« La mécanique de Zinée : balancer une phase hyper perso, puis contrebalancer avec une image tout droit sortie d’un jeu vidéo. »
bil
zinée
— chronique
—
par Antonia Barot
photo © Rafaelle
yotanka records
mars 2026
—
Depuis sa zone toulousaine, celle qui clamait : « Mes apparitions se font si rares, que, quand j’arrive ils crient tous au miracle » reprend du micro et frappe fort. Nouvel EP, BIL. On avait laissé Zinée à fleur de peau, traversant les ombres d’OSMIN, sorti en 2024. On la retrouve debout. « Même si c’est KO, je fais des cœurs avec les doigts. » En une phrase, Zinée résume l’élan de ce 7 titres qui porte le nom d’une déesse nordique à la poursuite de la lune avec son frère. Voix tantôt grave et bougonne, cristalline et vocodée, elle crée sa propre mythologie. Atteinte d’une lourde endométriose et marquée très jeune par le deuil de son père, la rappeuse revient sur ce qui l’a tenue éloignée de la scène et des studios.
Cette enfant du Sud, qui écoute autant Daft Punk, ABBA, Francis Cabrel que Jul, produit pour la première fois tout maison, entourée des meilleurs humains et musiciens : Chilly Gonzalez, Empty7, Freaky Joe et Epektase. Le projet s’ouvre avec Miraculée, morceau puissant porté par le piano de Chilly. La tracklist avance par paliers, gagnant en souffle. Sur Mi-mo, son flow progresse sur une mélodie qui vient frôler l’électroacoustique. Grande bouffée de courage. Le salvateur Bouclier transforme la maladie en une force qui pousse sous son torse. La mécanique de Zinée : balancer une phase hyper perso, puis contrebalancer avec une image tout droit sortie d’un jeu vidéo. Dans Le Toit, la rappeuse s’offre justement un egotrip épique, avant que le complice Alegria en featuring avec Oxmo Puccino vienne soudainement nous réjouir. La pénombre cède, la lumière reprend ses droits et règne en maîtresse sur ce projet finement construit. Nouveau step franchi, maîtrise totale, Zinée brille.