Julien desailly

festival Météo, Mulhouse, jeudi 27 août 2020.

Toujours marrant, quand on visite ou quand on se pose dans une église, de retourner, à l’œil, la charpente du toit. La nef joue alors sur les mots et prend des allure de coque de bateau. Pas vraiment une révélation, si on se souvient que les premiers artisans charpentiers des églises et des théâtres étaient, pour la plupart, les marins mis en vacance par l’interruption des campagnes de pêche. Julien Desailly, lui, n’est sans doute ni en vacances ni marin mais parvient sans peine à charpenter le petit théâtre de son solo comme un édifice de la Légende Dorée. Dans les longs drones nés des tuyaux de sa cornemuse, tout juste interrompus par ses inspirations, nait tout un bestiaire micromodal. Sirènes déphasées, cachalot atonaux sifflant des litanies, hippocampes minimalistes au souffle continu. C’est d’une précision de trait redoutable. Ça échafaude des plans de liturgie ascensionnelle et des fresques miniatures. Les battements de la deuxième phase du set de Desailly propulsent le souffle de la première sur le terreau des folklores imaginés. Simplement. C’est beau à entendre et ça pourrait vous laisser basculer dans le sacré génial et profane de Jérôme Bosch pour une décennie ou deux. Si la Nef des Fous devaient avoir une OST, Desailly pourrait chopper du crédit au CNC.

English spoken, here.

It’s always fun, when visiting or sitting in a church, to look at the roof structure. This then plays on words and takes on the appearance of a boat hull. Not really a revelation, if you remember that the first carpenters of churches and theaters were, for the most part, sailors put on break by the interruption of fishing campaigns. Julien Desailly, on the other hand, is undoubtedly neither on vacation nor a sailor, but builds the small theater of his solo as a building of La Légende Dorée. In the long drones born from his pipes, just interrupted by inspirations, a whole micromodal bestiary is born. Sirens out of phase, atonal sperm whales whistling litanies, minimalist seahorses with continuous breath. It is of a dreadful precision of line. It structures plans for ascending liturgy and miniature frescoes. The beats of the second phase of Desailly’s set propel the breath of the first on the field of imagined folklores. Simply. It’s beautiful to hear and it could tilt you into Jerome Bosch’s genial and profane sacred for a decade or two. If the Nef des Fous were to have an OST, Desailly could get credits.


Guillaume Malvoisin
photo © Jean-Claude Sarrasin

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