will guthrie

festival Sons d’Hiver, Créteil, vendredi 7 février 2020.

by | 8 Fév 2020 | concerts

Plus qu’un solo de batterie, un jeu de frappes. Pas un break de foire, un drumming de festival mais un système patiemment agencé depuis de longues années. Imparable. Will Guthrie est un batteur fascinant. Will Guthrie est un batteur sculpteur, habité de sagas et de récits divers. L’horizon est large, et les peaux percutées ressuscitent la géopolitique musicale, les grandes conquêtes sonores et les recherches intimes. Le format de ce solo est court, on serait dans une nouvelle. Une miniature où tous les éléments de la fresque-paysage s’enchâssent dans un soin du détail forcené. La teinte et la nuance disputent leur place au temps et l’espace. Chez Guthrie, le son vient de loin, d’avant même le geste qui le produit, arraché à une curiosité de l’autre viscérale, chez le batteur. Mais en scène, il faut façonner en direct. Et le voir ici, seule dans la grande salle de la MAC de Créteil, n’a rien d’anodin. Battre ? C’est résoudre des problèmes, des challenges. Choisir ce qui de la frappe ou de la résonance aura la primeur. Improviser ? C’est contrer l’impatience. Toujours tenir le pattern en alerte, pas de rupture qui le mettrait en difficulté. Pas de risque, chez le chaman Guthrie. Mantra, ici. Là, dynamiques et sauts d’harmonie proche de ceux que le Varèse de Ionisation, par exemple, affectionnait. Avec le diable dans sa précision de touche et quelques angelots dans le discernement dans la clairvoyance. Plus qu’un solo de batterie, un truc shakespearien, qui invoque dans un même geste le tonnerre et le païen.


Guillaume Malvoisin
photo © Dawid Laskowski

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English spoken, here.

More than a drum solo, a battle of hit. Not nightclub break nor bazaar drumming, but a system patiently arranged over many years. Foolproof. Will Guthrie is a sculptor-drummer, inhabited by sagas and ancient tales. Here horizon is wide, and the percussive skins resurrect musical geopolitics, great sonic conquests and intimate research. The format of this solo is short. A miniature in which all the elements of the fresco-landscape are set in a madly attention to detail. Hue and nuance compete for space and time. In Guthrie’s work, the sound comes from afar, even before the gesture that produces it, torn from a visceral curiosity of the Other. But on stage, you have to shape it live. And to see it here, alone in the Créteil’s MAC Grande Salle, is not trivial. Beating? It’s about solving problems and challenges. Choosing between what to hit and what to let resonate. Improvise? It’s about overcoming impatience. Always keep the pattern on alert, no breaks that might put it in trouble. Not a chance in the Guthrie shaman’s house. Mantra, here. There, dynamics and harmonic leaps close to those favored by the Varese of Ionisation, for example. With the devil and his precision of touch and a few cherubs with some kind of clear judgment. More than a drum solo. A Shakespearean thing, which invokes in the same gesture the thunder and the heathen.

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