Segment, chronique & podcast

« Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… » segmentdijon,— chronique & podcast — Chronique Live du concert à la Ferronnerie,Dijon, LeBloc, jeudi 2 mars 2023 —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Antonin Néel PianoJean Waché ContrebasseVictor Prost Batterie chronique— Décidément, Antonin Néel, Jean Waché et Victor Prost aiment jouer. Jouer de quoi ? Ça, ça dépend d’eux. Néel est un passionné des combinaisons et des chiffres. Des petites associations mélodico-rythmiques complexes, à emboiter, qui se superposent et qui s’entraînent mutuellement. Ainsi s’est construit le set façon nerd de Segment à la Ferronnerie. Aux calculs savants, Néel à gauche avec deux mains infinies qui ne font jamais la même chose, jouant avec la pulse et les décalages mélodiques. Hypothèses radicales pour Prost qui aiment l’abstraction pure : regard en contre-plongée sur ses toms, introspection logique et coup de baguettes sous forme d’échec et mat. Liant pour le trio, Waché est avant tout le cartésien du groupe, le petit numéral précis qui permet à l’opération de donner un résultat. Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… Et lorsqu’on a entendu leur Continuum, on a compris que leur théorème était d’ores et déjà prouvé. podcast— infos +
Romain Baret, podcast

romain baret— podcast —par guillaume malvoisinphoto © DR podcast— infos +
Atlas, chronique & interview

« Les quatre astronautes sont détentes dans cette cosmogonie mi-futuriste, mi-seventies. Dans ces soubresauts acoustico-électroniques, le big bang Atlas prend forme. » atlassaint-claude,— chronique & interview — Rencontre à Saint-Claude, mars 2022La Fraternelle – Maison du Peuple. —par Lucas Le Texierphoto © Julie Perrusset line-up— Romain Maitrot Trompette, bugle, effetsNicolas Canavaggia Contrebasse, basseLéo Molinari Guitare, synthéLéo Delay Batterie chronique— Avec Atlas, le grand saut. Saut interstellaire avec tout le matos électronique venu en grande pompe : duo gagnant, synthé et Moog. Dans ce shaker cosmique, on mélange un peu tout : jazz groove, acid-jazz, drone, rock progressif, math-rock… et boum. Nicolas Canavaggia et Léo Delay, dans un esprit résolument rock, coordonnent leurs efforts pour faire groover tout ce petit monde. Devant, leurs compères virevoltent entre leurs instruments : Léo Molinari passe des cocottes gratteuses aux nappes synthés ; en face, Romain Maitrot alterne bugle et trompette avec une boîte à effets. Les quatre astronautes sont détentes dans cette cosmogonie mi-futuriste, mi-seventies. Dans ces soubresauts acoustico-électroniques, le big bang Atlas prend forme : les impros prennent le temps, on se laisse, cotonneux, porter par la répétition de ces boucles électroniques. Finalement, y’a du son dans l’espace. interview— Le nom du groupe, on le place où sur la carte ? Nicolas Canavaggia : On s’est d’abord rencontrés musicalement. Atlas, à la base, c’est une composition du trompettiste, Romain. Ça nous a plu, la musique et le nom. Atlas, on aimait la symbolique et la multiplicité des sens du mot : le dieu, les cartes, les montagnes du Maghreb, etc. Il y a quelques références au cosmos dans votre musique. Vous êtes fans d’astronomie ? NC : Pas à titre collectif. Ça m’intéresse pas mal mais ce n’est pas un truc conscientisé. Léo Delay : Dans notre musique, il y a beaucoup de choses en évolution, stellaires, planantes… Ce sont des mots qui reviennent souvent dans la définition des gens. Peut-être est-ce aussi induit par votre instrumentarium ? NC : Oui, le côté machine. C’est un peu comme les tatouages : une fois que tu commences, tu ne peux plus t’arrêter. Nous, on en rajoute sans cesse. C’est involontaire, ce côté années 70. Ça évoque un peu ces univers futurs passéistes, avec de gros boutons partout. Après, si tu prends uniquement les instruments, pas du tout : trompette, contrebasse, batterie, basse. C’est très classique ! Mais la couche qu’on met par-dessus sonne ainsi. Pourquoi avoir fait le choix de cette surcouche électronique sur votre instrumentation assez traditionnelle ? LD : À titre perso, on joue dans beaucoup de projets aux esthétiques traditionnelles, dans des brass bands. Atlas, c’est un terrain de jeu. Il y a énormément de moments où on essaye des choses. Comment décrire votre musique ? Quand on écoute Frisquette, c’est une compo à tiroirs. NC : Frisquette, c’est un petit chien qu’on a croisé en résidence et qui n’arrêtait pas de marcher dans nos jambes. LD : Pour l’esthétique globale, les gens en parlent mieux que nous en général. On nous a donné le genre « jazz progressif ». Vu qu’on n’est pas sur du standard de jazz thème-impro-thème, le mot progressif me va bien. NC : Souvent, on nous rattache au jazz car c’est un mot utile pour parler des musiques ouvertes et improvisées. Mais ça renferme tellement de choses différentes, c’est compliqué de dire qu’on fait du jazz. Avec, l’électronique, on part beaucoup plus sur le rock, on assume les grosses distos et le son chaud. On est donc quelque part entre le jazz, le rock et les musiques actuelles. On parle aussi de drone, on a beaucoup de choses à boucles. Vous avez un goût particulier pour les mesures asymétriques. LD : C’est devenu simplement notre culture. Écrire des trucs très simples, c’est très difficile. C’est plus naturel pour nous d’écrire des choses bancales (rires). Comment naissent vos morceaux ? LD : Quelques fois, une personne du projet ramène un élément. Nico pour Space Spaghetti, par exemple. Il a juste écrit une ligne de basse et nous, on joue dessus. D’autres morceaux ont été écrits en partant d’impros collectives. C’est très collégial, notre façon de composer, et les compos à tiroirs, ça permet à tout le monde de poser sa petite patte. Vous revendiquez des influences ? LD : On n’a pas tellement d’influences communes ou alors des références locales, de la région Bourgogne-Franche-Comté ou Auvergne-Rhône-Alpes. Quand on discute entre nous, ça vient du coin. Vous sortez un album en février 2020, juste avant le confinement. C’est quoi la suite ? NC : Il y a la tournée CRJ qui est notre tournée d’album finalement, elle n’a pas pu avoir lieu avec la Covid. Puisqu’on a continué d’écrire et de se voir, on a eu envie d’un second disque. Ce que l’on joue en ce moment, c’est un set hybride entre l’album existant et des nouveautés. Donc, dès que l’on a un set complet et qu’on sera moins bookés, on enregistre. infos +
GRIO, chronique & interview

« Le GRIO va chercher des influences, pour en lancer des étincelles transmuées à la salle entière assemblée dans La Maison. C’est très vivant un concert. » grio— chronique & interview — Chronique live, dans le cadre de D’Jazz Nevers festival, novembre 2022. Interview, rencontre à Chalon-sur-Saône, restitution de résidence, mai 2022, l’Arrosoir Jazz Club. —par guillaume malvoisinphoto © Chevillon line-up— Antonin Leymarie BatterieGérald Chevillon SaxophonesDamien Sabatier SaxophonesSimon Girard TromboneFred Roudet TrompettesAymeric Avice TrompettesJoachim Florent Basse, contrebasseAki Rissanen Piano chronique— Jeudi 10 novembre, D’jazz Nevers festival, et le GRIO attaque son set sans autre forme d’en procès qu’une simple sonnerie d’alerte. Sonore et puissante, très vite doublée d’un groove tendu comme un bachelier un matin de juin. L’ensemble du combo prend la scène. Et la musique prend les corps. Le GRIO, ici, c’est l’été en automne, c’est les saisons de carnaval, c’est Sing Sing Sing qui tombe de la coulisse de Simon Girard et Nola qui explose des balais d’Antonin Leymarie. Bien sûr, on ne se cantonne pas dans l’évocation, dans la citation. Le GRIO va chercher des influences, pour en lancer des étincelles transmuées à la salle entière assemblée dans La Maison. C’est très vivant un concert. Deux assemblées face à face et la musique pour faire lien. Là c’est un marching blues qui vaut carrément un fifrelin pris aux poumons de Gérald Chevillon. Plus loin, ce sera les contrepoints parfaits apportés par les invités de l’Impérial Quartet, base de cet ensemble de huit musiciens qu’est le GRIO : pointillisme d’Aki Rissannen, lyrisme frelaté et magnifique de Fred Roudet. Le reste du set est à l’image de cette Frida Kahlo Song Of Love, marche funèbre splendide tracée par le contrebassiste Joachim Florent. D’une drôlerie amère, d’un élégance épaisse prise dans sa danse de résistance, elle annonce les autres paradoxes sonores appuyés sur le fameux quatrième temps. Celui de la signature groove de la Nouvelle-Orléans et l’engagement physique de chacun des comparses réunis, ici, à Nevers. interview— Cette version orchestre, d’où vient l’idée ? Vous vous ennuyiez à quatre ? Antonin Leymarie : Non, à quatre, on s’éclate toujours. D’ailleurs, on sort un disque dans un mois, All Indians ?. On avait envie d’ouvrir le son du groupe. Le choix des musiciens et de leurs instruments, c’est venu de l’envie d’ajouter plutôt des cuivres et de l’harmonie. Pour les cuivres, on a demandé à Fred Roudet, Aymeric Avice et Simon Girard puis Aki Rissanen nous a rejoints au piano pour l’harmonie. Tu parles de votre prochain disque. Les arrangements pour l’orchestre ont-ils été travaillés en même temps que vous enregistriez l’album ? A.L. : Oui, et sur un temps assez long. C’est-à-dire sur trois ans. All indians ?, c’est à propos d’un voyage qu’on devait faire à la Nouvelle-Orléans et, dans le Grio, il y a l’influence des Trompes de Centrafrique ou de musiques d’Afrique de l’Ouest et aussi Ellington, Mingus… On s’est un peu donné toutes ces références. On n’a pas réfléchi à ce lien immédiat entre le quartet et le Grio mais, maintenant qu’on en parle, il y a quelque chose. Est-ce qu’Ellington, Mingus, Coleman, Ayler et la Nouvelle-Orléans étaient des points de jonction évidents entre vous et vos invités ? Fred Roudet : Il y a le son de base du quartet qu’on connaît parce qu’on s’est tous côtoyés. C’était excitant de s’imaginer dans ce son. On connaissait déjà la qualité des arrangeurs et des propositions… Le son s’est calé assez rapidement et on a su très rapidement de quoi on allait parler. Comment se passe l’écriture entre vous huit ? A.L. : Chacun amène un morceau, qui est une base du travail collective. Chacun ensuite va s’emparer de ces parties et peut-être bouger quelques petites choses pour se sentir bien. On peut fantasmer ainsi que chaque note appartient vraiment à la personne qui la joue. F.R. : On essaye beaucoup de choses sur les arrangements pour voir quelles combinaisons orchestrales sonnent le mieux. A.L. : Disons que c’est surtout en répète qu’on va régler ces choses-là. Soit on se les dit, soit il y a des propositions qui sont faites pendant qu’on joue. En concert, il y a autre chose qui se joue, la forme globale, l’intensité et la place de chacun et surtout les espaces de liberté qu’on n’avait pas envisagés en répète et qui se dévoilent en concert. Vous êtes huit, la musique est dense et l’ensemble généreux. Quelle place accordez-vous au silence ? A.L. : C’est une super question. J’espère que dans un concert, il y a des moments très pleins où ça pourrait presque être un peu trop et qu’il y a des moments où il y a beaucoup d’espace, des sons longs et de belles harmoniques. Je pense que chez nous, ça oscille un peu entre le plein et le vide. F.R. : Le silence, c’est une question hyper intéressante. Je ne sais pas si on en est déjà là sur le répertoire qu’on est en train de travailler mais ce qu’on essaye d’obtenir, c’est la dynamique. Ce qui est génial à chercher dans un ensemble comme celui-là. Il y a quelque chose d’assez forain, au sens noble du mot, qui rend la musique du Grio très joyeuse. Est-ce que vous faites attention à cette sorte de générosité foraine des choses, qui part donner de l’énergie à celui qui écoute en face ? A.L. : On n’y pense pas avant mais c’est vrai que c’est bien quand c’est là. C’est vrai aussi qu’il y a l’Impérial Orphéon où on fait ce bal qui est vraiment là-dedans et où les concerts sont souvent assez généreux. Vous le disiez, la tournée commence à l’automne. Là, on est au mois de mai, c’est loin l’automne. Il peut se passer des milliards de choses. A.L. : Quand on ne se voit pas, je pense que chacun a des moments où il peut réfléchir à ce projet et le faire mûrir. Les moments où on se retrouve, et pas seulement pour les musiciens, c’est jamais simple d’arriver
Sébastien Tellier, chronique

« Il y a des concerts où tu regardes la scène. Et ceux où la scène te regarde. Vendredi 20 mars, à La Vapeur, deuxième option, clairement. Sébastien Tellier apparait, sorti droit d’un rêve étrange : casquette vissée au crâne, veste à paillettes, lunettes noires même dans l’obscurité. » sébastien tellierla vapeur, dijon,vendredi 20 mars— chronique —par Alyssa Meunierphoto © DR Il y a des concerts où tu regardes la scène. Et ceux où la scène te regarde. Vendredi 20 mars, à La Vapeur, deuxième option, clairement. Sébastien Tellier apparait, sorti droit d’un rêve étrange : casquette vissée au crâne, veste à paillettes, lunettes noires même dans l’obscurité. Le genre de silhouette qui te dit direct : « laisse tomber, regarde juste ce que je fais. » Derrière lui, quatre ombres blanches. Presque cliniques. Batterie, guitare, machines pour une sorte de lit sonore propre, presque trop sage, sur lequel Tellier vient poser son chaos tranquille. Lui joue sans effort, sans tenir à rien. Et le monde autour se replie et se reforme à mesure. Très vite, Tellier casse le rythme. Stop. Il parle de tout et de rien en fumant comme s’il était en compagnie de vieux amis. Comme si le concert pouvait attendre. Comme si la musique était une simple excuse pour traîner ensemble dans un entre-deux un peu flou. Cette clope tenue comme d’autres tiennent un micro. Une évidence étrange, presque anti-spectaculaire là-dedans. Et pourtant, tu es accrochée. C’est ça le goût de la tournée Kiss the Beast : quelque chose de sensuel mais distant, un peu ironique, jamais totalement livré. Les morceaux viennent et vont comme des vagues lentes, parfois désynchronisées, magnétiques toujours. Pas envie de comprendre, envie de rester, aller et venir, toi aussi. Chaque morceau s’installe doucement, hypnotique, un peu fragile. Ça pourrait s’effondrer à tout moment, mais non. Ça tient, juste assez pour te capter. Les paroles, la fumée, les pauses sont presque secondaires. La scène, les musiciens, le public, tout se mélange en toi et se dissout dans cette série de ritournelles inclassables et imparables. La scène vit de son côté, comme si elle ignorait qu’on l’observe. Au fond, c’est peut-être ça le vrai luxe : un concert qui ne te comprend pas totalement. Et qui s’en fout un peu. infos +
Didier Ithursarry Trio, chronique & interview

« Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz. » didier ithursarry trio— chronique & interview — Rencontre à Cosne-Cours-sur-Loire, dans le cadrede la saison D’Jazz Nevers Nièvre, mai 2022Palais de Loire. Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Didier Ithursarry AccordéonJoce Mienniel FlûtesPierre Durand Guitare chronique— Bal multicontinentalMieux que le piano du pauvre pour raconter de belles histoires ? Pas sûr. La musique populaire d’un côté, avec son énergie, sa vitesse, sa nostalgie aussi, comme dans Esperanza. Les contours acoustiques du morceau prolongent l’imaginaire de la salle enfumée et des corps unis face à la musique. Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz. Le souffle et l’utilisation de la flûte rythmique, percussive de Joce Miennel ; la guitare électrique de Pierre Durand et les mimiques rock qui viennent trancher ce que pourrait être le conformisme d’un tel trio. L’élasticité des musiciens et l’absence de rythmique convertissent la souplesse du trois temps dans des mélodies inspirées des continents sud-américain et africain. Toujours, ce rappel incessant, ce retour enivrant, cette obession du thème propre aux vieilles chansons populaires… Pas si perdu que ça, le petit bal. interview— Atea, qu’est-ce que c’est ? Didier Ithursarry : Atea, c’est un mot de mes racines basques qui signifie « la porte ». Une porte vers l’ailleurs mais aussi une porte vers soi et l’intimité. Mon intimité. C’est aussi une invitation à traverser cette porte. Cette symbolique correspondait au répertoire de ce projet. Dans ta formation, tu fais le choix de ne pas avoir d’instrument rythmique. DI : Je voulais quelque chose de plus roots et de plus fragile qu’un quartet de jazz au sens classique. Avec cette formule, Joce Mienniel est aux flûtes et Pierre Durand à la guitare électrique – et non acoustique, pour le côté blues et terrien. Je suis à l’accordéon et j’ai réussi à trouver une fragilité. Il y a plus de respiration, plus de surprises et plus d’échanges entre nous. On est tout à la fois, mélodistes-chanteurs et rythmiciens. Pourquoi as-tu réuni ces deux musiciens ? DI : La musique que nous jouons est axée sur la danse et sur des choses que je m’étais refusées jusqu’alors : aller flirter avec le répertoire brésilien et africain. Je crois que Joce et Pierre sont tous les deux dans cette curiosité aussi. Nos projets respectifs sont très différents, mais je trouve que le fond commun fonctionne et que ça valait le coup de nous rassembler. Des influences particulières ? DI : Je viens de la musique populaire. Toute ma jeunesse, au Pays basque, j’ai joué de la musique traditionnelle à l’accordéon mais aussi de la musique de danse. J’ai fait danser toutes les grands-mères du coin [rires]. Cependant, j’avais envie d’ailleurs. Cela a été permis par la rencontre avec Claude Barthélémy. Je me suis retrouvé du jour au lendemain dans son Orchestre National de Jazz ! Revenons à ton album. Dessus, il y a un morceau-fleuve, c’est Forró. DI : Le forró, c’est une danse brésilienne. Le thème principal m’a été apporté par les musiciens brésiliens que j’écoute encore comme Hermeteo Pascoal, Egberto Gismonti, Sivuca, tous figures emblématiques de la musique brésilienne. Je suis attentif aux accordéonistes surtout. Puis, j’ai mélangé beaucoup de choses : un air traditionnel basque, un hommage à ma mère, une ballade, de la danse. Il y a un autre titre, Mali. D’où t’est-il venu ? DI : Tout est parti d’une rythmique, vraisemblablement inspirée des disques de musique africaine que j’ai pu écouter. J’aurais pu aller plus loin dans le titre de ces morceaux mais ce furent les premiers qui me sont venus à l’esprit. J’étais un peu enclin à changer par la suite. Comment composes-tu pour ce projet ? DI : Je suis inspiré par ce qui m’entoure : les humeurs, les choses que je vois et que j’entends, les musiciens avec qui je joue. Souvent, ce sont des bouts d’idées que je note par-ci, par-là, pour y revenir un peu plus tard. Je cherche une histoire la plupart du temps : sur Sherlock, j’imaginais bien Holmes rencontrant les Beatles. J’ai donc écrit un truc qui passe d’un univers à l’autre. C’est pour cela que mes morceaux sont assez longs, ils contiennent une certaine dramaturgie. Un autre album en préparation ? DI : Pour le moment, pas avec cette formation. Quand j’ai l’occasion de faire de nouvelles choses, j’ai envie d’aller ailleurs – ce n’est peut-être pas une si bonne chose [rires]. Il faut déjà que la musique vienne : j’attends d’avoir de la matière dans le tiroir. C’est à ce moment-là que tout se déclenche. infos +
Sornette, chronique & interview

« Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi. » sornette— chronique & interview — Rencontre à Nevers, dans le cadre dela saison D’Jazz Nevers Nièvre, mars 2022Café Charbon. Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Yonathan Hes SaxophonePierre-Antoine Savoyat TrompetteJonathan Chamand Contrebasse Loup Godfroy Batterie chronique— Chez Sornette, on joue les funambules. Dans l’esprit des expérimentations Ornette Coleman-Don Cherry, Sornette en reprend l’héritage à sa sauce. Le drive nu devient hypnotique, frôlant l’auto-suffisance et l’autarcie. La basse au cœur, la batterie au pied. Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi. Reprendre Coleman, certes, mais avec son truc à soi. On retrouve l’approche très terre-à-terre d’Ornette, ce mélange entre un cha-ba-da droit et les polyrythmies sur le reste, une basse mi walking-mi improvisatrice, et les solistes qui s’avancent dans la brèche, béante. Le tapis sonore est là, rien que pour eux. Le duo diffère : Hes, gourmand, s’engouffre et malmène l’équilibre. Savoyat, plus subtil, contourne les obstacles et se joue de ce que la rythmique lui offre. Sornette, la bêtise enfantine, brosse son autoportrait : Ornette sérieusement, Coleman facétieusement. interview— Sornette, comme le serpent ? Yonathan Hes : [rires] On cherchait un nom et de base, le groupe était tourné dans la direction de la musique d’Ornette Coleman. On a aussi des grands blagueurs dans le groupe, Pierre-Antoine a donc pensé à Sornette. Donc Sornette, c’est pour Ornette. C’est un hommage ? Pierre-Antoine Savoyat : Pas un hommage dans le sens de la mémoire. On ne va pas rejouer la musique d’Ornette comme elle est jouée dans le quartet originel. D’une part, on n’en serait pas capables et d’autre part, on a différents backgrounds, on est tous européens… En revanche, ce qu’on cherche, c’est l’esprit de la musique d’Ornette. Casimir Liberski, un ami pianiste bruxellois, a vécu 10 ans chez Coleman. Il m’a toujours dit que c’était quelqu’un de très généreux. On le sent dans sa musique : c’est quelqu’un qui partage quand il joue sur scène. Il y a aussi la prise de risques. Parfois on glisse, ça ne va pas être une musique très propre. Reprendre Ornette et sa philosophie, ça parle à votre génération ? PAS : J’ai l’impression que la jeune génération de musiciens, au-delà même du jazz, s’intéresse à cette musique et à toute cette époque du free. Peut-être parce que tout le monde se rend compte qu’il y a une énergie communicative. C’est une musique qui a l’air jeune mais récemment, un musicien m’a dit en jam : « Tu sais, la musique d’Ornette, c’est les années soixante… Ç’a déjà soixante ans ». Est-ce que, paradoxalement, ça ne fait pas de vous des traditionalistes ? YH : Personnellement, je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui continuent dans cette lignée. En ce moment, je suis beaucoup influencé par Steve Lehman et son jeu fait beaucoup penser à celui d’Ornette, avec un son d’alto très brut, très criard. Au niveau du son, il y a une vraie recherche de liberté et de créer une voix libre, sans artifice. Juste un timbre de voix très concret, très honnête, sans habillement. Pas mal de monde autour de moi refont ce chemin inverse et repassent par Steve Coleman, Ornette puis Don Cherry. C’est plutôt d’actualité, en fait ! Mais comment on qualifie ça ? Un combat contre une esthétique parfaite ? YH : On peut dire que c’est un combat. Quand on croit très fort à une idée, et qu’on veut aller jusqu’au bout de cette idée. Ce n’est pas forcément un combat contre quelque chose mais c’est plus « believe in what you’re doing« . Le free de Sornette, c’est plutôt un style ou une façon de jouer ? YH : C’est plus une attitude. PAS : J’ai l’impression parfois que le free est un mot valise qui est là pour classer tout ce qui n’est pas d’une esthétique plus traditionnelle. Ça peut être un style, une manière de jouer… YH : Ce que je retrouve souvent dans les musiques de free, c’est que ça part vraiment du son et de la brutalité de la matière plutôt que d’éléments mathématiques de classification du son comme l’harmonie, la mélodie, le rythme. PAS : Et paradoxalement, les musiciens de ce courant, comme Ornette, ont cherché d’autres manières de codifier leur musique. Ornette avec le jeu harmolodique ou Steve Coleman qui a inventé ses codes. D’autres ont travaillé sur des langages plus européens comme Anthony Braxton qui va écrire des morceaux avec des règles du jeu très précises. Sornette reprend des concepts de Coleman ? YH : Pas trop de Coleman. On a quelques morceaux à concepts mais plus dans l’écriture. Dès que ça passe à l’improvisation, on ouvre les oreilles. Et voilà. Les autres éléments de votre collaboration ? PAS : Ça reste quand même assez collectif, dans le sens où chacun peut amener des morceaux. YH : Pas mal de morceaux qui ont été détruits pour donner quelque chose de différent comme Le Soleil se Lève. Je l’avais très écrit puis on s’est rendus compte que ce thème pouvait être joué beaucoup plus free, comme l’aurait joué le quartet d’Ornette Coleman. Qu’est-ce que ça vous ouvre comme porte l’absence d’instrument harmonique ? YH : On entend plus la contrebasse. Pour moi, c’est important. Parfois, le manque de piano ou de guitare peut réduire un peu la densité du groupe, ça peut manquer. Mais je pense qu’on fait face notamment avec Loup, qui a un jeu incroyablement dense. Il sait gérer les cymbales pour passer d’un truc très fin à un truc tellement rempli que tu as presque l’impression qu’il y a un piano. Personnellement, j’entends la contrebasse, les notes jouées, et pas juste une espèce de flou dans les basses. En plus, on a une petite complicité avec Jonathan. PAS : C’est beaucoup plus contrapunctique. On est moins dans les rôles qu’on aurait avec un polyphoniste, surtout un piano
Cluster Table, chronique & interview

« Pas de rituels fake, mais la joie pure de frapper clair. Excitant l’œil et l’oreille. Parfait. » cluster table— chronique & interview — Rencontre à Dijon, mars 2022Le Consortium Museum. —par guillaume malvoisinphoto © DR line-up— Benjamin Flament PercussionsSylvain Lemêtre Percussions chronique— Magie des fréquences et apparences trompeuses. C’est l’art de la table selon Cluster Table. Sylvain Lemêtre et Benjamin Flament sont certes face à face mais aucun duel sur le service, ici. On est plus face à deux solos complémentaires. Solos à l’instrumentarium malin, piezzotés, repris en diff ou purement acoustiques. Solos à la précision redoutable. Tant sur la frappe technique que sur l’instant où elle s’exécute. C’est d’ailleurs sans doute dans le choix de l’instant où baguettes, paumes, brindilles frappent que la solidité du duo réside. Et de cette sensibilité aux aguets jaillit une joie à produire, à créer le son. Ici, l’un joue avec la densité du son d’une cymbale, là, l’autre contrarie à peine ses résonances du souffle d’un harmonica. Flament tenant Lemêtre du coin de l’œil, Lemêtre vissant une de ses oreilles sur la table de Flament. On est au-delà de ne plus savoir qui fait quoi, et c’est bien. Les refs de chacun, contemporain, impro, jazz, trad, s’empilent, se défient et avancent par strates à plaisirs. Pas de rituels fake, mais la joie pure de frapper clair. Excitant l’œil et l’oreille. Parfait. interview— On commence par une remarque stupide ? Cluster Table, vous avez un retour de hype à fond en fait, c’est super malin. Sylvain Lemêtre : C’est malin, hein ? Non, on ne l’a pas vu venir. Nous, on aime les clusters parce que c’est ce qui est bon, dans la musique, quand ça gratte et que ça racle un peu. Ce qui est rigolo, c’est qu’au début des concerts, on avait un peu préparé le public à comprendre ce que c’était un cluster dans la musique. Là, tout le monde savait précisément ce que ça signifiait. D’où vient cette envie d’avoir deux sets de percussions face à face ? Benjamin Flament : De notre rencontre au sein de Magnetic Ensemble, le projet qu’avait monté Antonin Leymarie. On ne se connaissait pas, je suis arrivé avec mes trucs, il est arrivé avec ses trucs. On se zieutait l’un et l’autre : “ah, il a ça, dis donc ! Tiens, c’est…” SL : On ne connaissait pas du tout. Je ne t’avais même jamais entendu jouer. Est-ce qu’il y a des sets spécifiques à Cluster Table ou l’idée c’est de venir à chaque fois avec des choses jouées dans d’autres formations ? BF : Mon set de percus ne bouge plus maintenant comme tout est sur micros et capteurs. Aujourd’hui, j’ai un set qui est fixe avec des éléments de batterie, et sur Cluster, j’ajoute des éléments, des gongs, des cloches, ces cymbales qui me permettent de rejoindre, par moment, Sylvain dans ses sons. Mon set est plutôt électroacoustique et celui de Sylvain, totalement acoustique. SL : C’est ce qui nous a plu mais le point de départ, c’est vraiment la connivence rythmique qu’il y avait dans le Magnetic. Tu sais, le « qui se ressemble, s’assemble ». Je suis très orchestral dans les sons et purement acoustique. Benjamin, lui, est, comme il le dit, électroacoustique, comme un guitariste le serait. Il a besoin de son ampli pour faire le son mais pas que. Tout ce qu’il a pu ajouter à son set est très très intéressant dans l’enveloppe sonore de ce qu’on produit, justement quand on joue des clusters. C’est un peu notre marque de fabrique, cet aspect à la fois électrique, rugueux, granulaire et en même très pur du son acoustique. C’est la résonance, le mélange des peaux, des métaux, des bois, des sons un peu traités. Mais pas tant que ça, comme ils sont sonorisés mais ils sont seulement modifiés par la sonorisation. On pourrait penser, en voyant votre installation, à une sorte d’établi, d’immense work in progress. Les choses sont-elles ultra précises ou s’inventent-elles encore malgré la contrainte de vos instruments ? BF : Il y a des choses qui s’inventent encore, on découvre encore des sons. Ce qui est marrant, c’est qu’on est allés très loin dans la préparation de nos instruments et maintenant, sur l’instrument qui est fixe, je fais comme un pianiste qui jouerait du piano préparé. J’ajoute des objets sur cet instrument et du coup je découvre. SL : Mon set est fixe parce que cette table-là, je l’utilise pour mon solo. Avec Cluster, je fais comme Benjamin, j’ai mis des cloches tubes, une plaque tonnerre, un tam-tam chinois derrière. Il est quand même beaucoup plus étoffé. Il y a cinq, huit bols en plus… Mais quand même, ça commence à se figer dans le temps, cette histoire et je commence à vraiment à avoir développé un langage par rapport au set. Ça devient un peu mon instrument, quoi. Comme Benjamin fait avec les équerres, les bols… Vous considérez donc vos sets comme un instrument unique ? SL : Oui. Un batteur ne dira jamais : “je joue de la caisse claire, de la grosse caisse et du charley”. Il joue de la batterie. Nous, c’est un peu pareil, on joue nos sets de percu, sans trop savoir les baptiser autrement que comme une brocante balinaise de luxe. C’est quoi les influences musicales de Cluster Table ? SL : Je viens de la musique occidentale, contemporaine, écrite, donc je manipule les sons, les nuances, les modes de jeu, les matériaux. Je n’ai pas trop fait de jazz mais beaucoup de musique traditionnelle afro-cubaine, africaine, iranienne, et j’aime bien les polyrythmies. Cluster, c’est donc le plaisir de manipuler des rythmes en utilisant des sons d’orchestre, à la fois ancestraux ou très recherchés, très savants. Est-ce que vous faites partie de cette mouvance actuelle qui dit vouloir chercher cette fameuse transe musicale ? BF : C’est marrant parce que quand on a joué à Tribu avec Space Galvachers, tu as posé cette question
La Sido, chronique & podcast

« Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce. » la sidochâlon-sur-saône,— chronique & podcast — Chronique live du concert réalisé au Théâtre Piccolo,Soirée organisée par la cie La Roue Voilée en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Clément Vallery line-up— Sidonie Dubosc VoixSimon Hannouz Saxophone alto Brice Parizot TromboneSamuel André TrompetteAntonin Néel PianoJonathan Chamand ContrebasseVictor Prost Batterie chronique— La Sido, volume II. Les jeunes pousses du bassin chalonnais prennent quasiment les mêmes, et recommencent. Ayant jeté leur dévolu sur Léo Ferré et Boris Vian en 2018, la bande à Sidonie Dubosc revient avec un répertoire imaginé comme une rencontre entre Barbara, Anne Sylvestre et Colette Magny. Toujours aussi omnivore musical, Pierre-Antoine Savoyat a réarrangé pour septet de jazz, les trois répertoires éclectiques. Façonnement sous sa plume d’une version doo-wop pop Dent de Loup , d’un Boa sonnant reggae, d’un latin Trop tard pour être une star. Large place aux ballades et à l’intime tant dans les tuilages de timbres que l’équilibre arrangements-voix. Et c’est de cette scénographie qui alterne musique et archives audios des grandes dames de la Chanson Française, jouant tant sur la tendresse que la réminiscence, que nait l’énergie qui unit les sept Sido. Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce. podcast— infos +
Felsh!, chronique & interview

« Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. » felsh!— chronique & interview — Chronique live. Le Crescent, Mâcon, mars 2022 Interview. Rencontre à Corgoloin, août 2021.Résidence, Manoir Équivocal —par guillaume malvoisin et Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Jonathan Chamand ContrebasseClément Merienne PianoLoup Godfroy Batterie chronique— Felsh!, plutôt simple à résumer. C’est du jazz de cellule. Du jazz joué derrière un quadrillage impeccable mais sans maton ni caïd pour contredire ni interdire quoi que ce soit. Cellules, donc. Cellules rythmiques répétées pour le seul plaisir d’être modulées. Patterns harmoniques mis en place pour le seul bonheur d’être soumis à la rupture ou stoppés net. Ça expérimente sec, Felsh! en scène. Comme une interjection, le nom. Comme un Eureka viandard et instinctif. Et ça produit dans le trio. Depuis l’héritage français du XXème, la culture club, les partitions contemporaines. Le son de la contrebasse est solide et les pistes tracées par le piano, à cru ou préparé, sont parfaitement complexes, parfaitement ludiques. Avec la dose utile de pose et d’attitude. Bien sûr, c’est un peu raide mais ces structures enchaînées le sont avec une joie visible. Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. Meilleur exemple avec Céramique, écrit par Clément Merienne. Le soin est mis dans l’élégie rapide, la miniature vive, l’atmosphère. Le jeu de la surprise sensible semble balisée par le drive libre de Loup Godfroy. Batteur imparable qui garde le jeu du trio constamment très ouvert. Felsh, faich’, vraiment pas simple à enfermer en cellule. interview— Felsh!, c’est quoi ?Jonathan Chamand : C’est un mot inventé, pour de la musique inventée. Clément Merienne : On s’est rencontré au conservatoire par hasard, et après une session autour de standards, on a décidé de monter un répertoire de compositions. On s’entendait vachement bien musicalement, dans l’énergie et dans l’interplay. Felsh!, c’est du jazz ?CM : Le jazz fait partie de nos influences. Comme l’improvisation, comme la musique contemporaine, comme les musiques du monde… On essaye de ne pas fixer de genre, mais on s’inspire de tout ce que l’on a écouté. ça peut même être du rock ou de la chanson française. Clément, ça fait un moment que tu travailles autour de la musique improvisée et minimaliste. Felsh!, c’est la continuité ?CM : C’est aussi l’occasion de reprendre cette formation classique qu’est le trio, souvent utilisée en jazz pour les standards. J’aime assez bouleverser les codes et les rôles de chaque instrumentiste. Comment ça travaille dans Felsh ? JC : On se partage le travail. Pour les impros, on peut partir d’un son qui nous a accroché, une idée vraiment basique, solfégique, de type répétition de note ou de motif. Ou alors, de manière très standard, on part d’un thème mélodique et on place des accords en dessous ou inversement. Loup Godfroy : pour les arrangements, on est hyper attentifs. On fait très attention à ce qu’il se passe sur l’instant, et on crée petit à petit comme ça, avec des petits moments où on s’arrête pour savoir ce qu’on garde ou pas. Au fur et à mesure, la composition bascule. Sur votre Soundcloud, vous vous définissez comme un « groupe de transe sonore ».JC : Quand on l’a, c’est génial, et c’est grisant. LG : Transmettre, c’est un petit peu le défi de ce groupe : amener les gens à écouter d’une manière différente, à prendre plus le temps et à se demander : « Qu’est-ce que ça déclenche ? Qu’est ce qui se passe si j’attends ? ». Sur quoi travaillez-vous en résidence ? CM : À chaque fois, sur des choses différentes. Il y a des résidences où on travaille sur les morceaux dont on épuise les manières de jouer, où on passe du temps à échanger et à se mettre d’accord sur les arrangements. Sur d’autres, on se concentre sur l’improvisation. LG : Tout ça dans le but que la composition devienne simplement un matériau pour l’improvisation. On a une base ouverte à tout, exploitable sans avoir à réciter une composition. Vous vous sentez sur le même pied d’égalité pendant une impro ? JC : En général on se suit assez vite, mais il se peut que d’un morceau à l’autre, un de nous soit plus dans la direction d’improvisation, alors le morceau change. Ensuite, tel morceau peut être dirigé par Clément, et le même morceau, au prochain concert, il sera dirigé par Lou, ça change tout le temps. À quand le premier album de Felsh ? CM : On y pense. Y’a un répertoire qui devient de plus en plus cohérent, et je pense qu’on le sentira tous les trois quand ce sera le moment. Ce serait une contrainte ? LG : C’est toujours une contrainte de fixer la musique et, en ce moment, on évolue beaucoup et notre répertoire aussi, pour le moment, y’a pas d’album. infos +