GuitareSimon Valmort Batterie « C’est sans doute la première fois, dans l’histoire de mes groupes, que ces deux esthétiques, jazz et hip-hop, forment une vraie force musicale. » Simon Valmort, leader du Hi-H4t https://www.youtube.com/watch?v=NnW-JTzLiH8 infos + chronique

Petit Géant, vidéo

Petit Géant

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantdarius club/le boeuf sur le toit,lons-le-saunier, 30 mai 2024— vidéo — Vidéo du concert réalisé au Darius Club/Le Boeuf sur le Toit,Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Francesca Raimondo / LeBlocphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie « J’aime le côté chanson. La simplicité de la musique qui est d’une certaine manière, mélangée au jazz, un prétexte à l’improvisation » Pierre Genin, leader de Petit Géant https://www.youtube.com/watch?v=BXXyhrhEEjU infos + chronique

(n)Traverse, chronique

(n)Traverse Warren Walker

« On a bien les deux pieds dans les constituantes du jazz, sir. C’est électro, oui. Enfin, ça sonne électro, c’est certain. Mais Walker marche plutôt à côté. Dans les marges ou sur la tangente, ça ce sera selon votre chapelle. » (n)traverse, warren walker— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Bogdan-Mihai Dragot (n)Traverse vol.1 de Warren Walker line-up— Warren Walker saxophone, modular synths kyudo recordsmai 2021— FR.Sans tambour ni trompette. Ni contrebasse, ni piano, ni rien de live d’ailleurs. Mais Warren Walker est un type de jazz, il est aussi saxophoniste. À bien considérer comment l’instant est façonné, comment il est soumis à tiraillements et à prolongements, comment les ruptures provoquent surprises ou consternations consentantes (Antonin). On a bien les deux pieds dans les constituantes du jazz, sir. C’est électro, oui. Enfin, ça sonne électro, c’est certain. Mais Walker marche plutôt à côté. Dans les marges ou sur la tangente, ça ce sera selon votre chapelle. Mais dans cet à-côté Walker arpente une surface calme et toute entière livrée à ses pouvoirs d’évocation, à la force du synthé modulaire. Paysages, organismes et autres peintures, ce (n)Traverse en est pétri. Et sous cette surface, ça grouille. Proche du travail de Matmos sur le Vespertine de Björk, proche de ce qui rapprochait leur dentelle du jazz, justement. Ici, on est encore plus proche du vide, en équilibre juste au-dessus (Maestro). Suffisamment au-dessus pour avoir à se pencher cent, mille ou un milliard de fois sur ce disque pour en entendre toute la finesse et la richesse (Agni). Le genre de truc parfait à écouter posé, avec un verre de rhum brun vers 3h du matin. Au calme. Sans tambour ni trompette. US.Without fanfare. Without double bass nor piano or anything live by the way. But Warren Walker is a kind of a jazz guy. Considering how the moment is shaped, how it is subject to tuggings and extensions, how every break causes surprises or happy consternations (Antonin). We have both feet in the constituents of jazz, sir. It’s electro, yes. Well, it sounds electro, for sure. But Walker goes rather sideways. In the margins or on the tangent, that will be according to your chapel. But in this sideways Walker strides that calm surface entirely dedicated to its power of evocation. Landscapes, organisms and other paintings, this (n)Traverse is full of them. And underneath this surface, it’s swarming. Close to the work of Matmos on Björk’s Vespertine, close to what brought their lace closer to jazz, precisely. Here, we are even closer to the void, in balance just above (Maestro). Enough above to have to bend over a hundred, a thousand or a billion times on this record to hear all its finesse and richness (Agni). The perfect kind of thing to listen to, laid down, with a glass of dark rum around 3am. Quietly. Without fanfare. infos +

tonight, chronique

tonight / Namas © Elie Barraud

« Tonight se conjugue au présent constant. Neuf, à chaque rotation. Ancien comme le monde quand on le démonte. Nouveau dans l’utilisation d’une main gauche qui place Namas du côté des bandits manchots à haut potentiel. » tonight,namas— chronique —par guillaume malvoisinphoto © Elie Barraud Tonight de Namas line-up— Gael Bourgeault Grand piano, upright piano, fender rhodes, keyboardsLéo Debroise Upright bassVictor Dubois DrumsFranck Martin Recording, engineering dooinit Musicfévrier 2026— En 2026, il conviendrait d’être nostalgique, idiot ou inconséquent pour s’aventurer dans le Groove electro mâtiné de jazz, porté aux nues par un Gilles Peterson, faiseur d’une énième nouvelle vague anglaise, en lançant, en 2017, la compile We Out Here et ses artistes. Très chics par ailleurs. 10 années plus tard, ce qu’on appelle encore jazz est passé par pas mal d’autres influences, plus pop, plus art, plus fraîches. Et c’est très chic aussi. Dans le maelström de la production francophone, on s’y perd à loisir et par bonheur. Namas, triade venue de rennes, tient tête. Têtus les Bretons ? Comme du granit. Mais Namas ne compte pas sur cette seule qualité pour la réussite du très beau Tonight, sorti ce mois-ci. Cette fois-là, le trio toujours à son élégance, prend le Groove briton par la face classe. Ce qui lui évite les redites, les ornières, les postures mal assumées. Bref, d’être à la mode. Son artisanat, Namas, le fabrique avec des hooks dignes du hip hop, les cinq notes redoutables du gimmick de Fy, avec des ascension climatiques, Eleven, des feats extravertis, Don’t Rush osent-ils ralentir tout en poussant Keysuna à dévaler des escalier de soul suprême. Tonight se conjugue ainsi au présent constant. Neuf, à chaque rotation. Ancien comme le monde quand on le démonte. Nouveau dans l’utilisation d’une main gauche qui place Gaël Bourgeault du côté des bandits manchots à haut potentiel. Loin de se faire voyage, et c’est parfait, ce disque vous pousse à l’écoute active, loin d’être un rêverie, c’est un songe eyes wide open, comme peu savent les tailler. Lire l’héritage de façon, on n’accrocherait guère que Flying Lotus, Steve Lehman ou Mark de Clive-Lowe à notre tableau de score. infos +