« Il y a des concerts où tu regardes la scène. Et ceux où la scène te regarde. Vendredi 20 mars, à La Vapeur, deuxième option, clairement. Sébastien Tellier apparait, sorti droit d’un rêve étrange : casquette vissée au crâne, veste à paillettes, lunettes noires même dans l’obscurité. »
sébastien tellier
la vapeur, dijon,
vendredi 20 mars
— chronique
—
par Alyssa Meunier
photo © DR
Il y a des concerts où tu regardes la scène. Et ceux où la scène te regarde. Vendredi 20 mars, à La Vapeur, deuxième option, clairement. Sébastien Tellier apparait, sorti droit d’un rêve étrange : casquette vissée au crâne, veste à paillettes, lunettes noires même dans l’obscurité. Le genre de silhouette qui te dit direct : « laisse tomber, regarde juste ce que je fais. » Derrière lui, quatre ombres blanches. Presque cliniques. Batterie, guitare, machines pour une sorte de lit sonore propre, presque trop sage, sur lequel Tellier vient poser son chaos tranquille. Lui joue sans effort, sans tenir à rien. Et le monde autour se replie et se reforme à mesure. Très vite, Tellier casse le rythme. Stop. Il parle de tout et de rien en fumant comme s’il était en compagnie de vieux amis. Comme si le concert pouvait attendre. Comme si la musique était une simple excuse pour traîner ensemble dans un entre-deux un peu flou. Cette clope tenue comme d’autres tiennent un micro. Une évidence étrange, presque anti-spectaculaire là-dedans. Et pourtant, tu es accrochée. C’est ça le goût de la tournée Kiss the Beast : quelque chose de sensuel mais distant, un peu ironique, jamais totalement livré. Les morceaux viennent et vont comme des vagues lentes, parfois désynchronisées, magnétiques toujours. Pas envie de comprendre, envie de rester, aller et venir, toi aussi. Chaque morceau s’installe doucement, hypnotique, un peu fragile. Ça pourrait s’effondrer à tout moment, mais non. Ça tient, juste assez pour te capter. Les paroles, la fumée, les pauses sont presque secondaires. La scène, les musiciens, le public, tout se mélange en toi et se dissout dans cette série de ritournelles inclassables et imparables. La scène vit de son côté, comme si elle ignorait qu’on l’observe. Au fond, c’est peut-être ça le vrai luxe : un concert qui ne te comprend pas totalement. Et qui s’en fout un peu.