Barokossa, chronique & interview

« Bref, si le navire Barokossa tangue, c’est juste pour le plaisir, le temps d’une péripétie tropicale. Welcome aboard. » barokossa— chronique & interview — Chronique live. Rencontre à Dijon, dans le cadre deD’Jazz dans la ville, mai 2022. Interview. Rencontre à Saint-Amour, juin 2021Théâtre de la Chevalerie, résidence. —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Joseph Lapchine SaxophoneOlivier Colas Claviers Merwan Djane BasseChristian Millanvois Batterie, percussions chronique— Terra ExoticaBarokossa. Baroque et salsa. La recette et l’enthousiasme du groupe sont drivés par celui qui laisse transpirer ses influences latines, Merwan Djane. Imperturbable, ses lignes de basse prennent place et permettent à l’orchestre de s’y reposer, l’instant d’une expédition. Le peintre de cette « exotica » surréaliste, c’est Joseph Lapchine. Les traits virtuoses du saxophoniste accompagnent les pérégrinations bassistiques. De chaque côté du centre de ce triptyque, les deux autres membres du quartet. À l’ouest, les lignes du clavier d’Oliver Colas. À l’est, la carrure impeccable de Christian Millanvois. Le pari de Barokossa ? Simple. Shake your groove thing. Lapchine joue volubile dans la jungle rythmique, Djane chaloupe la totale. Signe de l’approbation générale : les claves distribuées au public, qui s’y adonne avec plaisir. Bref, si le navire Barokossa tangue, c’est juste pour le plaisir, le temps d’une péripétie tropicale. Welcome aboard. interview— Barokossa, ça vient d’où ? C’est une onomatopée rythmique à la « Mamakossa » ? Joseph Lapchine (JL) : Ça vient d’un simple coup de fil. Merwan et moi étions partants pour un nouveau projet. Nous avons appelé deux amis, Christian Millanvois et Olivier Colas, pour être à nos côtés. Merwan a composé pour le groupe pendant les confinements dûs au Covid-19. Un jour, il me dit : « Écoute, j’ai commencé d’écrire un truc, tu vas voir l’idée, y’a un petit côté baroque mais sur une rythmique plutôt salsa ». Et ça m’est venu comme ça : Barokossa !Merwan Djane (MD) : Ça se prononce avec le « r » roulé. Depuis lundi, vous êtes en résidence ici, comment avez-vous travaillé ? JL : Il y a eu les résidences à l’Arrosoir, à Chalon. À chaque fois, l’opportunité de se retrouver pendant plusieurs jours, immergés, permet d’approfondir le travail. Comme le répertoire est assez complexe rythmiquement, il a fallu trouver une cohésion, une pulsation, un ressenti, une vibration commune. On peut refaire un morceau dix fois de suite s’il faut, et c’est par ce travail-ci qu’on arrive à un vrai résultat. Depuis qu’on est là lundi, je sens qu’il y a des morceaux qu’on appréhende différemment. Quand on repart de plusieurs jours de résidence, le répertoire est monté d’un cran. Avec vous, on décolle pour aller où ? MD : Dans des paysages sonores inconnus. Un de nos morceaux s’appelle Terres Inconnues. On veut surprendre le public. C’est le seul titre en français de tout le répertoire, une façon de dire aussi que la France fait partie de l’exotisme. Dans votre musique, il y a des rythmes latins et des rythmes afro-cubains. Quand on vient du jazz, comment on travaille avec ces rythmiques ? MD : Avec Joseph on a une certaine expérience de la musique world-jazz. Et tous les quatre, on est assez coutumiers de ces styles. Chacun a sa propre expérience, sa patte, et ça se mélange très bien aux autres.JL : Il y a un vrai mélange des personnalités, mais notre musique est quand même très salsa dans ses appuis rythmiques. Ça nous a demandé pas mal de boulot. Pour ma part, je viens plutôt du jazz ‘traditionnel’, alors que musique est très écrite, avec beaucoup de mises en place, beaucoup d’appuis auxquels on n’est pas habitués. Cela a été un véritable travail pour chacun car la musique est entièrement composée par Merwan. On va vers de belles choses. Comment vous êtes-vous accordés autour de la pulse dans cette musique ? MD : J’ai commencé à l’écrire quand le groupe était constitué. L’écriture est parfois compliquée mais reste fluide. Avec ces musiciens-là, je savais que ça allait marcher.Dans votre groupe, est-ce que les rôles dévolus aux instruments dans un jazz plus ‘conventionnel’ ont-ils changé ?JL : Il y a quelque chose de pas forcément traditionnel, c’est le contrepoint. C’est presque une écriture pour quatre voix. J’ai rarement vu des parties de batterie aussi écrites. Il y a un dialogue entre les quatre musiciens. Dans le jazz, on trouve peu cette écriture hyper méticuleuse avec des questions/réponses, des passages à vide avec tout à coup un rythme qui part. Ça pourrait avoir été écrit pour un quatuor à cordes ou pour quatre voix distinctes.MD : Et en même temps, l’écriture est spécifique à chacun. C’est dans cet esprit surtout que je l’ai écrit.Si vous deviez me citer des influences, quels noms sortiraient ?MD : Pas vraiment de noms. Il y a du jazz-fusion, du latin-jazz, de la musique afro, mais difficile de penser à une formation ou à des musiciens en particulier. C’est plutôt hyper ouvert, joué avec l’énergie et l’imaginaire de chacun. On s’est d’abord posés sur un socle latin-jazz et ensuite on a débordé. Barokossa, c’est fait pour danser ? MD : Oui. Parfois, on invite le public à se lever, à faire la fête avec nous. C’est un esprit de communion qui peut se traduire par la danse, mais aussi par des claquements de main voire des chants. Ce répertoire est crescendo. L’idée, c’est que ça ne s’arrête jamais. Comme dans l’esprit de la salsa quand on entre en transe ou comme pour le morceau en fin de set, Adelante Ahora. On commence, c’est déjà fort, on se dit que c’est bon. Puis, au contraire, on monte de plus en plus. C’est dans cet esprit que le groupe s’inscrit : il faut que ça vibre. infos +
Hi-H4T, chronique & podcast

« Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. » hi-h4tlons-le-saunier, — chronique — Chronique Live du concert au Couleurs Jazz festival —par Camille Muller/LeBlocphoto © DR line-up— Yovan Girard Chant et clavierThomas Letellier SaxophonePierre-Marie Tribouley GuitareSimon Valmort Batterie chronique— Pour leur date à Couleurs Jazz, Hi-H4T n’a pas eu peur de jouer avec les nuances. Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. De quoi jouer allégé et en volupté, changement important pour l’ancien Brass Band. La batterie façon Simon Valmort donne le tempo et le lead au quartet. Normal avec le charleston en guise de nom de groupe. Le drive Valmort est accompagné par la guitare et le clavier analogique, fusion électrique et un rythme dément. Les assauts du saxophone solo sont chauds, eux aussi. Alliage parfait, laissant le flow du rappeur s’affirmer. L’assurance de la voix se ressent, inspiration venue droit de la Nouvelle Orléans. Bel hommage au jazz de rue, ce quartet aux textes qui causent trip rêvé entre 10 musiciens, amis avant tout. Le style est pop, va même chercher un changement d’ambiance en reprenant Rihanna. Plus loin, les temps calmes sont agréables, juste contrés par le petit diable des rythmiques. Dans la fosse, les corps sont pris d’une bouffée de liberté, en quête de pur plaisir. podcast— infos +
Sylvain Rifflet, interview

« Je suis pas du tout bad boy, je suis un bon petit soldat, moi. J’aimerais bien dire que je suis un troubadour mais ce serait un peu prétentieux. » sylvain rifflet— interview — Rencontre à Chalon s/ Saône, février 2020L’Arrosoir, jazz club. —par Théo Bourdierphoto © Sylvain Gripoix line-up— Sylvain Rifflet Saxophone, clarinette, shrutibox Verneri Pohjola TrompetteBenjamin Flament PercussionsSandrine Marchetti Harmonium interview— L’amour-courtois est un des concepts piliers de Troubadours. Quel lien ferais-tu avec le jazz ou ce que tu piges, toi, de ce qu’est le jazz ?L’amour courtois, ça va avec une vision poétique de la vie. Avec ce programme, j’ai essayé d’être dans quelque chose de lié à une forme de poésie, de pureté, de simplicité et de liberté. J’ai fait des parallélismes entre ce que j’imaginais être la musique des troubadours, une musique simple, répétitive et les thèmes qu’ils abordent. Mais c’est difficile de lier la musique à l’Histoire. Le troubadour, on peut le voir comme un penseur ou un conteur qui transmet un message.Les troubadours sont les premiers à utiliser l’amour pour faire de la poésie, de la musique et de l’art en général. Il n’y a pas forcément de messages. J’ai préféré composer en ajoutant des ingrédients divers et variés pour être dans une forme de plaisir brut, simple et direct. Avec des histoires ?Oui, il y a des petites histoires qui sont liées à celles des troubadours et c’est ça qui m’amusait. Des troubadours, il y en a pleins et tous très différents. Il y a des hommes, des femmes, ceux qui viennent du nord et d’autres du sud. Ceux qui sont partis faire les croisades, qui sont un peu bad boy et les autres qui sont restées dans les terres. Ça permet, de jouer avec le caractère des morceaux. Toi, tu te considères comme un troubadour bad boy ?(Rires). Je suis pas du tout bad boy, je suis un bon petit soldat, moi. J’aimerais bien dire que je suis un troubadour mais ce serait un peu prétentieux. Ce sont quand même des poètes, des gens très érudits, qui vouent leur vie à l’écriture. L’analogie me plaît bien mais ce n’est pas à moi de dire si j’ai réussi mon coup ou pas. Pas mal de spécialistes s’accordent sur le fait que les troubadours trouveraient leurs origines, non pas en Occitanie mais, dans les pays orientaux. Est-ce que l’apport de tes sonorités et de certaines rythmiques viennent valider cette hypothèse ?Non, c’est un coup de chance. La thématique des troubadours s’est incrustée tard dans le projet. Ce qui m’intéresse, c’est de mélanger les genres, les styles qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Pendant les balances, tu donnais de nouvelles directives au trompettiste. Renouveler continuellement les structures à chaque concert, c’est essentiel pour toi ?Non. On est au début du projet, on a beaucoup de concert à venir. Je fais énormément confiance à mon line-up. Il a les capacités d’improviser. Les morceaux sont assez simples. Il n’y a pas forcément de danger. Il y a qu’un instrument harmonique donc on ne peut pas se planter. Je préfère nous installer dans un espace de confort où on se sent de plus en plus libres, où on a une grande marge de manœuvre. Pourquoi vouloir explorer ce répertoire avec des sonorités médiévales mais aussi des musiques indiennes ?L’idée ce n’était pas de lier musique médiévale et musique indienne. Il y a simplement un détournement de deux instruments de musique indienne. On ne voulait pas forcément explorer la musique médiévale mais avoir une musique modale et à partir de là, être dans une forme de liberté par rapport à l’improvisation. Aborder cela m’a permit de m’enlever cette épée de Damoclès qu’on au-dessus de la tête les musiciens qui veulent faire du modal en regardant la montagne John Coltrane. Tu as enregistré ce disque à 3 puis tu l’as adapté pour un quartet sur scène ?Ça s’est fait de manière assez simple. On a commencé à enregistrer, j’avais déjà figé les structures. Il y a toujours Sandrine, Verneri ou Benjamin qui ajoutent des choses. Encore une fois, ils ont cette capacité d’improviser et de construire de nouvelles formes. Tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. Je pense avoir une sorte de lead, oui. Mais on sait tous où on va, chacun peut improviser. Tu es un musicien qui joue sur des terrains où peu osent s’aventurer. C’est assez surprenant de voir l’évolution des angles que tu choisis pour tes disques.Dans le prochain, tu ne vas pas être déçu, je peux te le garantir. Il est déjà enregistré. Personne ne l’aura venu venir. C’est quoi ce besoin de projets très divers ?Peux être que je ne suis pas capable de faire deux fois la même chose. Ça vient du besoin de faire des gestes artistiques. De créer des environnements où je peux m’épanouir, où je me sens à l’aise. J’écoute beaucoup de musique, je vais voir de nombreux concerts, spectacles. J’adore chercher, c’est mon boulot. infos +
Hi-H4T, vidéo

« Jazz hybride entre hip hop américain et rap, l’identité du groupe est bien marquée. Le quartet laisse la place à des solos distingués avec un tel esprit de groupe. » hi-h4tlons-le-saunier, 1er juin 2023— vidéo — Vidéo du concert au Couleurs Jazz festival —par Francesca Raimondo / LeBlocphoto © DR line-up— Yovan Girard Chant et clavierThomas Letellier SaxophonePierre-Marie Tribouley GuitareSimon Valmort Batterie « C’est sans doute la première fois, dans l’histoire de mes groupes, que ces deux esthétiques, jazz et hip-hop, forment une vraie force musicale. » Simon Valmort, leader du Hi-H4t https://www.youtube.com/watch?v=NnW-JTzLiH8 infos + chronique
O.U.R.S, interview

« Mon idée tenait beaucoup à cela, ne pas me cantonner à un rôle de soliste ou de mélodie mais de pouvoir rentrer dans l’accompagnement du sax. » o.u.r.s— interview — Rencontre à Dijon, février 2020D’Jazz Kabaret, La Vapeur. —par guillaume malvoisinphoto © Husztiistvan line-up— Clément Janinet Violon, compositionHugues Mayot Clarinette basse, saxophone ténor Joachim Florent ContrebasseEmmanuel Scarpa Batterie interview— Ton groupe s’appelle O.U.R.S. C’est pas un peu pénible qu’on te confonde avec le fils Souchon ?Non, je trouve ça assez marrant. C’est vrai qu’on m’en parle souvent. O.U.R.S., jazz animal ?On peut déjà dire que c’est du jazz. Après, il y a effectivement une énergie assez brute. Elle vient d’où cette énergie ?C’est très présent dans ce groupe, on l’avait déjà initiée dans Radiation 10, il y a une dizaine d’années. C’est aussi l’énergie des musiques que j’aime. Ta musique est une musique très écriteElle l’est en pensant d’abord aux musiciens qui vont la jouer. Mais ce n’est pas si écrit que cela. Il y a des débuts de thèmes et des indications de jeu, bien sûr, mais aussi plein de parties ouvertes. Chaque musicien prolonge les indications, puis on arrange ensemble. C’est amusant cette complicité, je m’en suis aperçu quand on a eu à remplacer des membres du groupe. Quand un nouveau musicien arrive, il veut des partitions, c’est normal. Pourtant, il est paumé en écoutant le disque et en essayant de trouver les repères de ces partitions. Les partitions étaient donc déjà obsolètes à l’enregistrement ?Oh, non, seulement il y a plein d’éléments qui ne sont ni écrits ni fixés. Et comme on se connait depuis 15 ans et qu’on jouent ensemble depuis très longtemps, ces éléments s’agencent de façon naturelle. Comment s’est constitué le line-up d’O.U.R.S ?D’abord par les musiciens, ce qui a induit ensuite les couleurs de la musique. L’idée est aussi de prolonger tout le chemin fait avec Radiation et on partage pas mal de goûts et d’expériences en commun. Cela simplifie les relations au sein du groupe et le travail devient simple et très fluide. C’est un luxe. Et dans ce luxe, tu reviens à une formation quasi classique en quartet, à la nuance près du violon qui remplace le piano ou la trompette attendus.C’est vrai que dans les trucs que j’ai pu écouter, c’est souvent du sax/trompette, ou des quartets avec sax et claviers. Le fait de ne pas avoir de clavier me permet de tenir ce rôle harmonique, même si la musique reste très modale. Je peux donc faire partie de la rythmique. Mon idée tenait beaucoup à cela, ne pas me cantonner à un rôle de soliste ou de mélodie mais de pouvoir rentrer dans l’accompagnement du sax. Tu la vois comment, toi, la différence entre le premier et le deuxième album ?Le premier était sans doute plus sur la musique Free des années 60, celui-ci est plus axé sur les musiques trads. Tu me disais, il y a peu, que tu avais fait ton disque le plus jazz.C’est qu’il est assez léché, très produit. C’est du jazz, quoi. Ta musique est ultra personnelle, pourtant elle a deux bornes universelles : Ornette Coleman et Steve Reich.En écrivant et en créant cette musique avec le quartet, ce sont deux choses qui sont ressorties. Je n’avais pas préconçu de style avant cela. Ce sont ces deux influences principales qui ont donné le nom du quartet, Ornette Under Repetitives Skies, comme un clin d’œil aux morceaux où ces influences sont très présentes. Le violon est un autre point commun entre O.U.R.S. et Ornette. Tu t’es inspiré de son jeu ?Je l’ai découvert assez tard au violon, et par hasard. C’était à Marciac dans les années 2000, j’étais bénévole sur le festival. Ornette avait joué 3 morceaux au violon, j’étais sorti du concert hystérique et mes potes râlaient en avançant qu’il ne savait pas jouer. J’étais donc un peu resté sur ma faim, jusqu’à ce que je réécoute sur disque et que ça finisse de me convaincre. L’héritage américain, important pour toi ?On a aussi une partie de notre musique qui puise dans l’héritage du Free européen. Il y a aussi d’autres influences, notamment dans ce deuxième disque, tout autant liées à la répétition et au rythme qui me passionnent depuis longtemps. Ce sont les musiques traditionnelles.L’Afrique et la Bourgogne.Il y a un peu d’Afrique, c’est vrai, mais aussi un morceau issu du répertoire morvandiau. J’ai fait une résidence à la Maison du Patrimoine Orale de Bourgogne. Même si je n’ai pas poussé l’exercice jusqu’à faire un album entier consacré à ce répertoire, il y a pas mal de principes rythmiques, des équivalences et de procédés de structure qui m’ont influencé dans ce disque. Même s’ils sont discrets, chaque morceau en rapport avec une musique de danse. Il y a ce morceau, Un Pas de 4, où on entend aussi le son Piffarély/Sclavis.Ces disques-là sont de vraies influences pour moi, je les ai poncés. C’est notamment pour cela qu’Yves Robert a été invité sur Danse ?, c’est un clin d’œil à un album comme Les Violences de Rameau de Louis Sclavis qui m’a marqué durablement. En invitant Yves Robert sur cet album, tu t’acquittes d’un tribut ?C’est une jolie chose d’avoir un moment avec un tel musicien et de pouvoir partager un moment, même s’il est court. On est ensemble, on fait de la musique, sans se demander d’où on vient. infos +
Petit Géant, vidéo

« Chacun y va de sa plume, rondeur de la trompette, soli de contrebasse, la batterie catalyseur de rythme et passeuse d’ambiances. Petit Géant s’écoute tout autant pour goûter au regard et à la complicité entre les musiciens de cette saga collective. » petit géantdarius club/le boeuf sur le toit,lons-le-saunier, 30 mai 2024— vidéo — Vidéo du concert réalisé au Darius Club/Le Boeuf sur le Toit,Soirée du Couleurs Jazz Festival en partenariat avec Big Bang —par Francesca Raimondo / LeBlocphoto © Francesca Raimondo line-up— Pierre Genin Guitare et compositionAurélien Joly TrompetteVincent Girard ContrebasseClément Drigon Batterie « J’aime le côté chanson. La simplicité de la musique qui est d’une certaine manière, mélangée au jazz, un prétexte à l’improvisation » Pierre Genin, leader de Petit Géant https://www.youtube.com/watch?v=BXXyhrhEEjU infos + chronique
Open Land, interview

« À partir du moment où tout est permis parce que chacun des quatres musiciens considère que tout est permis à chaque seconde, à partir de moment seulement, la musique est ouverte. » open land— interview — Rencontre à Chalon s/ Saône, octobre 2020L’Arrosoir, Jazz Club. —par guillaume malvoisinphoto © DR line-up— Bruno Angelini PianoRégis Huby ViolonClaude Tchamitchian ContrebasseEdward Perraud Batterie interview— Open Land, c’est presque un accident.Oui. C’est une rencontre qui se fait sur scène, sur la péniche L’Improviste. Tu n’as pas eu le temps d’écrire de la musique, à peine le temps de te préparer à jouer et tout s’invente en direct sur scène.C’est presque ça, j’avais une carte blanche sur cette péniche et je devais faire 5 concerts relativement improvisés. L’idée, c’était de faire des rencontres avec des gens avec qui j’avais pas nécessairement beaucoup joué jusque-là. Sur cette première rencontre j’ai voulu réunir Régis, Claude et Edward que je connaissais tous séparément. J’avais fais un disque avec l’un, je connaissais Régis en temps que producteur parce qu’il avait produit les albums de Christophe Marguet, dans lesquels je jouais. J’avais fais une création avec Claude, des années auparavant avec Ramon Lopez du côté de Bayonne. C’était avec une chorale basque. C’était une époque où j’avais un peu un pied à terre en tant que leader parce que j’avais fais quelques disques. Mais ils avaient été compliqués à donner sur scène et j’étais un peu meurtris par ça. Donc j’avais envie de jouer avec des gens, de faire des rencontres, et pourquoi pas d’être sideman. Compliqué à mettre sur scène, pour des raisons de productions, de musiques ?Des questions de réseaux, j’avais peu de soutien à l’époque, pas d’associations en support. Ça commençait à ne plus pas être suffisant, peut-être, je savais juste que ça marchait pas comme je voulais et qu’il me fallait du temps pour me refaire la pilule. Donc, quand j’ai invité les amis pour cette soirée, je n’avais vraiment aucune autre intention que de faire une belle rencontre et de se faire plaisir en musique. Vu que l’idée c’était de ne pas répéter, j’avais pensé à des morceaux très simples, que j’avais parfois arrangés dans d’autres contextes avant. Il y a eu beaucoup d’impros autour. À la fin de la soirée, comme ça arrive parfois, on s’est regardés et on s’est dit : « bon là c’est pas vraiment comme d’hab’ ». Il s’est passé quelque chose, quoi. Quelque chose de naturel. Je me suis dis que dans la vie, t’as des petits signaux et il ne faut pas les laisser passer. J’ai donc rappelé les amis pour leur dire que c’était tellement chouette que j’allais réessayer (rires) de mener un projet, qu’on allait utiliser cette musique faite ensemble qui sonnait tellement différemment des façons dont j’avais pu l’a faire sonner avec d’autres et qu’on allait enregistrer un disque. Ça a donné Instants Sharing.Oui, à La Buissonne, en auto-production, vu que j’avais plus spécialement de réseau à cette époque là. Quand nous sommes arrivés au studio, Gérard De Haro, me dit, les yeux humides: « t’as une maison de disque pour ce truc ? ». J’étais parti en mode « nan, je chercherais après », et lui était : « si t’as rien moi j’aimerais tellement que ce soit sur le label ». Ça a commencé comme ça. Je reviens juste sur la péniche, tu disais que tu as réuni le line-up sans réelle intentions. Tu choisis pourtant ces musiciens-là.J’étais vraiment dans le présent, c’est-à-dire que j’avais l’intention d’honorer la confiance qui m’avait été donné de faire ces cinq soirées improvisées. Pour être honnête, je ne sais pas exactement pourquoi je m’était d’imaginé que ce serait une belle soirée. Ça s’est imposé à moi et à nous, je pense. Dans les notes de préparation du deuxième disque, il y a une chose assez étonnante et qui m’a intrigué : tu te disais excité à l’idée d’écrire avec la contrainte de la rigueur du chambriste.Ah, oui oui oui. Si tu veux, ce disque a été un peu un petit miracle, pour moi, ça a été très spontan. On a fait cette soirée et on a fini par faire un disque en réutilisant des choses qui avait été écrites ou arrangées car elles semblaient idéales pour cette formation, selon mon point de vue. Et on a obtenu ce premier disque qui s’appelle Instant Sharings. C’était, à l’époque et pour moi, un des plus beaux disques que j’avais pu faire en tant que leader. Ensuite, comme je suis plutôt improvisateur et instinctif, je ne me suis pas forcément donné une surconfiance totale dans l’écriture du deuxième disque. Je suis partagé entre « je peux très bien écrire de la musique » et, pour être transparent, le manque de certitude à ce sujet. (rires) Je connais les qualités de Régis, de Claude et d’Edward, y a ce truc de chambriste. Joli paradoxe d’appeler ton groupe Open Land et de t’attacher à travailler une couleur chambriste ? Comment tu concilies, toi, à la table de travail, le lien à la chambre et le lien aux grands espaces ?Je pense que l’espace vient pour moi de l’espace qu’on se donne nous et de la qualité de l’écoute de chacun d’entre nous, de la prise en compte perpétuelle des sons, des résonances et des timbres. À partir du moment où tout est permis parce que chacun des quatres musiciens considère que tout est permis à chaque seconde, à partir de moment seulement, la musique est ouverte. Et c’est seulement là que la chambre s’ouvre.Oui. (rires) Tu places Instant Sharings sous les auspices de grands musiciens américains. Ça vaut quoi, aujourd’hui encore, les références américaines pour des musiciens français ? Aujourd’hui en 2020, après toute l’histoire du jazz en France, est-ce que l’Amérique à toujours une part aussi importante ?C’est le pays historique. Tu vois, je viens du jazz. Je suis pas quelqu’un qui vient du conservatoire, j’ai fais de la musique classique mais un peu sur le tas. Quand j’avais 12 ans, j’avais les disques de mon père qui traînaient à la maison. C’était Miles puis Mingus et tout ça.
Jérôme Lefebvre Trio, chronique & podcast

« Les musiciens s’envoient de ces petits sourires complices qui autorisent quelques envolées bien senties. » jerôme lefebvre trionevers,— chronique & podcast — Chronique Live du concert au Café Charbon,Nevers, saison D’jazz, jeudi 23 février 2023 —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Jérôme Lefebvre Guitare, compositionChristophe Lincontang ContrebasseSangoma Everett Batterie chronique— Tout en maîtrise, le trio affiche élégance technique et concentration. Jérôme Lefebvre performe à la guitare et leade ce band avec beaucoup de calme et de retenue. Sangoma Everett est à la batterie et Christophe Lincontang à la contrebasse. Les musiciens s’envoient de ces petits sourires complices qui autorisent quelques envolées bien senties. Accent rock, balade estivale repue de plénitude, touche psyché, le trio se la joue jazz dès les premiers frottements de cymbales. Un jazz inclusif et classieux. Set intense et riche. Il se dégage une sérénité agréable, l’expérience parle, décomplexée, puisant ses influences dans l’ensemble de la grande et indéfinissable nébuleuse jazz. L’énergie est là, c’est contenu puis ça devient plus pressant, plus explosif. Le plaisir est là, lui aussi. Avec les frissons, les petites vibrations et la mélancolie chatoyante qui traversent Alternate streams. podcast— infos +
Velvet Revolution, chronique & interview

« Pas de frontières visibles, pas de drapeaux au vent. Sous son velours underground, que des hymnes anti-nationaux. » velvet revolution— chronique & interview — Rencontre à Chalon s/ Saône, novembre 2021L’Arrosoir. —par guillaume malvoisin photo © Nicolas Dhondt line-up— Daniel Erdmann Saxophone Théo Ceccaldi ContrebasseJim Hart Vibraphone chronique— On l’a bien compris depuis Gil Scott-Heron, la révolution ne sera pas télévisée. Celle-ci encore moins. Pas télévisée, plutôt auscultée en loucedé. Pas de frontières visibles, pas de drapeaux au vent. Sous son velours underground, que des hymnes anti-nationaux. Des No Flag, des Gimme Some Rest, des hommages, des tributes à la grande tribu. Celles des humains unifiés et idéalement pacifiés. À trois, sans leader autre que celui requis par l’instant sensible. Les dents plantées dans l’intime et le viscère, le trio emmené par Daniel Erdmann secoue ses rages majuscules. Et dans ses antiennes à la fraternité ou à la sororité universelle (rayez la mention inutile), le propos est allégé par la maitrise du son, du grain et de la forme, du sens et de l’autodérision. La Tigresse danse avec un déhanché freebop parfaitement hip dans un espace sonore resserré, élargi juste ensuite pour évoquer Melancholia, têtue, rugueuse et tendue d’une tension indicible mais très visible. Visiblement portée comme tout le reste de cette musique, portée sur l’art de vous rendre païen le sacrum, portée sur l’urgence de faire communauté. Unie sur le seul plaisir conscient. interview— Comment c’est né ce trio ?En 2014, j’ai arrêté quelques collaborations. C’était un moment de transition pour moi. J’avais envie, après des années de travail avec d’autres musiciens, de faire à un groupe où j’écris, où je décide un peu, au début au moins, des choses et j’ai cherché en moi, vraiment, ce son. En réalité, j’ai imaginé le son que j’aimerais bien entendre à ce moment-là. C’était vraiment une recherche de savoir quel pourrait être le son de groupe idéal. Comment tu décides des instruments qui seront dans ce trio-là ?C’est ça qui est venu dans mon imagination. Vraiment. Comme je connais bien mon instrument, je pouvais imaginer mon instrument dans un tel contexte. Souvent on crée de nouveaux groupes avec des musiciens qu’on rencontre puis on se dit « ben ce serait super de jouer ensemble ». Ça peut être une rencontre humaine. Mais là, pour Velvet, j’ai imaginé le son du groupe et l’instrumentation avant de savoir avec qui je voulais le faire. Dans d’autres projets, je trouvais qu’il manquait un peu du grain de mon son, tout le côté un petit peu soft, velours finalement. C’est aussi pour ça que j’ai appelé ça Velvet Revolution, c’est ma révolution de velours personnelle. Tu parles de révolution de velours, on pense à Vaclav Havel, et je trace le lien avec Das Kapital, un de tes autres groupes, il y a un lien politique.C’est sûr qu’il y a un rappel de ça, c’est pour ça aussi que ça m’a plu cette idée-là, que ça raconte quelque chose un peu au-delà d’un titre abstrait. Mais, vraiment, c’était ma révolution personnelle de velours. C’est un peu une révolution à l’envers. On revient à ta révolution intérieure, tu dis que tu veux retrouver le grain de ton sax, pourquoi tu n’es pas allé au bout en créant un solo ?J’ai eu l’occasion de faire des solos de saxophones mais pas souvent. Trois quatre fois, dans quelques festivals, où on m’a invité pour proposer ça. C’étaient des expériences assez chouettes mais… on est quand même seul, en solo… et pas que pendant le concert. Avant et après le concert on est vraiment tout seul quoi, c’est un petit peu dur, je trouve. Et puis j’aime bien, j’aime vraiment jouer avec d’autres, cette interaction de… conversation et des choses comme ça donc. Tu dis aussi que ç’aurait pu être un quatuor, c’est presque un quatuor, car il y a une place immense laissée à l’auditeur. Ce n’est pas une musique que l’on pourrait qualifier de frontale.Écoute, ça me fait très plaisir que tu dises ça parce que pour moi c’est vraiment très important. En concert notamment, il y a vraiment le quatrième membre du groupe qui est le public et qui… Déjà, physiquement ça… On est des cordes de résonance donc on a des cordes de résonance qui sonnent dans la salle avec nous. Chaque salle sonne différemment dès qu’il y a le public qui est là. On fait la balance mais on sait que ça va pas sonner pareil, c’est sûr. Et puis, il y a l’interaction, il y a les réactions, tout ce qui influence énormément la musique. Comment tu expliques ça, les couleurs des instruments, ce côté très jazz de chambre, si tu es d’accord avec cette idée-là. Comment tu travailles avec l’unisson, les contrepoints ? J’ai l’impression que tu utilises presque un matériau classique.C’est marrant que tu parles de couleur parce que c’est vraiment le premier disque de Velvet qui était pensé avec une couleur par morceau. Et le deuxième, il y en a plusieurs, en fait, par morceau… Dans le premier disque, j’ai pas mal utilisé certains clichés, par exemple, que j’ai après détournés. Le premier morceau, c’est presque comme un reggae mais un petit peu bizarre, avec une mélodie qui est entre tonal et atonal. J’aime bien l’idée d’un peu bricoler des morceaux et des idées, de faire des collages, des choses et j’enregistre des choses chez moi et… Et j’essaye des choses. C’est marrant, on parlait avec Jim tout à l’heure de choses, de techniques de composition et c’est vrai que, pour moi, la question de la tonalité n’est pas très importante. Parce que, justement, pour moi le plus important, c’est le son de chaque phrase… C’est des bouts de son, peut-être, plus… Il y a un autre truc assez évident quand vous on voit ou qu’on vous écoute, c’est l’impression qu’il n’y a pas de leader, alors, c’est ton projet, on vient d’en parler mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas de leader visible en scène.Je suis persuadé, que, pour moi, chaque musicien qui joue dans un groupe pour ce type de
Segment, chronique & podcast

« Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… » segmentdijon,— chronique & podcast — Chronique Live du concert à la Ferronnerie,Dijon, LeBloc, jeudi 2 mars 2023 —par Lucas Le Texierphoto © DR line-up— Antonin Néel PianoJean Waché ContrebasseVictor Prost Batterie chronique— Décidément, Antonin Néel, Jean Waché et Victor Prost aiment jouer. Jouer de quoi ? Ça, ça dépend d’eux. Néel est un passionné des combinaisons et des chiffres. Des petites associations mélodico-rythmiques complexes, à emboiter, qui se superposent et qui s’entraînent mutuellement. Ainsi s’est construit le set façon nerd de Segment à la Ferronnerie. Aux calculs savants, Néel à gauche avec deux mains infinies qui ne font jamais la même chose, jouant avec la pulse et les décalages mélodiques. Hypothèses radicales pour Prost qui aiment l’abstraction pure : regard en contre-plongée sur ses toms, introspection logique et coup de baguettes sous forme d’échec et mat. Liant pour le trio, Waché est avant tout le cartésien du groupe, le petit numéral précis qui permet à l’opération de donner un résultat. Aussi matheux qu’ils peuvent être, Segment a laissé les théories trigonométriques de côté pour se laisser aller à la pratique et expérimenter ses délires combinatoires… Et lorsqu’on a entendu leur Continuum, on a compris que leur théorème était d’ores et déjà prouvé. podcast— infos +