La Peuge en mai

Tribu festival, Dijon, jeudi 1er octobre 2020.

ReespectLa Peuge en Mai rend hommage aux hommes et femmes qui ont marné leur vie entière dans les usines Peugeot de la France du soleil levant. À l’est — Montbéliard, Sochaux surtout ici, ces femmes et ces hommes ont lutté en mai 68 contre les conditions de vie et de travail. La Peuge, c’est le petit nom donné par les ouvriers de Peugeot à ce monstre avaleur de force de travail. La Peuge en Mai est un docu-concert. Cinq improvisateurs, embarqués dans ces secousses socio-free-jazzées par le saxophoniste Geoffroy Gesser, manient une bande son qui répond parfaitement à ce qu’on imaginerait du milieu industriel et automobile. La musique se mêle à la parole, pose les climats des propos tenus. C’est précis, le jeu vise la haute voltige et caracole bien au-delà d’un exercice bien souvent casse-gueule. Ici, ça gère comme des gaziers en fonderie. L’harmonie des musiciens est tangible, tangible aussi celle qui lie les musiciens aux enregistrements collectés. Tout est à sa place, la musique avance avec justesse et la parole ouvrière est clairement un membre du groupe, livrant un récit sans filtre face à la réalité de 68 et des années suivantes. La Peuge en Mai, c’est engagé. Et dur, parfois. La mort de deux hommes fuse dans les détails, on revit les manifs, les coups de gueule, les coups de coude et les luttes de ce Mai contre la hiérarchie. Celle des usines et celle de l’Etat. Dans cette insurrection documentée, le quintet de La Peuge avance comme une tribu de poètes sonores, jouant serré, nerveux, sublimant en musique la parole confiées aux bandes. C’est beau, ça sonne divinement bien, sans doute même un peu mieux que les ronronnements des chaines de montage des usines de la Peuge.

Line-up : Geoffroy Gesser (saxophone ténor), Simon Henocq (électronique),
Aymeric Avice (trompette), Joel Grip (contrebasse), Francesco Pastacaldi (batterie)


Alexandre Fernandes
photo © Edouard Roussel / Tribu Festival
visuel affiche © Magali Baracco

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