Les Noces de Papanosh

Papanosh, c’est un ensemble, une collectivité, un agrégat. Des vieux amis reconvertis, au sein du collectif des Vibrants Défricheurs, dans un des meilleurs groupes à l’usage des scènes jazz de l’hexagone. Le genre de réunion de bienfaiteurs qui se jouent de tout et finalement n’auraient peur de rien. Magie ? Plutôt du boulot fervent et discret. On en a parlé avec Quentin Ghomari, trompette de ce club des 5. Papanosh, c’est une tribu. Et, tiens, ils étaient au Tribu, aux côtés d’André Minvielle, dans une édition 2020 rescapée de la pandémie.

Concert de Papanosh © Edouard Roussel

Vous avez appelé ce projet Prévert Parade, en le fondant sur un assemblage hétéroclite ? C’est un des principes de Papanosh ?

Parade, ça nous a semblé être un bon mot pour ce projet. On a toujours fonctionné comme ça, en ramenant en grappe des musiques venues de plusieurs univers, en assumant les goûts et les envies de chacun.

Dans votre premier album Chicken In A The Bottle, il y a un morceau qui s’appelle Pour André, c’était déjà André Minvielle ?

Non André c’était le grand-père de Sébastien, qui est le pianiste de Papanosh. Pour l’histoire, son grand-père faisait beaucoup de bals, avec une formation autodidacte derrière lui, il a appris la musique par le bal.

Comment la jonction s’est faite avec André et vous ? Qui a eu l’idée ?

Le projet est venu après la reprise d’Étranges étrangers qu’a faite André. C’est un texte de Prévert. Suite à ça, des droits ont été ouverts pour faire de la musique sur ses textes. Vu qu’on voulait déjà jouer avec lui, il nous a branchés, c’était un chouette terrain de rencontre. On a pu se plonger dans les bouquins, on a fait des résidences et à la Fraternelle notamment.

Tout ça dans un esprit assez libertaire, est-ce une filiation ? Une parenté dans vos positionnements par rapport à la musique ?

Pas vouloir essayer de rentrer dans une mode, ouais, c’est quelque chose qui est assez naturel chez nous, cet état. À part peut-être pour l’hommage à Mingus. Là, il y avait un vrai décalage dans le fait d’assumer ce qu’on est réellement, des normands. (rires) On fait avec ce qu’on a.

A-t-il pu vous arriver d’être intimidés ?

Je ne vais pas parler pour tout le groupe mais pour moi, oui. Je me suis régalé face à ses solos. C’est un musicien, un personnage accompli, évidemment il y a du respect, mais pas trop non plus parce que c’est pas le type du personnage. Ça reste quelqu’un de très simple, même dans la création, ensemble. Il reste très ouvert et très simple dans sa manière d’aborder les choses. À chaque fois, il a su s’immiscer dans le collectif de Papanosh ce qui n’est pas forcément évidement, entrer dans un groupe qui se connait depuis 10 ans.

Dans les notes de présentation du projet Prévert, on trouve cette formule : « Composte Dada ». J’imagine que c’est une forme de boutade, mais est-ce que c’est aussi une forme d’annonce ? Voilà, on va recycler Dada.

On ne savait pas où ça allait nous emmener. Il y avait une idée assez folle là-dedans. Il y a les inventaires et les poèmes très courts, les différents messages qu’ils peuvent renvoyer. On trouvait qu’un cabaret serait idéal, avec des numéros assez distincts, des ambiances différentes.

Après avoir vu votre concert, on a l’impression d’un projet facile. Pas un projet qui a demandé de la sueur mais une forme d’évidence. C’est très fluide.

On essaie toujours que ça paraisse simple, pour pas perdre le public, que ça plaise à des gens qui sont passionnés par la musique contemporaine mais aussi par la chanson. C’est la complexité des musiques où il y a un message politique fort, que de retranscrire ça et que ça reste hyper naturel. On voulait mêler musique et texte. On a rencontré André Minvielle à Uzeste, plutôt simple et fluide pour une rencontre.

«Il y a les inventaires et les poèmes très courts, les différents messages qu’ils peuvent renvoyer. On ne savait pas où ça allait nous emmener.»

André Minvielle chante et Quentin Ghomari joue de la trompette.

André Minvielle chante et Quentin Ghomari joue de la trompette.

André Minvielle médite et Raphaël Quenehen joue du sax soprano.

André Minvielle médite et Raphaël Quenehen joue du sax soprano.

Revenons à Prévert. L’ironie des dates montre qu’il meurt en 77, l’année de l’explosion du punk. Est-ce qu’on oublierait pas trop facilement l’aspect libertaire et énergique des textes de Prévert ? Qu’on ne l’enfermerait pas un peu trop vite dans l’image d’un auteur pour écoliers ?

Ah bah évidemment. Moi, j’avais le Prévert de l’école, quoi. La vision de Prévert qui est communiquée à l’école est très réductrice. Étrange étranger est encore terriblement actuel. On entre dans une période encore plus intense, qui sépare les gens donc oui, sans aucun doute, ça reste contemporain.

Et ça, ça vous donne la force d’être un levier entre un texte et un public ? De faire passer des idées ?

C’est chouette de les ressortir et de les partager. Ce qui était intéressant et qui nous a joué des tours au début du projet, les gens pensaient que c’était de la musique de bal, de la musique à danser. Ça a donc un peu surpris certaines personnes. On aime ça les grooves, bien entendu mais on aime les textes. Moi je trouve ça passionnant. Il y a plein de jeux dans ces textes, c’était un bonheur de trouver des clefs pour s’amuser.

En préparant l’interview, j’ai plongé dans votre projet sur Mingus. Il y a un vrai parallèle avec votre écriture, avec votre façon de créer des ruptures.

C’est quand même une de nos grosses influences. Je pense aussi que c’est une influence qu’on a tous en commun. Dans Papanosh, on fait tous des musiques différentes, individuellement. On a peut-être pas une part du message que Mingus défendait à son époque, dans sa musique. C’est aussi la complexité de jouer cette musique à notre époque. Il faut trouver notre sens à nous.

Vous allez jusqu’à reprendre le process de création : la direction à vue et en scène.

Ouais un petit peu, c’est vrai. Ces riff, aussi, assez directs, pas trop écrits joués sans part’. On préfère que le matériau soit un peu diminué, qu’il puisse se mélanger, se déformer, et qu’on puisse, nous, rester vivants sur scène.

Donc, ça écrit pas trop, Papanosh ?

Ça écrit des trucs relativement simples et souvent des trucs qui se retiennent vite. On aime bien la mélodie, on aime les grooves simples.

C’est quoi le lien à la parole dans Papanosh ?

On a tous été sensibles à la littérature, moi, toujours à la chanson. Je pense que la rencontre avec Roy Nathanson nous a fait du bien là-dessus. Quand on a créé l’hommage à Mingus, on a cherché quelqu’un qui puisse créer un décalage. Roy a toujours un carnet sur lui avec des phrases, il pense la musique et surtout les mots. Il va pas jouer un morceau sans donner un sens.

Si on fait la liste de tous vos titres, la tracklist est pleine de langue, de rythmes courts.

C’est un kaléidoscope. Chaque morceau à une identité, une histoire pour nous aider à les jouer, à les vivre. Comme Balèze, Sanglier magique, Daga…

… ou Lounge Lizards ?

On connait pas si bien que ça. C’est à la rencontre de Roy qu’on les a redécouverts. Ça faisait partie du package quand on a rencontré Roy. On est allé le rencontrer à Brooklyn, et on a passé beaucoup de temps avec lui à discuter, à découvrir sa musique. Oui, ça laisse des traces.

« On aime ça les grooves, bien entendu mais on aime les textes. Moi je trouve ça passionnant. Il y a plein de jeux dans ces textes, c’était un bonheur de trouver des clefs pour s’amuser. »


propos recueillis en octobre 2020 par Guillaume Malvoisin
photos © Edouard Roussel / Tribu Festival

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