discordes
aude romary & jérôme noetinger

Dijon, imprimerie ICO, Why Note / Ici l’Onde, jeudi 20 février 2020.

by | 21 Fév 2020 | concerts

Discorde, sans doute mais accorte, certainement. La discorde dont il est question ici, est loin d’être une histoire de dispute sonore et de désaccords modaux. Loin de se cantonner à une énième baston musicale. Dans Discordes, le face à face qui lie Aude Romary à Jérôme Noetinger, l’accord est vif, subtil et franchement flagrant. Matière pour matière, la confrontation joue sur les frottements, les legato atonaux et les flibusteries jouées à la pédale. C’est patient, c’est minutieux et c’est beau. Le genre de confrontation qui ferait passer Cassius Clay pour un grossier personnage. Parfois les conflits portent à l’extérieur, à la marge, ce qu’il y a de trop explosif (coucou Kennedy). Ici le débat avale le spectateur, en l’englobant d’abord, sans ménagements, pour finir par le pousser, plus tard, au cœur de son maelström fascinant, façonné à la main, dans un des ateliers de l’Imprimerie ICO. De la main à la main, donc.

Discordes joue sur une dramaturgie qui rameuterait la période élisabéthaine dans ses frictions, ses entêtements. Dans sa lucidité, aussi. Long set volubile. Discordes a de l’argument sous le talon. Long drone où s’étalent dynamiques et masse sonore. Archet pointilleux pour l’une, bande magnétique et feedback pour l’autre. Et cette Discordes, ce dialogue, se règle à la Moog par des éclairs interstellaires et miniatures, par des craquements navals, par des tonnerres de poches et par des remugles cellistes d’une puissance retorse. Les deux instruments, les deux musiciens reliés entre eux par un systus ressort/piezzo dont la simplicité évidente explicite très vite la fragilité admirable des émotions en jeu au sein de la doublette bruitiste. Fragilité infaillible qui va jusqu’à remettre en jeu la nature et quelques prises sur champ dans le game improvisé. Jusqu’à raccorder avec le vieux fond kabbaliste du répertoire. Jusqu’à remettre tout le monde d’accord. Awright.


Guillaume Malvoisin
photos © Why Note

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