Claudia Solal / Benoit Delbecq

festival Sons d’Hiver, Vincennes, samedi 18 janvier 2020.

Sur le papier, le match piano/voix serait toujours un peu perdu d’avance par la seconde. 230 cordes contre deux. Il y a moins déséquilibré. Le prono est, cette fois-ci encore, déjoué. Claudia Solal face à Benoit Delbecq. Face ? Contre ? Peu importe. « I’ve to bend myself » entend-on au détour d’une des danses sonores qui constituent la matière de Hopetown, très beau premier album tout juste sorti chez RogueArt. Torsion, donc. Torsion de soi-même, de ses propres techniques. Assis-debout, main gauche et droite confondues de trouvailles pour le piano. Hoquets peuls, enroulage de langue impatiente pour la voix. Et, pour les deux instrus, étiré au possible, un groove élastique et pendulaire comme dans ce Burning Green où la poésie de Yates semble passer dire bonjour. Torsion, disions-nous ? Oui, et c’est peut-être bien là l’essence de ce duo. Un duo encore plus souple que les baskets d’Edberg en finale du Wimbledon de 89. La torsion, ici, a ça de retors qu’elle est accompagnée d’une finesse d’attaque diabolique. Et d’une largeur de champ prenant le même épithète.
Parmi les autres jolies choses, le livre dans les mains de Claudia Solal, repère qui lui libère la mémoire pour plonger plus loin encore dans l’interprétation de chaque mot, voire dans le jeu avec chaque syllabe. Solal se balade dans le rustre scottish comme dans les sagas nordiques, qui convoque pour une mesure une Broadway devenu humble et la mesure d’après les symbolistes belges. La fluidité qui s’écoule de ce set est d’une puissance folle. Puissance d’évocation, puissance d’émotion. Dans la jonction des sons, dans la confrontation de la touche solide et de la vocalise aérienne. Marrant comme Benoit Delbecq s’ingénie, au final, pour faire court et un peu brut, à corrompre son piano pour atteindre l’émotion pure. Sans doute même que derrière ces récits heurtés, derrière ces embardées d’une précision infernale, que derrière tout cela, il y a une large pelletée de ce grand cri noir qu’est le blues. De quoi fermer définitivement le caquet à toute leçon d’eugénisme sur le retour.


Guillaume Malvoisin
photos © Tatiana Chevalier

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English spoken, here.

Out on paper, the piano/voice match would be lost by the second. 230 strings against two. Unbalanced ? The forecast is, this time again, thwarted by this line-up. Claudia Solal against Benoit Delbecq. Against? With? It doesn’t matter. “I’ve to bend myself” can be heard in one of the ringing dances that bring up the material for Hopetown, a beautiful debut album just released by RogueArt. Torsion, then. Torsion of oneself, of one’s own techniques. Sitting-standing, left and right hand puzzled in pianist breakthroughs. Fulani hiccups, impatient tongue wrapping around her words for the voice. And, for both, stretched as far as possible, an elastic and pendulum-like groove as in this Burning Green where Yates’ poetry seems to say hello. Torsion, did we say? Yes, and that may well be the essence of this duet. A duo even more flexible than Stefan Edberg’s sneakers in the final of Wimbledon in ’89. Here he torsion is twisted in a way that it’s accompanied by a diabolical finesse of attack. And a depth of focus that require the same epithet.
Among other pretty things, the book in Claudia Solal’s hands, a landmark that frees her memory to dive even deeper into the interpretation of each word, or even into the game with each syllable. Solal wanders through the Scottish boorish as in the Nordic sagas, which summons for a measure a Broadway that has become humble and the next measure visiting to the Belgian symbolists. The fluidity that flows from this set is wildly powerful. Power of evocation, power of emotion. In the junction of sounds, in the confrontation of the solid touch and the aerial vocalization. Funny how Benoit Delbecq manages, in the end, to make it short and a bit raw, to corrupt his piano’s sound to reach pure emotion. No doubt even that behind these struck tales, behind these swings of infernal precision, that behind all this, there is a broad shovelful of that great black cry that is the blues. Enough to definitively close the caquet to any lesson of eugenics comeback.

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