Tortiller, lames de fonds

Sunnyside festival, Reims, Opéra, mardi 13 octobre 2020.

Can’t Get Started. Pas moyen de chauffer, tu parles d’un paradoxe pour une entame de festival. Chaud dès le démarrage, pourtant, Franck Tortiller. Frappe sur standard. Can’t Get Started With You, blues déclaratif, frappé haut la main. Vieux souvenir de Clifford Brown et de première communion pour le musicien. En version solo, c’est sensible, perché sur l’écho du lieu, posé sur la maîtrise des résonances du vibraphone. 2 mains, quatre baguettes, donc, pour entamer la semaine de concerts. Il y a, certes, plus fanfare mais il y a eu, aussi, ailleurs, dix mille exemples d’idées moins bonnes. Là, le paradoxe agit à bonheur. Un homme de jazz, seul face à sa propre mémoire et la remettant en jeu dans une maison d’opéra, habituée aux grands formats. Sous le stuc et le faux marbre, les nervures du geste sûr. Et, encore plus en-dessous, des blues dépouillés, cristallins, joués à l’os et avec une joie féroce. Brown passe faire signe et les clins d’œil à la maison jazz coulent tranquille. À Harry Pepl, guitariste de douceurs autrichiennes, à Milt Jackson, vibramonument, à d’autres encore. Bemsha Swing en déferlante miniature, Bag’s Groove en incontournable franchi sans détour. En solo. Paradoxe supplémentaire d’un musicien, homme de collectifs, de projets communs. Homme face à un instrument multiple. Chaque lame est un pupitre, chaque frappe sonne clairement organique. C’est beau. Le genre de truc qui fait foule, qui vous ouvre un crâne et un festival. Pas vraiment besoin de fanfare. 


Guillaume Malvoisin
bannière © Sunnyside Festival

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Jean Mosambi a demandé à 11 artistes/illustrateurs/graphistes de créer une affiche originale pour chaque concert du festival. Affiche du duo  Atelier Mcclane pour le solo de Franck Tortiller.

Les sérigraphies sont en vente lors des concerts, pendant le festival du 13 au 18 octobre puis sur le site internet de Mosambi.

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