Voir Mulhouse et gésir.

festival Météo, Mulhouse, samedi 29 août 2020.

Retour de Julien Desailly dans la nef de Ste-Geneviève. Au sein d’un trio, cette fois-ci, Gésir, sorti ébouriffé de la tête de Camille Émaille et où a été enrôlé Jean-Luc Guionnet en troisième larron dans le lieu saint. Sans alarme, sans procès, sans prévenir l’auditeur coincé en bas, le set débute du haut de la tribune de l’orgue. Bien entendu ça bourdonne, ça percute et ça structure les relations de sons, de résonances et d’espace. Pas certain que ça cherche l’épiphanie, mais que ça batte la brèche d’un sacré ultra païen, ça oui. Les aigus, par exemple, sont violents, tendus même pour les plus ténus d’entre eux. Et clouent alors les yeux sur la hauteur masquée d’où jouent les trois bretteurs. On connaît le truc maintenant : voir pour croire etc, coucou St-Thomas. Ici on est aveuglés pourtant, ou borgnes pour les meilleurs d’entre nous, et c’est l’oreille qui reçoit les claviers non tempérés, les drones habiles, les résurgences frappées avec splendeur et justesse.
Difficile d’éviter l’illustration, de ne pas imaginer l’OST d’une crucifixion filmée par Tarkovski, en recevant cette musique au corps. Or elle ne l’est en rien, illustrative. Elle n’est que musique, et en cela magnifique. L’oreille se fournit alors en autonomiequant aux récits de batailles, en petites guerres peintes sur les enluminures et minuties du Moyen-Âge des peintres bourguignons et flamingants. Le trait est brut, revêche, ne cherche pas l’harmonie mais une chose proche l’élan nécessaire. Grimaçant parfois, plein de grumeaux et d’une vitalité qui dépasse celui qui la fait tinter. Ci-gît la radicale beauté de Gésir.

English spoken, here.

Return of Julien Desailly in the nave of Ste-Geneviève. Within a trio, this time, Gésir, who came out of Camille Émaille‘s head in disarray and who enlists Jean-Luc Guionnet as third thief in the holy place. Without alarm, without trial, without warning the listener stuck below, the set begins from the top of the organ gallery. Of course it buzzes, it hits and it structures the relations of sounds, resonances and space. Not sure if it’s looking for epiphany, but it beats a hell of a pagan, that’s for sure. The high notes, for example, are violent, making even the most tenuous of them. And then they nail their eyes to the masked height from which the three swordsmen play. We know the trick now: see to believe etc, cuckoo clock St-Thomas. Here, however, blinded, or one-eyed for the best of us, it is the ear that receives the untempered keyboards, the skilful drones, the resurgences struck with splendour and accuracy.
It is difficult to avoid illustration, not to imagine the OST of a crucifixion filmed by Tarkovski, taking this music to the body. It is in no way, only music, and in that it is magnificent. But the ear placed in this church provides accounts of battles, small wars painted on the illuminations and minutiae of the Middle Ages by Burgundian and flaming painters. The line is rough, surly, does not seek harmony but something close to the necessary élan. Sometimes grimacing, full of lumps and a vitality that surpasses that which provokes it. Here lies the radical beauty of Gésir.


Guillaume Malvoisin

+ d’infos
sur le festival Météo sur ce site

Ces chroniques pourraient également vous intéresser :