Sous le capot des P’tits Bâtards

1’31, 28 sons. Chaque lundi à 22h, PointBreak en mode FM commence ainsi. C’est le générique des radio mix, c’est une compile qui tape direct dans la baseline du mag : Jazz libre et groove de rupture.

by | 26 Mai 2020 | jazzrap&free

3 fois bonsoir, les p’tits bâtards, voici un mini-mix dans le grand mix. Le genre d’inceptions jazz qui combine la racine avec les rameaux. Les 2 heures des mix radio  — créés chaque lundi pour Radio Dijon Campus et diffusés en simultané sur Radio Quetsch — sont précédées d’1 minute et 31 secondes. Soit 1’31 pour donner la couleur d’un projet éditorial qui assouplit volontiers le contour des cadres, qui deale sans scrupule deep jazz, free indélicat, hip hop intranquille et autres Love Supreme. Pas de Coltrane pourtant parmi la petite trentaine des sons assemblés dans le générique des mix radio. Mais du cosmique puisé ailleurs, du segment chipé dans les poches du hip hop, des voix aussi remuées depuis des gosiers réfractaires. Celui de William Wallace, maquillé en Mel Gibson dans Braveheart en 1995, et surtout ceux, sans fard, d’Aimé Césaire, de Son House et de Martin Luther King. Liberté, insolence, fraternité. Backspace. Fraternitey. Culture hip-pop oblige. Ce 1’31 de générique, c’est de la petite monnaie taxée à la face oblique et forte en rebond de cette satanée musique aussi libre que furieusement têtue. C’est une forme de soft power pour glisser doucement vers la nuit et veiller avec des roucoulades, des miaulements, des secousses et des petites prières d’amour.

Radio mix. le generique

by Badneighbour pour PointBreak

Mais avant la nuit, C’est Joe McPhee qui hurle au crépuscule : « What time is it? ». « It’s Nation Time! » lui répond-on. 22 heures pétantes, l’heure de faire du commun. À chacun son horaire. Nation Time (1971) ouvre l’émission de radio depuis juillet 2017. C’est franc, incisif. C’est rédhibitoire. C’est tout juste assoupli par le sample tiré de l’intro de la Cool Side Of The Pillow elle-même récup’ par Henry Canyons dans le lit défait d’Idriss Muhammad (Loran’s Dance, 1974). Puis des voix, Son House donc, balançant aux orties les monkey junks pour parler de la vérité du blues et le Wu-Tang campant des chinoiseries shaolin sur son Shame On A Nigga (1993). Rien n’est encore lancé que tout commence. À la radio, PointBreak est batailleur, frondeur et enraciné dans ce long cri noir et bleu.
La suite du générique est basée sur le Jazz Thing de Gang Starr, twisté par Guru et calibré en 1990 par DJ Premier. Le genre de ciselage à vous rendre jaloux un diamantaire anversois. Jazz Thing, c’est un petit bijou offert à Spike Lee pour Mo’ Better Blues. C’est un condensé hip-Bop où Guru tète les mamelles de Charlie Parker et de Thelonious Monk. Pour le générique des radio mix, Jazz Thing est redémontée et réagancée. Tout simplement. Et criblée d’extraits citant Max Cilla et La Flûte des Mornes, JP Manova francisant les déboires d’un Dizzy Gillespie de cinoche, de Quasimoto pitchant son flow après avoir piocher dans la poésie interstellaire de Sun Ra pour Madvillainy (2005). On entend Quas lire The Shadow Of Tomorrow, le poème que Sun Ra a placé en notes de pochette sur le verso de Angels & Demons at Play (1964). Autres morceaux de choix, Ornette Coleman et sa Lonely Woman (1959), The Pharaohs et leur Damballa (1971). Au cœur des mélanges, Free et blues pour Ornette, Free et Funk pour les pharaons de Chicago. Glissade sur pyramide et retour au grand cri noir et bleu, que vient raviver Aimé Césaire d’un sourire en coin, à la fin du générique : « Le Nègre vous emmerde ». Dont acte. Kendrick peut alors lancer ses Hurray, le combo toulousain Initiative H peut siffler ses longues notes inquiètes et Emma-Jean Thackray souffler organique et brut. Pour fermer la cohorte dégingandée déclinée en playlist sur cette même page. 19 des 28 titres pour 1’31. 1’31 pour lancer, chaque semaine 120 minutes de cadences infernales. Hey Ho Let’s Go, on referme le capot.


Badneighbour

Les P’tits Bâtards du Générique (par ordre d’apparition) :
Joe McPhee – Henry Canyons – Son House – Wu-Tang Clan – Kendrick Lamar – Max Cilla – Gang Starr – Madlib Howlin’ Wolf – Ornette Coleman – Mel Gibson – The Pharaohs – JP Manova – Fingathing – Art Blakey
Martin Luther King – Aimé Césaire – Emma-Jean Thackray & Initiative H.
+
Gang Starr’s Jazz Thing inceptions w/
Thelonious Monk – Light Blue (1958) / Kool & the Gang – Dujii (1971)
Louis Armstrong – Mahogany Hall Stomp (1933 Version) / Duke Ellington – U.M.M.G. (1959)
Thelonious Monk – Pannonica (1957) / Kool & the Gang – Give It Up (1969)
Charlie Parker – Out of Nowhere (1950) / Charles Mingus – Colloquial Dreams (1962)
Charlie Parker Quintet – Don’t Blame Me (1947)

Alain et des capots de Plymouth Fury de 1966. Le Cercle Rouge © JP Melville 1970.

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