Sornette, chronique & interview

« Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi. » sornette— chronique & interview — Rencontre à Nevers, dans le cadre dela saison D’Jazz Nevers Nièvre, mars 2022Café Charbon. Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Yonathan Hes SaxophonePierre-Antoine Savoyat TrompetteJonathan Chamand Contrebasse Loup Godfroy Batterie chronique— Chez Sornette, on joue les funambules. Dans l’esprit des expérimentations Ornette Coleman-Don Cherry, Sornette en reprend l’héritage à sa sauce. Le drive nu devient hypnotique, frôlant l’auto-suffisance et l’autarcie. La basse au cœur, la batterie au pied. Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi. Reprendre Coleman, certes, mais avec son truc à soi. On retrouve l’approche très terre-à-terre d’Ornette, ce mélange entre un cha-ba-da droit et les polyrythmies sur le reste, une basse mi walking-mi improvisatrice, et les solistes qui s’avancent dans la brèche, béante. Le tapis sonore est là, rien que pour eux. Le duo diffère : Hes, gourmand, s’engouffre et malmène l’équilibre. Savoyat, plus subtil, contourne les obstacles et se joue de ce que la rythmique lui offre. Sornette, la bêtise enfantine, brosse son autoportrait : Ornette sérieusement, Coleman facétieusement. interview— Sornette, comme le serpent ? Yonathan Hes : [rires] On cherchait un nom et de base, le groupe était tourné dans la direction de la musique d’Ornette Coleman. On a aussi des grands blagueurs dans le groupe, Pierre-Antoine a donc pensé à Sornette. Donc Sornette, c’est pour Ornette. C’est un hommage ? Pierre-Antoine Savoyat : Pas un hommage dans le sens de la mémoire. On ne va pas rejouer la musique d’Ornette comme elle est jouée dans le quartet originel. D’une part, on n’en serait pas capables et d’autre part, on a différents backgrounds, on est tous européens… En revanche, ce qu’on cherche, c’est l’esprit de la musique d’Ornette. Casimir Liberski, un ami pianiste bruxellois, a vécu 10 ans chez Coleman. Il m’a toujours dit que c’était quelqu’un de très généreux. On le sent dans sa musique : c’est quelqu’un qui partage quand il joue sur scène. Il y a aussi la prise de risques. Parfois on glisse, ça ne va pas être une musique très propre. Reprendre Ornette et sa philosophie, ça parle à votre génération ? PAS : J’ai l’impression que la jeune génération de musiciens, au-delà même du jazz, s’intéresse à cette musique et à toute cette époque du free. Peut-être parce que tout le monde se rend compte qu’il y a une énergie communicative. C’est une musique qui a l’air jeune mais récemment, un musicien m’a dit en jam : « Tu sais, la musique d’Ornette, c’est les années soixante… Ç’a déjà soixante ans ». Est-ce que, paradoxalement, ça ne fait pas de vous des traditionalistes ? YH : Personnellement, je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui continuent dans cette lignée. En ce moment, je suis beaucoup influencé par Steve Lehman et son jeu fait beaucoup penser à celui d’Ornette, avec un son d’alto très brut, très criard. Au niveau du son, il y a une vraie recherche de liberté et de créer une voix libre, sans artifice. Juste un timbre de voix très concret, très honnête, sans habillement. Pas mal de monde autour de moi refont ce chemin inverse et repassent par Steve Coleman, Ornette puis Don Cherry. C’est plutôt d’actualité, en fait ! Mais comment on qualifie ça ? Un combat contre une esthétique parfaite ? YH : On peut dire que c’est un combat. Quand on croit très fort à une idée, et qu’on veut aller jusqu’au bout de cette idée. Ce n’est pas forcément un combat contre quelque chose mais c’est plus « believe in what you’re doing« . Le free de Sornette, c’est plutôt un style ou une façon de jouer ? YH : C’est plus une attitude. PAS : J’ai l’impression parfois que le free est un mot valise qui est là pour classer tout ce qui n’est pas d’une esthétique plus traditionnelle. Ça peut être un style, une manière de jouer… YH : Ce que je retrouve souvent dans les musiques de free, c’est que ça part vraiment du son et de la brutalité de la matière plutôt que d’éléments mathématiques de classification du son comme l’harmonie, la mélodie, le rythme. PAS : Et paradoxalement, les musiciens de ce courant, comme Ornette, ont cherché d’autres manières de codifier leur musique. Ornette avec le jeu harmolodique ou Steve Coleman qui a inventé ses codes. D’autres ont travaillé sur des langages plus européens comme Anthony Braxton qui va écrire des morceaux avec des règles du jeu très précises. Sornette reprend des concepts de Coleman ? YH : Pas trop de Coleman. On a quelques morceaux à concepts mais plus dans l’écriture. Dès que ça passe à l’improvisation, on ouvre les oreilles. Et voilà. Les autres éléments de votre collaboration ? PAS : Ça reste quand même assez collectif, dans le sens où chacun peut amener des morceaux. YH : Pas mal de morceaux qui ont été détruits pour donner quelque chose de différent comme Le Soleil se Lève. Je l’avais très écrit puis on s’est rendus compte que ce thème pouvait être joué beaucoup plus free, comme l’aurait joué le quartet d’Ornette Coleman. Qu’est-ce que ça vous ouvre comme porte l’absence d’instrument harmonique ? YH : On entend plus la contrebasse. Pour moi, c’est important. Parfois, le manque de piano ou de guitare peut réduire un peu la densité du groupe, ça peut manquer. Mais je pense qu’on fait face notamment avec Loup, qui a un jeu incroyablement dense. Il sait gérer les cymbales pour passer d’un truc très fin à un truc tellement rempli que tu as presque l’impression qu’il y a un piano. Personnellement, j’entends la contrebasse, les notes jouées, et pas juste une espèce de flou dans les basses. En plus, on a une petite complicité avec Jonathan. PAS : C’est beaucoup plus contrapunctique. On est moins dans les rôles qu’on aurait avec un polyphoniste, surtout un piano
Cluster Table, chronique & interview

« Pas de rituels fake, mais la joie pure de frapper clair. Excitant l’œil et l’oreille. Parfait. » cluster table— chronique & interview — Rencontre à Dijon, mars 2022Le Consortium Museum. —par guillaume malvoisinphoto © DR line-up— Benjamin Flament PercussionsSylvain Lemêtre Percussions chronique— Magie des fréquences et apparences trompeuses. C’est l’art de la table selon Cluster Table. Sylvain Lemêtre et Benjamin Flament sont certes face à face mais aucun duel sur le service, ici. On est plus face à deux solos complémentaires. Solos à l’instrumentarium malin, piezzotés, repris en diff ou purement acoustiques. Solos à la précision redoutable. Tant sur la frappe technique que sur l’instant où elle s’exécute. C’est d’ailleurs sans doute dans le choix de l’instant où baguettes, paumes, brindilles frappent que la solidité du duo réside. Et de cette sensibilité aux aguets jaillit une joie à produire, à créer le son. Ici, l’un joue avec la densité du son d’une cymbale, là, l’autre contrarie à peine ses résonances du souffle d’un harmonica. Flament tenant Lemêtre du coin de l’œil, Lemêtre vissant une de ses oreilles sur la table de Flament. On est au-delà de ne plus savoir qui fait quoi, et c’est bien. Les refs de chacun, contemporain, impro, jazz, trad, s’empilent, se défient et avancent par strates à plaisirs. Pas de rituels fake, mais la joie pure de frapper clair. Excitant l’œil et l’oreille. Parfait. interview— On commence par une remarque stupide ? Cluster Table, vous avez un retour de hype à fond en fait, c’est super malin. Sylvain Lemêtre : C’est malin, hein ? Non, on ne l’a pas vu venir. Nous, on aime les clusters parce que c’est ce qui est bon, dans la musique, quand ça gratte et que ça racle un peu. Ce qui est rigolo, c’est qu’au début des concerts, on avait un peu préparé le public à comprendre ce que c’était un cluster dans la musique. Là, tout le monde savait précisément ce que ça signifiait. D’où vient cette envie d’avoir deux sets de percussions face à face ? Benjamin Flament : De notre rencontre au sein de Magnetic Ensemble, le projet qu’avait monté Antonin Leymarie. On ne se connaissait pas, je suis arrivé avec mes trucs, il est arrivé avec ses trucs. On se zieutait l’un et l’autre : “ah, il a ça, dis donc ! Tiens, c’est…” SL : On ne connaissait pas du tout. Je ne t’avais même jamais entendu jouer. Est-ce qu’il y a des sets spécifiques à Cluster Table ou l’idée c’est de venir à chaque fois avec des choses jouées dans d’autres formations ? BF : Mon set de percus ne bouge plus maintenant comme tout est sur micros et capteurs. Aujourd’hui, j’ai un set qui est fixe avec des éléments de batterie, et sur Cluster, j’ajoute des éléments, des gongs, des cloches, ces cymbales qui me permettent de rejoindre, par moment, Sylvain dans ses sons. Mon set est plutôt électroacoustique et celui de Sylvain, totalement acoustique. SL : C’est ce qui nous a plu mais le point de départ, c’est vraiment la connivence rythmique qu’il y avait dans le Magnetic. Tu sais, le « qui se ressemble, s’assemble ». Je suis très orchestral dans les sons et purement acoustique. Benjamin, lui, est, comme il le dit, électroacoustique, comme un guitariste le serait. Il a besoin de son ampli pour faire le son mais pas que. Tout ce qu’il a pu ajouter à son set est très très intéressant dans l’enveloppe sonore de ce qu’on produit, justement quand on joue des clusters. C’est un peu notre marque de fabrique, cet aspect à la fois électrique, rugueux, granulaire et en même très pur du son acoustique. C’est la résonance, le mélange des peaux, des métaux, des bois, des sons un peu traités. Mais pas tant que ça, comme ils sont sonorisés mais ils sont seulement modifiés par la sonorisation. On pourrait penser, en voyant votre installation, à une sorte d’établi, d’immense work in progress. Les choses sont-elles ultra précises ou s’inventent-elles encore malgré la contrainte de vos instruments ? BF : Il y a des choses qui s’inventent encore, on découvre encore des sons. Ce qui est marrant, c’est qu’on est allés très loin dans la préparation de nos instruments et maintenant, sur l’instrument qui est fixe, je fais comme un pianiste qui jouerait du piano préparé. J’ajoute des objets sur cet instrument et du coup je découvre. SL : Mon set est fixe parce que cette table-là, je l’utilise pour mon solo. Avec Cluster, je fais comme Benjamin, j’ai mis des cloches tubes, une plaque tonnerre, un tam-tam chinois derrière. Il est quand même beaucoup plus étoffé. Il y a cinq, huit bols en plus… Mais quand même, ça commence à se figer dans le temps, cette histoire et je commence à vraiment à avoir développé un langage par rapport au set. Ça devient un peu mon instrument, quoi. Comme Benjamin fait avec les équerres, les bols… Vous considérez donc vos sets comme un instrument unique ? SL : Oui. Un batteur ne dira jamais : “je joue de la caisse claire, de la grosse caisse et du charley”. Il joue de la batterie. Nous, c’est un peu pareil, on joue nos sets de percu, sans trop savoir les baptiser autrement que comme une brocante balinaise de luxe. C’est quoi les influences musicales de Cluster Table ? SL : Je viens de la musique occidentale, contemporaine, écrite, donc je manipule les sons, les nuances, les modes de jeu, les matériaux. Je n’ai pas trop fait de jazz mais beaucoup de musique traditionnelle afro-cubaine, africaine, iranienne, et j’aime bien les polyrythmies. Cluster, c’est donc le plaisir de manipuler des rythmes en utilisant des sons d’orchestre, à la fois ancestraux ou très recherchés, très savants. Est-ce que vous faites partie de cette mouvance actuelle qui dit vouloir chercher cette fameuse transe musicale ? BF : C’est marrant parce que quand on a joué à Tribu avec Space Galvachers, tu as posé cette question
La Sido, chronique & podcast

« Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce. » la sidochâlon-sur-saône,— chronique & podcast — Chronique live du concert réalisé au Théâtre Piccolo,Soirée organisée par la cie La Roue Voilée en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Clément Vallery line-up— Sidonie Dubosc VoixSimon Hannouz Saxophone alto Brice Parizot TromboneSamuel André TrompetteAntonin Néel PianoJonathan Chamand ContrebasseVictor Prost Batterie chronique— La Sido, volume II. Les jeunes pousses du bassin chalonnais prennent quasiment les mêmes, et recommencent. Ayant jeté leur dévolu sur Léo Ferré et Boris Vian en 2018, la bande à Sidonie Dubosc revient avec un répertoire imaginé comme une rencontre entre Barbara, Anne Sylvestre et Colette Magny. Toujours aussi omnivore musical, Pierre-Antoine Savoyat a réarrangé pour septet de jazz, les trois répertoires éclectiques. Façonnement sous sa plume d’une version doo-wop pop Dent de Loup , d’un Boa sonnant reggae, d’un latin Trop tard pour être une star. Large place aux ballades et à l’intime tant dans les tuilages de timbres que l’équilibre arrangements-voix. Et c’est de cette scénographie qui alterne musique et archives audios des grandes dames de la Chanson Française, jouant tant sur la tendresse que la réminiscence, que nait l’énergie qui unit les sept Sido. Légère, un peu espiègle et dans le plaisir de digérer, à leur façon, le matrimoine laissée par cette entrevue créée de toute pièce. podcast— infos +
Felsh!, chronique & interview

« Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. » felsh!— chronique & interview — Chronique live. Le Crescent, Mâcon, mars 2022 Interview. Rencontre à Corgoloin, août 2021.Résidence, Manoir Équivocal —par guillaume malvoisin et Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Jonathan Chamand ContrebasseClément Merienne PianoLoup Godfroy Batterie chronique— Felsh!, plutôt simple à résumer. C’est du jazz de cellule. Du jazz joué derrière un quadrillage impeccable mais sans maton ni caïd pour contredire ni interdire quoi que ce soit. Cellules, donc. Cellules rythmiques répétées pour le seul plaisir d’être modulées. Patterns harmoniques mis en place pour le seul bonheur d’être soumis à la rupture ou stoppés net. Ça expérimente sec, Felsh! en scène. Comme une interjection, le nom. Comme un Eureka viandard et instinctif. Et ça produit dans le trio. Depuis l’héritage français du XXème, la culture club, les partitions contemporaines. Le son de la contrebasse est solide et les pistes tracées par le piano, à cru ou préparé, sont parfaitement complexes, parfaitement ludiques. Avec la dose utile de pose et d’attitude. Bien sûr, c’est un peu raide mais ces structures enchaînées le sont avec une joie visible. Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. Meilleur exemple avec Céramique, écrit par Clément Merienne. Le soin est mis dans l’élégie rapide, la miniature vive, l’atmosphère. Le jeu de la surprise sensible semble balisée par le drive libre de Loup Godfroy. Batteur imparable qui garde le jeu du trio constamment très ouvert. Felsh, faich’, vraiment pas simple à enfermer en cellule. interview— Felsh!, c’est quoi ?Jonathan Chamand : C’est un mot inventé, pour de la musique inventée. Clément Merienne : On s’est rencontré au conservatoire par hasard, et après une session autour de standards, on a décidé de monter un répertoire de compositions. On s’entendait vachement bien musicalement, dans l’énergie et dans l’interplay. Felsh!, c’est du jazz ?CM : Le jazz fait partie de nos influences. Comme l’improvisation, comme la musique contemporaine, comme les musiques du monde… On essaye de ne pas fixer de genre, mais on s’inspire de tout ce que l’on a écouté. ça peut même être du rock ou de la chanson française. Clément, ça fait un moment que tu travailles autour de la musique improvisée et minimaliste. Felsh!, c’est la continuité ?CM : C’est aussi l’occasion de reprendre cette formation classique qu’est le trio, souvent utilisée en jazz pour les standards. J’aime assez bouleverser les codes et les rôles de chaque instrumentiste. Comment ça travaille dans Felsh ? JC : On se partage le travail. Pour les impros, on peut partir d’un son qui nous a accroché, une idée vraiment basique, solfégique, de type répétition de note ou de motif. Ou alors, de manière très standard, on part d’un thème mélodique et on place des accords en dessous ou inversement. Loup Godfroy : pour les arrangements, on est hyper attentifs. On fait très attention à ce qu’il se passe sur l’instant, et on crée petit à petit comme ça, avec des petits moments où on s’arrête pour savoir ce qu’on garde ou pas. Au fur et à mesure, la composition bascule. Sur votre Soundcloud, vous vous définissez comme un « groupe de transe sonore ».JC : Quand on l’a, c’est génial, et c’est grisant. LG : Transmettre, c’est un petit peu le défi de ce groupe : amener les gens à écouter d’une manière différente, à prendre plus le temps et à se demander : « Qu’est-ce que ça déclenche ? Qu’est ce qui se passe si j’attends ? ». Sur quoi travaillez-vous en résidence ? CM : À chaque fois, sur des choses différentes. Il y a des résidences où on travaille sur les morceaux dont on épuise les manières de jouer, où on passe du temps à échanger et à se mettre d’accord sur les arrangements. Sur d’autres, on se concentre sur l’improvisation. LG : Tout ça dans le but que la composition devienne simplement un matériau pour l’improvisation. On a une base ouverte à tout, exploitable sans avoir à réciter une composition. Vous vous sentez sur le même pied d’égalité pendant une impro ? JC : En général on se suit assez vite, mais il se peut que d’un morceau à l’autre, un de nous soit plus dans la direction d’improvisation, alors le morceau change. Ensuite, tel morceau peut être dirigé par Clément, et le même morceau, au prochain concert, il sera dirigé par Lou, ça change tout le temps. À quand le premier album de Felsh ? CM : On y pense. Y’a un répertoire qui devient de plus en plus cohérent, et je pense qu’on le sentira tous les trois quand ce sera le moment. Ce serait une contrainte ? LG : C’est toujours une contrainte de fixer la musique et, en ce moment, on évolue beaucoup et notre répertoire aussi, pour le moment, y’a pas d’album. infos +
Hugo Diaz Quartet, chronique & podcast

« L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. » hugo diaz quartetnevers,— chronique & podcast — Soirée de présentation du D’Jazz Nevers Festival,En partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © France Télévisions line-up— Hugo Diaz Saxophone et compositionAlexandre Cahen PianoVladimir Torres ContrebasseLouis Cahen Batterie chronique— Pop, malin et léger. Hugo Diaz a beau faire le modeste, il touche quelque chose du jazz de notre époque avec ces Confluences. Quelque chose qui navigue entre le lyrisme délicat et l’écriture légère, propre aux compositions de cet opus et à ce concert. L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. Flotte entre les petits riffs qui entrecoupent les improvisations, petits bouts de mélodies. La rythmique du bisontin Vladimir Torres et des frères Cahen se cale parfaitement dans l’imaginaire tissé par Diaz. Et Le sopraniste de s’amuser des décalages, des passages lyriques entre lui et Alexandre Cahen, du drive du jazz classique sur des thèmes de soprano sous effets. Le répertoire de Confluences est pêle-mêle, comme ce qui se joue habituellement entre la tradition et la modernité, certes. Mais aussi de cet éclectisme qui nourrit les musiciens de jazz d’aujourd’hui, un tryptique jazz, classique et pop qui se dévoile sur scène. Prenant, oui. Réjouissant, assurément. podcast— infos +
Vincent Lê Quang Quartet, chronique & interview

« À huit mains, on peut forger à bras raccourcis des poèmes sonores et un sérieux trésor musical. » vincent lê quang quartet— chronique & interview — Le Crescent, Mâcon, janvier 2022 —par guillaume malvoisin photo © DR line-up— Vincent Lê Quang SaxophonesBruno Ruder PianoJoe Quitzke BatterieGuido Zorn Contrebasse chronique— Pour définir sa musique, Vincent Lê Quang parle de jazz poétique. Dont acte. Quiconque prendra cette def au sens d’un objet qui fore des trouées dans l’attendu aura visé juste. Ce quartet est en 3ème date de tournée BFC et la poésie dont il est question ici est celle qui déstabilise. Pas celle qui enjolive ce dont on peut avoir l’habitude. Ce jazz, tel que le quartet le pratique pour ce set au Crescent, combine mélodie soignée, groove de chambre soigné et une liberté introspective magistrale. C’est beau. Oui. C’est profond. Oui, aussi. L’équilibre est mouvant et émouvant, ça côtoie Cole Porter, Sinatra et Coltrane, on se baigne joyeusement dans I Concentrate On You, La Possibilité d’une Île nage pas loin des eaux de Love. On cotoie aussi les jours de printemps, les hommages déférents (à Machaut, à Shorter) comme la désuète escarpolette. Ceci n’est que sujets, remis sur l’ouvrage du jeu par l’interplay ultra fluide. Lyrisme élégiaque assuré pour le sax, tenor et soprane, libération d’espaces rythmiques pour le piano. Fondation vibratoire pour la basse de Guido Zorn face à la recherche constante en ponctuation de Joe Quitzke. Basse batterie disjointes sur le papier et réunies diablement dans l’oreille. Sur ce lit de bancal maîtrisé parfaitement, Lê Quang et Ruder font le leur de lit. Bougeant les silences et les heurts, versés dans le bien commun. Cette musique ne pourrait advenir en d’autres mains, dit en substance le saxophoniste, mettant le doigt ainsi, sur une vérité. À huit mains, on peut forger à bras raccourcis des poèmes sonores et un sérieux trésor musical. interview— À la première écoute de la musique du quartet, il se dégage d’emblée une impression de calme profond.Je crois que ce calme provient de notre identité à tous les quatre. On passe de longs moments ensemble et pendant lesquels il n’est finalement pas nécessaire de parler. Je crois qu’on a volontiers une espèce de silence intérieur, qu’on aime, même, cultiver, pour que le moment où on joue ait la plus grande force possible. Pour nous-mêmes, déjà. Peut-être qu’il y a aussi le choix d’aller chercher une musique qui parle à l’imaginaire de l’auditeur, plus qu’au côté spectateur. Quelquefois, on me demande le style de jazz exact que l’on fait. Malheureusement, quand les gens nous demandent cela, on est bien en peine de répondre. La réponse que j’ai trouvée, elle vaut ce qu’elle vaut, c’est qu’il est poétique. Poétique dans le sens où il essaye de susciter une émotion qui pourrait être celle qu’on reçoit quand on lit un poème avec cette voix intérieure. On parle de musique calme mais ce n’est pas pour autant une musique douce.Non et je crois même que le live nous permet d’aller jusque dans les éclats, jusqu’au cri, même. Je pense qu’on a besoin de cette plage expressive entre le plus grand calme et puis le cri. Tu parles de musiciens posés sur l’intériorité dans la vie de tous les jours, est-ce qu’en répétition on retrouve ce calme-là aussi ? Êtes-vous parfois en désaccord ?Ça se pose jamais en ces termes, d’accord ou pas d’accord. C’est assez unique avec ce quartet, on sait qu’on trouvera les réponses au moment de jouer. La répétition, elle est là pour créer les conditions d’écoute, de disponibilités pour qu’au moment du concert, au moment du jeu, la réponse se trouve. Mais pendant les répétitions, je ne cherche pas à trouver des réponses. Juste à poser des questions ?Peut-être. Tu joues du sax soprano, tu joues du ténor. Comment tu concilies l’écart de tessiture entre les deux en live ?De jouer les deux, je le vis vraiment comme une offre des possibilités plus larges, plus riches. Pendant très longtemps, je dis longtemps, c’est presque vingt ans, j’ai joué exclusivement du soprano en me disant qu’en le travaillant à fond et en allant chercher le maximum de son expressivité, j’avais une palette très large. Ça reste vrai. Mais les choses de la vie ont fait qu’à un moment, j’ai dû m’arrêter de jouer pendant plus d’un an, à cause d’un problème de poumons et le fait de se remettre au saxophone, par le ténor, ç’a été une manière de guérir, presque. Et maintenant ces deux instruments, pour moi, sont extrêmement complémentaires. Le ténor apporte une présence à un endroit qui est irremplaçable au soprano. Bon, soprano, ténor, évidemment on pense à Coltrane, est-ce qu’il est toujours aussi bon Coltrane aujourd’hui ?Oui, enfin, il est plus que bon. Il est au-delà de beaucoup de choses, beaucoup de musiciens… Beaucoup de musiques, même, en fait. Revenons au tout début de notre discussion, tu parlais, c’est important, de comment tu avais pensé ce quartet. Tu dis que la musique qui a lieu avec ce quartet, ne peut avoir lieu qu’avec ce quartet-là. Au tout début de ce projet, comment tu choisis le line-up ? Est-ce que tu choisis d’abord des personnes ou des couleurs instrumentales ?Ce quartet il est ancien maintenant, notre premier concert, c’était 2008… Je ne fais pas un casting, du tout. Je crois que cela tient à des préoccupations communes, lors d’échanges, lors de répétitions et aussi à la complicité très ancienne avec Bruno Ruder. On discute beaucoup ensemble de musique et de tout un tas de choses. Je crois qu’on s’est beaucoup influencés. Même dans notre conception de ce qu’est que de jouer de la musique. Et quand on a envisagé avec Bruno de jouer en quartet, Joe et Guido nous ont semblé être des personnalités indispensables. Tu parles de Bruno qui est aussi un maître des Fender Rhodes. C’est quelque chose que tu essaies de garder en marge de ce projet-là ?On l’a fait une fois. Il faut bien avouer que c’étaient des contraintes techniques qui ont fait
Petit Géant, chronique & podcast

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantlons-le-saunier, — chronique & podcast — Soirée du Couleurs Jazz Festival,en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie chronique— Joli et vrai oxymore que ce nom de groupe, Petit Géant. Pierre Genin l’incarne parfaitement. Lui, compositeur et guitariste, sensible et solaire, tendre et sincère, à la manoeuvre pour des thèmes en souplesse et en douceur, aidés par le son du jeu de guitare aux doigts. Avec Petit Géant, on sait que c’est une porte vers l’intime qui se dévoile, dessinée en creux par ces folksongs qu’un Bill Frisell n’aurait sans doute pas reniés. Le set est une introspection collective, animée par un son de groupe cotonneux et moelleux. Comme ces petites histoires que l’on se raconte, le soir. Comme dans une boîte à musique familiale ressuscitée, les compositions sont des petites scénettes de vie passée : des thèmes écrits pour sa fille, Nour, pour ses amours, No It. Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. podcast— infos +
Potlatch, chronique & interview

« Potlatch, c’est un gros patchwork, ni vraiment jazz, ni réellement autre chose. Rien d’évident à définir, mais est-ce le but ? » potlatch— chronique & interview — Rencontre à Besançon, octobre 2021La Rodia, Scène de Musiques Actuelles. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Florent Ormond Saxophone, dudukLouis Vicérial BasseConstantin Meyer Trombone, serpent Jordan Teixeira Guitare Hugo Dordor Batterie chronique— Chez Potlatch, on ne pouvait pas choisir, alors on a pris les deux : jazz et rock. Le son acoustique des vents, la rythmique électrique du trio guitare-bass-bat’. Soit. Mais la teneur générale du set est résolument rock, avec de larges plages d’improvisations dispatchées au sein des morceaux. Ça donne une guitare polyglotte : la batterie d’effets dispersés sur le pédalier de Jordan Teixeira lui permet d’envoyer des nappes afro-beatiennes ou des riffs math-rock. Ses atmosphères définissent la couleur générale des morceaux du quintet. Derrière, le duo basse-bat’ groove tranquillement, discret tapis sonore smoothy. Au-dessus, saxophone et trombone. Alors que Florent Ormond donne de l’air au sax soprano, Constantin Meyer au trombone fait le lien avec la section rythmique par son jeu chaud et rond. Les thèmes picorent à droite et à gauche : free par-là, intimiste et solennel par-ci. Potlatch, c’est un gros patchwork, ni vraiment jazz, ni réellement autre chose. Rien d’évident à définir, mais est-ce le but ? interview— Potlatch ? D’où vient ce nom ?Florent Ormond : C’est un mot des Indiens chinook qui signifie « donner ». Il désigne aussi une cérémonie dans laquelle on donne sans attendre en retour, mais où l’obligation de rendre est là. Jordan Teixeira : On aimait bien le côté positif du nom. Déjà, dans le groupe, chacun amène son idée. On essaye tous de donner un peu. Si ça marche, le public donne en retour. Ça nous donne envie d’aller plus loin. Le line-up de Potlatch compte pas mal d’influences ?JT : Il y a Constantin, le tromboniste, qui vient de la musique baroque et ancienne. FO : Moi, qui vient du jazz. JT : Louis, à la basse, qui aime bien les musiques du monde et le jazz. Hugo, le batteur, qui vient de la musique africaine et du hip-hop. Quand à moi, j’ai un côté rock et métal. Carrément math-rock, Jordan.JT : Ça fait un peu partie de mes influences aussi. On trouve du math-rock, ou encore de la noise. J’aime qu’une guitare ne sonne pas forcément telle quelle. Ça apporte de la diversité, vu qu’on a fait le choix d’avoir des soufflants avec un son naturel. C’est un parti pris de la jouer accoustique ?JT : On a toujours hésité. On avait surtout le côté jazz au départ, avec de très longs morceaux et beaucoup d’improvisation. Maintenant, on va plus vers les musiques actuelles en électrifiant nos instruments et des morceaux de plus en plus construits. On les retrouve sur le nouvel album. En revanche, on garde toujours des passages d’impro. C’est important que ce soit libre dans le jeu. C’est une musique en grande partie écrite, non ?JT : On a des parties écrites, qui découlent de parties improvisées. À un moment, s’il y a un truc qui match, on fixe les choses en gardant une partie libre. C’est souvent comme cela que ça marche : on rajoute chacun une petite pierre à l’édifice. FO : Chacun est libre de ses influences. Ça m’est arrivé de n’être pas fan d’une idée puis de laisser jouer, écouter, et à la fin, d’acquiescer. Il faut que j’aie un déclic, que je trouve une histoire à raconter, une justification. Vous jouez certains instruments atypiques dans le jazz.FO : Constantin joue du serpent, un vent qui a une embouchure assez proche du trombone mais avec un souffle qu’on ne trouve nulle part ailleurs, qui allait très bien pour Dune. Il y a aussi le duduk, un hautbois arménien. J’ai eu une mélodie en tête sans imaginer un autre instrument pour le faire que ce hautbois qui est empreint d’une nostalgie naturelle. C’est quoi l’interlpay chez Potlatch ?JT : Tout part de l’énergie sur scène. Si, par exemple, Florent joue un chorus de sax bien inspiré, on va avoir tendance à faire monter un peu la sauce. Puis, on déborde, on sort du cadre. Il y a un côté assez instinctif, et on reste beaucoup dans l’écoute. Ce qui est assez risqué mais, quand ça marche, quand ça prend pour nous et le public, c’est une sensation assez cool. FO : La satisfaction dépend des risques pris à jouer. Le principe de base, c’est de prendre plaisir à jouer. Si vous devez définir Potlatch en trois mots, quels seraient-ils ?FO : L’Autre. JT : Instinctif. FO : L’amour, c’est la base de tout pour moi, et on s’aime bien. C’est même la base pour jouer de la musique ensemble. On est amateurs. Ce n’est pas péjoratif, c’est la base de tout ce qu’on fait. infos +
Wet Enough !?, chronique & podcast

« Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. » wet enough !?lons-le-saunier, — chronique & podcast — Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Marius Rabbe TromboneMaël El-Mazoughi ClaviersMatthieu Aubert Guitare Baptiste Coqueret BasseLaszlo Renier Batterie chronique— Cinq fantastiques ? Peut-être. Cinq indomptables ? Pour sûr. Ils ont déjà l’assurance de ceux qui ont le groove chevillé aux corps, et qui le transmettent tout aussi bien. Les Wet Enough!? portent bien leur nom : sur scène, le quintet a réduit le jazz à son empreinte et ses sonorités les plus brutes. Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. Il y a quelque chose d’hypnotique chez ces cinq bisontins, qui s’adressent aux jambes avant de parler à nos têtes. Set ciselé, aux thèmes rapides pour vite passer à la jouerie. Le versant franc-comtois du new jazz est faussement abrupt, mais bien finot. Shaker et feel-good, la musique des Wet Enough!? croise acid-jazz et rap pour Sale Périple, rythme gras de hip-hop et de funk dans Fragments, jazz-rock furieux pour Wet!?. Un coup de boost, comme une piqûre d’adrénaline. podcast— infos +
Robinson Khoury, chronique & interview

« Gros line-up et son puissant. La première oreille jetée fait face au premier son de trombone, Robinson Khoury distille un son chaud et moelleux. » robinson khoury— chronique & interview — Dijon, novembre 2021D’Jazz Kabaret, Media Music – La Vapeur. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Robinson Khoury TromboneEtienne Renard ContrebasseMark Priore PianoPierre Terreygeol Guitare électriqueElie Martin-Charrière Batterie chronique— Gros line-up et son puissant. La première oreille jetée fait face au premier son de trombone, Robinson Khoury distille un son chaud et moelleux. Les autres musiciens s’installent paisiblement dans les thèmes, partagés entre la guitare et le trombone, avant d’être bien retravaillés par le quintet. Devant, Robinson Khoury et Pierre Terreygeol s’interpellent. Derrière, c’est confort, Etienne Renard et Elie Martin-Charrières, Mark Priore se chargent d’apostropher le tout avec un jeu plus out. Moment d’apothéose, quatrième morceau, Martin-Charrières entame son solo. La salle est silencieuse. Le découpage sur la charley est limpide, les yeux du batteur se ferment. Il accélère, progressivement, beaucoup. La grosse caisse entre, martèle une clave. Salle silencieuse, quelques sifflements aux moments de grâce. La batterie bouge toute seule, quasi en lévitation. Lancement du morceau dans une transition parfaite. Les compos du quintet sont groovy, débutant souvent par une ligne de basse, doublée au trombone, qui charpente et donne la couleur générale. Beaucoup de microstructures au sein des morceaux qui se répètent et se superposent dans le son intimiste, souple et provocateur. interview— Frame of Mind, ça sort d’où ?Frame of Mind, ça signifie « état d’esprit ». Sur le premier album, on entend beaucoup de blues, un style que j’ai beaucoup écouté. C’était aussi une invitation à toutes les personnes avec qui je n’avais pas encoer collaboré ou enregistré sur disques. Une carte de visite, avec la découvert de mes influences. Tu cites le blues. Qu’est-ce qui t’attire dans cette musique ?Quand j’étais petit, je voulais faire de la guitare électrique. Il y avait beaucoup de CDs de blues à la maison, ça vient de là. J’en ai beaucoup écouté et aussi du rock, du métal et même de la fusion. J’adorais Van Halen et Steve Vaï. Moi et la guitare, ça ne marchait pas trop. (rires) J’ai vite abandonné. Quand j’ai découvert le trombone dans le big band de mon père, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Le trombone, c’est comme la guitare, ça se prête à beaucoup de styles mais c’est un vent, et ça correspondait mieux à ma formation de chanteur. Tromboniste de jazz, tu as l’impression que ça te place à un endroit particulier ?Le jazz, c’est surtout un grand monde qui accueille beaucoup de styles différents. Et le trombone, c’est aussi un instrument passe-partout. J’ai fait beaucoup de musique classique, je me suis intéressé à la musique arabe qui fait partie de mon héritage familial, j’ai des origines libanaises. La musique arabe au trombone, ça marche très bien, même si c’est un instrument qui est assez étranger à cette tradition. L’important, c’est ce que toi, tu as envie de faire et la musique que tu as en tête. Donc « tromboniste de jazz », ça me va comme label, mais pas jazz au sens pur du terme. Pas que. Outre l’étiquette « jazz », ça fait quoi d’être tromboniste ?Quelques personnes me disent qu’ils n’entendent pas un tromboniste quand je joue. Est-ce que je dois le prendre comme un compliment ? (rires) Vraisemblablement, ça veut simplement dire qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre des trombonistes qui jouent comme ça. Je suis très influencé par ma formation vocale : j’essaye de chanter un maximum ce que je joue, pour que ça paraisse le plus naturel possible. Frame of Mind, c’est un projet solo ou collectif ?C’est un projet perso mais ce n’est pas un projet solo. Y’a d’autres êtres humains qui participent à cette musique. Comment tu as choisi ton line-up ?Musicalement et humainement. Avant, je me disais qu’on pouvait faire de la musique et avoir des relations professionnelles avec des gens avec qui on n’était pas forcément proches. Plus ça avance, moins j’y crois. Dans Frame, on s’est tous croisés dans d’autres groupes ou dans des remplacements. Tu sers dans ton premier album un Velouté d’arpèges truffés.Avec Jules, mon meilleur ami, tromboniste lui aussi, on a pas mal travaillé ensemble lors de nos études. Nous avons joué pour mon prix au CNSM un morceau qui était une sorte d’étude pour trombone hyper difficile avec plein de parties différentes. Ça s’apparentait à une digestion. Et comme à Lyon on aimait beaucoup se faire de bons restaus… Ton son est très smooth et nonchalant.Quelques fois je peux adopter un ton plus cuivré, sur des sections de salsa ou de funk. Je pense que ça vient avant tout de mes études classiques qui m’ont fait travailler cette rondeur du son. J’avais envie de cette largeur de son, de cette chaleur. Frame of Mind, la suite ? Frame of Body ?Ça se passe toujours un peu dans la tête. On a tous été marqués par cette période compliquée, d’arrêt immédiat de tous les concerts. J’essaye de tirer le positif de tout ça, pour m’intéresser à d’autres formes d’art comme la peinture. J’ai tenté dans mes nouvelles compositions d’associer des modes à des couleurs ou des formes à des rythmes. Dans le prochain album, Broken Lines, il y aura une double connotation de « broken ». Des lignes cassées, certes, mais aussi les codes du jazz moderne cassés eux aussi. Des compos m’ont été inspirées par la distanciation sociale ou l’incitation à toujours devoir être productif. On reste dans l’esprit donc ?Plutôt dans la tête que dans le corps. Mais ce second album est vraiment ce que j’ai envie de défendre. infos +