Fred Frith, Eye To Ear Ensemble

festival Sons d’Hiver, Vincennes, samedi 18 janvier 2020.

De l’œil à l’oreille, il y a l’âpre et le mélodieux, le trouble joueur et le franc sonique, le lyrique revêche et l’hypnotique. Enfin selon Fred Frith. Enfin selon l’ensemble qu’il dédie à ce trajet après l’avoir exploré sur 3 albums parus chez Tzadik. De l’œil à l’oreille. From Eye to Ear. From Eye to Ear, c’est aussi le nom de cet ensemble. Troublant dans ses mouvements internes, désarmant dans ses changements d’apparence, parfait dans la fluidité de sa musique. From Eye to Ear ramène, avant toute chose, le format d’ensemble à ce qu’il est d’abord. Une masse. Pleine de chaos, d’impasses et de trouvailles magistrales. Une masse d’individus indissociables. Idéaux dans les plages solistes, ingénieux à fournir la masse musicale. L’orphéon expé assemblé par le trublion Frith fond l’individu dans le grand tout, malmène la tradition vernaculaire, sacrifie aux arcanes de la free music et s’autodynamite avec un large sourire. Tout se joue à l’ouverture et à la surprise. À votre charge, ensuite, de remettre en ordre les images qui auront provoqué chez Frith ces musiques, images dont on ne verra rien pendant le set. Rejouées, rebattues et finalement réinventées en scène par l’Ensemble. Réinventée dans la précision et la liberté de l’instant où la jonction des timbres affrontent les culbutes des ostinatos. Réinventée, certes, mais cajolée dans la logique des films géniteurs, on pourrait même en rendre compte avec son vocabulaire : plan séquence, fondu enchaîné, ralenti, surexposition, montage cut. Le concert vincennois, le premier en France du Eye to Ear, affiche une cinématique dont les dynamiques sans faille vous embarquent dans ses spirales. Ici, ça force la porte de votre imagier intime, là, ça vous livre de larges espaces à remplir de vos travellings préférés, ici encore, ça joue avec l’idée de nature et ça vous frustre l’œil pour mieux vous ouvrir l’oreille. Imparable.


Guillaume Malvoisin
photo © Heike Liss

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English spoken, here.

From eye to ear, there is the harsh and the melodious, the playful and the sonically frank, the surly lyrical and the hypnosis. According to Fred Frith. According to the ensemble he dedicates to this physical path after having explored it on 3 albums released by Tzadik. From eye to ear. From Eye to Ear is also the name of this ensemble. Disturbing in its internal movements, disarming in its changes of appearance, perfect in the fluidity of its music. From Eye to Ear brings, first of all, the ensemble format back to what it is. A bulk. Full of chaos, dead ends and masterful finds. A mass of inseparable individuals. Fine for solos, ingenious at providing the musical mass. The experimental orpheon assembled by Frith the sonic troublemaker melts the individual into the great whole, mishandles the vernacular tradition, sacrifices to the arcane of free music and self-blasts with a broad smile. Everything is played with openness and surprise. It is then up to you to put back in order the images that will have provoked Frith’s music, images that we will not see during the set. Replayed, reworked and finally reinvented on stage by the Ensemble. Reinvented in the precision and freedom of the moment when the junction of the timbres confronts the tumbling of the ostinatos. Reinvented, certainly, but cuddled in the logic of initials films, we could even account for it with its vocabulary: sequence shot, cross-fade, slow motion, overexposure, cut editing. The Vincennes concert, the first for Eye to Ear in France, is a cinematic show whose flawless dynamics take you on a journey through its spirals. Here, it forces the door of your intimate imagination, there, it gives you large spaces to fill with your favourite dolly shots, here again, it plays with the idea of nature and it frustrates your eye to better open your ear. Foolproof.

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