O.U.R.S.

Ornette Under Repetitive Skies

Dijon, La Vapeur, D’Jazz Kabaret, vendredi 28 février 2020.

by | 29 Fév 2020 | concerts

Too bad Jean-Jacques. Cet ursidé-là a, sous le pelage, plus de puissance et de délicatesse qu’une seule meute de grizzly de cinoche. Plaisir de l’accord large ouvert. Joie de la résonance. En scène, O.U.R.S. s’amuse. Deux albums, la matière à jouer est dense. Par exemple, par la prise de risque dans le remaniement de la set list. Quitte à jouer l’hymne visceral qu’est Dans la tête en deuxième track de set. Coltranien version poids plume, beau à pleurer. Doux jusqu’à l’indicible entre les mains d’Hugues Mayot. La belle idée qui rend, d’emblée, curieux de la suite d’un live où sont redistribués les rôles. Clément Janinet, leader discret du projet, en appui mélodique ou en confrontation rythmique. Le violoniste joue goal volant, quoi. À quoi ? À convoquer du sentiment. Jazz frenchy, lettré sans être péremptoire. Du sentiment affiché sans théorie. Ça joue mélancolie, en tapant dans le sens noble du mot. En l’affublant d’un groove sans remord ni regret. O.U.R.S. reste en avance, d’un sentiment, sur l’auditeur. Et, dans l’espace crée entre l’attente et le réel, la quartet de glisser un paquet d’images sonores, d’assauts minuscules et de grandes claques fraternelles. Appuyées de deux épaules contradictoires par Scarpa et Florent. Le premier appliqué au soin de rendre le sol mouvant, le second à propulser l’oreille vers les éclaircissements, sans doute même faudrait-il noter ici émerveillements, du chant lead.
Plaisir aussi plus tard, de les voir déconstruire les thèmes canons de leur deuxième album, Danse ? (Gigantonium, 2019). Retracer les circonvolutions de Un pas de 4, redéfinir les danses internes de Quiet Waltz, en relancer les beats de Polka sur la piste de la transe propre aux musiques trads. Et là, le lien à Ornette devient une preuve jolie d’intelligence du quartet de Janinet (écouter sa Breakoscopie). Relier le patrimoine vernaculaire à la jonction qu’Ornette cherchait à faire entre ébouriffage Free et saillies populaires, est une audace vacharde. Mais domptée en moins de deux par les quatre meneurs d’O.U.R.S. Jusqu’au morceau éponyme Ornette Under Repetitive Skies, que Scarpa amène encore ailleurs, troquant les salves d’entame, gravée électro sur le premier disque, par une frappe plus abstraite plus âpre. Le track tire alors à lui l’Amérique aventureuse des 60s pour lui mettre les deux pieds dans le goût du jour. Complexe, inspiré, multiple et forcément périssable. Parfait, isn’t it.


• Guillaume Malvoisin
photo O.U.R.S. © Stanilas Augris

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