La dentelle, le plaisir
et le bruit populaire

Météo, Mulhouse Music festival, jeudi 25 août 2022.

par | 26 Août 2022 | concerts, Festival Météo

Météo Jour 2

Tashi Dorji solo

Tashi Dorji est musicien, punk, anarchiste et depuis peu acoustique. Rien de contrevenant dans cette liste, pas de quoi jouer à ‘chercher l’intrus’. Toutes ces données se compilent sans mal dans les 4 plages improvisées à la Kunsthalle, sous les auspices menaçantes du Fat Man 3D, bombe en dentelle de Maarten Vanden Eynde suspendue dans le hall. La musique détonne à peine. Tashi Dorji fait dans la dentelle, et tisse urgence caractérisée et sonorités de mise en alerte. Beautiful mess. L’oreille est aux aguets de la moindre harmonique, du plus infime bend mis en jeu par le guitariste bhoutanais expat’ aux States depuis une vingtaine d’années. Dans ses entrelacs ravageurs, l’énergie du punk subsiste sans électricité. Avec un empan de l’audible aussi large que le Lac Majeur. C’est beau, très beau et l’anarchie, principe de vie de Dorji, a visiblement libéré ses modes de jeu depuis longtemps. Il est libre Tash et avant de l’avoir vu voler, d’aucuns disent qu’il est capable de beaucoup. Ici c’est qui est entendu. Guitare augmentée, joie démultipliée.

Zimmermann

Autoreverse

Nina Garcia & Arnaud Rivière sous l’œil d’Alicia Gardès

Paul Lytton
Rhombe

Baraque à Free

Complètement fat free, le combo toulousain. Baraque à free tente, certes, de réhabiliter le man-bun et la frange brushée mais, aussi et surtout, les expés libres et collectivistes sans jamais avoir peur d’une simple émotion. On a d’emblée un pied dans la trad du free US, lyrique et puissant, l’autre dans la pop, dans la trad du scandinave tellurique à la Björk, s’il fallait un exemple pour la voix de Sarah Brault, en ouverture de ce Silex, pièce taillée comme un diamant jurassien. Jurassienne aussi, l’ambiance collective et fédérée de cette Baraque, qui semble à l’aise dans les couloirs de la nouvelle école franco-Suisse où le groove cohabite avec le poème, les assauts soniques avec les phonèmes libres, flottant dans un éther émouvant. Toute la dynamique passe surtout par la force d’attaque percussive. Individuelle et commune. L’assemblage des petites cellules ultra maitrisée est bien plus efficace que n’importe quel film sur les mitochondries passé en cours de SVT. L’organique s’invente alors sur place, chante son chant violent, âpre mais joyeux. Joyeux de s’inventer sur l’instant, joyeux de savoir jouir en faisant société. Très fort.

Rhombe
Ghosted
Rhombe
Ghosted

Julien Desprez / Agora

La journée avait commencée avec la guitare punk de Tashi Dorji, elle finira avec la guitare noise de Julien Desprez. Agora. Place ronde, place nette. Desprez joue le cul sur la selle. Simple, brutal, vibratoire. Agora, suite d’Acapulco Remix ? Oui mais en plus populaire. Populaire ?! Oui, m’dame. Si Acapulco explorait les sillons du haut concept et de la danse très classe, largement sophistiquée, Agora, en créa à Météo, va plutôt reprendre la parole au fond de la gorge et la rendre à la horde. Wild Bunch à lui tout seul, le guitariste sort une collection de pédales d’effets qui suffirait à justifier l’ouverture d’un musée. Et sa danse de saint-Guy, à rendre tout pâlichon un Ian Curtis pendant les sets de Joy Division, fascine, attire, mesmérise sans peine. C’est prenant à voir, c’est fort à entendre. La musique de Desprez, qui parvient encore à surprendre, avance encore un peu plus sur les chemins des grands volumes. D’air, d’espace, de son. La faconde du créateur sonore est radicale, oui, bourrée d’alerte et d’alarmes, aussi, mais avec une vision nouvelle. Dans le cercle de spectateurs assemblé et convoqué par le guitariste, alternent poussées d’adrénaline, clusters ensauvagées, déflagrations de Concorde en vol et, chose aimable, drones apaisés éparses. Ce set joue certes sur l’énergie, très proche de celle de l’électro, et sur la fureur sans doute même parfois, mais le bruit reste toujours au service d’un propos. Celui de faire ce qu’il y a à faire sur le vif, et d’en débattre plus tard, plus loin. Un peu vidés, parfaitement bousculés.

Paul Lytton


Guillaume Malvoisin
photos © Alicia Gardès
aliciagardes.com / instagram

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