Love Of Life : Vincent courtois,
daniel erdmann, robin fincker

festival Sons d’Hiver, Choisy-le-Roy, jeudi 23 janvier 2020.

Cinoche. En fin de semaine dernière, Fred Frith affichait les plans larges de ses rapports à l’image. Comment la musique va puiser dans l’évocation et dans la frustration de l’œil pour éveiller les images, les servir et s’en nourrir. Cette semaine, le trio Courtois/Erdmann/Fincker pousse le vice et versa encore plus loin. Pas d’image mais du texte – ce qui, pour certains sémiologues avertis, resterait un peu du pareil au même. Une histoire de tracés à décoder. Un histoire de signes. Et au cœur de ce grand lac, les trois athlètes de Love Of Live nagent à leur aise. D’autant plus qu’ils sont guidés par un des plus grands baigneurs de l’histoire de la littérature, catégorie nage libre en eaux claires et eaux troubles : Jack London.
Love Of Live est donc une œuvre de confrontation. Amalgamer l’appel des forêts, les fleuves indociles et les traversées politiques avec un trio chambré, c’est osé. Livrer des récits sonores wordless mais puissants, c’est risqué. Mettre en disque (sortie le 30 janvier, chez La Buissonne/ECM) puis en live, des éléments de la trajectoire d’un homme aux vies multiples, du hobo au réactionnaire douteux, du révolutionnaire mexicain furieux à l’humaniste beau à crever, c’est un projet d’écorché. Mais tout tient debout, ici. Et parfaitement. London livre la matière pour faire feu : Martin Eden, deux chapitres, le prems et the last one, The Road, The Dream of Debs, Comment construire un feu, entre autres.
Love Of Life, dans la magie d’un studio d’Oakland, a transfiguré les étincelles. Am I Blue, convoque vieux style et walking bass version Sisyphe marlou. The Road convoque l’insurrection et la grève générale. Goliah repousse les musiciens dans une relecture magnifique de leurs instruments. C’est ultra précis, parfaitement fluide et jamais figé. Tout procède par glissements. De techniques, de styles et d’ambiances. Rien ne se percute pour autant. Ce trio est un trio de ciseleurs invétérés (rompus à jouer ensemble depuis Bandes Originales). Obstiné et organique, ce qui sort joyeusement le bel ouvrage de l’atelier pour le porter sur les grands espaces londonesques, les bordées de matelots et les marigots obscurs. Glissements ? Oui, et des corps aussi. Mini-mastard pour Vincent Courtois, échalas à la stabilité angliche pour Robin Fincker et un Daniel Erdmann à la dégaine façon Ted Milton juvénile. Et les silhouettes mises à l’unisson par Big Jack de sauter d’un powerchord de sous-sol de bouge aux contrepoints aussi souples et réactifs que Joël Bats en 1986 puis, très vite, aux saxs phrasés comme un hâbleur lancé dans le commerce de peaux. Avec 2 ténors, 1 clarinette et 1 violoncelle, ça fait toujours 3 fois plus de chance de réussir le traveling parfait. Cut !


Guillaume Malvoisin
photos © P Rautio

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