rap ville : Sacramento, Ca.

En Amérique, dans les années 90, chaque ville avait sa scène hip-hop. Une identité sonore qui s’exposait du sud au nord, de l’est à l’ouest. Chaque mois, on met le nez dans une chanson de rap ou sur un disque qui illustre à merveille ce principe. Épisode 1 : Sacramento, Californie.

by | 12 Déc 2019

« And as I bail through the woods of the southside,

Terror Zone, nine milli chrome, kill alone ‘cause I trust no snitch »

C’est sur ces lyrics de comptine pour enfants que démarre le titre Welcome 2 Your Own Death. C’est la 16ème piste du classique de rap Season of da Siccness, sorti en 1995 et premier disque signé Brotha Lynch Hung. Une petite virée dans le sud de Sacramento, en Californie, un flingue dans la poche arrière du pantalon. Parce qu’il ne faut faire confiance à personne. Pas le Far West, mais pas loin. L’ambiance est pesante et sombre, à l’image de Meadowview, quartier d’où est originaire Brotha Lynch Hung. Meadowview où son cousin Q-Ball s’est fait gun shooter. Là même où Brotha Lynch a intégré, à 16 ans, le gang des Garden Blocc Crips, auquel il fait référence régulièrement dans ses chansons.

— Welcome 2 Your Own Death Brotha Lynch Hung (1995)

Sacramento, capitale de l’état de Californie, c’est moins de 500.000 habitants, mais ça explose à 2,4 millions si on bascule sur l’agglo. Situé dans les terres, au-delà de la Bay Area, Sac-Town c’est aussi des démocrates à la mairie depuis plus de 20 ans, une franchise de NBA, les Kings, le musée historique californien de l’art de la fonderie et une scène rap qui avait fière allure dans les années 90. Parmi les plus gros vendeurs indépendants à cette époque, on peut citer C-Bo, on peut citer X-Raided, tout juste sorti de prison en 2018 après 26 ans d’incarcération, on peut citer Brotha Lynch Hung. De vrais poètes…

Assez loin de concurrencer, en termes de hype, les starlettes West Coast des 90’s, souvent basées à Los Angeles (Snoop, Dr Dre, Warren G), nos boys de Sacramento, Brotha Lynch en tête, en ont dans le ventre. Et ce qui sort des studios d’enregistrement est souvent dur, très dur. Violent. Cru. Brotha Lynch Hung parle de ses frustrations, de films d’horreur, de violences conjugales, de meurtre, de la rue. Parmi les pépites cachées dans ce disque, la plus connue des aficionados du son West Coast restera Locc 2 da Brain, comptant en feat. quelques-uns des rappeurs de Sacramento affiliés à Brotha Lynch Hung : Zigg Zagg, Mr. Doctor, Big Dan, Hystables, Baby X. Un morceau qui fera d’ailleurs polémique puisqu’en 1996, il sera cité dans une affaire criminelle macabre : un jeune homme de 18 ans tue 3 personnes après avoir écouté en boucle la chanson de Lynch auparavant.

— Locc 2 Da Brain Brotha Lynch Hung (1995)

Welcome to Your Own Death, de son côté, est bien cet hymne étendard de la scène de Sacramento qu’on recherchait. Sur un beat lourd et lent, une basse insoutenable, Lynch plante des banderilles avec sa voix, s’aventure même jusque dans le refrain fredonné et des variations ragga. Même son compère Hystables, qui l’accompagne sur ce titre, ne fait pas dans la demi-mesure. Personne ne veut calmer personne, la marmite siffle, c’est ainsi que ça se passe à Sacramento.

« Up in a cemetery die nigga die you’ll repeat until you’re buried; That nine millimeter givin’ no motherfuckin’ respect; Up on your back with your last breath; Welcome to your own death »

C’est clair ?


  • Pierre-Olivier Bobo

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