Mettez un Tigre dans votre moteur

Sunnyside festival, Reims, Le Shed, jeudi 15 octobre 2020.

Tu vois Gato Barbieri, dans sa période lollilove ? Bon. Tu vois le Tang, le petite poudre magique qui donnait des boisson orangée quand on y ajoutait de l’eau. Bon. Bin le Tigre d’eau douce de Laurent Bardainne, c’est un peu l’enfant des deux. Mais en plus exigent, en moins sucré, aussi. Du gâteau oui. Du Gato, oui aussi dans les liens entre saillies free et cuivre glam, mais un gato moins fatigué des quenottes, plus souple des rotules. Le son de sax ne craint rien de l’exotica, rien non plus de la mélodie pop. Les lignes de Rhodes d’Arnaud Roulin ne tapent pas loin des magnificences de la Pulsion de Loussier. Le reste des rayures du félin se tient classe, inamovible, grand seigneur. Brillant sur les ors, goulu sur la guimauve, élégant sur le strass. Malin, aussi, sur l’hommage coltranien, évident après coup, au facteur Cheval. Et au cœur de ce – maudits soient-ils en cette période – de ce jazz de dancefloor, Bardainne et ses fauves fouraillent dans des motifs poussés jusqu’à rendre gorge, dans des boucles poly-rythmiques, Roger Raspail et Philippe Gleizes, sans défaut de couture sur Kinshasa. Et souvent sautant à pieds joints sur la limite du kitsch incendiaire qu’il arrive à rénover sans en avoir l’air. Pas vraiment de menu fretin le gros chat. Mais un vrai greffier de jazz. De jazz fait avec « deux bouts de bois, un drap et trois cailloux ». De jazz ventru, qui joue aux cowboys et aux indiens, sans nostalgie mais avec des grands yeux de gosses, deux billes vissées dans un infini pourpre et violet. Faste et indispensable.


Guillaume Malvoisin
bannière © Sunnyside Festival

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Jean Mosambi a demandé à 11 artistes/illustrateurs/graphistes de créer une affiche originale pour chaque concert du festival. Affiche de Olivier Le Zizien pour le concert de Laurent Bardainne et Tigre d’eau Douce.

Les sérigraphies sont en vente lors des concerts, pendant le festival du 13 au 18 octobre puis sur le site internet de Mosambi.

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