La Fanfare du Contrevent, chronique

« Pas de carton. Enfin ni rouge ni même jaune. Mais carton plein. Dernier coup de sonnette pour les riders prêts à repartir, rencontre réussie, match très loin d’être nul.» la fanfare du contreventextra festival, la vapeurdimanche 14 mai— chronique —par Lucas Le Texierphoto © Roxanne Gauthier Sortie de vestiaire en fanfare pour le FCC Néel. Compo d’équipe à 15 pour ce set à l’Extra Festival et le capitaine est aux cages : grosse caisse, chemise blanche et des lunettes steampunk que tout le monde a rêvé porter, au moins une fois dans sa vie. En défense, le dessin est simple, c’est formation serrée pour la caisse claire, armada de percus et, au centre, le souba. Voilà pour le moteur de la Fanfare du Contrevent, voici pour ceux qui propulsent l’équipe titulaire. Au milieu de terrain, les sax mobilisent l’action et font tourner de longues nappes hypnotiques. Les trombones jouent les ailiers et des coudes, tantôt relais des deux côtés du stade, tantôt agitateurs notoires sur la transversale. Devant, les trompettes jonglent, visent la lucarne et l’extérieur du pied, faisant fi du tapis chaotique. Plus qu’un classique 4-4-2, ici, on pratique l’alpha et du delta, on met en jeu du son dense et titanesque. Les joueuses et les joueurs alignent dystopies sonores et airs de fête post-apo, le tout inspiré par la galaxie Damasio. Comme des oiseaux migrateurs, les pupitres qui se meuvent, s’alignent, se fondent et se défont au signe d’une main levée ou d’une fin de cycle. Pas de coach, pas besoin. Intelligence collective et science du placement en fonction de l’angle de tir indiqué ou des éclats de supporters. Fin du match, les gradins du Lac Kir se vident pour envahir la pelouse, les corps s’animent dans une grande formation en cercle. Pas de carton. Enfin ni rouge ni même jaune. Mais carton plein. Dernier coup de sonnette pour les riders prêts à repartir, rencontre réussie, match très loin d’être nul. infos +
La Fanfare du Contrevent, chronique

« La meute se meut aussi vite qu’un tir de six-coups. Scénette de duels devant le saloon de pupitres, vents contre vents des deux côtés du plateau. Puis formation packée, une mêlée style photo de famille de bandits, face au public. » la fanfare du contreventla vapeur, dijon,mercredi 22 novembre— chronique —sortie de résidencepar Lucas Le Texierphoto © Roxanne Gauthier On reconnait un bon western à son début. Lumière orange sur la trompette, lui et ses échos entrent sur la piste gradinée. Blouson de cuir, cicatrice en diagonale, le souffle clair et droit. Comme une ombre gigantesque, le reste de la horde arrive, solennelle. La balafre en signe de reconnaissance, la bougeotte en guise de concorde. Un vieux Mad Max avec ses treize desperados et desperadas, la Cène post-apo du messie Antonin Néel. Lunettes de soleil bien calées devant les yeux, vestes rapiécées, tuyaux en PVC. Corsaires ou pirates, les fanfarons contrent le temps de Radiohead et de Björk avant d’insuffler leur bourrasque perso. La meute se meut aussi vite qu’un tir de six-coups. Scénette de duels devant le saloon de pupitres, vents contre vents des deux côtés du plateau. Puis formation packée, une mêlée style photo de famille de bandits, face au public. Gros son, gros point d’orgue. Tout s’enchaîne, on dégaine le trait autant que l’on marque la ferraille. Le rodéo des cow-girls and boys de la FC zigzague pour s’adapter au champ de tir musical. Sortie en ligne, ambiance crépusculaire. Fin classique, aussi, pour un bon western. infos +
Hugo Diaz Quartet, chronique & podcast

« L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. » hugo diaz quartetnevers,— chronique & podcast — Soirée de présentation du D’Jazz Nevers Festival,En partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © France Télévisions line-up— Hugo Diaz Saxophone et compositionAlexandre Cahen PianoVladimir Torres ContrebasseLouis Cahen Batterie chronique— Pop, malin et léger. Hugo Diaz a beau faire le modeste, il touche quelque chose du jazz de notre époque avec ces Confluences. Quelque chose qui navigue entre le lyrisme délicat et l’écriture légère, propre aux compositions de cet opus et à ce concert. L’inspiration de l’eau ? Dans tous les cas, ça se boit, et s’écoute, comme du petit lait. Le soprano voltige dans ces petits bouts de mélodies qui vont chercher la transe et l’ivresse joyeuse. Flotte entre les petits riffs qui entrecoupent les improvisations, petits bouts de mélodies. La rythmique du bisontin Vladimir Torres et des frères Cahen se cale parfaitement dans l’imaginaire tissé par Diaz. Et Le sopraniste de s’amuser des décalages, des passages lyriques entre lui et Alexandre Cahen, du drive du jazz classique sur des thèmes de soprano sous effets. Le répertoire de Confluences est pêle-mêle, comme ce qui se joue habituellement entre la tradition et la modernité, certes. Mais aussi de cet éclectisme qui nourrit les musiciens de jazz d’aujourd’hui, un tryptique jazz, classique et pop qui se dévoile sur scène. Prenant, oui. Réjouissant, assurément. podcast— infos +
Vincent Lê Quang Quartet, chronique & interview

« À huit mains, on peut forger à bras raccourcis des poèmes sonores et un sérieux trésor musical. » vincent lê quang quartet— chronique & interview — Le Crescent, Mâcon, janvier 2022 —par guillaume malvoisin photo © DR line-up— Vincent Lê Quang SaxophonesBruno Ruder PianoJoe Quitzke BatterieGuido Zorn Contrebasse chronique— Pour définir sa musique, Vincent Lê Quang parle de jazz poétique. Dont acte. Quiconque prendra cette def au sens d’un objet qui fore des trouées dans l’attendu aura visé juste. Ce quartet est en 3ème date de tournée BFC et la poésie dont il est question ici est celle qui déstabilise. Pas celle qui enjolive ce dont on peut avoir l’habitude. Ce jazz, tel que le quartet le pratique pour ce set au Crescent, combine mélodie soignée, groove de chambre soigné et une liberté introspective magistrale. C’est beau. Oui. C’est profond. Oui, aussi. L’équilibre est mouvant et émouvant, ça côtoie Cole Porter, Sinatra et Coltrane, on se baigne joyeusement dans I Concentrate On You, La Possibilité d’une Île nage pas loin des eaux de Love. On cotoie aussi les jours de printemps, les hommages déférents (à Machaut, à Shorter) comme la désuète escarpolette. Ceci n’est que sujets, remis sur l’ouvrage du jeu par l’interplay ultra fluide. Lyrisme élégiaque assuré pour le sax, tenor et soprane, libération d’espaces rythmiques pour le piano. Fondation vibratoire pour la basse de Guido Zorn face à la recherche constante en ponctuation de Joe Quitzke. Basse batterie disjointes sur le papier et réunies diablement dans l’oreille. Sur ce lit de bancal maîtrisé parfaitement, Lê Quang et Ruder font le leur de lit. Bougeant les silences et les heurts, versés dans le bien commun. Cette musique ne pourrait advenir en d’autres mains, dit en substance le saxophoniste, mettant le doigt ainsi, sur une vérité. À huit mains, on peut forger à bras raccourcis des poèmes sonores et un sérieux trésor musical. interview— À la première écoute de la musique du quartet, il se dégage d’emblée une impression de calme profond.Je crois que ce calme provient de notre identité à tous les quatre. On passe de longs moments ensemble et pendant lesquels il n’est finalement pas nécessaire de parler. Je crois qu’on a volontiers une espèce de silence intérieur, qu’on aime, même, cultiver, pour que le moment où on joue ait la plus grande force possible. Pour nous-mêmes, déjà. Peut-être qu’il y a aussi le choix d’aller chercher une musique qui parle à l’imaginaire de l’auditeur, plus qu’au côté spectateur. Quelquefois, on me demande le style de jazz exact que l’on fait. Malheureusement, quand les gens nous demandent cela, on est bien en peine de répondre. La réponse que j’ai trouvée, elle vaut ce qu’elle vaut, c’est qu’il est poétique. Poétique dans le sens où il essaye de susciter une émotion qui pourrait être celle qu’on reçoit quand on lit un poème avec cette voix intérieure. On parle de musique calme mais ce n’est pas pour autant une musique douce.Non et je crois même que le live nous permet d’aller jusque dans les éclats, jusqu’au cri, même. Je pense qu’on a besoin de cette plage expressive entre le plus grand calme et puis le cri. Tu parles de musiciens posés sur l’intériorité dans la vie de tous les jours, est-ce qu’en répétition on retrouve ce calme-là aussi ? Êtes-vous parfois en désaccord ?Ça se pose jamais en ces termes, d’accord ou pas d’accord. C’est assez unique avec ce quartet, on sait qu’on trouvera les réponses au moment de jouer. La répétition, elle est là pour créer les conditions d’écoute, de disponibilités pour qu’au moment du concert, au moment du jeu, la réponse se trouve. Mais pendant les répétitions, je ne cherche pas à trouver des réponses. Juste à poser des questions ?Peut-être. Tu joues du sax soprano, tu joues du ténor. Comment tu concilies l’écart de tessiture entre les deux en live ?De jouer les deux, je le vis vraiment comme une offre des possibilités plus larges, plus riches. Pendant très longtemps, je dis longtemps, c’est presque vingt ans, j’ai joué exclusivement du soprano en me disant qu’en le travaillant à fond et en allant chercher le maximum de son expressivité, j’avais une palette très large. Ça reste vrai. Mais les choses de la vie ont fait qu’à un moment, j’ai dû m’arrêter de jouer pendant plus d’un an, à cause d’un problème de poumons et le fait de se remettre au saxophone, par le ténor, ç’a été une manière de guérir, presque. Et maintenant ces deux instruments, pour moi, sont extrêmement complémentaires. Le ténor apporte une présence à un endroit qui est irremplaçable au soprano. Bon, soprano, ténor, évidemment on pense à Coltrane, est-ce qu’il est toujours aussi bon Coltrane aujourd’hui ?Oui, enfin, il est plus que bon. Il est au-delà de beaucoup de choses, beaucoup de musiciens… Beaucoup de musiques, même, en fait. Revenons au tout début de notre discussion, tu parlais, c’est important, de comment tu avais pensé ce quartet. Tu dis que la musique qui a lieu avec ce quartet, ne peut avoir lieu qu’avec ce quartet-là. Au tout début de ce projet, comment tu choisis le line-up ? Est-ce que tu choisis d’abord des personnes ou des couleurs instrumentales ?Ce quartet il est ancien maintenant, notre premier concert, c’était 2008… Je ne fais pas un casting, du tout. Je crois que cela tient à des préoccupations communes, lors d’échanges, lors de répétitions et aussi à la complicité très ancienne avec Bruno Ruder. On discute beaucoup ensemble de musique et de tout un tas de choses. Je crois qu’on s’est beaucoup influencés. Même dans notre conception de ce qu’est que de jouer de la musique. Et quand on a envisagé avec Bruno de jouer en quartet, Joe et Guido nous ont semblé être des personnalités indispensables. Tu parles de Bruno qui est aussi un maître des Fender Rhodes. C’est quelque chose que tu essaies de garder en marge de ce projet-là ?On l’a fait une fois. Il faut bien avouer que c’étaient des contraintes techniques qui ont fait
Petit Géant, chronique & podcast

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantlons-le-saunier, — chronique & podcast — Soirée du Couleurs Jazz Festival,en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie chronique— Joli et vrai oxymore que ce nom de groupe, Petit Géant. Pierre Genin l’incarne parfaitement. Lui, compositeur et guitariste, sensible et solaire, tendre et sincère, à la manoeuvre pour des thèmes en souplesse et en douceur, aidés par le son du jeu de guitare aux doigts. Avec Petit Géant, on sait que c’est une porte vers l’intime qui se dévoile, dessinée en creux par ces folksongs qu’un Bill Frisell n’aurait sans doute pas reniés. Le set est une introspection collective, animée par un son de groupe cotonneux et moelleux. Comme ces petites histoires que l’on se raconte, le soir. Comme dans une boîte à musique familiale ressuscitée, les compositions sont des petites scénettes de vie passée : des thèmes écrits pour sa fille, Nour, pour ses amours, No It. Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. podcast— infos +
Potlatch, chronique & interview

« Potlatch, c’est un gros patchwork, ni vraiment jazz, ni réellement autre chose. Rien d’évident à définir, mais est-ce le but ? » potlatch— chronique & interview — Rencontre à Besançon, octobre 2021La Rodia, Scène de Musiques Actuelles. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Florent Ormond Saxophone, dudukLouis Vicérial BasseConstantin Meyer Trombone, serpent Jordan Teixeira Guitare Hugo Dordor Batterie chronique— Chez Potlatch, on ne pouvait pas choisir, alors on a pris les deux : jazz et rock. Le son acoustique des vents, la rythmique électrique du trio guitare-bass-bat’. Soit. Mais la teneur générale du set est résolument rock, avec de larges plages d’improvisations dispatchées au sein des morceaux. Ça donne une guitare polyglotte : la batterie d’effets dispersés sur le pédalier de Jordan Teixeira lui permet d’envoyer des nappes afro-beatiennes ou des riffs math-rock. Ses atmosphères définissent la couleur générale des morceaux du quintet. Derrière, le duo basse-bat’ groove tranquillement, discret tapis sonore smoothy. Au-dessus, saxophone et trombone. Alors que Florent Ormond donne de l’air au sax soprano, Constantin Meyer au trombone fait le lien avec la section rythmique par son jeu chaud et rond. Les thèmes picorent à droite et à gauche : free par-là, intimiste et solennel par-ci. Potlatch, c’est un gros patchwork, ni vraiment jazz, ni réellement autre chose. Rien d’évident à définir, mais est-ce le but ? interview— Potlatch ? D’où vient ce nom ?Florent Ormond : C’est un mot des Indiens chinook qui signifie « donner ». Il désigne aussi une cérémonie dans laquelle on donne sans attendre en retour, mais où l’obligation de rendre est là. Jordan Teixeira : On aimait bien le côté positif du nom. Déjà, dans le groupe, chacun amène son idée. On essaye tous de donner un peu. Si ça marche, le public donne en retour. Ça nous donne envie d’aller plus loin. Le line-up de Potlatch compte pas mal d’influences ?JT : Il y a Constantin, le tromboniste, qui vient de la musique baroque et ancienne. FO : Moi, qui vient du jazz. JT : Louis, à la basse, qui aime bien les musiques du monde et le jazz. Hugo, le batteur, qui vient de la musique africaine et du hip-hop. Quand à moi, j’ai un côté rock et métal. Carrément math-rock, Jordan.JT : Ça fait un peu partie de mes influences aussi. On trouve du math-rock, ou encore de la noise. J’aime qu’une guitare ne sonne pas forcément telle quelle. Ça apporte de la diversité, vu qu’on a fait le choix d’avoir des soufflants avec un son naturel. C’est un parti pris de la jouer accoustique ?JT : On a toujours hésité. On avait surtout le côté jazz au départ, avec de très longs morceaux et beaucoup d’improvisation. Maintenant, on va plus vers les musiques actuelles en électrifiant nos instruments et des morceaux de plus en plus construits. On les retrouve sur le nouvel album. En revanche, on garde toujours des passages d’impro. C’est important que ce soit libre dans le jeu. C’est une musique en grande partie écrite, non ?JT : On a des parties écrites, qui découlent de parties improvisées. À un moment, s’il y a un truc qui match, on fixe les choses en gardant une partie libre. C’est souvent comme cela que ça marche : on rajoute chacun une petite pierre à l’édifice. FO : Chacun est libre de ses influences. Ça m’est arrivé de n’être pas fan d’une idée puis de laisser jouer, écouter, et à la fin, d’acquiescer. Il faut que j’aie un déclic, que je trouve une histoire à raconter, une justification. Vous jouez certains instruments atypiques dans le jazz.FO : Constantin joue du serpent, un vent qui a une embouchure assez proche du trombone mais avec un souffle qu’on ne trouve nulle part ailleurs, qui allait très bien pour Dune. Il y a aussi le duduk, un hautbois arménien. J’ai eu une mélodie en tête sans imaginer un autre instrument pour le faire que ce hautbois qui est empreint d’une nostalgie naturelle. C’est quoi l’interlpay chez Potlatch ?JT : Tout part de l’énergie sur scène. Si, par exemple, Florent joue un chorus de sax bien inspiré, on va avoir tendance à faire monter un peu la sauce. Puis, on déborde, on sort du cadre. Il y a un côté assez instinctif, et on reste beaucoup dans l’écoute. Ce qui est assez risqué mais, quand ça marche, quand ça prend pour nous et le public, c’est une sensation assez cool. FO : La satisfaction dépend des risques pris à jouer. Le principe de base, c’est de prendre plaisir à jouer. Si vous devez définir Potlatch en trois mots, quels seraient-ils ?FO : L’Autre. JT : Instinctif. FO : L’amour, c’est la base de tout pour moi, et on s’aime bien. C’est même la base pour jouer de la musique ensemble. On est amateurs. Ce n’est pas péjoratif, c’est la base de tout ce qu’on fait. infos +
Wet Enough !?, chronique & podcast

« Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. » wet enough !?lons-le-saunier, — chronique & podcast — Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Marius Rabbe TromboneMaël El-Mazoughi ClaviersMatthieu Aubert Guitare Baptiste Coqueret BasseLaszlo Renier Batterie chronique— Cinq fantastiques ? Peut-être. Cinq indomptables ? Pour sûr. Ils ont déjà l’assurance de ceux qui ont le groove chevillé aux corps, et qui le transmettent tout aussi bien. Les Wet Enough!? portent bien leur nom : sur scène, le quintet a réduit le jazz à son empreinte et ses sonorités les plus brutes. Tout est plus gros et plus chaud : les impros sauvages, les lignes de basse exubérantes, les nappes de claviers qui viennent maintenir cette chape de plomb chaude et humide. Nous y voilà, en sueur. Il y a quelque chose d’hypnotique chez ces cinq bisontins, qui s’adressent aux jambes avant de parler à nos têtes. Set ciselé, aux thèmes rapides pour vite passer à la jouerie. Le versant franc-comtois du new jazz est faussement abrupt, mais bien finot. Shaker et feel-good, la musique des Wet Enough!? croise acid-jazz et rap pour Sale Périple, rythme gras de hip-hop et de funk dans Fragments, jazz-rock furieux pour Wet!?. Un coup de boost, comme une piqûre d’adrénaline. podcast— infos +
Robinson Khoury, chronique & interview

« Gros line-up et son puissant. La première oreille jetée fait face au premier son de trombone, Robinson Khoury distille un son chaud et moelleux. » robinson khoury— chronique & interview — Dijon, novembre 2021D’Jazz Kabaret, Media Music – La Vapeur. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Robinson Khoury TromboneEtienne Renard ContrebasseMark Priore PianoPierre Terreygeol Guitare électriqueElie Martin-Charrière Batterie chronique— Gros line-up et son puissant. La première oreille jetée fait face au premier son de trombone, Robinson Khoury distille un son chaud et moelleux. Les autres musiciens s’installent paisiblement dans les thèmes, partagés entre la guitare et le trombone, avant d’être bien retravaillés par le quintet. Devant, Robinson Khoury et Pierre Terreygeol s’interpellent. Derrière, c’est confort, Etienne Renard et Elie Martin-Charrières, Mark Priore se chargent d’apostropher le tout avec un jeu plus out. Moment d’apothéose, quatrième morceau, Martin-Charrières entame son solo. La salle est silencieuse. Le découpage sur la charley est limpide, les yeux du batteur se ferment. Il accélère, progressivement, beaucoup. La grosse caisse entre, martèle une clave. Salle silencieuse, quelques sifflements aux moments de grâce. La batterie bouge toute seule, quasi en lévitation. Lancement du morceau dans une transition parfaite. Les compos du quintet sont groovy, débutant souvent par une ligne de basse, doublée au trombone, qui charpente et donne la couleur générale. Beaucoup de microstructures au sein des morceaux qui se répètent et se superposent dans le son intimiste, souple et provocateur. interview— Frame of Mind, ça sort d’où ?Frame of Mind, ça signifie « état d’esprit ». Sur le premier album, on entend beaucoup de blues, un style que j’ai beaucoup écouté. C’était aussi une invitation à toutes les personnes avec qui je n’avais pas encoer collaboré ou enregistré sur disques. Une carte de visite, avec la découvert de mes influences. Tu cites le blues. Qu’est-ce qui t’attire dans cette musique ?Quand j’étais petit, je voulais faire de la guitare électrique. Il y avait beaucoup de CDs de blues à la maison, ça vient de là. J’en ai beaucoup écouté et aussi du rock, du métal et même de la fusion. J’adorais Van Halen et Steve Vaï. Moi et la guitare, ça ne marchait pas trop. (rires) J’ai vite abandonné. Quand j’ai découvert le trombone dans le big band de mon père, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Le trombone, c’est comme la guitare, ça se prête à beaucoup de styles mais c’est un vent, et ça correspondait mieux à ma formation de chanteur. Tromboniste de jazz, tu as l’impression que ça te place à un endroit particulier ?Le jazz, c’est surtout un grand monde qui accueille beaucoup de styles différents. Et le trombone, c’est aussi un instrument passe-partout. J’ai fait beaucoup de musique classique, je me suis intéressé à la musique arabe qui fait partie de mon héritage familial, j’ai des origines libanaises. La musique arabe au trombone, ça marche très bien, même si c’est un instrument qui est assez étranger à cette tradition. L’important, c’est ce que toi, tu as envie de faire et la musique que tu as en tête. Donc « tromboniste de jazz », ça me va comme label, mais pas jazz au sens pur du terme. Pas que. Outre l’étiquette « jazz », ça fait quoi d’être tromboniste ?Quelques personnes me disent qu’ils n’entendent pas un tromboniste quand je joue. Est-ce que je dois le prendre comme un compliment ? (rires) Vraisemblablement, ça veut simplement dire qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre des trombonistes qui jouent comme ça. Je suis très influencé par ma formation vocale : j’essaye de chanter un maximum ce que je joue, pour que ça paraisse le plus naturel possible. Frame of Mind, c’est un projet solo ou collectif ?C’est un projet perso mais ce n’est pas un projet solo. Y’a d’autres êtres humains qui participent à cette musique. Comment tu as choisi ton line-up ?Musicalement et humainement. Avant, je me disais qu’on pouvait faire de la musique et avoir des relations professionnelles avec des gens avec qui on n’était pas forcément proches. Plus ça avance, moins j’y crois. Dans Frame, on s’est tous croisés dans d’autres groupes ou dans des remplacements. Tu sers dans ton premier album un Velouté d’arpèges truffés.Avec Jules, mon meilleur ami, tromboniste lui aussi, on a pas mal travaillé ensemble lors de nos études. Nous avons joué pour mon prix au CNSM un morceau qui était une sorte d’étude pour trombone hyper difficile avec plein de parties différentes. Ça s’apparentait à une digestion. Et comme à Lyon on aimait beaucoup se faire de bons restaus… Ton son est très smooth et nonchalant.Quelques fois je peux adopter un ton plus cuivré, sur des sections de salsa ou de funk. Je pense que ça vient avant tout de mes études classiques qui m’ont fait travailler cette rondeur du son. J’avais envie de cette largeur de son, de cette chaleur. Frame of Mind, la suite ? Frame of Body ?Ça se passe toujours un peu dans la tête. On a tous été marqués par cette période compliquée, d’arrêt immédiat de tous les concerts. J’essaye de tirer le positif de tout ça, pour m’intéresser à d’autres formes d’art comme la peinture. J’ai tenté dans mes nouvelles compositions d’associer des modes à des couleurs ou des formes à des rythmes. Dans le prochain album, Broken Lines, il y aura une double connotation de « broken ». Des lignes cassées, certes, mais aussi les codes du jazz moderne cassés eux aussi. Des compos m’ont été inspirées par la distanciation sociale ou l’incitation à toujours devoir être productif. On reste dans l’esprit donc ?Plutôt dans la tête que dans le corps. Mais ce second album est vraiment ce que j’ai envie de défendre. infos +
What She Says, chronique & podcast

« Rampes de lancement parfaits, voyants aux verts pour les solos. What She Says sépare le décollage en deux : placement du groove dans le bon sillon, envolées de l’air dans les airs. » what she saysatheneum, dijon, — chronique & podcast — Dijon, LeBloc x Radio Dijon Campus —par Lucas Le Texierphoto © Lange Vert line-up— Caroline Schmid Orgue HammondOlivier Bernard Saxophone ténor Tom Juvigny GuitareAdrien Desse Batterie chronique— Le jazz comme dans celui des vieux clubs période funk-soul. What She Says a tout du combo seventies, moment où les jazzmen mimaient enfin cette grimace du type qui aime jouer de la basse. Caroline Schmid dirige tout de son poste de pilotage : l’orgue Hammond. Instrument unique où tous les membres participent au groove. Dur dur de s’imposer contre lui, mieux vaut faire de l’aérodynamisme. Alors, depuis la tour de commande, Schmid mène tout son petit monde à la tirette : aux pieds, le pédalier en symbiose avec Adrien Desse à la batterie. Au claviers bas, les harmonies calées sur celles de Tom Juvigny à la guitare. A celui du haut, les mélodies aériennes avec le saxophone d’Olivier Bernard. A l’écriture, les thèmes sonnent comme des petits riffs funky et efficaces. Rampes de lancement parfaits, voyants aux verts pour les solos. What She Says sépare le décollage en deux : placement du groove dans le bon sillon, envolées de l’air dans les airs. Facile d’avoir les coordonnées, il suffit de se laisser entraîner par la perte d’apesanteur. podcast—
Iray Trio, chronique & interview

« Tel un mouvement perpétuel, les équilibres entre les trois musiciens se reconfigurent, sans jamais prendre piétiner autrui. » iray trio— chronique & interview — Chronique live. Rencontre à Dijon, novembre 2021La Vapeur. Interview. Rencontre à Mâcon, août 2021Résidence, Le Crescent. —par guillaume malvoisin et Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Liva Rakotoarison Piano, compositionsElvire Jouve Batterie, compositionsVincent Girard Contrebasse, compositions. chronique— Sur scène, les trois musiciens baignent dans une atmosphère orangée, apaisante. Impression immédiate d’une certaine paix, d’un relâchement. Le trio propose un répertoire à la force tranquille : jamais une note inutile ou de passage en force. Tout en velours. Le paysage sonore qui se déploie est très sensible. Ça se traduit dans la jouerie : Elvire Jouve à la batterie a un jeu délicat et précis. Vincent Girard à la contrebasse est tendre et ramène le terrien nécessaire à ce trio aérien. Ok, la rythmique est en place. Elle laisse le champ libre au pianiste, Liva Rakotoarison. C’est lui qui vient donner les gros coups de chaud au trio, en triturant et en explosant les compositions. Le haut de son corps s’agite, et ses solos entraînent la rythmique à le suivre vers des chemins plus out. Toujours avec grâce et une certaine retenue. Ce trio, c’est comme l’alternance calme des marées hautes et basses. Tel un mouvement perpétuel, les équilibres entre les trois musiciens se reconfigurent, sans jamais prendre piétiner autrui. interview— Iray, c’est l’unité en malgache. Votre trio parle d’une seule voix ? Elvire Jouve : On n’a pas voulu qu’il y ait de leadership. C’est nous, c’est un groupe, naturellement est venu le fait de parler de l’unité, de ne faire qu’un. Il y a toute une symbolique autour de ce thème dans notre musique. C’est quoi, pour vous, « jazz métissé » ? Vincent Girard : C’est un jazz aux multiples influences. On est tous des enfants des années 80 ou 90. On a grandi avec internet, donc on a été exposés à beaucoup de choses. On vient tous d’horizons différents : Liva est malgache et a grandi à Madagascar et moi-même je travaille beaucoup à la Réunion. Liva, tu es à l’origine du trio. Et du coup, comment et qui compose au sein de la formation ? Liva Rakotoarison : ça fait suite à ce que disait Elvire sur l’unité : l’idée peut venir de chacun de nous. Souvent, je marmonne une mélodie que je confronte aux autres, et c’est comme ça que vient la composition, que ce soit un bout de mélodie, d’harmonie ou de rythme. Le morceau se développe en jouant ensemble. Comment arrivez-vous à cette pulsation commune ? LR : Au début, c’est toujours comme ça, quelqu’un amène une idée. VG : On joue dans d’autres groupes avec Elvire, où les gens amènent vraiment des trucs complètement finis, mais dans Iray, on se voit énormément, on joue beaucoup et on triture ensemble. Avez-vous des influences particulières ? EJ : C’est toujours délicat de parler d’influences car on ne cherche pas du tout à coller à une étiquette. Brad Mehldau, c’est une source d’inspiration commune. VG : Les trios en général. Après les influences, plus on avance dans la vie, plus on se rend compte que ce ne sont jamais les mêmes. Liva, tu écoutes beaucoup de Bach en ce moment, donc y’a plus de contrepoints dans la musique que tu amènes. EJ : Moi je fais beaucoup de rock et beaucoup d’autres styles qui viennent enrichir certaines compos. Qu’est-ce qu’une résidence peut vous apporter ? EJ : La jouerie, l’interplay. Le fait d’improviser tous les trois ensemble, le fait de chercher d’autres formes d’improvisation, d’écoute et d’interactions. VG : Je trouve que l’enjeu de la musique de ce trio, c’est d’arriver à être libre malgré l’écriture. LR : Certains des morceaux ont été écrits un peu avant le confinement, donc on a eu l’occasion de les reprendre pour voir un peu où on en est. C’est réjouissant de voir la maturité que ça a pu prendre. On a fait notre chemin chacun de notre côté, musicalement et humainement. Quand on s’est retrouvés, il y a quelque chose qui avait mûri dans nos idées, dans nos sons. EJ : Dans les premiers titres qu’on avait composés, la musique était plus écrite et plus structurée. Dernièrement, c’est plus au format chanson ou standard. Ce ne sont pas les thèmes qui sont important mais, encore une fois, l’interplay. infos +