« Pad au pied, un mini plancher de bal sur lequel Lila Fraysse et Caroline Dufau transmettent le virus de ce qu’il y a de plus pur dans la musique folk : le rythme. »

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tribu festival 2026
— chroniques

mercredi 30 septembre

La Vapeur

— Nuèit

Mardi, après la course sonore de Run, Nuèit enchaînait avec son seul-en-scène occitano-hypnotique. C’est cocasse de constater une nouvelle fois cette devise de grand-mère : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Ainsi en va-t-il pour la musique folklorique, refiltrée sur la scène du Club de la Vapeur par l’électronique et les synthés de nos temps. Dans cette mise en scène, Nuèit parle peu mais chante et fredonne davantage, sur un beat lourd et low-fi. Violoniste, elle renoue avec les traits du fiddle populaire, ces fameux ostinatos où la mélodie s’écorche en même temps que les pas des danseur·euse·s accélèrent. Là, c’est plutôt un head banging silencieux du public, sur le devant de la scène, face à l’alliance du crin crin et du boom boom qui se font un french kiss de textures passé-présent. (Lucas Le Texier)

— Cocanha

10 ans de scène, 10 ans de duo. Les filles de Cocanha maîtrisent et quand on tombe devant un de leurs concerts pour la première fois, c’est fort. Des voix de voltigeuses du rythme et des mélodies qui tournoient sur le bourdonnement incessant des tambours à cordes. Pad au pied, un mini plancher de bal sur lequel Lila Fraysse et Caroline Dufau transmettent le virus de ce qu’il y a de plus pur dans la musique folk : le rythme. Savant brut, dans cette symphonie de jeu de jambes, dans des voix dépourvues d’artifice qui sonnent autant comme des conteuses que deux cithares côte-à-côte. L’invitation est lancée pour les danseur·euse·s qui débarquent sur scène dans une musique autophagique de ses rythmes. On assiste à cette régénération perpétuelle à chaque ritournelle, chaque nouvelle ronde, chaque nouveau couplet. Un peu de l’éternité des anciens sur le corps des contemporains. (Lucas Le texier)

jeudi 1er octobre

Opéra de Dijon

— El Comité invite Yillian Canizares

Dijon-Cuba depuis l’Opéra. Et on est peu de choses face aux architectes musicaux des Caraïbes. Les six du Comité l’incarnent dès leur arrivée sur scène et dans leur formation, un sextet trompette-sax devant, piano-basse ensuite, batterie-percussions derrière. A gauche, Rolando Luna, le pianiste du Buena Vista Social Club, est un as. Un explorateur des sonorités autant qu’un historien du piano, combinant musique cubaine et surprises monkiennes. Ses mimiques faciales et sa façon de mouvoir tout son être à chaque touche ont quelque chose de fascinant. Une joyeuserie qui se retrouvent dans les mondes sonores du Comité, empreint de la salsa traditionnelle jusqu’au smooth jazz de la fin des 80s. Fin de set, Yilian Canizares débarque au violon. Comme un cross-over d’Esperanza Spalding et de Georges Benson, l’helvèto-cubaine joue du violon et chante sur une version revisitée de Piaf, Non, je ne regrette rien, réharmonisée par un Luna prolifique. La chanteuse se joint à ce beau monde pour un final sur Wanna Feelin’, un traditionnel qui termine de conquérir un auditorium qui s’est laissé emporter par les sons de la Havane. (Lucas Le Texier)

dimanche 4 octobre

Consortium Museum

— Aymeric Avice / Chad Taylor / Luke Stewart

En 60 minutes et 55 secondes, Aymeric Avice, Chad Taylor et Luke Stewart traçaient la courbe vibrante de leur premier disque (Rogue Art, fev. 2026). Fort de leur rencontre en 2025, provoquée comme un petit tremblement par le festival Son d’hiver, Deep In The Earth, High In the Sky mariait la Terre au Ciel dans une matière intense et épaisse. Éclats de comètes et deep listening, confondus. Il aura fallu un peu de 60 minutes pour allumer le dernier concert de l’édition 2026 du Tribu festival. Le trio transatlantique part bille en tête dans une exploration de l’héritage qui les a nourri chacun, et les a fédérés. Mais, ce trio comme ce concert, sont loin d’être disponibles pour les veillées nostalgiques, qui fleurissent trop sur les scènes des festivals. Ici l’héritage est respecté que parce qu’il irrigue le sang et propulse les idées vers ce territoire, aussi insoupçonnable qu’insoupçonné, qu’est l’improvisation.
On notait pour le disque « rester au fil du disque sur la crête d’une musique à hauteur d’hommes, ceux qui la jouent, et de pensées humaines, celleux qui l’écoutent ». Ici pour ce live, on ne vole pas plus haut. Très terre à terre. Pas de composition savante, pas d’écarts de quart-de-ton, pas de long développement solitaire… On entre directement dans la matière. Tout juste un regard pour lancer ses affaires, et le trio est déjà à chevaucher l’Afro, l’Américain et ce que le jour lui dicte d’inventions. Moment parfait du duo de m’bira. Moment parfait, né notamment d’un souci de sono, où Avice laisse entendre sa maîtrise du son mis sous sourdine. Tilt avec la création récente de son quintet prenant pied dans la tradition du Bop et du Hard. Ici flotte un ghost host nommé Miles. Les mélodies se font spartiates, presque arides dans le son si plein du trompettiste. Et s’allument le fantôme de Jimmy Garrisson dans la basse impressionnante de Luke Stewart, faiseur de son hors pair. Le contrebassiste joue cursif mais économe dans le motif et impérial dans l’énergie tirée de chaque corde. Deux pôles, trompette et basse, comme l’alpha et l’oméga au centre desquels Chad Taylor, brillant d’humilité, quadrille à son habitude. Plein, délié et puissant. Ça dialogue, ça se complète, ça incise. Sans jamais s’épuiser. (guillaume malvoisin)

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textes de Selma Namata Doyen, Octavine Brobbel-Dorsman et Lucas Le Texier
photos © Alice Forgeot, Tribu festival
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