« C’est qui ça ? » Mood de MC mâtiné de cheffe de meute, Delphine Joussein balance cette question depuis la scène. Petit silence, quelques regards, et la réponse est scandée. Hélène Duret lance une des premières publiques de son sextet. Compact comme un pack du Quinze de France marchant sur les Anglais. Le ton est posé. L’ambiance aussi. C’est la fin de sa résidence à l’Atelier du Plateau. Pas de cérémonie, pas de clap de fin solennel. Juste un moment, bien là, vivant. Joyeusement vivant. Au centre, Hélène Duret, donc. Ses clarinettes, une écoute ultra fine, un calme qui tient tout. Groove inoxydable, compositions posés très loin des morceaux à effet. Des bouts d’émotions, des trucs ressentis, pas toujours identifiables, mais qu’on reconnaît sans avoir besoin d’explications. La clarinettiste ne raconte rien, mais laisse survenir. Les récits sont dans ce qui est joué, plus que dans ce qui est dit. Toujours très précieux, cette vision musicale. Le pack avance donc. Pas de basse, pas de piano. Cinq soufflants, une batterie. Chacun bouge, soutient, se planque, ressort. Ça joue avec les rôles, ça ne s’accroche à rien. Et c’est ainsi que tient ce sextet.
Delphine Joussein ne lâche jamais ses pédales. C’est son extension. Elle bidouille pendant qu’elle souffle, elle trafique le son sans jamais perdre la ligne. C’est brut, libre, explosif parfois. En face, Quentin Biardeau part dans la même direction. Pas de contrepoids, pas de stabilisation. Le comparse d’Hélène Duret dans Couple Sympathique répond avec la même fougue que Joussein. Deux feux en même temps, mais aucun ne brûlent la baraque. Sur le brasier, Léa Ciechelski. Finesse absolue. Elle se faufile, écoute tout, place juste. Rien ne déborde. Chaque note compte. Jessica Simon, au trombone, vient placer net, timbrer direct. Ça vise juste, ça coupe court à toute contradiction. Et puis la frappe droite d’Ariel Tessier, à la batterie, claire, jamais pesante. Hyper précise, hyper présente. Aucune loi n’affirme qu’un sextet sextote nécessairement. Ici le son circule sans séduction, livre et donne tout sans fard. On entend les souffles, les petits accidents, les silences entre deux phrases. On voit les regards. Vivant, nous disions plus haut. Arrive le dernier morceau.« Une tragédie », dit Hélène. Rien de plus, évidemment. La pièce démarre lentement, tendue, resserrée. Quelque chose s’alourdit, doucement. Une gravité silencieuse, sans pathos. Le genre de truc qu’on sent tous, mais qu’on ne nomme pas. La musique est faite pour cela, transmettre des mystères. Ce sextet s’y entend plutôt pas mal.