Monsieur Claude et les Esprits

Sunnyside festival, Reims, Bibliothèque Carnegie, jeudi 15 octobre 2020.

On le dira jamais assez, le jazz est une musique de lien social. Et, au lendemain d’une nouvelle volée d’injonctions présidentielles, ce n’est pas forcément idiot de le rappeler. Et de saluer ceux qui bataillent et programment, ceux qui viennent pour jouer et ceux qui se risquent à venir entendre. En 3 pièces, ce solo de Claude Tchamitchian se risque, lui aussi. À dompter les colères intimes, les tentatives d’une musique-portrait et les liens solides à ceux qui l’ont précédé dans cet exercice. Et parmi ceux-là, Jean-François Jenny-Clark sur la basse duquel il joue. In Spirit, c’est le titre d’un solo joue avec l’esprit et l’être. L’esprit de communion qui lie les deux contrebassistes, les travaux de l’un sont en partie prolongés par les travaux de l’autre. Et sur le même instrument. Osons même que cette vieille dame honorable a une mémoire dans les veines de son bois. On parlait de l’être aussi. Le musicien qui débat et s’ébat avec le bois de son instrument, ici, est un être de musique, un être de ruptures, d’obsessions dont le corps entier façonne la musique de ces solos. In Spirit, In Memory et In Childhood, les trois pièces jouées, ont de l’épaule, du bassin, ont la paume ouverte pour vous inclure dans leur In. Il est plutôt aisé de s’y glisser pour se laisser déposer plus loin dans l’inconnu. Un inconnu peuplé de textures et de mesures où les recherches du jour font écho à la musique arménienne du Xe siècle, où Jenny-Clark vient s’asseoir dans un coin sans déranger. Un inconnu où Tchamitchian aura préparé, en homme bon, la rencontre avec votre oreille.


Guillaume Malvoisin
bannière © Sunnyside Festival

+ d’infos
sur le Sunnyside festival sur ce site
+ d’infos
sur Claude Tchamitchian sur ce site

Jean Mosambi a demandé à 11 artistes/illustrateurs/graphistes de créer une affiche originale pour chaque concert du festival. Affiche de Yann Spenser pour le solo de Claude Tchamitchian.

Les sérigraphies sont en vente lors des concerts, pendant le festival du 13 au 18 octobre puis sur le site internet de Mosambi.

Ces chroniques pourraient également vous intéresser :