LPR, étudiant sous prod’

Plus prometteur qu’un nouveau microparti, plus rapide qu’un nouveau train souterrain, LPR mène une double vie. Producteur de rap le jour et étudiant en InfoCom, le jour aussi. Deux domaines réduits au quasi silence. Double vie, double peine ? On fait le point avec 3 lettres originaires de Mâcon, 3 lettres qui étudient à l’IUT de Dijon, 3 lettres qui relient Gandhi à James Brown.

par | 1 Mar 2021 | interviews

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Parlons musique, tout de suite. Un des titres que t’as saigné en 2020 ?
Cette année, j’ai été très marqué par OBOY, que j’ai pu aller voir en concert juste avant la crise du COVID. La musique que j’ai faite tourner en boucle dans la voiture cette année, c’est Mélodie, un extrait de son dernier projet.

Choisir d’être à la fois musicien et étudiant en 2020-21, c’est chaud. Pas de cours, pas de concert… C’est quoi qui te manque le plus ?
Les concerts, ça me manque vraiment ! J’avais déjà pris mes places à La Vapeur pour aller voir Josman, Mister V et RK… Ce qui me manque le plus, c’est l’inspiration. Je continue d’enregistrer dans ma chambre, comme à mon habitude, mais j’ai beaucoup plus de mal à m’inspirer de ce que je fais dans la vie. Plus trop de soirées, de galères, d’embrouilles, d’éclats de rires ou de moments vraiment marquants. Je suis au même endroit, sur la même chaise, pour les cours comme pour la musique, ce qui rend tout plus pénible. J’ai beaucoup plus de mal à rester concentré sur les cours qui m’intéressaient auparavant. Vivre, c’est ce qui me manque le plus.

Les concerts te manquent ? Plus précisément, l’expérience physique du son ?
Je suis quelqu’un qui passe son temps à écouter de la musique, de tous les horizons musicaux, et entendre la musique en extérieur, autre part que dans des écouteurs ou un casque me manque. Je me rappelle toutes les fêtes de la musique que j’ai pu vivre ou pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de faire des scènes, et c’est ça qui me manque réellement.

Est-ce que le fait d’être confiné change un truc quand on a l’habitude de bosser enfermé en studio ?
Le confinement n’a pas vraiment changé ma méthode de travail. Ce qui a changé, c’est le manque de rencontres, ce qui me parait important dans ce milieu.

« J’essaye de m’ouvrir à ce que font les autres, aux cultures des autres, et ce contact me manque car c’est à partir de ça que je développe mon univers. »

Tu sembles développer un univers personnel, tu prends le temps d’écrire et de produire. On pourrait croire que le contact des autres pourrait ne pas te manquer.
J’ai besoin de liens sociaux pour vivre. Je m’alimente essentiellement de toutes ces relations qui font la richesse d’un être humain. Je pourrais parfaitement dire que ma vie se sépare en deux parties, une où j’ai besoin de découvrir, d’être entouré, et la seconde dans laquelle j’ai besoin d’être seul, presque de m’isoler, pour mettre ce que j’ai vécu à l’écrit, pour le matérialiser, le raconter aux autres à ma manière.

Rester devant un écran de cours en visio ou devant une fenêtre de logiciel audio, même combat ?
J’ai l’impression d’avoir perdu le sens, l’utilité de la formation que j’avais pourtant été heureux d’intégrer il y a un an et demi. Quand je travaille sur un logiciel, c’est pour avoir un rendu, rapidement, je sais où je vais. Pour ce qui est des cours, c’est beaucoup plus compliqué, j’ai l’impression de ne pas en voir le bout et de m’éloigner de l’idée que j’avais de la formation au départ.


C’est pas un peu chelou d’apprendre la stratégie de com’ d’un côté et d’avoir à expérimenter son propre univers sonore de l’autre ?
Je trouve pas ça chelou, au contraire. C’est vraiment là que je trouve l’utilité de ma formation. Je n’imaginais pas pouvoir appliquer autant de choses apprises en cours dans mes propres projets. J’aime toucher à tout et j’aimerais bien pouvoir maîtriser tous les domaines en lien avec la musique. Après le son, il y’a encore beaucoup plus de choses à faire si on veut une sortie réussie, et la com’ c’est important. Si tout se passe bien, j’ai mon diplôme à la fin de l’année, pour la suite on verra ! Mais je consacre 90% de mon temps libre à la musique.

RER ? nope, mieux. LPR.

Tu te considères comme un artiste ?
J’essaye. Pour être un artiste, il faut penser comme un artiste. Je n’aime pas me vanter, pas trop montrer ce qui marche, mais j’essaye au moins de travailler comme un artiste à temps plein le ferait.

LPR, c’est pour renverser PNL ?
Comme dirait un certain Karim, on ne compare pas le Karting et la Formule 1. Je ne pense pas réussir un jour à dépasser ces deux légendes mais l’objectif c’est essayer de faire aussi bien.

C’est quoi le son LPR ?
Si on parle de musique, je suis très fier de Plus le même, sorti en juin dernier. Sur le son, j’essaye avant tout de fournir la meilleure qualité possible, de faire en sorte que chaque son ait son identité, éviter que tout se ressemble et soit trop plat. Je passe toujours du temps à essayer de rajouter quelque chose sur le son finalisé pour qu’il attire l’oreille de l’auditeur, pour qu’il se dise : « waouh, ce moment-là du morceau, il tue ».

C’est quoi les influences de LPR ?
C’est vraiment très varié. J’écoute énormément de rap bien sûr, OBOY, Ashkidd, Laylow, pour ne citer qu’eux. J’ai été aussi très marqué par l’album La Colombe et le corbeau de Soprano, sorti en 2011. Michael Jackson a marqué mon enfance (Rock with you, j’adore), et aujourd’hui je le retrouve un peu chez Bruno Mars. Mon père me faisait écouter Soul de Seal à fond dans sa vieille R5, la reprise de James Brown, je m’en souviens comme si c’était hier. Ma mère m’a fait aimer les Beatles et Jean-Jacques Goldman.

Hum… On revient au Rap ? C’est quoi, le rap en 2021 ?
C’est malheureusement beaucoup trop d’artistes pendant la même musique vide de sens. Il y a bien sûr énormément d’artistes avec du talent présents dans le top album. Je consomme énormément de ces musiques mais je garde espoir, car le rap à su s’adapter pour devenir ce qu’il est aujourd’hui et contre toute attente, c’est quand même devenu le genre le plus écouté au monde.

Toi, en mai 2020, en plein 1er confinement, tranquille, tu lances LPR Records. C’était un projet auquel tu pensais déjà depuis longtemps ?
Ça faisait un bout de temps que j’enregistrais des potes, pour leur faire plaisir, pour rendre service. Plus le temps passait et plus on me demandait d’enregistrer. Donc oui, ça me tenait à cœur, je suis content que ça marche aussi bien et je pense que les gens de ma ville sont contents de pouvoir exprimer leur talent chez moi.

Il a tourné ton studio pendant les confinements ?
Pendant le premier confinement c’était point mort, je n’ai pris aucune session. Dès le déconfinement, il y a eu une affluence de gens qui n’attendaient que de remettre les pieds au studio.

On l’a vu, tu produis toi-même entièrement tes titres. Qu’est-ce que tu préfères : instrus ou lyrics ?
J’essaye de créer des instrus mais ça me demande beaucoup de temps d’apprentissage. Je n’arrive pas forcément à le trouver. J’ai donc tendance à demander de l’aide. La partie lyrics me plait beaucoup plus pour le moment. L’objectif, c’est de réussir à créer tout moi-même de A à Z, d’ici la fin de cette année.

Dans Plus le même, on a ce bon gros visuel de bagnole, très cinoche. Ça vient d’où ?
C’est le très talentueux Sazuravisuals qui à fait cette cover. Je passe par lui dès que j’ai besoin d’un graphiste. Il se débrouille super bien en photo-manipulation et il a toute ma confiance. On voulait symboliser le moment du son où on dit : « J’peux partir au volant de la benz » sur un petit coucher de soleil romantique. C’était un peu ça le thème du son, complètement tiré d’un film alliant histoire de gang et histoire de love.

On est en 2021, tu as 20 piges, forcément, tu utilises un vocodeur. C’est quoi ? Du style, une technique de masquage des défauts ou un moyen de faire piger le changement de peau dont tu parles dans le titre ?
L’autotune c’est le secret ! Plus qu’une correction, ça apporte un réel style, un truc un peu éléctronique à la voix. Ce qui marque pour moi le changement, c’est le pré-refrain, sur lequel j’ai ajouté un effet de profondeur.

Ce titre, c’est donc l’histoire d’une mutation. Tu crois, toi, que tu vas sortir changé de l’expérience des confinements ?
Je pense que j’ai eu le temps de me poser des questions, de réfléchir à la personne que j’étais réellement et ça m’a aidé à prendre conscience des choses importantes de la vie. Je me suis justement posé peut-être trop de questions par le passé. Comme l’a si bien dit Gandhi : « La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre ».

Au-delà du mystère, ce sera quoi le son LPR dans 10 ans ?
Franchement, je n’en sais rien. Ce qui est sûr c’est que je serais encore là, d’une manière ou d’une autre. C’est une passion qui restera. Je vois des rappeurs de 40 ans qui sont encore dans le top album, y’a plus de limites. Alors on verra bien. Pour l’instant, je sors un projet courant 2021, une petite dizaine de titres. Je laisse place au mystère pour la suite.


propos recueillis par Marine Gay & Guillaume Malvoisin,
février 2021.

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