la peuge en mai

festival Météo, Mulhouse, jeudi 27 août 2020.

« C’était une bonne grève. Des fois triste des fois heureuse. » annonce une voix fragile en entame de set. Une grève, ça frotte, ça plie, ça tabasse. Ça chasse, aussi, ça gueule, ça lutte. Ainsi va La Peuge en Mai, elle aussi. Sextet appuyé en octet par la scénographie du projet. Deux speakers portent la voix haute et claire des entretiens collectés par Geoffroy Gesser, leader du trouble de cette Peuge. La Peuge ? C’est les usines Peugeot, plus particulièrement celle de Montbéliard où les grands parents du saxophoniste ont lutté, frotté, gueulé, revendiqué il y a un peu plus de 50 ans, lors des événements de Mai. On entend la vie sous la patriarcat, les questionnements des piquets de grève, les sabotages nécessaires des installations, l’éveil syndical et la phallocratie générationnelle. Puis ronfle l’assaut des CRS dans l’usine occupée et les deux morts qui ont suivi avant que « les forces de l’ordre du grand patronat » ne quittent les lieux. Et sur la fin du set, la Peuge aujourd’hui qui n’a que peu gagné hormis un peu de propreté d’allure. Ce qui est fascinant, peut-être avant toute chose, dans le projet mis en mouvement par le combo en scène, au-delà de l’amorce mémorielle et patrimoniale, c’est une lecture entre les lignes du conflit. Pas d’exégèse, mais peut-être encore plus une relecture entre les lignes. Pas d’hymne fédéré, pas de décorum mais une traduction de l’esprit par la matière musicale. Cette grève devient une histoire sensitive. Et la sensation, en ces jours de distanciels et de masquages divers, c’est une denrée qui atteindrait des prix d’or. « Est-ce que c’est seulement ceux qui gouvernent qui commandent ? Je crois pas, hein ? » reprend, plus tard, la voix fragile. les souffles tenus, quasi inextinguibles qui clôturent le set donnent leur part de réponse.

English spoken, here.

“It was a good strike. Sometimes sad, sometimes happy” announces a fragile voice at the beginning of the set. A strike, it rubs, it bends, it beats. It hunts, too, it yells, it fights. That’s how La Peuge en Mai, too. Sextet supported in octet by the scenography of the project. Two speakers carry the loud and clear voice of the interviews collected by Geoffroy Gesser, leader of the trouble of this Peuge. La Peuge? It’s the Peugeot factories, more particularly the one in Montbéliard where the saxophonist’s grandparents fought, rubbed, shouted, claimed a little more than 50 years ago, during the events of May. We can hear the life under patriarchy, the questioning of the picket lines, the necessary sabotage of the installations, the union awakening and the generational phallocracy. Then snores the assault of the CRS in the occupied factory and the two deaths which followed before “the forces of order of the big bosses” left the scene. And at the end of the set, the Peuge today, which has gained little apart from a bit of cleanliness of pace. What is fascinating, perhaps above all, in the project set in motion by the combo on stage, beyond the priming of memory and heritage, is a reading between the lines of the conflict. No exegesis, but perhaps even more a rereading between the lines. No federated hymn, no decorum, but a translation of the spirit through the musical material. This strike becomes a sensitive story. And the sensation, in these days of distancing and various masks, is a commodity that would reach gold prices. “Is it only those who govern who command? I don’t think so, eh? ” The steady, almost inextinguishable breaths that close the set give their part of the answer.


Guillaume Malvoisin
photo © Jean-Claude Sarrasin

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