Clean Sax & Mista Clar, talkin’ ’bout

Brouiller les pistes plus que l’écoute. Ce pourrait être le credo de NoSax NoClar. Ce duo au nom de paradoxe ambulant connait la joie des mélanges, l’exigence de la danse et l’importance de l’amitié en musique. NSNC est Lauréat 2019 de Jazz Migration et ses deux musiciens écument les plateaux et festivals. Rencontre entre les dates au Tribu festival et au Sunnyside. Environ.

by | 17 Oct 2020 | interviews

Basten Weeger et Julien Stella, sans sax ni clar © Edouard Roussel

Vous êtes un duo avec sax et clarinette. Alors, NoSax NoClar, c’est quoi ? Pas de bras, pas de chocolat ? Une petite provocation ? Une jolie chose pour l’oreille ?
Bastien Weeger. On est était pas très inspirés, on cherchait un nom de groupe avec saxo et clarinette. Finalement c’est quelqu’un d’autre qui a trouvé pour nous. On est un peu dépassés par ce nom.
Julien Stella. Mais c’est chouette parce qu’à chaque concert, tu rencontres des gens qui te donnent leur propre explication. Tout à l’heure un monsieur nous disait : « NoSax parce que tu joues pas vraiment du saxo comme on devrait en jouer. Pareil pour la clarinette, donc pas vraiment sax et pas vraiment clar ». C’était une belle explication.

Votre rencontre date de l’école de jazz à Tours au conservatoire c’est plutôt cool que dans un conservatoire, il y ait de la place pour un projet hybride. Vous gardez quoi de votre passage à l’école ?
BW. Le groupe est né plus tard. Jazz à Tours ça reste quand même une école assez ouverte qui aime bien les projets qui mélangent les styles, les genres musicaux. J’avais juste 18 ans, je sortais du bac. J’étais trop content de faire du jazz, de rencontrer des gens, mais c’est juste mon parcours. On s’est finalement rencontrés et ça c’est un point positif.

Dans la petite vidéo de présentation de NSNC, vous vous rattachez et l’un et l’autre à un répertoire. Musique trad, pour toi Julien, et jazz pour toi Bastien, des répertoires qui ont été longtemps un peu sous estimés voire dévalorisés par l’institution académique des conservatoires. Heureusement ça a un peu changé aujourd’hui.
BW. Bonne question mais je pense que même la musique classique semble être une musique académique mais c’est faux. On apprend quand même pas mal de trucs au conservatoire mais au bout de 10 ans d’expérience de scène, de concert, tu te rends compte que t’apprends beaucoup sur le terrain. Le jazz c’est pareil. Les écoles, c’est une petite partie de ce qui te fait avancer et il faut juste continuer sans cesse de jouer avec les gens rencontrés ailleurs.

Est ce que le répertoire de l’un est rentrés en collision avec le répertoire de l’autre ? Par exemple, la technique du growl à la clarinette, on la retrouve à la fois dans le répertoire trad et dans le jazz notamment dans la jungle. Comment se sont créés vos liens ?
JS. On se connait depuis plus de 10 ans et on avait envie de jouer ensemble. À aucun moment je crois qu’on a anticipé le truc à se dire : « si toi tu joues comme ça et moi comme ça qu’est ce que ça pourrait donner, qu’est ce que ça pourrait créer ». Tout c’est fait à l’envers, quoi.
BW. Comme on joue en duo, c’est assez facile de faire rencontrer deux univers. Genre A + B ça fait C, en fait c’est assez facile.
JS. On s’apprend des choses mine de rien, alors c’est marrant parce qu’on ne compose pas du tout à deux mais on arrange à deux.

Chacun vient avec ses écritures ?
JS. C’est ça. Je joue des pièces de Bastien que, dans la vraie vie, je n’aurais jamais joué et inversement. C’est ultra excitant je trouve.

« On peut passer des soirées à écouter des tonnes de disques complètement différent, ça part du classique et ça finit en folklore napolitain. On partage ça même si ça ne ressort pas forcément dans notre musique. L’amitié quoi. Au delà des notes et de la musique. »

le Teasing by NoSax NoClar

Kahmsïn – Live Session @ Notre Dame De Bon Port, Nantes

Ça serait quoi l’idiome commun entre vous ?
BW. L’amitié, le truc de base.
JS. Au-delà des notes et de la musique, on s’entend, tout se fait avec ça.
BW. Il y a une volonté profonde de jouer ensemble. Esthétiquement, on a plein de trucs, plein de styles en commun.
JS. On peut passer des soirées à écouter des tonnes de disques complètement différent, ça part du classique et ça finit en folklore napolitain. On partage ça même si ça ne ressort pas forcément dans notre musique. L’amitié quoi. Au delà des notes et de la musique.

Est ce qu’il y a des influences revendiquées au sein de NSNC ?
JS. On ne revendique rien du tout, on nous pose des fois cette question. Quand l’idée du duo est née, on a cherché sur disques, sur Internet, des duos sax/clarinette. On n’a quasi rien trouvé. On ne pouvait même pas s’inspirer de quelqu’un, on fait un peu ce qu’on a envie. D’ailleurs, on est surpris de la manière dont notre répertoire est reçu.

Votre musique est enthousiasmante, plutôt séduisante. Par exemple vous refusez les effets. Ça aurait pu être une facilité pour échapper aux carcans et aux cadres un peu strictes du duo.
BW. On a beaucoup joué ensemble dans un groupe avec batterie, basse électrique. Toi, Julien, t’étais déjà au beatbox, donc on utilisait l’électricité à fond. Pour NSNC, on voulait clairement jouer acoustique. Et puis, on adorait se retrouver sur des quais de l’Erdre à Nantes et jouer juste dans la nature. T’as juste à apporter ton instru, tu montes et…
JS. ça joue.
BW. Je me souviens quand tu as ramené le premier morceau. On commençait à jouer et on s’est dit : « ouah c’est cool mais va falloir monter un répertoire d’une heure, va falloir se creuser la tête pour trouver d’autres subtilités, d’autres variations pour que ce soit pas chiant à écouter ». C’était un peu le challenge. Suffit juste de se creuser la tête un peu.

Se creuser la tête, c’est en répét’ ? Avant, autour d’une bière ?
JS. Orf…Comme on ramène des trucs chacun de notre côté, finalement, on se creuse la tête en solo.
BW. Parfois, à la fin d’un concert, on se dit : « putain cette phase d’impro c’était trop bien, ça serait cool de développer ça plus tard ».
JS. Quand j’écris pour Bastien, ce n’est pas figé. En écoutant, en réécoutant, on module puis on teste. On apprend de nous même, l’un de l’autre.

Quelle place vous donnez à l’impro en concert ?
BW. Il y a une place mais qui n’est pas énorme. Enfin, il y a une phase d’impro, mais on sait exactement d’où on part et où on arrive, quelle couleur on veut donner à une partie improvisée. Ce soir on a joué des trucs qu’on avait jamais joué. Plus on joue les morceaux en concerts, plus on prend des risques.
JS. On se taquine l’un l’autre, et souvent soi-même, c’est ça le truc. « Ah tiens et si j’essayais ça pour voir, ah ça marche pas, tant pis, ah ça c’était intéressant. »

Vous arrivez aussi à maintenir un bel équilibre entre mélodie et technique de jeu plus abstraite.
BW. J’ai fais de la musique classique quand j’étais plus jeune. En musique contemporaine, on utilise beaucoup de sonorités du sax qui sont slappées, en multiphonie, de sons un peu bizzaroïdes. J’ai toujours aimé jouer ça, utiliser ça dans les impros.
JS. Y avait pas de cahier des charges de ce point de vue-là en tout cas.

La bulle NSNC est-elle complètement infinie et extensible ?
BW. Pour l’instant je vois pas trop de limites. Il y a encore des instrumentations à tester, qu’on est en train de travailler chacun.
JS. C’est vrai qu’il y a plusieurs saxs, plusieurs combinaisons qu’on a pas encore faites, là on va tous les deux changer de clarinette, en ajoutant sans doute la clarinette basse.
BW. Ça serait rigolo, ouais, peut être un jour, si je travaille.
JS. Pour le moment, no limit.

Oh, j’y pense. Dans le jazz, on utiliserait pas un peu trop les mots ‘voyage’ et ‘atypique’ en ce moment dans la com’ ?
BW. Carrément ! Atypique c’est le truc qui revient le plus.
JS. Pour nous, c’est peut être lié à notre premier morceau finalement, comme s’il y avait un vent qui se déplace d’Israël en Egypte. Au début du duo, on s’était dit que ce serait marrant de voyager avec la musique.
BW. D’appeler chaque morceau avec un nom d’endroit qu’on aimait bien…
JS. … Un truc en mouvement, une invitation au voyage, c’est vrai que dit comme ça, ça peut faire cliché.
BW. Après, on peut dire un peu ce qu’on veut, mais il y a souvent des gens, à la fin des concerts, qui viennent nous voir et nous disent : « roh c’était trop bien, j’ai voyagé ». Ça fait super plaisir.
JS. Y a ça aussi. On passe d’une esthétique à une autre… Un peu d’irlandais, un peu de bulgare. Y a peut être aussi un peu de ça dans le voyage, j’en sais rien du tout. Va donc poser la question au public.

« Suffit juste de se creuser la tête un peu. »


propos recueillis par Guillaume Malvoisin au Tribu festival, septembre 2020
photos © Edouard Roussel / Tribu festival


NoSax NoClar est Lauréat 2019 du dispositf Jazz Migration.
Le duo est parrainé par les Rendez-Vous de l’Erdre
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