Jean-François Pauvros, à la traverse.

Ce guitariste s’est forgé un son et une humeur de jeu venus de la période dite de l’Underground français. C’était les années du bouillonnement de la fin des années 60 tombées dans le creuset des années 80. Le free jazz y côtoyait le rock, l’expérimentation maniait l’humour et la politique. Jean-François Pauvros rejoue encore et toujours les limites et les possibles de ce son. Cette année, c’est sur le disque À Tort et au travers, sorti en juillet dernier de la maison de disque nato.

par | 8 Déc 2020 | interviews

image © Don Pauvros de la Manche (film documentaire de Guy Girard, 2015)

Il vient d’où cet album ?
J’avais déjà fait quelques disques pour NATO : Le Grand Amour, Hamster Attack et participé à quelques albums collectifs. Jean Rochard m’a demandé d’en refaire un. Jusque-là, je faisais mes disques avec des invités, mais le projet pour A tort et au travers c’était de faire ça en petite formation. D’habitude je faisais mes disques comme je le voulais, mais le fait que Jean Rochard était présent en tant que directeur artistique a aussi façonné ce disque.

Comment s’est forgée cette petite formation ?

Mon premier choix s’est porté sur le pianiste et organiste Antonin Rayon, avec qui j’avais rejoué en concert mon disque La belle décisive, un disque très important à mes yeux. Il ne manquait que le batteur et je ne voulais ni un batteur de free, ni de rock ou de « pseudo » rock. Je voulais quelque chose de carré. J’ai alors pensé à Marc Kerr, qui a tourné avec les Rita Mitsouko et en première partie des Rolling Stones avec son groupe Gun. Y’avait pas beaucoup de batteurs comme ça, mais c’est ce que je voulais : simple et efficace.

Tu le situes comment, ce disque, dans la filiation de tes précédents albums ?

A tort et à travers, ce n’est pas une rupture, c’est la suite. Je fais des chansons tout seul, sans plan de carrière. C’est une somme d’énergie qui se rencontre, le tout c’est d’avoir la notion de poésie et de poétique.

Jean-François, Mark et Antonin, sans les autres.
(studio Midlive, © B. Zon pour nato)

Justement en parlant de poétique, beaucoup des titres évoquent le paysage et les voyages.
Je suis marqué par les rivages, les mers. C’est une manière de prendre de la distance par rapport au monde terrestre. Ce n’est pas forcément que du positif : je suis originaire de la Côte d’Opale, vers Dunkerque, et aujourd’hui, beaucoup de gens tentent de rejoindre l’Angleterre par là… Mais le rivage, c’est aussi l’infini, le début et la fin. Paraît qu’on est né en poissons – et qu’on se termine en poison.

Tu as carrément un track, Traverser, où tu imites les bruits des transports.
Ailes, aussi, c’est un voyage, plus africain, mais c’est avant tout mon folklore personnel.

Rock ou jazz, cet album ?
Ni rock, ni jazz, c’est ma musique. C’est complètement différent des premiers groupes où je ne faisais que du free, avec Evan Parker par exemple. Ce n’est pas pop non plus… C’est « tous azimuts ». Je passe du free à la chanson, avec du rock. Finalement, mon truc à moi.

Ces étiquettes, ça veut dire quoi pour toi ?

Ma musique folklorique personnelle comme j’aime à dire. Elle s’est nourrie de toutes mes expériences. Le rock, c’est ma première source musicale, avec les fanfares belges – pas les fanfares des Beaux-Arts, hein – et le classique. Ce qui m’a poussé à faire de la musique improvisée, c’est le free, mais le rock a toujours été présent. Les gens qui jouent de la musique d’improvisation, ça me plaît quand on garde l’ambiance rock ou blues, la pulsation, même si ça ne se présente pas directement.

« Le rock, c’est ma
p
remière source musicale, avec les fanfares belges
et le classique. »

— À Tort et au travers (Nato, 2020) : pochette de Zou.


• propos recueillis par Lucas Le Texier


Le disque de Jean-François Pauvros
est disponible à la vente à cette adresse (maison Nato).

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