« Tel un mouvement perpétuel, les équilibres entre les trois musiciens se reconfigurent, sans jamais prendre piétiner autrui.  »

iray trio

iray trio
— chronique & interview

Chronique live. Rencontre à Dijon, novembre 2021
La Vapeur.

Interview. Rencontre à Mâcon, août 2021
Résidence, Le Crescent.


par guillaume malvoisin et Lucas Le Texier
photo © DR

line-up

Liva Rakotoarison Piano, compositions
Elvire Jouve Batterie, compositions
Vincent Girard Contrebasse, compositions.

chronique

Sur scène, les trois musiciens baignent dans une atmosphère orangée, apaisante. Impression immédiate d’une certaine paix, d’un relâchement. Le trio propose un répertoire à la force tranquille : jamais une note inutile ou de passage en force. Tout en velours. Le paysage sonore qui se déploie est très sensible. Ça se traduit dans la jouerie : Elvire Jouve à la batterie a un jeu délicat et précis. Vincent Girard à la contrebasse est tendre et ramène le terrien nécessaire à ce trio aérien. Ok, la rythmique est en place. Elle laisse le champ libre au pianiste, Liva Rakotoarison. C’est lui qui vient donner les gros coups de chaud au trio, en triturant et en explosant les compositions. Le haut de son corps s’agite, et ses solos entraînent la rythmique à le suivre vers des chemins plus out. Toujours avec grâce et une certaine retenue. Ce trio, c’est comme l’alternance calme des marées hautes et basses. Tel un mouvement perpétuel, les équilibres entre les trois musiciens se reconfigurent, sans jamais prendre piétiner autrui.

interview

Iray, c’est l’unité en malgache. Votre trio parle d’une seule voix ?

Elvire Jouve : On n’a pas voulu qu’il y ait de leadership. C’est nous, c’est un groupe, naturellement est venu le fait de parler de l’unité, de ne faire qu’un. Il y a toute une symbolique autour de ce thème dans notre musique.

C’est quoi, pour vous, « jazz métissé » ?

Vincent Girard : C’est un jazz aux multiples influences. On est tous des enfants des années 80 ou 90. On a grandi avec internet, donc on a été exposés à beaucoup de choses. On vient tous d’horizons différents : Liva est malgache et a grandi à Madagascar et moi-même je travaille beaucoup à la Réunion.

Liva, tu es à l’origine du trio. Et du coup, comment et qui compose au sein de la formation ?

Liva Rakotoarison : ça fait suite à ce que disait Elvire sur l’unité : l’idée peut venir de chacun de nous. Souvent, je marmonne une mélodie que je confronte aux autres, et c’est comme ça que vient la composition, que ce soit un bout de mélodie, d’harmonie ou de rythme. Le morceau se développe en jouant ensemble.

Comment arrivez-vous à cette pulsation commune ?

LR : Au début, c’est toujours comme ça, quelqu’un amène une idée.

VG : On joue dans d’autres groupes avec Elvire, où les gens amènent vraiment des trucs complètement finis, mais dans Iray, on se voit énormément, on joue beaucoup et on triture ensemble.

Avez-vous des influences particulières ?

EJ : C’est toujours délicat de parler d’influences car on ne cherche pas du tout à coller à une étiquette. Brad Mehldau, c’est une source d’inspiration commune.

VG : Les trios en général. Après les influences, plus on avance dans la vie, plus on se rend compte que ce ne sont jamais les mêmes. Liva, tu écoutes beaucoup de Bach en ce moment, donc y’a plus de contrepoints dans la musique que tu amènes.

EJ : Moi je fais beaucoup de rock et beaucoup d’autres styles qui viennent enrichir certaines compos.

Qu’est-ce qu’une résidence peut vous apporter ?

EJ : La jouerie, l’interplay. Le fait d’improviser tous les trois ensemble, le fait de chercher d’autres formes d’improvisation, d’écoute et d’interactions.

VG : Je trouve que l’enjeu de la musique de ce trio, c’est d’arriver à être libre malgré l’écriture.

LR : Certains des morceaux ont été écrits un peu avant le confinement, donc on a eu l’occasion de les reprendre pour voir un peu où on en est. C’est réjouissant de voir la maturité que ça a pu prendre. On a fait notre chemin chacun de notre côté, musicalement et humainement. Quand on s’est retrouvés, il y a quelque chose qui avait mûri dans nos idées, dans nos sons.

EJ : Dans les premiers titres qu’on avait composés, la musique était plus écrite et plus structurée. Dernièrement, c’est plus au format chanson ou standard. Ce ne sont pas les thèmes qui sont important mais, encore une fois, l’interplay.