« Sclavis, Chennebault et Bonnet, ce sont les noms qui s’agitent sous cette idée et dans cette triade tragique, remueuse de détails et ciseleuse d’obsessions secrètes. Ça circule donc comme on discute, chez Vercors. »

vercors :
louis sclavis, richard bonnet, adrien chennebault
— jazzdor, strasbourg,
mardi 28 avril
— chronique


par guillaume malvoisin
photos ©Teona Goreci

À quoi ça tient l’improvisation en musique ? À la réponse-réflexe d’une main frappée sur le pavillon d’une clarinette en réponse à un gugusse de fond de salle braillant « allez Louisss », par exemple. Et Sclavis de garder le rythme et le son créés pour l’offrir en gage d’amitié à des deux compère aussitôt pris dans le flux d’une nouvelle invention. Et c’est chose jolie.
On aurait pu les voir dans le Vercors, sauter à l’élastique. On les aura vu à Jazzdor, pris dans la même souplesse. Ils, c’est Vercors, du nom du trio en concert à Strasbourg. Pas sans lien avec le massif, Vercors : musique abrupte et dentelée. Minéral mais pas massif pour autant, le trio. Pris plutôt dans ce genre de dialogues ciselés, fluides et infinis qu’on imagine pris à quelques becs humides sur une place bordée d’érables, quelque part dans le Sud populaire à l’heure détendu. Sclavis, Chennebault et Bonnet, ce sont les noms qui s’agitent sous cette idée et dans cette triade tragique, remueuse de détails et ciseleuse d’obsessions secrètes. Ça circule donc comme on discute, chez Vercors. Des matières organiques jusqu’aux mini-riffs quasi kinksiens, des embardées violentes aux grenouillages en bas de gamme magnifiques. Ça prend la poésie des conservations d’oiseaux. Ça prend l’allure des eaux des ruisseaux, c’est émouvant et tord-boyaux. C’est simple, aussi. On ressasse chacun chez soi que le monde est devenu compliqué mais là, la vie est simple. Les idées restent à la traîne, il n’y a que la musique. La musique, pure et mulâtre, humble et cristalline comme un paradoxe nocturne. C’est très beau, très joueur et tout à fait indispensable pour comprendre un peu mieux ce qu’on peut expérimenter à venir écouter de la musique en concert. Celle qu’on se passe d’œil à oreille, le cerveau posé sur les hanches ou les genoux.


pink