Petit Géant, vidéo

Petit Géant

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantdarius club/le boeuf sur le toit,lons-le-saunier, 30 mai 2024— vidéo — Vidéo du concert réalisé au Darius Club/Le Boeuf sur le Toit,Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Francesca Raimondo / LeBlocphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie « J’aime le côté chanson. La simplicité de la musique qui est d’une certaine manière, mélangée au jazz, un prétexte à l’improvisation » Pierre Genin, leader de Petit Géant https://www.youtube.com/watch?v=BXXyhrhEEjU infos + chronique

Open Land, interview

Open Land

« À partir du moment où tout est permis parce que chacun des quatres musiciens considère que tout est permis à chaque seconde, à partir de moment seulement, la musique est ouverte. » open land— interview — Rencontre à Chalon s/ Saône, octobre 2020L’Arrosoir, Jazz Club. —par guillaume malvoisinphoto © DR line-up— Bruno Angelini PianoRégis Huby ViolonClaude Tchamitchian ContrebasseEdward Perraud Batterie interview— Open Land, c’est presque un accident.Oui. C’est une rencontre qui se fait sur scène, sur la péniche L’Improviste. Tu n’as pas eu le temps d’écrire de la musique, à peine le temps de te préparer à jouer et tout s’invente en direct sur scène.C’est presque ça, j’avais une carte blanche sur cette péniche et je devais faire 5 concerts relativement improvisés. L’idée, c’était de faire des rencontres avec des gens avec qui j’avais pas nécessairement beaucoup joué jusque-là. Sur cette première rencontre j’ai voulu réunir Régis, Claude et Edward que je connaissais tous séparément. J’avais fais un disque avec l’un, je connaissais Régis en temps que producteur parce qu’il avait produit les albums de Christophe Marguet, dans lesquels je jouais. J’avais fais une création avec Claude, des années auparavant avec Ramon Lopez du côté de Bayonne. C’était avec une chorale basque. C’était une époque où j’avais un peu un pied à terre en tant que leader parce que j’avais fais quelques disques. Mais ils avaient été compliqués à donner sur scène et j’étais un peu meurtris par ça. Donc j’avais envie de jouer avec des gens, de faire des rencontres, et pourquoi pas d’être sideman.  Compliqué à mettre sur scène, pour des raisons de productions, de musiques ?Des questions de réseaux, j’avais peu de soutien à l’époque, pas d’associations en support. Ça commençait à ne plus pas être suffisant, peut-être, je savais juste que ça marchait pas comme je voulais et qu’il me fallait du temps pour me refaire la pilule. Donc, quand j’ai invité les amis pour cette soirée, je n’avais vraiment aucune autre intention que de faire une belle rencontre et de se faire plaisir en musique. Vu que l’idée c’était de ne pas répéter, j’avais pensé à des morceaux très simples, que j’avais parfois arrangés dans d’autres contextes avant. Il y a eu beaucoup d’impros autour. À la fin de la soirée, comme ça arrive parfois, on s’est regardés et on s’est dit : « bon là c’est pas vraiment comme d’hab’ ». Il s’est passé quelque chose, quoi. Quelque chose de naturel. Je me suis dis que dans la vie, t’as des petits signaux et il ne faut pas les  laisser passer. J’ai donc rappelé les amis pour leur dire  que c’était tellement chouette que j’allais réessayer (rires) de mener un projet, qu’on allait utiliser cette musique faite ensemble qui sonnait tellement différemment des façons dont j’avais pu l’a faire sonner avec d’autres et qu’on allait enregistrer un disque. Ça a donné Instants Sharing.Oui, à La Buissonne, en auto-production, vu que j’avais plus spécialement de réseau à cette époque là. Quand nous sommes arrivés au studio, Gérard De Haro, me dit, les yeux humides:  « t’as une maison de disque pour ce truc ? ». J’étais parti en mode « nan, je chercherais après », et lui était : « si t’as rien moi j’aimerais tellement que ce soit sur le label ». Ça a commencé comme ça.  Je reviens juste sur la péniche, tu disais que tu as réuni le line-up sans réelle intentions. Tu choisis pourtant ces musiciens-là.J’étais vraiment dans le présent, c’est-à-dire que j’avais l’intention d’honorer la confiance qui m’avait été donné de faire ces cinq soirées improvisées. Pour être honnête, je ne sais pas exactement pourquoi je m’était d’imaginé que ce serait une belle soirée. Ça s’est imposé à moi et à nous, je pense.  Dans les notes de préparation du deuxième disque, il y a une chose assez étonnante et qui m’a intrigué : tu te disais excité à l’idée d’écrire avec la contrainte de la rigueur du chambriste.Ah, oui oui oui. Si tu veux, ce disque a été un peu un petit miracle, pour moi, ça a été très spontan. On a fait cette soirée et on a fini par faire un disque en réutilisant des choses qui avait été écrites ou arrangées car elles semblaient idéales pour cette formation, selon mon point de vue. Et on a obtenu ce premier disque qui s’appelle Instant Sharings. C’était, à l’époque et pour moi, un des plus beaux disques que j’avais pu faire en tant que leader. Ensuite, comme je suis plutôt improvisateur et instinctif, je ne me suis pas forcément donné une surconfiance totale dans l’écriture du deuxième disque. Je suis partagé entre « je peux très bien écrire de la musique » et, pour être transparent, le manque de certitude à ce sujet. (rires) Je connais les qualités de Régis, de Claude et d’Edward,  y a ce truc de chambriste.  Joli paradoxe d’appeler ton groupe Open Land et de t’attacher à travailler une couleur chambriste ? Comment tu concilies, toi, à la table de travail, le lien à la chambre et le lien aux grands espaces ?Je pense que l’espace vient pour moi de l’espace qu’on se donne nous et de la qualité de l’écoute de chacun d’entre nous, de la prise en compte perpétuelle des sons, des résonances et des timbres. À partir du moment où tout est permis parce que chacun des quatres musiciens considère que tout est permis à chaque seconde, à partir de moment seulement, la musique est ouverte. Et c’est seulement là que la chambre s’ouvre.Oui. (rires) Tu places Instant Sharings sous les auspices de grands musiciens américains. Ça vaut quoi, aujourd’hui encore, les références américaines pour des musiciens français ? Aujourd’hui en 2020, après toute l’histoire du jazz en France, est-ce que l’Amérique à toujours une part aussi importante ?C’est le pays historique. Tu vois, je viens du jazz. Je suis pas quelqu’un qui vient du conservatoire, j’ai fais de la musique classique mais un peu sur le tas. Quand j’avais 12 ans, j’avais les disques de mon père qui traînaient à la maison. C’était Miles puis Mingus et tout ça.

Jérôme Lefebvre Trio, chronique & podcast

« Les musiciens s’envoient de ces petits sourires complices qui autorisent quelques envolées bien senties. » jerôme lefebvre trionevers,— chronique & podcast — Chronique Live du concert au Café Charbon,Nevers, saison D’jazz, jeudi 23 février 2023 —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Jérôme Lefebvre Guitare, compositionChristophe Lincontang ContrebasseSangoma Everett Batterie chronique— Tout en maîtrise, le trio affiche élégance technique et concentration. Jérôme Lefebvre performe à la guitare et leade ce band avec beaucoup de calme et de retenue. Sangoma Everett est à la batterie et Christophe Lincontang à la contrebasse. Les musiciens s’envoient de ces petits sourires complices qui autorisent quelques envolées bien senties. Accent rock, balade estivale repue de plénitude, touche psyché, le trio se la joue jazz dès les premiers frottements de cymbales. Un jazz inclusif et classieux. Set intense et riche. Il se dégage une sérénité agréable, l’expérience parle, décomplexée, puisant ses influences dans l’ensemble de la grande et indéfinissable nébuleuse jazz. L’énergie est là, c’est contenu puis ça devient plus pressant, plus explosif. Le plaisir est là, lui aussi. Avec les frissons, les petites vibrations et la mélancolie chatoyante qui traversent Alternate streams. podcast— infos +

Velvet Revolution, chronique & interview

Velvet Revolution

« Pas de frontières visibles, pas de drapeaux au vent. Sous son velours underground, que des hymnes anti-nationaux.  » velvet revolution— chronique & interview — Rencontre à Chalon s/ Saône, novembre 2021L’Arrosoir. —par guillaume malvoisin photo © Nicolas Dhondt line-up— Daniel Erdmann Saxophone Théo Ceccaldi ContrebasseJim Hart Vibraphone chronique— On l’a bien compris depuis Gil Scott-Heron, la révolution ne sera pas télévisée. Celle-ci encore moins. Pas télévisée, plutôt auscultée en loucedé. Pas de frontières visibles, pas de drapeaux au vent. Sous son velours underground, que des hymnes anti-nationaux. Des No Flag, des Gimme Some Rest, des hommages, des tributes à la grande tribu. Celles des humains unifiés et idéalement pacifiés. À trois, sans leader autre que celui requis par l’instant sensible. Les dents plantées dans l’intime et le viscère, le trio emmené par Daniel Erdmann secoue ses rages majuscules. Et dans ses antiennes à la fraternité ou à la sororité universelle (rayez la mention inutile), le propos est allégé par la maitrise du son, du grain et de la forme, du sens et de l’autodérision. La Tigresse danse avec un déhanché freebop parfaitement hip dans un espace sonore resserré, élargi juste ensuite pour évoquer Melancholia, têtue, rugueuse et tendue d’une tension indicible mais très visible. Visiblement portée comme tout le reste de cette musique, portée sur l’art de vous rendre païen le sacrum, portée sur l’urgence de faire communauté. Unie sur le seul plaisir conscient. interview— Comment c’est né ce trio ?En 2014, j’ai arrêté quelques collaborations. C’était un moment de transition pour moi. J’avais envie, après des années de travail avec d’autres musiciens, de faire à un groupe où j’écris, où je décide un peu, au début au moins, des choses et j’ai cherché en moi, vraiment, ce son. En réalité, j’ai imaginé le son que j’aimerais bien entendre à ce moment-là. C’était vraiment une recherche de savoir quel pourrait être le son de groupe idéal. Comment tu décides des instruments qui seront dans ce trio-là ?C’est ça qui est venu dans mon imagination. Vraiment. Comme je connais bien mon instrument, je pouvais imaginer mon instrument dans un tel contexte. Souvent on crée de nouveaux groupes avec des musiciens qu’on rencontre puis on se dit « ben ce serait super de jouer ensemble ». Ça peut être une rencontre humaine. Mais là, pour Velvet, j’ai imaginé le son du groupe et l’instrumentation avant de savoir avec qui je voulais le faire. Dans d’autres projets, je trouvais qu’il manquait un peu du grain de mon son, tout le côté un petit peu soft, velours finalement. C’est aussi pour ça que j’ai appelé ça Velvet Revolution, c’est ma révolution de velours personnelle.  Tu parles de révolution de velours, on pense à Vaclav Havel, et je trace le lien avec Das Kapital, un de tes autres groupes, il y a un lien politique.C’est sûr qu’il y a un rappel de ça, c’est pour ça aussi que ça m’a plu cette idée-là, que ça raconte quelque chose un peu au-delà d’un titre abstrait. Mais, vraiment, c’était ma révolution personnelle de velours. C’est un peu une révolution à l’envers.  On revient à ta révolution intérieure, tu dis que tu veux retrouver le grain de ton sax, pourquoi tu n’es pas allé au bout en créant un solo ?J’ai eu l’occasion de faire des solos de saxophones mais pas souvent. Trois quatre fois, dans quelques festivals, où on m’a invité pour proposer ça. C’étaient des expériences assez chouettes mais… on est quand même seul, en solo… et pas que pendant le concert. Avant et après le concert on est vraiment tout seul quoi, c’est un petit peu dur, je trouve. Et puis j’aime bien, j’aime vraiment jouer avec d’autres, cette interaction de… conversation et des choses comme ça donc. Tu dis aussi que ç’aurait pu être un quatuor, c’est presque un quatuor, car il y a une place immense laissée à l’auditeur. Ce n’est pas une musique que l’on pourrait qualifier de frontale.Écoute, ça me fait très plaisir que tu dises ça parce que pour moi c’est vraiment très important. En concert notamment, il y a vraiment le quatrième membre du groupe qui est le public et qui… Déjà, physiquement ça… On est des cordes de résonance donc on a des cordes de résonance qui sonnent dans la salle avec nous. Chaque salle sonne différemment dès qu’il y a le public qui est là. On fait la balance mais on sait que ça va pas sonner pareil, c’est sûr. Et puis, il y a l’interaction, il y a les réactions, tout ce qui influence énormément la musique. Comment tu expliques ça, les couleurs des instruments, ce côté très jazz de chambre, si tu es d’accord avec cette idée-là. Comment tu travailles avec l’unisson, les contrepoints ? J’ai l’impression que tu utilises presque un matériau classique.C’est marrant que tu parles de couleur parce que c’est vraiment le premier disque de Velvet qui était pensé avec une couleur par morceau. Et le deuxième, il y en a plusieurs, en fait, par morceau… Dans le premier disque, j’ai pas mal utilisé certains clichés, par exemple, que j’ai après détournés. Le premier morceau, c’est presque comme un reggae mais un petit peu bizarre, avec une mélodie qui est entre tonal et atonal. J’aime bien l’idée d’un peu bricoler des morceaux et des idées, de faire des collages, des choses et j’enregistre des choses chez moi et… Et j’essaye des choses. C’est marrant, on parlait avec Jim tout à l’heure de choses, de techniques de composition et c’est vrai que, pour moi, la question de la tonalité n’est pas très importante. Parce que, justement, pour moi le plus important, c’est le son de chaque phrase… C’est des bouts de son, peut-être, plus… Il y a un autre truc assez évident quand vous on voit ou qu’on vous écoute, c’est l’impression qu’il n’y a pas de leader, alors, c’est ton projet, on vient d’en parler mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas de leader visible en scène.Je suis persuadé, que, pour moi, chaque musicien qui joue dans un groupe pour ce type de

Segment, chronique & podcast

« Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… » segmentdijon,— chronique & podcast — Chronique Live du concert à la Ferronnerie,Dijon, LeBloc, jeudi 2 mars 2023 —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Antonin Néel PianoJean Waché ContrebasseVictor Prost Batterie chronique— Décidément, Antonin Néel, Jean Waché et Victor Prost aiment jouer. Jouer de quoi ? Ça, ça dépend d’eux. Néel est un passionné des combinaisons et des chiffres. Des petites associations mélodico-rythmiques complexes, à emboiter, qui se superposent et qui s’entraînent mutuellement. Ainsi s’est construit le set façon nerd de Segment à la Ferronnerie. Aux calculs savants, Néel à gauche avec deux mains infinies qui ne font jamais la même chose, jouant avec la pulse et les décalages mélodiques. Hypothèses radicales pour Prost qui aiment l’abstraction pure : regard en contre-plongée sur ses toms, introspection logique et coup de baguettes sous forme d’échec et mat. Liant pour le trio, Waché est avant tout le cartésien du groupe, le petit numéral précis qui permet à l’opération de donner un résultat. Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… Et lorsqu’on a entendu leur Continuum, on a compris que leur théorème était d’ores et déjà prouvé. podcast— infos +

Atlas, chronique & interview

atlas

« Les quatre astronautes sont détentes dans cette cosmogonie mi-futuriste, mi-seventies. Dans ces soubresauts acoustico-électroniques, le big bang Atlas prend forme. » atlassaint-claude,— chronique & interview — Rencontre à Saint-Claude, mars 2022La Fraternelle – Maison du Peuple. —par Lucas Le Texierphoto © Julie Perrusset line-up— Romain Maitrot Trompette, bugle, effetsNicolas Canavaggia Contrebasse, basseLéo Molinari Guitare, synthéLéo Delay Batterie chronique— Avec Atlas, le grand saut. Saut interstellaire avec tout le matos électronique venu en grande pompe : duo gagnant, synthé et Moog. Dans ce shaker cosmique, on mélange un peu tout : jazz groove, acid-jazz, drone, rock progressif, math-rock… et boum. Nicolas Canavaggia et Léo Delay, dans un esprit résolument rock, coordonnent leurs efforts pour faire groover tout ce petit monde. Devant, leurs compères virevoltent entre leurs instruments : Léo Molinari passe des cocottes gratteuses aux nappes synthés ; en face, Romain Maitrot alterne bugle et trompette avec une boîte à effets. Les quatre astronautes sont détentes dans cette cosmogonie mi-futuriste, mi-seventies. Dans ces soubresauts acoustico-électroniques, le big bang Atlas prend forme : les impros prennent le temps, on se laisse, cotonneux, porter par la répétition de ces boucles électroniques. Finalement, y’a du son dans l’espace. interview— Le nom du groupe, on le place où sur la carte ? Nicolas Canavaggia : On s’est d’abord rencontrés musicalement. Atlas, à la base, c’est une composition du trompettiste, Romain. Ça nous a plu, la musique et le nom. Atlas, on aimait la symbolique et la multiplicité des sens du mot : le dieu, les cartes, les montagnes du Maghreb, etc.   Il y a quelques références au cosmos dans votre musique. Vous êtes fans d’astronomie ? NC : Pas à titre collectif. Ça m’intéresse pas mal mais ce n’est pas un truc conscientisé. Léo Delay : Dans notre musique, il y a beaucoup de choses en évolution, stellaires, planantes… Ce sont des mots qui reviennent souvent dans la définition des gens.   Peut-être est-ce aussi induit par votre instrumentarium ? NC : Oui, le côté machine. C’est un peu comme les tatouages : une fois que tu commences, tu ne peux plus t’arrêter. Nous, on en rajoute sans cesse. C’est involontaire, ce côté années 70. Ça évoque un peu ces univers futurs passéistes, avec de gros boutons partout. Après, si tu prends uniquement les instruments, pas du tout : trompette, contrebasse, batterie, basse. C’est très classique ! Mais la couche qu’on met par-dessus sonne ainsi.   Pourquoi avoir fait le choix de cette surcouche électronique sur votre instrumentation assez traditionnelle ? LD : À titre perso, on joue dans beaucoup de projets aux esthétiques traditionnelles, dans des brass bands. Atlas, c’est un terrain de jeu. Il y a énormément de moments où on essaye des choses.   Comment décrire votre musique ? Quand on écoute Frisquette, c’est une compo à tiroirs. NC : Frisquette, c’est un petit chien qu’on a croisé en résidence et qui n’arrêtait pas de marcher dans nos jambes. LD : Pour l’esthétique globale, les gens en parlent mieux que nous en général. On nous a donné le genre « jazz progressif ». Vu qu’on n’est pas sur du standard de jazz thème-impro-thème, le mot progressif me va bien. NC : Souvent, on nous rattache au jazz car c’est un mot utile pour parler des musiques ouvertes et improvisées. Mais ça renferme tellement de choses différentes, c’est compliqué de dire qu’on fait du jazz. Avec, l’électronique, on part beaucoup plus sur le rock, on assume les grosses distos et le son chaud. On est donc quelque part entre le jazz, le rock et les musiques actuelles. On parle aussi de drone, on a beaucoup de choses à boucles.   Vous avez un goût particulier pour les mesures asymétriques. LD : C’est devenu simplement notre culture. Écrire des trucs très simples, c’est très difficile. C’est plus naturel pour nous d’écrire des choses bancales (rires).   Comment naissent vos morceaux ? LD : Quelques fois, une personne du projet ramène un élément. Nico pour Space Spaghetti, par exemple. Il a juste écrit une ligne de basse et nous, on joue dessus. D’autres morceaux ont été écrits en partant d’impros collectives. C’est très collégial, notre façon de composer, et les compos à tiroirs, ça permet à tout le monde de poser sa petite patte.   Vous revendiquez des influences ? LD : On n’a pas tellement d’influences communes ou alors des références locales, de la région Bourgogne-Franche-Comté ou Auvergne-Rhône-Alpes. Quand on discute entre nous, ça vient du coin.   Vous sortez un album en février 2020, juste avant le confinement. C’est quoi la suite ? NC : Il y a la tournée CRJ qui est notre tournée d’album finalement, elle n’a pas pu avoir lieu avec la Covid. Puisqu’on a continué d’écrire et de se voir, on a eu envie d’un second disque. Ce que l’on joue en ce moment, c’est un set hybride entre l’album existant et des nouveautés. Donc, dès que l’on a un set complet et qu’on sera moins bookés, on enregistre. infos +

GRIO, chronique & interview

grio

« Le GRIO va chercher des influences, pour en lancer des étincelles transmuées à la salle entière assemblée dans La Maison. C’est très vivant un concert. » grio— chronique & interview — Chronique live, dans le cadre de D’Jazz Nevers festival, novembre 2022. Interview, rencontre à Chalon-sur-Saône, restitution de résidence, mai 2022, l’Arrosoir Jazz Club. —par guillaume malvoisinphoto © Chevillon line-up— Antonin Leymarie BatterieGérald Chevillon SaxophonesDamien Sabatier SaxophonesSimon Girard TromboneFred Roudet TrompettesAymeric Avice TrompettesJoachim Florent Basse, contrebasseAki Rissanen Piano chronique— Jeudi 10 novembre, D’jazz Nevers festival, et le GRIO attaque son set sans autre forme d’en procès qu’une simple sonnerie d’alerte. Sonore et puissante, très vite doublée d’un groove tendu comme un bachelier un matin de juin. L’ensemble du combo prend la scène. Et la musique prend les corps. Le GRIO, ici, c’est l’été en automne, c’est les saisons de carnaval, c’est Sing Sing Sing qui tombe de la coulisse de Simon Girard et Nola qui explose des balais d’Antonin Leymarie. Bien sûr, on ne se cantonne pas dans l’évocation, dans la citation. Le GRIO va chercher des influences, pour en lancer des étincelles transmuées à la salle entière assemblée dans La Maison. C’est très vivant un concert. Deux assemblées face à face et la musique pour faire lien. Là c’est un marching blues qui vaut carrément un fifrelin pris aux poumons de Gérald Chevillon. Plus loin, ce sera les contrepoints parfaits apportés par les invités de l’Impérial Quartet, base de cet ensemble de huit musiciens qu’est le GRIO : pointillisme d’Aki Rissannen, lyrisme frelaté et magnifique de Fred Roudet. Le reste du set est à l’image de cette Frida Kahlo Song Of Love, marche funèbre splendide tracée par le contrebassiste Joachim Florent. D’une drôlerie amère, d’un élégance épaisse prise dans sa danse de résistance, elle annonce les autres paradoxes sonores appuyés sur le fameux quatrième temps. Celui de la signature groove de la Nouvelle-Orléans et l’engagement physique de chacun des comparses réunis, ici, à Nevers. interview— Cette version orchestre, d’où vient l’idée ? Vous vous ennuyiez à quatre ? Antonin Leymarie : Non, à quatre, on s’éclate toujours. D’ailleurs, on sort un disque dans un mois, All Indians ?. On avait envie d’ouvrir le son du groupe. Le choix des musiciens et de leurs instruments, c’est venu de l’envie d’ajouter plutôt des cuivres et de l’harmonie. Pour les cuivres, on a demandé à Fred Roudet, Aymeric Avice et Simon Girard puis Aki Rissanen nous a rejoints au piano pour l’harmonie. Tu parles de votre prochain disque. Les arrangements pour l’orchestre ont-ils été travaillés en même temps que vous enregistriez l’album ? A.L. : Oui, et sur un temps assez long. C’est-à-dire sur trois ans. All indians ?, c’est à propos d’un voyage qu’on devait faire à la Nouvelle-Orléans et, dans le Grio, il y a l’influence des Trompes de Centrafrique ou de musiques d’Afrique de l’Ouest et aussi Ellington, Mingus… On s’est un peu donné toutes ces références. On n’a pas réfléchi à ce lien immédiat entre le quartet et le Grio mais, maintenant qu’on en parle, il y a quelque chose. Est-ce qu’Ellington, Mingus, Coleman, Ayler et la Nouvelle-Orléans étaient des points de jonction évidents entre vous et vos invités ? Fred Roudet : Il y a le son de base du quartet qu’on connaît parce qu’on s’est tous côtoyés. C’était excitant de s’imaginer dans ce son. On connaissait déjà la qualité des arrangeurs et des propositions… Le son s’est calé assez rapidement et on a su très rapidement de quoi on allait parler. Comment se passe l’écriture entre vous huit ? A.L. : Chacun amène un morceau, qui est une base du travail collective. Chacun ensuite va s’emparer de ces parties et peut-être bouger quelques petites choses pour se sentir bien. On peut fantasmer ainsi que chaque note appartient vraiment à la personne qui la joue. F.R. : On essaye beaucoup de choses sur les arrangements pour voir quelles combinaisons orchestrales sonnent le mieux. A.L. : Disons que c’est surtout en répète qu’on va régler ces choses-là. Soit on se les dit, soit il y a des propositions qui sont faites pendant qu’on joue. En concert, il y a autre chose qui se joue, la forme globale, l’intensité et la place de chacun et surtout les espaces de liberté qu’on n’avait pas envisagés en répète et qui se dévoilent en concert. Vous êtes huit, la musique est dense et l’ensemble généreux. Quelle place accordez-vous au silence ? A.L. : C’est une super question. J’espère que dans un concert, il y a des moments très pleins où ça pourrait presque être un peu trop et qu’il y a des moments où il y a beaucoup d’espace, des sons longs et de belles harmoniques. Je pense que chez nous, ça oscille un peu entre le plein et le vide. F.R. : Le silence, c’est une question hyper intéressante. Je ne sais pas si on en est déjà là sur le répertoire qu’on est en train de travailler mais ce qu’on essaye d’obtenir, c’est la dynamique. Ce qui est génial à chercher dans un ensemble comme celui-là. Il y a quelque chose d’assez forain, au sens noble du mot, qui rend la musique du Grio très joyeuse. Est-ce que vous faites attention à cette sorte de générosité foraine des choses, qui part donner de l’énergie à celui qui écoute en face ? A.L. : On n’y pense pas avant mais c’est vrai que c’est bien quand c’est là. C’est vrai aussi qu’il y a l’Impérial Orphéon où on fait ce bal qui est vraiment là-dedans et où les concerts sont souvent assez généreux. Vous le disiez, la tournée commence à l’automne. Là, on est au mois de mai, c’est loin l’automne. Il peut se passer des milliards de choses. A.L. : Quand on ne se voit pas, je pense que chacun a des moments où il peut réfléchir à ce projet et le faire mûrir. Les moments où on se retrouve, et pas seulement pour les musiciens, c’est jamais simple d’arriver

Didier Ithursarry Trio, chronique & interview

Didier Ithursarry Trio

« Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz.  » didier ithursarry trio— chronique & interview — Rencontre à Cosne-Cours-sur-Loire, dans le cadrede la saison D’Jazz Nevers Nièvre, mai 2022Palais de Loire. Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Didier Ithursarry AccordéonJoce Mienniel FlûtesPierre Durand Guitare chronique— Bal multicontinentalMieux que le piano du pauvre pour raconter de belles histoires ? Pas sûr. La musique populaire d’un côté, avec son énergie, sa vitesse, sa nostalgie aussi, comme dans Esperanza. Les contours acoustiques du morceau prolongent l’imaginaire de la salle enfumée et des corps unis face à la musique. Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz. Le souffle et l’utilisation de la flûte rythmique, percussive de Joce Miennel ; la guitare électrique de Pierre Durand et les mimiques rock qui viennent trancher ce que pourrait être le conformisme d’un tel trio. L’élasticité des musiciens et l’absence de rythmique convertissent la souplesse du trois temps dans des mélodies inspirées des continents sud-américain et africain. Toujours, ce rappel incessant, ce retour enivrant, cette obession du thème propre aux vieilles chansons populaires… Pas si perdu que ça, le petit bal. interview— Atea, qu’est-ce que c’est ? Didier Ithursarry : Atea, c’est un mot de mes racines basques qui signifie « la porte ». Une porte vers l’ailleurs mais aussi une porte vers soi et l’intimité. Mon intimité. C’est aussi une invitation à traverser cette porte. Cette symbolique correspondait au répertoire de ce projet.   Dans ta formation, tu fais le choix de ne pas avoir d’instrument rythmique. DI : Je voulais quelque chose de plus roots et de plus fragile qu’un quartet de jazz au sens classique. Avec cette formule, Joce Mienniel est aux flûtes et Pierre Durand à la guitare électrique – et non acoustique, pour le côté blues et terrien. Je suis à l’accordéon et j’ai réussi à trouver une fragilité. Il y a plus de respiration, plus de surprises et plus d’échanges entre nous. On est tout à la fois, mélodistes-chanteurs et rythmiciens.   Pourquoi as-tu réuni ces deux musiciens ? DI : La musique que nous jouons est axée sur la danse et sur des choses que je m’étais refusées jusqu’alors : aller flirter avec le répertoire brésilien et africain. Je crois que Joce et Pierre sont tous les deux dans cette curiosité aussi. Nos projets respectifs sont très différents, mais je trouve que le fond commun fonctionne et que ça valait le coup de nous rassembler.   Des influences particulières ? DI : Je viens de la musique populaire. Toute ma jeunesse, au Pays basque, j’ai joué de la musique traditionnelle à l’accordéon mais aussi de la musique de danse. J’ai fait danser toutes les grands-mères du coin [rires]. Cependant, j’avais envie d’ailleurs. Cela a été permis par la rencontre avec Claude Barthélémy. Je me suis retrouvé du jour au lendemain dans son Orchestre National de Jazz !   Revenons à ton album. Dessus, il y a un morceau-fleuve, c’est Forró. DI : Le forró, c’est une danse brésilienne. Le thème principal m’a été apporté par les musiciens brésiliens que j’écoute encore comme Hermeteo Pascoal, Egberto Gismonti, Sivuca, tous figures emblématiques de la musique brésilienne. Je suis attentif aux accordéonistes surtout. Puis, j’ai mélangé beaucoup de choses : un air traditionnel basque, un hommage à ma mère, une ballade, de la danse.   Il y a un autre titre, Mali. D’où t’est-il venu ? DI : Tout est parti d’une rythmique, vraisemblablement inspirée des disques de musique africaine que j’ai pu écouter. J’aurais pu aller plus loin dans le titre de ces morceaux mais ce furent les premiers qui me sont venus à l’esprit. J’étais un peu enclin à changer par la suite.   Comment composes-tu pour ce projet ? DI : Je suis inspiré par ce qui m’entoure : les humeurs, les choses que je vois et que j’entends, les musiciens avec qui je joue. Souvent, ce sont des bouts d’idées que je note par-ci, par-là, pour y revenir un peu plus tard. Je cherche une histoire la plupart du temps : sur Sherlock, j’imaginais bien Holmes rencontrant les Beatles. J’ai donc écrit un truc qui passe d’un univers à l’autre. C’est pour cela que mes morceaux sont assez longs, ils contiennent une certaine dramaturgie.   Un autre album en préparation ? DI : Pour le moment, pas avec cette formation. Quand j’ai l’occasion de faire de nouvelles choses, j’ai envie d’aller ailleurs – ce n’est peut-être pas une si bonne chose [rires]. Il faut déjà que la musique vienne : j’attends d’avoir de la matière dans le tiroir. C’est à ce moment-là que tout se déclenche. infos +

Sornette, chronique & interview

sornette

« Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi.  » sornette— chronique & interview — Rencontre à Nevers, dans le cadre dela saison D’Jazz Nevers Nièvre, mars 2022Café Charbon. Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Yonathan Hes SaxophonePierre-Antoine Savoyat TrompetteJonathan Chamand Contrebasse Loup Godfroy Batterie chronique— Chez Sornette, on joue les funambules. Dans l’esprit des expérimentations Ornette Coleman-Don Cherry, Sornette en reprend l’héritage à sa sauce. Le drive nu devient hypnotique, frôlant l’auto-suffisance et l’autarcie. La basse au cœur, la batterie au pied. Devant, trompette-saxo livrent leurs thèmes pêle-mêle : héroïques, filandreux. Avec un poil de second degré aussi. Reprendre Coleman, certes, mais avec son truc à soi. On retrouve l’approche très terre-à-terre d’Ornette, ce mélange entre un cha-ba-da droit et les polyrythmies sur le reste, une basse mi walking-mi improvisatrice, et les solistes qui s’avancent dans la brèche, béante. Le tapis sonore est là, rien que pour eux. Le duo diffère : Hes, gourmand, s’engouffre et malmène l’équilibre. Savoyat, plus subtil, contourne les obstacles et se joue de ce que la rythmique lui offre. Sornette, la bêtise enfantine, brosse son autoportrait : Ornette sérieusement, Coleman facétieusement. interview— Sornette, comme le serpent ? Yonathan Hes : [rires] On cherchait un nom et de base, le groupe était tourné dans la direction de la musique d’Ornette Coleman. On a aussi des grands blagueurs dans le groupe, Pierre-Antoine a donc pensé à Sornette.   Donc Sornette, c’est pour Ornette. C’est un hommage ? Pierre-Antoine Savoyat : Pas un hommage dans le sens de la mémoire. On ne va pas rejouer la musique d’Ornette comme elle est jouée dans le quartet originel. D’une part, on n’en serait pas capables et d’autre part, on a différents backgrounds, on est tous européens… En revanche, ce qu’on cherche, c’est l’esprit de la musique d’Ornette. Casimir Liberski, un ami pianiste bruxellois, a vécu 10 ans chez Coleman. Il m’a toujours dit que c’était quelqu’un de très généreux. On le sent dans sa musique : c’est quelqu’un qui partage quand il joue sur scène. Il y a aussi la prise de risques. Parfois on glisse, ça ne va pas être une musique très propre.   Reprendre Ornette et sa philosophie, ça parle à votre génération ? PAS : J’ai l’impression que la jeune génération de musiciens, au-delà même du jazz, s’intéresse à cette musique et à toute cette époque du free. Peut-être parce que tout le monde se rend compte qu’il y a une énergie communicative. C’est une musique qui a l’air jeune mais récemment, un musicien m’a dit en jam : « Tu sais, la musique d’Ornette, c’est les années soixante… Ç’a déjà soixante ans ».   Est-ce que, paradoxalement, ça ne fait pas de vous des traditionalistes ? YH : Personnellement, je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui continuent dans cette lignée. En ce moment, je suis beaucoup influencé par Steve Lehman et son jeu fait beaucoup penser à celui d’Ornette, avec un son d’alto très brut, très criard. Au niveau du son, il y a une vraie recherche de liberté et de créer une voix libre, sans artifice. Juste un timbre de voix très concret, très honnête, sans habillement. Pas mal de monde autour de moi refont ce chemin inverse et repassent par Steve Coleman, Ornette puis Don Cherry. C’est plutôt d’actualité, en fait !   Mais comment on qualifie ça ? Un combat contre une esthétique parfaite ? YH : On peut dire que c’est un combat. Quand on croit très fort à une idée, et qu’on veut aller jusqu’au bout de cette idée. Ce n’est pas forcément un combat contre quelque chose mais c’est plus « believe in what you’re doing« .   Le free de Sornette, c’est plutôt un style ou une façon de jouer ? YH : C’est plus une attitude. PAS : J’ai l’impression parfois que le free est un mot valise qui est là pour classer tout ce qui n’est pas d’une esthétique plus traditionnelle. Ça peut être un style, une manière de jouer… YH : Ce que je retrouve souvent dans les musiques de free, c’est que ça part vraiment du son et de la brutalité de la matière plutôt que d’éléments mathématiques de classification du son comme l’harmonie, la mélodie, le rythme. PAS : Et paradoxalement, les musiciens de ce courant, comme Ornette, ont cherché d’autres manières de codifier leur musique. Ornette avec le jeu harmolodique ou Steve Coleman qui a inventé ses codes. D’autres ont travaillé sur des langages plus européens comme Anthony Braxton qui va écrire des morceaux avec des règles du jeu très précises.   Sornette reprend des concepts de Coleman ? YH : Pas trop de Coleman. On a quelques morceaux à concepts mais plus dans l’écriture. Dès que ça passe à l’improvisation, on ouvre les oreilles. Et voilà.   Les autres éléments de votre collaboration ? PAS : Ça reste quand même assez collectif, dans le sens où chacun peut amener des morceaux. YH : Pas mal de morceaux qui ont été détruits pour donner quelque chose de différent comme Le Soleil se Lève. Je l’avais très écrit puis on s’est rendus compte que ce thème pouvait être joué beaucoup plus free, comme l’aurait joué le quartet d’Ornette Coleman.   Qu’est-ce que ça vous ouvre comme porte l’absence d’instrument harmonique ? YH : On entend plus la contrebasse. Pour moi, c’est important. Parfois, le manque de piano ou de guitare peut réduire un peu la densité du groupe, ça peut manquer. Mais je pense qu’on fait face notamment avec Loup, qui a un jeu incroyablement dense. Il sait gérer les cymbales pour passer d’un truc très fin à un truc tellement rempli que tu as presque l’impression qu’il y a un piano. Personnellement, j’entends la contrebasse, les notes jouées, et pas juste une espèce de flou dans les basses. En plus, on a une petite complicité avec Jonathan. PAS : C’est beaucoup plus contrapunctique. On est moins dans les rôles qu’on aurait avec un polyphoniste, surtout un piano