Das Kapital, Vive La France

festival Météo, Mulhouse, mercredi 26 août 2020.

Ouverture du festival, simili-retour à la normal et enfin, ouverture d’un set live. Meteo fait société et Das Kapital fructifie sur son programme Vive la France. Hommage à la musique hexagonale avec tangentes, diagonale et pi très carré. Ouverture, on rembobine donc jusqu’au baroque frenchy : sonne la Marche pour la Cérémonie des Turcs de Lully. Démonstration faite, si besoin, des accointances géniales du baroque et du jazz. Et le velouté du son de Daniel Erdmann n’est pas le moindre des arguments pour un CQFD en forme de strike. Du velours allemand sur du Baroque français ? Ça fond comme un strudel au fond de la gorge. Pas doucereux pour autant le Vive La France du trio. De leur côté, Hasse Poulsen et Edward Perraud envoie ce qu’il faut de grain et d’humour grinçant dans cette mécanique de juke box. Le simple et clair y danse avec le rugueux, la lourdeur convole avec le clin d’œil. Patrick Hernandez prends sa dose de blue-bayou du Deep South, Claude François ne change pas et fait comme d’hab’, Le Temps des cerises se fringue façon Ravachol, en hymne de baloche. Imparable.
 Art toujours un peu casse-gueule, la reprise — effet surprise au cours d’un set free (hello Ayler) ou ré-appropriation obsessionnelle (coucou Coltrane). Mais de là, à en faire un set complet, voire un fonds de commerce, c’est gonflé. Mais très réussi, depuis les deux albums magnifiques consacrés à Hans Eisler dont ils reprennent An Den Deutschen Mond en guise de rappel. Les trois cocos de Das Kapital savent qu’une reprise c’est aussi un point de jonction avec l’imaginaire collectif (et ces jours-ci, c’est bon d’avoir du lien au-delà des masques). Ça joue sur une complicité terrible et sur ce que chacun remet en jeu de son instru. Batterie histrionne, guitare volubile et saxs pris par le lyrisme grumeleux et tord boyaux. Les trois joints dans cette petite entreprise de relecture dont le plan agit en deux étapes. Dénuement des mélodies puis les faire tremplins vers un terrain de jeu dont les bordures seraient sans cesse rebattues. Sky is the limit, dit-on en France.

English spoken, here.

Opening of the festival, a return to normal and finally the opening of a live set. Meteo gathers people and Das Kapital makes its Vive la France program grow. Homage to hexagonal music with tangents, diagonal and very squared pi. Opening, we rewind to the frenchy baroque: enters la Marche pour la Cérémonie des Turcs of Lully. Demonstration, if necessary, of the brilliant connections between baroque and jazz. And Daniel Erdmann’s velvety sound is not the least of the arguments for this CQFD. German velvet over French Baroque? It melts like strudel at the back of the throat. But not smooth at all this Vive La France. For their part, Hasse Poulsen and Edward Perraud send the right amount of roughness and squeaky humor into this jukebox mechanic. The simple and clear dances with the rough, the heaviness is coveted with the wink of an eye. Patrick Hernandez takes his dose of Deep South blue-bayou, Claude François doesn’t change and does Comme D’hab, Le Temps des cerises dressed in Ravachol-style, sounds as a baloche anthem. Perfect. 
Art always a bit of a pain in the ass, the reprise – surprise effect during a free set (Hi Ayler) or obsessive re-appropriation (Hey Coltrane). But from there, to make a complete set, or even a business, it’s inflated. But very successful, since the two magnificent albums devoted to Hans Eisler, of which they cover An Den Deutschen Mond as a encore. The three commies of Das Kapital know that a cover is also a point of junction with the collective imagination (and these days, it’s good to have a link beyond the masks). It plays on a terrible complicity and on what each one puts into play of his instrument. Histrionic drums, voluble guitar and saxes taken by lumpy lyricism and twisted guts. The three joints in this small rereading company whose plan acts in two stages. From melody deprivation to the springboard of a playground whose borders would be constantly tinkered with. Sky is the limit as they say in France.


Guillaume Malvoisin
photos © Jean-Claude Sarrasin

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pochette de l'album

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