rap ville : atlanta, GA.

En Amérique, dans les années 90, chaque ville avait sa scène hip-hop. Une identité sonore qui s’exposait du sud au nord, de l’est à l’ouest. Chaque mois, on met le nez dans une chanson de rap ou sur un disque qui illustre à merveille ce principe. Épisode 4 : Atlanta, Georgie. Longtemps planquée dans l’ombre de ses cousines New York et Los Angeles, la ville d’Atlanta est devenue ces dernières années la capitale mondiale du rap.

by | 27 Avr 2020

« As the plot thickens It gives me the dickens, reminiscent of Charles
A lil’ discotheque nestled in the ghettos of Niggaville, USA
Via Atlanta, Georgia » – Andre 3000, OutKast, SpottieOttieDopaliscious

Mais avant d’être l’épicentre du hip-hop, Atlanta est surtout la capitale administrative de l’État de Géorgie, dans le sud des États-Unis. Neuvième métropole des USA, Atlanta, c’est les Jeux Olympiques de 1996 et le siège de multinationales comme Coca-Cola ou CNN. C’est aussi la ville de Martin Luther King, qui y fut pasteur. Autre info majeure : Atlanta est jumelée avec la ville de Toulouse en France.
Mais si « ATL » est aujourd’hui sous le feu des projecteurs, c’est en grande partie grâce à sa musique, la trap, mot piqué aux trap houses, ces maisons crades qui servent d’abris pour le trafic de drogue (voir le clip de T.I. ci-dessous, ndlr). La trap a été popularisée au début des années 2000 par des rappeurs comme T.I., Gucci Mane ou encore Young Jeezy. Le son est particulier, très électronique, baigné de sub-bass, de grosses caisses, de roulements de caisse-claire et où le charleston claque de manière répétée et intensive (les fameux hi-hats).

image du Morris Brown stadium à l'abandon

Côté écran, Atlanta fut mis en boite dans une série télévisée du même nom créée par Donald Glover (fils de) et diffusée en 2016. Un show qui « réinvente à la télévision la façon de montrer la communauté noire et ses difficultés ». Plus récemment, en octobre dernier, Arte signait une excellente mini-série de Mathieu Rochet, Lost In Traplanta, où le personnage principal partait sillonner la ville et rencontrer ses habitants, à la recherche d’Andre 3000 et Big Boi, les deux membres du groupe de rap légendaire OutKast, afin qu’ils se reforment. L’occasion de plonger en immersion dans une ville dont l’histoire musicale s’inscrit bien au-delà de la trap moderne.

Atlanta

— Rubber Band man par T. I.  (2004)

Certes, l’Atlanta qu’on connait aujourd’hui a vu naître les trois-quarts des rappeurs top-listés dans les playlists Spotify ou Deezer, calées par les critiques et les amateurs de musique rap US. Young Thug, Future, Migos ? Atlanta. Waka Flocka, Gucci Mane, 2 Chainz ? A-T-L-A-N-T-A. Lil Nas X, Mike Will Made It, Zaytoven ? Mmmh… ATLANTA !
Cependant, si on regarde en arrière, plusieurs années en arrière, si on regarde précisément en 1994, deux potes de facs sortent leur premier disque : Southernplayalisticadillacmuzik. Du son à écouter en bagnole et qui traite essentiellement de proxénétisme (ils s’en éloigneront ensuite). Andre 3000 et Big Boi forment OutKast et ils conquerront au fil du temps leur statut de groupe majeur du hip-hop mondial. Bien avant que la trap d’Atlanta inonde la pop culture, OutKast avait, album après album, donné un son à cette ville. Ou plutôt, puisé sa patte dans les racines de cette ville. Depuis East Point, leur hometown située au sud-ouest, dans la banlieue d’Atlanta, ils ont, avec la Dungeon Family et Organized Noize, peaufiné cette musique au cœur du fameux « donjon », leur studio d’enregistrement. Une musique inspirée de tout ce qui fait le sud des États-Unis : le blues, le rock, la soul, les fanfares.

OutKast est un groupe de pop avec du rap à l’intérieur. Anobli par le peuple mondial en 2003 avec le tube Hey Ya, extrait du double album Speakerboxxx/The Love Below, qui crachera jusque dans les enceintes des supermarchés, le duo est déjà loin quand le phénomène trap explose depuis Atlanta.

Embrumé dans des vapeurs soulful et reggae avec SpottieOttieDopaliscious (1998). Invitant poliment à la fois le meilleur rappeur des 00’s et le meilleur rappeur des 90’s sur le cheesy Hollywood Divorce (2006). Ou encore, voulant ramener la paix sur Terre avec You May Die, l’intro cotonneuse de leur album ATLiens (1996).

Surplombant la mêlée, OutKast a blindé de hi-hats ses morceaux mais n’est pas un groupe qu’on pourrait qualifier de trap, alors que les poids lourds actuels d’Atlanta se sont tous, un jour ou l’autre, réclamé d’OutKast. En 2006, Andre 3000 et Big Boi sortaient leur dernier album en date, Idlewild, avec comme single le morceau intitulé Morris Brown en référence à la fanfare mythique du Morris Brown College, une université privée d’Atlanta. Larry Roberts, batteur Janet Jackson et crédité sur des productions de Prince, Al Green ou encore Raphael Saadiq, rencarde dans Lost In Traplanta sur les liens étroits entre toutes ces influences, entre le reggae, la fanfare et la trap : « la fanfare, c’est une culture du Sud. On a hérité du son des grosses caisses, qu’on retrouve dans les boîtes à rythme. Les caisses claires et les roulements de tambour. Tout ça vient de la fanfare ». La boucle est bouclée.


  • Pierre-Olivier Bobo

— Southernplayalisticadillacmuzik par OutKast (1994)

— Hey Ya par OutKast (2003)

— Hollywood divorce par OutKast (2015)

+ de trap ?

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spéciale Rap Ville

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